‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 3 sur 130 · Froissabt : c 3f · texte numérisé non relu

Froissabt : c 3f

8 j HISTOIRE DES VICOMTES (

broch, continuèrent leurs incursions dans la contrée située sur la rive gauche de la Vienue,

A la nouvelle que Limoges s'était rendu aux Fiançais, et que l'évêque, son ancien chancelier, avait engagé les habitants à ouvrir leurs portes, 1^ prince de Galles, qui se trouvait alors à Cognac, sur les bords de la Charente, se laissa aller à la plus violente, colère, déclarant a qu'il n'avait plus foi aux prêtres;,» jurant par l'âme de son père qu'il reprendrait la ville à tout prix, qu'il punirait les traîlres. Son armée, qui se composait de douze cents lances, chevaliers et écuyers, de mille archers et de trois mille hommes de pied, se mit aussitôt en mouvement. Il partit avec elle, accompagné de ses deux frères, le duc de Lancastre et le comte de Cambridge, et du comte de Pembroch. Parmi les principaux seigneurs anglais ou gascons qui suivaient sa bannière, on distinguait Guichard d'Angles, Louis d'Harcourt, les sires de Pons, de Parthenay, de Tonnay-Boutonne, Percevaux de Cologne, messire Geoflïoi d'Argenton, Geoffroi de Nontron, à qui il avait donné ce fief de la vicomté de Limoges, Robert, seigneur de Montbron en Angoumois, les sires de Montférand, de Chaumont, de Langoiran, de Thouars, et plusieurs autres impatients, comme lui, de punir la ville rebelle à l'Angleterre. Les habitants des campagnes, et ceux des villes qui se trouvaient sur la route, fuyaient à l'approche de cette armée, dont le chef, atteint d'une maladie mortelle, ne pouvant se tenir à cheval, se faisait porter dans une litière, n'ayant plus rien de cette énergie héroïque qu'il montrait à Crécy et à Maupertuis. Son armée arriva bientôt sous les murs de la Cité, dont les habitants, du haut de leurs créneaux, pouvaient l'entendre crier et jurer, qu'il ne se retirerait que lorsque la place se serait rendue à discrétion. Il prit son logement au couvent de Saint-Géraud. Le duc de Lan-

castre s'établit aux Jacobins; les comtes de Pembroch et de Cambridge, avec les seigneurs de Guyenne, au monastère de Saint-Augustin; les chevaliers de Poitou, de Périgord et d'Angoumois à l'abbaye de Saint-Martin et aux Cordeliers. On voyait briller de l'autre côté de la" rivière les feux de bivouac de Thomas Felton, captai de Buch, qui campait avec cinq cents lances, et, un peu plus loin, la division d'Hannuyers, autre chef anglais, qui commandait à mille archers et à dix mille Gascons. Le corps le plus rapproché de la place était celui de messire Jean Chandos.

En présence du danger qui les menaçait de si près, révêque et les bourgeois regrettaient de s'être donnés au roi de France, et ne voyaient aucun moyen d'échapper à la colère de leur ennemi, ni môme de se rendre à discrétion; car, ccmmele dit Froissart, « ils n'étoient ni mi-seigneurs, ni maîtres de leur Cité. Messire Jean de Villemur, messire Hugues de La Roche et Roger de Beaufort, qui la gardoient et qui capitaines en éloient, réconfortoient grandement les gens de la ville; et quand ébahir (trembler) les voyoient, leur disoient ; « Seigneurs, ne vous effrayez de rien; rions • sommes forts, et gens assez, pour nous tenir contre la puissance du prince : par assaut ne nous peut-il prendre ni grever, car nous sommes bien pourvus d'armes. » Quand le prince de Galles eut examiné avec ses maréchaux toutes les positions, en faisant le tour des fortifications, il fit venir les hurons, «gens bien experts pour mines, » lesquels il mit en besogne du côté du Naveix près d'une haute tour, appelée Aléresia, où la muraille était bâtie sur le tuf et sur le roc*.

Il demeura tout un mois devant la ville, faisant travailler

1. Le Naveix était cette partie de la Cité qui touchait à la Vienne. On le nommait ainsi parce que les barques chargées de bois s'y arrêtaient.

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