‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 24 sur 130 · Gallia Christiana, t. IV, p · texte numérisé non relu

Gallia Christiana, t. IV, p

G. En 1372, Charles V donna la châtellenie de Bellac à Louis II de Bourbou, seigneur de Beaujeu. En 1386, le duc de Berry possédait Bellac, Rancou et Champagnac, qu'il céda à Jean de Bourbon. Ces trois châtellenie* furent confisquées en 1477 sur Jacques d'Armagnac, duc de Nemours, par Louis XI, qui les donua à sa fille, Madame de Beaujeu.

Cozès. Les deux princes se dirigèrent ensemble vers Limoges, et virent bientôt accourir autour d'eux une troupe d'enfants portant de petites bannières aux armes de France, criant : t Vive le roi ! vive le dauphin ! • A Mont-Jauvy, étaient déjà réunis les frères Mineurs, contre la volonté de l'évêque, avec l'abbé de Saint-Martial, portant une chappe d'or et d'azur, tandis que ses religieux en avaient de blanches. Tous étaient rangés en ordre sur une vaste place, devant un autel orné de reliques, d'une image de Sainte- Marie du Sépulcre, d'une grande croix d'argent, d'une autre d'or, tandis qu'un jeune homme portant les reliques s'avançait au-devant du cortège *. Le roi, par respect pour cet appareil religieux, descend de sa mule, et se mettant à genoux, adore la croix que lui présente l'abbé, tandis que le clergé chante l'antienne Gaude, Maria 1 . Il remonte à cheval, et s'avance, précédé des religieux, dans le même ordre, jusqu'à un endroit situé à moitié chemin, entre Mont-Jauvy et la porte Montmaillé, où il y avait aussi une exposition de reliques. Mettant de nouveau pied à terre, il vénère les reliques que l'évêque lui présente. C'était sans doute en ce lieu que l'évêque aurait voulu que le clergé attendît le cortège; aussi avait-il vu avec peine les frères Mineurs aller prendre position plus loin. Cette division se manifesta encore; car lorsque le cortège se remit en marche, les chanoines criaient aux frères Mineurs de prendre le devant ; mais comme ceux-ci ne se pressaient pas, on finit par se ranger ainsi : les religieux formant une longue file à gauche, l'abbé de Saint-Martial et ses moines, et l'évêque

1. « ... In quadara platea pervia recta in itinere, invenimus parium paratum et reliquiaa desuper, videlicet imago S. Mariœ de Sepulcro et crux argentea de cardinali, et magaa crux aurea, jutene Btante ipsas reliquias déférente. » (Mss. du grand séminaire de Limoges,)

2. « Rex vero desceudit de sonipeta sua, flexis çenibus, adoravit eruceiru porrigeute Domino Abbate. » {Ibid.)

avec ses chanoines tenant la droite *. On arriva ainsi devant

le clocher où devait avoir lieu une nouvelle exposition de reliques. L'évêque ne trouvant pas que ses droits de préséance fussent observés, se disposait à se retirer ; mais, sur l'invitation de l'abbé de Saint-Martial, il prit place, avec les chanoines, devant les reliques, à l'entrée du cloître deTabbaye, en attendant l'arrivée du roi, qui Ct sou entrée par la porte de Montmaillé. Il y fut reçu par les consuls et les bourgeois, faisant flotter devant lui un immense étendard aux armes de France, sous lequel il continua sa marche avec son fils, tenant le milieu de la rue, dont les deux côtés étaient occupés par des gens d'armes, pendant que la foule criait : « Noël ! Noël ! » et les enfants : « Vive le roi ! vive le dauphin! » en agitant leurs petites bannières 2 . Arrivé devant le cloître, le roi descendit de cheval, embrassa la croix que lui présentait l'évêque, avec l'eau bénite, entra dans l'église, s'avança vers le grand autel de Saint-Martial, où, s'agenouillant, il baisa de nouveau la croix. Quand on eut chanté l'antienne en l'honneur du saint, et que l'évêque eut

