‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 17 sur 130 · OLIVIER DE BLOIS, VICOMTE DE LIMOGES; JEAN DE L'AIGLE · texte numérisé non relu

OLIVIER DE BLOIS, VICOMTE DE LIMOGES; JEAN DE L'AIGLE

Olivier de Blois en Bretagne. — Violences de ses officiers contre les abbayes. — Hugues de Magnac, évèque de Limoges; sa fortune et ses bonnes Œuvres. — La fin du grand schisme. — Ranulfe de Pérusse et Nicolas Viaud, compétiteurs au siège épiscopal. — Hugues de Roffiguac, confirmé par le pape, remplacé par Pierre de Montbrun. — Olivier de Blois; ses entreprises en Bretagne. — Intervention du roi de France. — La bourgeoisie de Limoges et les communes assiègent A yen. — Jean de l'Aigle eu Limousin. — Son entrevue avec les consuls de Limoges. — Nouveaux ravages des Anglais. — Réveil de la nationalité française. — Les consuls appellent aux armes les habitants. — Félonie d'Olivier de Blois. — Continuation de la guerre en Bretagne. — Olivier de Blois dans sa vicomté. — Arrivée du dauphin à Limoges ; privilèges accordés à la ville. — Fuite d'Olivier de Blois. — Note sur Pierre Audier, abbé de Saint-Martial. — Les grandes ostensions à Limoges; les consuls de Saiut- Léonard reconstruisent leurs murailles.

Lorsque Olivier de Blois, dit de Bretagne, succéda à son père dans le comté de Penthièvre, dans la vicomté de Limoges et dans la seigneurie d'Avesnes, le Limousin dut craindre que ce vicomte, qui avait toutes les passions ambitieuses de sa mère, ne profitât des alliances de sa maison, de la force qu'elles lui donnaient, pour imposer son autorité, et réclamer tous les droits dont avaient joui ses ancêtres. Mais, dès le début de son administration, il porta ailleurs son activité, en continuant de suivre les impulsions de sa haine contre la maison de Bretagne. Limoges ne devait le voir dans ses murs que proscrit, condamné à cause de sa félonie, et dépouillé de ses possessions. Pendant que ses intérêts le retenaient en Bretagne, le clergé n'en fut

pas moins en butte aux exactions, aux violences de ses officiers qui, nouvellement institués par lui, cherchaient à mériter ses bonnes grâces. L'un d'eux, nommé d'Hely, apprenant que l'évêque Hugues de Magnac donnait un splendide festin dans l'abbaye de Saint-Martial à l'abbé, aux religieux de Saint-Martin et de Saint-Augustin, osa se présenter dans le cloître, et obtint par ses menaces qu'on lui livrât une somme de trois mille livres, pour laquelle l'évêque donna une partie de sa vaisselle d'argent.

Hugues de Magnac était un des plus riches prélats de France; l'or et l'argent, artistement façonnés, resplendissaient dans sa demeure; mais il sut faire un noble usage de sa fortune, qu'il tenait de la munificence de deux rois, dont il avait été le conseiller. 11 en consacra une grande partie à encourager les ouvriers les plus habiles, les artistes les plus intelligents, à orner les églises des meilleurs produits de Témaillerie et de la céramique : les pauvres en eurent aussi une grande partie. Malgré tout le luxe de son intérieur, tout le monde louait sa modestie et la simplicité de sa personne; et, quand il sentit ses derniers moments approcher, oubliant tout ce qui ne pouvait que rappeler des grandeurs humaines, il demanda qu'on ne lui donnât une tombe qu'à l'ombre de quelque petit cloître. Il laissa à sa cathédrale de riches ornements; cent écus d'or pour l'achat de rentes destinées au service de son anniversaire ; une coupe d'or couverte de pierreries, qu'il tenait du roi de Navarre; une partie de sa vaisselle d'argent; quatre mille écus aux religieux de Saint-Étienne, mille écus pour marier de pauvres filles et pour secourir les indigents (1412). Il encouragea aussi par sa générosité les travaux de reconstruction de sa cathédrale *.

1. Un ancien titre de cette église indique aiusi les matériaux : « Lipides ad aedificiura novum mouasterii sancti Stephani invehebantur a petriera de

On était alors à l'époque la plus agitée du grand schisme qui désolait l'Église depuis la mort du dernier pape limousin. Tous les princes s'en préoccupaient, moins dans les intérêts du catholicisme qu'entraînés par les factions qui cherchaient à satisfaire des ambitions politiques. 11 semblait que le monde catholique divisé, égaré par de coupables aspirations, touchait à ses derniers jours, et que les États de l'Occident devaient avoir chacun son église et son pape. Mais il n'y a que les œuvres de l'homme qui périssent, celles de Dieu survivent au déchaînement de toutes les tempêtes. Les conciles de Constance et de Bâle ramenèrent heureusement la foi religieuse à l'unité. Cependant ces longues luttes contribuèrent beaucoup au relâchement de la discipline dans les cloîtres. L'abbé de Grandmont, à son retour du concile, fut obligé de tenir un chapitre général pour faire décider que ses religieux jeûneraient pendant le carême, comme cela se pratiquait avant son départ.

