‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 114 sur 130 · HENRI IV A LIMOGES · texte numérisé non relu

HENRI IV A LIMOGES

Annonce de l'arrivée de Henri IV à Limoges. — Préparatifs pour sa réception. — Son entrée solennelle, comme vicomte de Limoges. — Harangues des magistrats et des officiers royaux. — Inscriptions en l'honneur du prince.

L'arrivée de Henri IV* dans le Limousin, qu'il connaissait à peine, qu'il n'avait traversé autrefois qu'à la hâte, quand sa mère y était venue imposer la réforme; l'empressement à le recevoir de la pari des plus grands personnages du pays, qui lui promettaient dévouement et fidélité; les concessions faites aux protestants; la religion catholique protégée et respectée ; les récompenses accordées à ceux mômes qui s'étaient déclarés les plus fougueux ennemis des croyances de leurs ancêtres, tout contribuait à rassurer le pays, à lui faire espérer la paix et la prospérité 1 . Aussi la joie fut-elle générale à Limoges, quand on apprit que le roi se disposait à visiter la première ville de sa vicomté, à promettre aux habitants la protection qu'ils n'avaient pas toujours trouvée sous ses prédécesseurs. Pour faire connaître cet événement, la dernière page de nos longues études, nous emprunterons

4. Presque tous ceux qui avaient servi le parti de la Ligue eurent part aux munificences de Henri IV. Pierre de Sédières vit ériger en vicomté sa terre, dont le château avait été bâti par Laurent d'Albiars, célèbre à la cour d'Innocent VI. Cette seigneurie, vers la fin du xiv« siècle, avait passé à Jean de Bothier, baron de Gimel. Jean Bothier, qui fut le premier vicomte de Sédières, épousa Marthe de Noailles. Ce fut pour plaire, selon une tradition locale, à Sully, ministre du roi, qu'il fit planter aux abords de son château deux allées de tilleuls.

à un des chroniqueurs de l'époque le récit des incidents de cette royale visite, racontés avec une naïveté qui peint bien les mœurs du temps, dans une langue qui n'est pas encore la nôtre, mais qui marque bien qu'elle n'était déjà plus celle des troubadours 1 .

« Ce fut une nouvelle qui estonna du commencement les habitans de Lymoges d'entendre que le roy esloit résolu de s'y acheminer; non pour crainte d'avoir manqué de fidélité, mais de peur qu'ils avoient de faillir, recevant Sa Majesté moins convenablement que Sa Grandeur Royalle le requéroit. »

a Monsieur le duc d'Épernon, colomnel de la France et gouverneur pour Sa Magesté en Lymousin, ayant reçu l'ordre de ses commandemens, bailla advis aux consuls de Lymoges que le roy estoit en volonté d'y venir. Ces nouvelles, venant de sa part, eschauffèrent chascun à se disposer de recevoir le roy en toute magnificence. Ceste première ardeur fut attiédie tôt après par un contre-advis qui courut, que la publication de ce voyage n'estoit qu'un advertissement à ceux qui, déclinans de leur devoir, entreprenoient de suivre des lignes qui s'en alloient les conduire dans un discours et un desdalle de désobeyssance; mais cette mesme vérité de la venue du roi, portée de bouche par le sieur vicomte de Chasteauneuf, lieutenant pour Sa Magesté au môme gouvernement, on commença à tenir pour asseuré cest acheminement. Les consuls, sur lesquels venoit à tom-

i. Cette relation, due à Simon Descoutures, d'une ancienne famille consulaire, avocat au siège présidial de Limoges, est intitulée : Discours contenant les choses les plus remarquables qui se sont passées en la ville de Lymoges, lors de l'entrée faicte en icelle par le roy très-chrétien, Henry quatrième, roy de France et de Navarre, seigneur vicomte de Lymoges, le vingt-deuxiesme octobre fan mil six cents cinq. Elle se trouve aussi, avec quelques variantes, dans un des registres consulaires de Limoges, qui me fut communiqué en 1842, lorsque je travaillais à mon Histoire du Bas- Limousin.

ber la charge de ceste réception, mettent peine à dresser l'appareil de ceste entrée, font eslection d'un colomnel, de capitaines des quartiers, enjoignent à un chascun de se tenir prest pour une si belle action, mesnageant si bien deux ou trois sepmaines qu'il leur restoit de temps, traversées encore de beaucoup d'incertitude de cest acheminement, que toutes choses se trouvèrent prestes au jour de l'arrivée de Sa Magesté, si elle eust voulu permettre la cérémonie ce mesme jour. Mais les consuls, qui estoient messieurs maistres Jehan Martin, procureur au siège présidial et banquier, Antoine Barny, conseiller audit siège, Martial Martin, sieur des Monts, Grégoire Decordes, sieur du Haut-Ligoure, Jehan Vidaud, Pierre Dubdys, ayant envoyés leurs députtés à la Maison-Rouge 1 , le vendredi 14° d'octobre, pour offrir au roy, qui y estoit arrivé ce matin, les humbles affections, les cœurs et les volontés des habitans de la ville, il leur fit réponse qu'avoit agréable ce témoignage de leur fidélité qu'il apprenoit de Lymoges; mais qu'il ne la verroit que comme vicomte durant trois ou quatre jours, et puis après comme roy. Sa Magesté savoit que les consuls supportoyent impatiemment les manquemens qu'une précipitation apportait à leur dessein, et leur voulut donner encores ce loisir. Cela fut cause que Sa Magesté entra ce soir dans la ville, sans aucune cérémonie, que d'un cri d'allégresse de : Yive le Roy I porté jusques au ciel par un meslange de voix de 30,000 personnes 2 , pleines d'allégresse de voirie prince, qui fut logé en la maison Breilh, dressée et préparée à ceste fin au mieux qu'il fut possible. •