1. «... Rege recenso equum suum, processimus ordinato conventn hinc inde usque ad locum, ubi D. Episcopus, cum canonicis &uis, iterum reliquias paraverat, id est iii medio itineris iuter Montem Gaudii et portam Montmaillé; et iterum rcx descendit, et reliquias adoravit per manus episeopi... Et rege remontato, conabantur canouici quod ante ipsos pergeremus, et per interpositas personas dominorura, alta voce clamantes : Pavant ! dawrU! Modicum venientes et contradicentes habuimus nostrum locum in parte sinistra, D. AbUas, cum conventu suo, et D. Episcopus cum canouicis suis in parte dextra. » (IbitL)

2. a « » ■ Et sic ordinal i venimus ante De cari tira, et nos iterum paratis reliquiis expectabamus, et D. Episcopo cum canonicis recedente, invitatus a D. Abbate remansit cum canonicis, et sic stantes ambo ante reliquias in iugressu Auleriœ saucti Martialis, expectabamus regem. Rex vero iugresius Montis Malier inveuit paratum papilionem pulchrum cum armis suis, quem gestabant consules et burgenses; et ipse rex et filius erant de subter et sic pergebant per médium carreriœ, armati vero hinc inde ordinati ab utroque îatere stabaut; trauseuule rege cum nobili comitatu, populus autem clamal)at : « Noe, Noe, Noe, » cum gaudio magno, et supra dicti pueri : « Vivo lo Rey ! et Vivo lo Dauphin ! » {Ibid.)

donné la bénédiction, ayant l'abbé à sa droite, le roi ne descendit point dans le Sépulcre; mais, suivant la même direction par laquelle il était venu, il retourna devant le cloître, remonta à cheval, et sous le dais, se rendit à la maison de Guillaume Julien, appelée Barandaria, c'est-àdire le Bâtiment, où il logea 1 . Le dauphin, pour faire honneur à l'abbé de Saint-Martial, prit chez lui son logement; son confesseur chez le prévôt des Combes, et son médecin dans l'infirmerie de l'abbaye ; le bâtard d'Orléans fut reçu dans la maison de Disnematin de Salles. Comme toujours, les solliciteurs s'empressèrent de rechercher les faveurs des princes : le prévôt des Combes demanda une prébende pour son neveu; Gui de Félins pria le médecin d'obtenir du dauphin que l'abbé réunît l'aumônerie à l'infirmerie, ce que l'abbé de Saint-Martin refusa, mais donna au solliciteur un autre bénéfice.

Le narrateur de cette entrée solennelle ajoute : t Jean Boute], de Bourges, apothicaire du roi, logea chez moi, dans ma chambre et dans mon propre lit, avec Denis, mon clerc, à qui il fit présent de six sous pour payer cette hospitalité, ce que je ne voulais pas. » Plusieurs autres personnes du cortège logèrent dans l'abbaye, entre autres Tanneguy Duchâtel, ancien prévôt de Paris, qui était venu rejoindre le roi à Bellac, et lui avait fait présent d'une lionne. Le dauphin attacha l'animal avec une corde, dans un appartement, en attendant son départ; mais, pendant la nuit, la

i. « Et sic veuit ordinate usque ad ante clocarium, et ibi descendit de equo, et ostenta cruce sibi per D. Episcopum, porrecta et data sibi aqua benedicta, intravit ecclesiam: et recta via venit ante majus altare S. Martialis, et ibi ilexis geai bus, iterum osculatus est crucem sic per episcopum tensam, et finita collecta H. Martialis, et data beuedictione ab ipso episcopo, D. Abbate stantejuxta ipsum episcopum, rex non descendit in sepulcro, sed recta via, per quam venerat, regressus est: et ante clocarium ubi spectabatur, reascendit equum suum, et sub papilione profectus e?t in domum Guillelmi Juliani vocati Baraudaria, id est lou Bastimcnt, et ibi hoapitatos remansit. » [Mis, du grand séminaire de Limoges.)

lionne s'élant élancée par une croisée, s'étrangla. Leprince n'emporta que la peau, comme il devait garder les dépouilles de la féodalité. L'abbé de Saint-Martial fit présent d'un beau chien lévrier, symbole de l'amitié à celui qui n'eut jamais d'amis.

