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Le seigneur de l'Aigle s'excusa de ne pas être entré dans Limoges par crainte de la contagion qui y régnait. Mais, pendant l'entrevue, il chercha à savoir si les habitants consentiraient à le recevoir comme leur seigneur, s'ils lui obéiraient comme à leur vicomte. Voyant « qu'ils lui faisaient réponse trop froide, » il les congédia, et, le lendemain, il se dirigea vers Saint- Yrieix, où se réunirent à lui quelques nobles du pays, intéressés à s'associer à ses projets, à l'exciter à punir les bourgeois qui s'obstinaient à méconnaître les droits de sa famille l . Alors, suivant leurs conseils, il écrivit aux consuls, les menaça de faire couper les vignes par ses soldats dans toute l'étendue de la vicomté, s'ils refusaient plus longtemps de se soumettre. Les bourgeois effrayés se réunirent, et décidèrent qu'on enverrait vers le dauphin, plus tard Charles VII, une députatiou pour solliciter sa protection. Ce prince, qui semblait prévoir que bientôt il aurait besoin de tout le dévouement des villes du Midi, pour conserver son propre héritage, envoya Bertrand Champion, son maître- d'hôtel, dire au seigneur de l'Aigle de ne rien entreprendre contre la ville. Alors, se contentant de faire demander aux consuls de l'argent, pour payer ses dépenses, Jean de l'Aigle alla rejoindre son frère en Bretagne.
Le départ du prince facilita aux Anglais de nouvelles entreprises. Le capitaine de Beauchamp, un de leurs chefs, maître du château d'Auberoche, situé sur les marches du Limousin, vint à la tête de deux cents lances jusque sous les murailles de la ville (mars 1419). Aussitôt qu'on eut signalé son approche, les habitants qui se trouvaient à l'extérieur se hâtèrent de rentrer : quelques-uns cependant furent faits prisonniers à la porte du château de l'Isle, situé sur
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la rive gauche de la Vienne, tandis que d'autres avaient le temps de se réfugier dans la tour. Aussitôt toute la population courut aux armes; les remparts se garnirent de combattants de tous les âges, de toutes les conditions, et les sentinelles firent si bonne garde que, le lendemain, on vil s'éloigner l'ennemi, qui alla camper dans le prieuré conventuel du Châlard, près de Saint-Yrieix. Il s'y fortifia, puis se mit à ravager les environs, « faisant la guerre à tout le peuple, pendant deux ans qu'il resta maître de cette position. » Quatre siècles auparavant, le vieux monastère, où se réunirent les croisés du Limousin, avait retenti du cri patriotique et religieux : « Dieu le veut! » et maintenant (1419) la haine de l'Angleterre contre la France s'y traduit par le cri de guerre : a Saint-Georges et Guyenne 1 ! »
Dans le Limousin le désespoir était grand, les terres de la noblesse pillées comme les autres; les petits manoirs se fermaient toujours à l'approche de la nuit et s'entouraient de sentinelles pour surveiller les environs. Cependant la France méridionale commençait à s'inquiéter des progrès des Anglais. La noblesse et le peuple, animés du môme patriotisme, sympathisaient d'énergie avec le dauphin, que sa mère allait déshériter de la couronne pour la donner à un roi d'Angleterre. La légitimité était alors, et devait être encore longtemps, le principe conservateur de la nationalité française. Avec cette religion du patriotisme et du dévouement, la France devait survivre à toutes les révolutions. De Limoges, de Bourges et de Poitiers parlaient surtout ces élans de patriotisme qui devaieut faire reculer l'étranger. Les Xaintrailles, les Lahire et les d'Harcourt
1. Le cloître et l'ancien monastère ont échappé aux révolutions qui ont fait tant de ruines dans la France catholique. On voit encore dans le bourg du Châlard uno maison gothique qu'on appelle la Maison des Anglais.
arboraient déjà les couleurs du dauphin. Les trois États du Limousin se réunirent à Limoges, et décidèrent que le sieur de Marcuil, sénéchal du Limousin, irait assiéger l'ennemi au Châlard. Il partit avec dix pièces d'artillerie, cinq cents hommes, fournis par la ville et les communes voisines, et fut bientôt rejoint par les seigneurs de Lastours et de Mortemart, et par plusieurs autres gentilshommes. La garnison ennemie, après un mois de résistance, capitula à merci, rendit tous les prisonniers et l'immense butin qu'elle avait entassé dans la place (21 avril 4421) *.
A la nouvelle de la reddition de leurs frères, les détachements ennemis, campés dans les places voisines, sur les limites du Périgord, accoururent pour prendre leur revanche, pour se venger surtout des habitants de Limoges, dont ils ravagèrent les champs jusque sous les murailles de la ville, « faisant maux infinis sur les propriétés, pillant le bétail, les meubles des paysans, les rançonnant et les faisant prisonniers 2 , d On ne savait plus quel remède opposér à tant de maux; le peuple désespéré, ruiné, n'avait plus l'énergie nécessaire pour se défendre : ses moissons étaient arrachées, ses arbres coupés, ses maisons incendiée?. Pour ranimer les courages, les consuls, après une assemblée tenue à l'hôtel de ville, firent publier que tous ceux qui voudraient combattre les Anglais, recevraient des chevaux et des armes, une solde fournie par la ville; qu'ils marcheraient sous le commandement de Pothon de Xaint railles , qui conduirait cinquante lances. Le dévouement d'un citoyen, nommé Offura, décida de celui de plusieurs autres. Les hommes de la commune, après être venus prier et faire bénir leurs armes dans l'église de Saint-Martial, partirent pour tenir les champs, aux cris de joie de la