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foule. Us firent la guerre avec une tactique si sage, un dévouement si habile, qu'ils surprirent souvent l'ennemi et le forcèrent de s'éloigner de la ville. Pothon de Xaintrailles, le chef de cette armée improvisée, se montra à la hauteur de sa dignité de sénéchal du Limousin.
Pendant ce temps-là Olivier de Blois, ainsi que sa mère, au lieu de venir combattre pour la France dans sa vicomté, ne cherchait que l'occasion de nuire au duc de Bretagne, qui lui-même ne se montrait pas disposé à servir la France. Le dauphin, ne pouvant décider son puissant vassal à se ranger de son côté, ourdit avec la comtesse de Penthièvre un complot, ayant pour but de s'emparer de sa personne. Le vicomte de Limoges se chargea de l'exécution de ce projet. Il vint à' Nantes auprès du duc, lui fit les plus belles protestations d'amitié, de dévouement, et l'invita à une fête, qu'il devait, disait-il, donner à la noblesse du comté de Penthièvre et de la vicomté de Limoges dans son manoir de Châteauceau. Le duc s'y rendit, avec Bichard son frère et une suite peu nombreuse. Mais sur la route, tout en chevauchant tranquillement à travers les bruyères , ils tombent dans une embuscade que le comte et Charles de Blois, son frère, leur avaient préparée sur le pont de la Troubarde, sur la Divette, et sont amenés prisonniers à Ghâteauceau.
A la nouvelle de l'arrestation de son mari, la duchesse de Bretagne eut la même indignation, le même courage que naguère Jeanne de Montfort : elle arma ses vassaux, et enleva rapidement plusieurs places aux Penthièvre. Des fenêtres de sa prison le duc aurait pu voir ses partisans dresser leurs machines de siège contre les murailles de Châteauceau, si ses ennemis ne s'étaient hâtés de le conduire au château de^Clisson. Pendant que la comtesse de Penthièvre défendait la place, Olivier rassemblait des
troupes, ordonnait à Jean de l'Aigle, son frère» de quitter la vicomté de Limoges, et de venir à son secours avec toute la noblesse qui voudrait le suivre. Jean de l'Aigle arriva à la hâte, et prit le commandement de la petite armée levée par son frère en Normandie. Mais à la première attaque, il fut repoussé par ceux qui faisaient le siège de Châteauceau dont la garnison, réduite aux abois, demanda à capituler. La première condition fut la liberté du duc de Bretagne; la seconde, la reddition de la place. Le duc ayant été amené, le 5 juillet, au camp des assiégeants par le sire de l'Aigle, on permit à la comtesse, à ses enfants et à ses gens, de sortir du château, qui fut aussitôt rasé par ordre du duc. On s'occupa ensuite de la réparation de l'attentat commis par les Penthièvre. Le comte Charles et son frère promirent de faire satisfaction au duc dans les prochains États, et donnèrent pour otage Guillaume, leur frère. Mais T ayant manqué de parole, ils furent proscrits ; leurs biens, situés en Bretagne, confisqués par jugement de l'assemblée, au profit du duc, qui les distribua à son frère et à ses sujets, comme récompense de leur fidélité. Il fallut cependant prendre les armes pour exécuter la sentence. Les Penthièvre résistèrent, mais échouèrent presque partout.
Il ne restait plus à Olivier de Blois que la vicomté de Limoges ; il vint y cacher sa honte. Sa carrière politique était finie; il n'était plus aux yeux de tout le monde qu'un chef d'aventuriers, qu'un chevalier félon : la noblesse du Li- . mousin ne lui fit qu'un froid accueil ; les bourgeois de Limoges le virent avec dédain visiter les églises, cherchant ainsi à s'attacher le clergé. Quelques jours après, il se retira dans les vieux manoirs d'Aixe ou de Saint-Yrieix, osant à, peine sortir pour aller à la chasse, tellement il se croyait partout entouré d'ennemis.
Sur ces entrefaites arriva le dauphin , qui revenait du
Languedoc, de visiter ses villes fidèles. Il fit son entrée à Limoges par la porte Manigne, entouré d'une partie de la noblesse du Midi, salué par les cris de joie du peuple qui voyait en lui le représentant de la nationalité française, et quelques-uns le roi de la France méridionale, car Ton n'oubliait pas le projet de Bertrand de Born, le troubadourguerrier d'Authefort, qui avait voulu en faire un royaume, quand le Nord et l'Ouest étaient aux mains des Plantagenets. Après s'être informé de la résistance que faisaient aux détachements ennemis les habitants de la ville « renommée au loin par son industrie et sa fidélité *, » le prince, pour récompenser leur dévouement, accorda aux consuls tous les privilèges de la noblesse, et permit d'ajouter aux armes de la ville une bande d'azur avec trois fleurs de lis 2 . Ce prince, qui jusqu'alors avait plus vécu dans les boudoirs des châtelaines, dans celui surtout d'Agnès Sorel, que dans les camps, s'occupa aussi de la toilette des femmes de la ville. Peut-êlre la capricieuse maîtresse qui devait le faire passer de ses bras sous la bannière d'une bergère, fut-elle cause qu'il ordonna aux consuls d'imposer aux dames
1. Ou ne saurait trop remarquer que de toutes les villes en deçà de la Loire, celle de Limoges se distinguait par l'activité de son commerce, par les excellents produits de son industrie. Depuis longtemps ses habiles ouvriers, ses riches marchands, diiissimi mercatores, formaient entre eux, daus un intérêt commun, des associations sous le nom de Fratres Lemovici, dont les membres se protégeaient mutuellement , faisaient valoir et vendaieut au loin leurs produits. Dès l'année 1234, on trouve aux archives de Pau l'éuumération d'un grand nombre de métiers, parmi lesquels dix maîtres argentiers, désignés par les consuls pour faire le guet. Les consuls veillaient avec une rare attention à l'ordre intérieur, à la liberté du commerce, à l'égalité des charges pour tout ce qui concernait leurs concitoyens; aussi les voyons-nous en 1377 établir régulièrement, par la Pancarte des Péages, tous les droits à percevoir sur les marchandises introduites ou vendues daus la ville, n'exceptant rien de ce qui était nécessaire aux divers besoins de la vie; mai», par une restriction que n'accepterait pas aujourd'hui notre économie politique, c'était surtout sur les étrangers qui venaient s'établir daus certains quartiers de Limoges que pesait l'impôt.