‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 16 sur 130 · Elle eut en dot la terre de Châteauceau · texte numérisé non relu

Elle eut en dot la terre de Châteauceau

maison de Blois, Jean revint dans la vicomté de Limoges, où quelques vassaux le regardaient comme un étranger, ou comme un suzerain qu'ils pouvaient impunément braver. Les consuls de Limoges n'allèrent point au-devant de lui : les moines n'eurent point de processions pour le recevoir, pour le conduire au tombeau de saint Martial, où venaient souvent s'agenouiller ses ancêtres : ils ne s'attendaient pas h lui voir déposer sur leurs autels de riches offrandes. Le peuple aussi n'eut pas de fêtes et de cris de joie pour celui qui, de toutes les terres de sa famille, ne pouvait venir oublier son long exil que dans celle de Limoges, car le comté de Penthièvre était encore au pouvoir du duc de Bretagne. Son union avec la fille du connétable de Clisson contribua plus à troubler les dernières années de sa vie qu'à relever sa puissance. Il fallut qu'il partageât la haine de son beaupère contre le duc de Bretagne. 11 se fit de ce jour remarquer par son ardeur à combattre le fils de celui qui avait ruiné sa famille. Mais les princes français arrêtèrent par un traité cette nouvelle guerre, qui menaçait de prendre le caractère d'atrocité du temps des Beaumanoir et des Pembrock. Jean de Blois fit hommage au duc, qui lui restitua le comté de Penthièvre, mais en s'en réservant la suzeraineté (20 janvier 1388). Cependant la guerre recommença après l'assassinat du connétable par Pierre de Craon ; les bruyères de la Bretagne, où Charles VI allait au-devant de la folle, se rougirent encore du sang des plus illustres chevaliers.

Après trois ans d'une lutte acharnée, un nouveau traité pacifia les deux maisons rivales. Jean de Blois le signa dans son comté de Penthièvre, à Guingamp, près du tombeau de sa mère. Le duc Jean-le-Vailiant mourut quatre ans après, laissant par son testament la tutelle de ses enfants et le gouvernement de la Bretagne au sire de Clisson et au

duc de Bretagne. Mais Marguerite, femme du vicomte de Limoges, ne savait pas se contenter des terres que la paix lui avait rendues. Elle était au château de Josselin, lorsqu'elle apprit la mort du duc : elle courut aussitôt à la chambre de Clisson , s'écriant : — « Monseigneur mon père, or ne tiendra plus qu'à vous, si mon mari ne recouvre son héritage. Nous avons de si beaux enfants : monseigneur, je vous supplie que vous m'y aidiez. » Clisson lui demandant comment elle espérait réussir : « Il n'y a, répondit-elle, qu'à faire mourir les eilfants du duc, avant que le duc de Bourgogne vienne en Bretagne. — Cruelle et perverse femme, reprit le père indigné, si lu vis longuement , tu seras cause de détruire tes enfants d'honneur et de biens. » Furieux, il saisit un pieu, dont il l'aurait tuée si elle ne s'était enfuie. En s'échappant, elle fit une chute et se cassa une jambe *. Son mari était étranger à ce criminel projet : il visitait alors sa vicomté de Limoges, cherchant par la douceur, par des prévenances à faire reconnaître sa suzeraineté à des arrière-vassaux qui avaient profité de sa mauvaise fortune. A son retour en Bretagne, il montra des dispositions tout à fait contraires à celles de sa femme, en signant avec le comte de Rohan, son beaufrère, et Clisson, son beau-père, un traité par lequel l'un et l'autre promettaient obéissance à la duchesse de Bretagne. Il y fut fidèle pendant le reste de sa vie 1 .

t. D. Moiuce : Hist. de Bretagne, t. I, p. 428.

2. Il mourut le 16 janviôr 1404 (n. s.), et fut enterré à côté de sa mère. De son^ mariage naquirent Olivier, sou successeur dans la vicomté de Limoges ; Jean, seigneur de l'Aigle ; Charles, seigneur d'Avaugour; Guillaume, qui prit aussi le titre de vicomte de Limoges, et Jeanne, mariée d'abord à Jean Harpedan, seigneur de Mortagne, puis à Robert de Denau, baron de Chàteaubriaut. (Le P. Anselme : Histoire gén&ihgiqite.)

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