Froissait
teresses, que tout ne fût exilé, et furent devant la ville de Rochechouart. » Chandos qui n'avait trouvé nulle part de résistance, s'arrête, examine les remparts, est surpris de leur solidité et de la force des tours. Le vicomte, attendant l'attaque, a placé Montbrun à la porle du Pic, près du château; Thibaud du Pont à celle de Marchedieu; Elion de Thalay à celle de Bereau, et Châteauneuf à la porte Panard. Les murs sont attaqués; les assiégés font pleuvoir une grêle de traits sur les assiégeants, qui sont renversés en dressant leurs échelles. Chandos continua huit jours de menacer la ville, mais fut obligé de se retirer, poursuivi par les assiégés aux cris de : « Mort aux Anglais 1 d Le comte de Pembroch, qui d'abord n'avait pas voulu suivre Chandos, crut avoir raison du vicomte, et vint à son tour attaquer la place, mais ne fut pas plus heureux. Alors Louis de Rochechouart, dans la crainte que les Anglais ne revinssent à la charge, se mit, lui, sa femme, ses enfants et son château « en l'obéissance et service du roi de France, se déclarant son homme lige. » Repoussés de ce côté, quelques détachements ennemis, se dirigeant vers Poitiers, saccagèrent l'abbaye de Boubon, occupée par des religieuses de Tordre de Fontevrault ! .
Déjà plusieurs places d'Aquitaine étaient tombées au pouvoir des Français; le duc de Berry s'avançait vers le Limousin à la tête de douze cents chevaux et de trois mille lances, espérant s'emparer de Limoges sans coup férir, parce que, depuis quelque temps, Charles V engageait les habitants à ouvrir leurs portes. Les bourgeois ne demandaient pas mieux, mais ils craignaient le retour offensif du
4. Cette abbaye, située dans la commune de Cussac, avait été établie en 1106, par Robert d'Arbrissel, fondateur de cet ordre. Le cloître, formé d'une suite de belles arcades, existe encore. La révolution de 93 a détruit tout le reste.
prince de Galles, qui tenait alors sa cour à Angoulême; ils craignaient aussi pour leurs franchises communales, car leur ville étant au pouvoir des Français, Jeanne-la-Boiteuse pouvait bien venir s'y établir en qualité de vicomtesse, et y faire revivre tous les anciens privilèges de sa famille. Elle venait en effet de faire sommer les consuls de la reconnaître, et, sur leur refus, elle s'adressa à Charles V. Ce prince, feignant de ne pas approuver ses prétentions, espérant rendre les habitants plus traâtables, s'engagea à lui faire cession de tous ses droits sur la ville et le Château. Soit qu'elle désespérât de pouvoir rétablir son autorité dans la vicomté, soit qu'elle s'entendît avec Charles V, qui se serait engagé à lui en faire, en temps opportun, rétrocession, supposition qui paraît la plus convenable, car on ne comprendrait pas qu'elle eût eu la pensée de priver ses enfants de ce riche héritage, Jeanne-la-Boiteuse donna à Charles V, à titre irrévocable, la vicomté de Limoges avec tous les droits qui en résultaient, comme témoignage de reconnaissance des nombreux services que Je roi lui avait rendus, ainsi qu'à sa famille (1369) ! . Il est à remarquer que, dans cette donation, elle prend le titre de duchesse de Bretagne, contrairement aux conditions stipulées dans le traité de Guérande. Voulait-elle, par là, protester contre ce traité ? Charles V lui avait-il promis de la soutenir dans la revendication de ses droits? Nous connaissons assez la politique du prince pour admettre, sinon l'afflrmation, au moins la vraisemblance de ces deux suppositions. Sur ces entrefaites, Jean Chandqs arriva à Limoges, y
i . «... No* ex ingentibus et necessariis causis et voluntate uostra, in recognitionem beneficiorum nobis et nostris per regiam Majestatera impertitorum... » (Acte du 9 juin 4369, fait à Paris. Arch. de Pau.) — Selon les chroniques manuscrites de Limoges, Charles V eut recours à ce subterfuge, pour faire croire aux habitants qu'il \oulait les défendre coutre la vicomtesse.