A la mort de Hugues de Magnac, des intérêts personnels, des rivalités divisèrent encore le clergé; celui de Limoges élut Ranulfe de Pérusse, ancien archidiacre de l'église de Tours, homme de grande naissance et d'un grand savoir, qui eut toutes les sympathies du vicomte (1412). Mais le pape Martin V, refusant de reconnaître celte élection, nomma, en vertu de sa suprématie, Nicolas Viaud, que le clergé fut obligé de recevoir, tout en faisant appel à la justice du saiul- siège. Ce prélat ne jouit pas longtemps de son élévation; quelques jours avant de mourir à Paris, où il avait le titre de conseiller du roi, il y avait renoncé en faveur de Hugues de Roffignac, dont le choix fut confirmé par le pape.

L'arrivée du nouveau prélat à Limoges fut bientôt l'occa-

Ckastaignol. Lapideria de Novem Planchis ad idem opua, aimo 1408. Lapideria in parrochia saucti Gaudentii, anno 1323. »

sion de grands troubles. Une partie du clergé, Jeanne I re de Rochechouart, abbesse du monastère de la Règle, et toutes ses religieuses se déclarèrent pour Ranulfe de Pérusse qui, soutenu par quelques grandes familles du pays, s'empara des possessions de l'évêché, fortifia sa demeure, se fit garder par des hommes d'armes, pendant que d'autres campaient dans quelques places fortes, d'où on les voyait sortir tous les jours pour ravager à leur profit les campagnes, poursuivre les femmes, et revenir de chaque expédition chargés de butin. La terreur qu'ils inspiraient était si grande qu'on n'osait plus sortir de la ville; les marchands craignaient d'être pillés, les bourgeois d'être rançonnés. Cet état de choses se continua jusqu'à ce que le roi de France intervînt et obtint du pape Martin V que Ranulfe de Pérusse fût transféré à l'évêché de Mende, Hugues de Roffignac à celui de Rieux. Alors Pierre de Montbrun, abbé de Saint- Augustin, nommé par Martin V, prit possession du siège de saint Martial (1414-1427).

Olivier de Blois, quoique éloigné de sa vicomté, avait pris une part active à toutes ces compétitions. Ses agents avaient soutenu jusqu'à la fin les prétentions de Ranulfe, en mettant à sa disposition tous les hommes sur lesquels ils avaient juridiction. Quant au vicomte, voyant qu'il ne jouissait pas des rentes que le roi Charles V avait promises autrefois à Jeanne-la-Boiteuse, et qui devaient être perçues sur le duché de Nemours, comme compensation des droits auxquels celle-ci avait renoncé dans la vicomté, il intenta un procès aux consuls de Limoges, pour les contraindre à lui restituer les anciens privilèges de ses prédécesseurs, li'abbé de Saint-Martial élevait les mêmes prétentions. Mais Charles VT, dans l'intérêt de la paix publique, était intervenu et avait ordonné aux parties de s'abstenir de toutes poursuites. Ne pouvant réussir de ce côté, Olivier, excité

par sa mère, avait tourné son ambition vers la Bretagne. Marguerite de Glisson, pour lui donner un allié qui pût lui faciliter le succès de ses entreprises, lui avait fait épouser Isabelle, fille de Jean-sans-Peur, duc de Bourgogne. Forts de cet appui, le jeune vicomte et sa mère , profitant de l'absence de Jean-le-Sagc, que le roi avait appelé à Paris, tentèrent de s'emparer de quelques possessions dans le duché de Bretagne. Le duc, à son tour, au lieu de recourir aux armes, se contenta de convoquer les barons et les prélats de ses états, pour leur demander les moyens de réprimer les tentatives de la comtesse et de son fils. Le vicomte de Limoges se rendit lui-môme à Ploermel; il y signa une convention réglée par des arbitres. Sa mère refusa d'y consentir, rejetant avec hauteur .toutes les propositions qui lui furent faites. Alors, la transaction n'étant pas ratifiée par une des parties, le duc de Bretagne se défendit par les armes, poursuivit ses ennemis, et leur enleva rapidement la Roche-Derien , Guingamp , Ghâleaulin et l'île de Bréhat. La maison de Penthièvre était ainsi menacée de perdre toutes ses possessions, lorsque les murmures des barons bretons apprirent au duc, leur suzerain, qu'il ne pourrait pas compter longtemps sur leur fidélité.