« Sa Magesté, ayant séjourné six jours dans la ville qui furent pour la plupart fort pluvieux, print résolution de

!. Lieu situé sur la route de Poitiers.

2. Les étrangers accourus pour voir le roi comptaient pour une grande partie.

faire son entrée sole m ne le jeudi 20 e dudict moys ; et pour cest effect, sortit le matin de la ville, et s'en alla diner à Montjauvy, lieu et maison de sire Jehan Mercier, distante des faubourgs d'environ quatre ou cinq cents pas. Les troupes des compagnies de la ville qui passoyent au devant de son logis pour se rendre au lieu assigné, afin de se disposer à l'ordre de l'entrée, interrompirent son disner. Le roy les voulut voir, et commanda qu'au retour on les fit repasser au devant du théâtre. Ce théâtre estoit dressé en la maison susdicte dudict Jehan Mercier, à costé du grand pavé, qui est entre les faubourgs de Montmailher et Montjauvy : il estoit relevé de neuf ou dix pieds, et en pouvoit avoir cent ou cent-vingt en quarré. On y avoit accommodé deux escaliers opposites, l'un pour monter à l'arrivée, l'autre pour descendre au retour. Ce théâtre estoit environné de barrières, tendu et pavé de tapisseries de tous costés. Sur le milieu estoit la chaire de Sa Magesté, relevée- de quatre degrés, couverte de veloux violet, avec un dais de mesme parure par le dessus, semé de fleurs de lis d'or, avec plusieurs enrichissements de broderie, pour recevoir les honneurs et entendre les vœux et les prières de tous les ordres de la ville. Le roy, quelque temps après son disner, accompagné des princes du sang, mareschaux de France, chevaliers de l'ordre, garde des sceaux, secrétaires d'Estat, et autres officiers de la couronne, se rendit sur le théâtre, duquel il descouvrit peu de temps après, à quatre ou cinq cents pas, une procession de toutes les églizes, excepté Saint-Etienne et Saint-Martial ; laquelle procession, tant des paroisses, abbayes, couvents, religieux mandiants et autres ecclésiastiques, jusques au nombre de trois cents, avec les croix de chaque églize. Sa Mageslé s'avança jusques sur la barrière du théâtre pour les voir passer de plus près. On remarqua, au doux maintien du roy, que les chants d'al-

légresse spirituelle, poussés par tant d'ecclésiastiques d'une violente ferveur jusques au ciel, pour sa prospérité, lui estoyent merveilleusement agréables. On le vit tout rempli d'un sacré zèle, qui Peslevoit à contempler l'humble modestie de ces dévots religieux, lesquels faisoyent l'ouverture de ceste cérémonie. »

; « Peu de temps après parurent les troupes de la ville, divisées en neuf compagnies, conduites soubs autant d'enseignes différentes, qui pouvoyent faire en tout quinze cents hommes, tous choisis d'aage capable pour exécuter quelque exploict honorable. Chasque compagnie avoit ses drapeaux et livrées, toutes diverses les unes des autres : et estoyent tous gentilhement accoutrés, armés de morions dorés et gravés ; les autres ayant la tocque de veloux rouge cramoyzi, ou d'escarlatte, la grecque de mesmes, le pourpoinct de satin blanc, et le bas de soye; les autres vestus des couleurs du roy, tous richement armés, marchant cinq à cinq, avec sifflets et tambours en bon nombre. A la teste de toutes ces compagnies estoit Jehan Douhet, esleu, sieur de Puymoulinier et de Saint-Pardoux, leur colomnel, couvert d'un habit de brocatelle, enrichi d'excellentes broderies, lequel arrivant au théâtre, et s'estant prosterné au devant de Sa Magesté, lui dict : — « Sire, ceste troupe de capitaines, qui commandent à toutes ces forcées, soubs l'authorité de vostre Magesté, ne pouvoict attendre plus grand contantement en ce monde qu'en la venue d'icelle, pour la supplier très-humblement, prendre d'eux toute asscurance de leur inviolable fidélité, et croire qu'ils veulent vivre et mourir soubs vostre obéyssance, comme vos naturels subjects, très-humblement et très-obeyssants serviteur. »

« Le roy tesmoigna par sa response avoir pour agréable ceste humble submission, et se remit sur la barrière pour

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