établit une forte garnison, pour défendre la place menacée par les ducs de Derry, d'Anjou, de Bourbon et d'Alençon, qui n'étaient plus qu'à une petite distance. Il espérait s'y maintenir longtemps, lasser le courage des princes, car il avait à leur opposer de fortes murailles protégées par de hautes tours et de larges fossés. Ses archers et son artillerie, placés dans le cloeher de l'église de Saint-Étienne, pouvaient tenir les assiégeants à distance. Cependant les ducs de Berry et de Bourbon n'en prirent pas moins position devant la place, espérant que les bourgeois, qu'ils croyaient gagnés par Charles V, leur en ouvriraient les portes. Duguesclin, qui arriva bientôt avec des troupes assez nombreuses, engagea les habitants à reconnaître l'autorité royale. Ceux-ci hésitaient encore, tant ils craignaient les vengeances du prince de Galles, lorsque Jean de Cros de Calmefort, évôque de Limoges, « tout compère qu'il était du prince de Galles, » mais qui venait de se déclarer pour Charles V, arriva d'Angoulême, affirmant que le prince était mort, qu'il l'avait vu ensevelir.
Dès lors, les consuls, les bourgeois et le peuple de la Cité se décidèrent à recevoir dans leurs murs les troupes royales, surtout quand ils virent paraître Duguesclin. « Quand messire Bertrand Duguesclin, raconte Froissart, fut venu au siège, sî s'en réjouirent grandement les François, et grand'nouvelle de lui et dedans la cité et dehors Tantôt il commença à aherder les traités qui étoient entamés entre l'évêque de Limoges et ceux de la Cité et le duc de Berry, et les poursuivit si soigneusement et si sagement, qu'ils se firent et tournèrent françois; et entrèrent le duc de Berry, le duc de Bourbon, messire Gui de Blois et les seigneurs de France dedans à grand'joie, et en prirent les fois et les hommages, et s'y rafraîchirent et reposèreat
trois jours l . » Mais il fallait déloger les Anglais de leurs positions où Jean Chandos pouvait encore se défendre. « Là-dessus, eurent lesdits seigneurs conseil et avis, qu'ils déromproient leur chevauchée pour cette saison, ainsi que le duc d'Anjou avait fait, et s'en retourâeroient à leur païs, pour prendre garde à leurs villes et' forteresses, pour monseigneur Canolle (Robert Knolle), qui tenait les champs en France; et qu'ils avoient bien : exploité, quand ils avoient pris une telle cité comme Limogés est *. » Cependant, à la demande de l'évôque, ils laissèrent dans la Cité une centaine d'hommes d'armes, sous le commandement de Jean de Villemur, de Jean de Beaufort et de Hugues, baron de La Roche. Ce dernier, déjà connu par son dévouement à la maison de Blois, se montrait toujours le plus hardi à courir sus aux Anglais. Ces trois gentilshommes, dont le prince de Galles admira souvent le noble courage, contribuèrent surtout « à reboucher la pointe de sa colère 3 .w ' • i .
Duguesclin, pour rassurer les habitants de la cité, demeura sur les frontières du Limousin. Après le départ des princes, Jean Chandos, cherchant à se prémunir contre une attaque, fit une sortie, et escarmouchant contre ses ennemis, qui voulaient lui fermer le passage, il brûla le fauhourg de Saint-Martin, centre important du commerce depuis plusieurs années; puis il continua sa chevauchée, ne laissant derrière lui que d'affreuses dévastations. Sa colère retomba surtout sur le vicomte de Rochechouart, dont il ravagea encore les terres, mais sans oser attaquer le château au siège duquel il 1 avait déjà honteusement échoué 4 . Ses troupes, dont il laissa une partie à Pem-