Le roi de France, intéressé à réconcilier les deux familles, chercha par des prévenances à gagner Marguerite de Clisson : il lui fit présent d'une bible manuscrite, sur parchemin , ornée de gracieuses peintures , qui avait appartenu à Bertrand d'Abzac, chevalier, supplicié à Limoges pour crime de lèse-majesté ! . Sur son invitation, les deux familles se rendirent à Paris, où leurs différends furent réglés par les rois de Navarre et de Sicile, et par les ducs de Bourbon et de Berry (4410). Le duc de Bretagne, qui

i. Arch. de Pau : F. de la vicomte de Limoges, S. E.

s'était d'abord refusé à tout accommodement, avait cédé aux sollicitations du duc de Bourgogne, et consenti à rendre au vicomte de Limoges et à sa mère toutes les places conquises par lui, à leur payer dix mille livres de rente pour la seigneurie de Montcontour qu'il avait donnée à son allié, le comte de Richemont. Ce traité réglait les droits, mais ne réconcilia pas les parties.

Pendant que la comtesse de Penthièvre et son fils poursuivaient leurs prétentions sur le duché de Bretagne, ils négligeaient d'un autre côté des intérêts moins contestés; leur vicomté de Limoges était mise à contribution par les détachements anglais , qui , retranchés principalement dans les châteaux d'Ayen et du Châlard-Peyrolicr, portaient leurs ravages jusque sur les marches du Périgord. Du château de Courbefy, une de leurs principales places fortes, ils lançaient dans les environs leurs bandes dévastatrices. Charles d'Albret, comte de Dreux, les y avait vainement assiégés pendant douze semaines. Pour soulager le pays, il fallut traiter avec eux pour 440,000 écus (1404)v Ce n'était partout que désespoir, indignation, appel à la force pour résister à l'ennemi commun : la bourgeoisie de Limoges se montra la plus impatiente d'apporter des remèdes à tant de maux; elle invita tous ceux qui en souffraient à s'unir à elle. Les paroisses répondirent à son appel. Jean Dupont employa tout son patriotisme, toute son énergie au service de son pays, en se mettant à la tète de tous ceux qui accouraient armés, pleins de résolution pour attaquer* les Anglais dans le château d'Ayen. Fournis de pièces d'artillerie et de tout ce qui était nécessaire pour en faire le siège, ils campèrent durant dix-sept jours devant la place, interceptant les communications, attendant du temps et de la famine que la garnison demandât à se rendre. La place leur fut livrée,

et ils en rasèrent les murailles. Avant de sortir de Limoges, ils avaient aussi délruit le château de l'évêque, de peur qu'en leur absence il ne fût occupé par l'ennemi. Les consuls, rassurés par ce succès, se mirent aussitôt à construire des murailles, qui embrassèrent toute l'enceinte de la ville, depuis la Tour-Branlant jusqu'au faubourg de Montmaillé, derrière la rue de Sainte-Valérie (1416) *.

Malgré la prise d'Ayen, les Anglais continuèrent leurs courses sur d'autres points, surprirent le château d'Aixe, propriété du vicomte, qui, trop occupé de ses projets contre le duc de Bretagne, ne put pas venir défendre luimôme son hérilage. Il envoya son frère Jean de l'Aigle qui, par une politique égoïste, agit faiblement contre ses ennemis, espérant que les incursions de ceux-ci rendraient les bourgeois de Limoges plus disposés à restituer à sa. famille tous ses anciens droits, et que les nobles eux-mêmes, qui avaient profité de l'éloignement de la maison de Bretagne pour étendre leur autorité, se réuniraient à lui. Jl se présenta devant la ville, mais n'osa pas y entrer, parce qu'il craignit de voir se soulever contre lui la population qui connaissait ses projets et la perfidie de son frère. Il alla camper dans les environs d'Aixe, presque en face des Anglais, qu'il n'osa pas attaquer. Comme sa principale préoccupation était de rétablir la fortune de sa famille, il ût dire aux consuls de se rendre près de lui. Ceux-ci qui croyaient qu'il voulait s'entendre avec eux, pour donner la chasse aux Anglais, lui envoyèrent une députation conduite par Ramon de la Charlonie, ou, selon d'autres, par La Chapelle, juge ordinaire de la ville*. Cette députation fut d'abord reçue avec une apparente courtoisie.

1. L'église de Saiute-Valérie n'existe plus. Elle était située au-dessous <le l'hospice actuel, dans la rue dite des Hécollels.

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