La présence de Charles VII donna lieu à de splendides cérémonies religieuses. Après avoir visité avec attention les fortifications de la ville et les ruines de la Cité, il se rendit à l'église de Saint-Martial, où il assista à la messe et aux vêpres au grand autel, sur un prie-Dieu, placé près de l'armoire où couchait toujours le gardien du chœur. Après les vêpres, le chancelier Jacques de Ghabanes, sénéchal de Toulouse, étant en face de l'autel, lui présenta les religieux de l'abbaye dont l'abbé lui offrit tous les biens de sa communauté, pour qu'il en usât à sa volonté *. Le roi, très-sensible à cette générosité, en témoigna sa gratitude, ainsi que le dauphin, qui aurait bien pris cette offre au sérieux, s'il en avait eu le pouvoir. Le même jour, après dîner, il fit savoir à l'abbé qu'il désirait qu'on lui montrât le lendemain le chef de saint Martial, cérémonie qui eut lieu, en effet, au grand autel, en présence de tous les dignitaires du clergé et de tous ceux qui formaient le cortège. Quand tout le monde eut prié devant la sainte relique, des flots de peuple entrèrent dans l'église avec des offrandes pour l'apôtre d'Aquitaine. Mais après que les chants du chœur, auxquels s'étaient joints ceux de la chapelle du roi, eurent cessé de retentir sous les voûtes de l'église abbatiale, Charles Vil dut prêter l'oreille aux échos de la misère publique. Martial Bermondet, lieutenant-général, et en même temps consul en charge cette année, lui adressa une harangue dans laquelle

i. « ... Et ibi rex audivit abbatem bénigne, et conventum suum et boua EccWsiaî offerentem sibi et suo servitio et voluntati; et idem fecit Delphi nus. »

il lui fit, sous les plus sombres couleurs, le triste tableau de la misère qui régnait dans les campagnes 4 , des ravages que faisaient les Anglais, encore maîtres de Châlusset. Le môme jour, après dîner, il monta à cheval, suivi de son escorte, sortit par la porle Montmaillé, se dirigea vers l'abbaye de Saint-Martin, entra dans l'église de Saint-Etienne pour y prier et en admirer les admirables sculptures et les riches ornements. Après avoir visité la Cité une seconde fois et la fontaine d'Angoulôme, il passa devant le pilori du marché, et, suivant les rues Manigne, des Taules et du Clocher, il fut reçu dans la maison de Simon Luc, un des consuls.

Charles V et Charles VI, en récompense du courage des habitants de Limoges à résister aux Anglais, leur avaient accordé de nombreux privilèges, entre autres l'exemption de tous impôts; mais Charles VII, à son avènement, était trop pauvre pour suffire aux dépenses nécessitées par la continuation de la guerre contre les Anglais; il lui fallut faire appel à tous ses sujets. Limoges lui fournit trois mille écus comptant, et la province vingt mille livres. La ville eut encore à payer les frais de cette réception solennelle, qui se montèrent à sept mille écus. L'Eglise avait généreusement offert sa fortune à son roi pour la délivrance du pays; aussi le prince s'en montra-t-il reconnaissant, en donnant à l'abbé de Saint-Martial, pour lui et pour son abbaye, des lettres de sauvegarde, le privilège d'avoir plusieurs officiers pour veiller à la conservation de la fortune du cloître, et la faculté de percevoir les redevances qui lui étaient dues, mais dont les titres auraient été perdus depuis quatrevingt-dix ans. Informé du danger qu'avait couru la ville, de

i. « Martiaîis Bermondet, locuai tenens régis, et consul villse m ipso anno, jnultum bona et laudantes coram rege pneposito, ei arengam (sic) fecit, exponens et dicens paupertates et miserias et afflictiones temporis campaniarura nostri. » [Mss. du séminaire.)

tomber par trahison au pouvoir de Jean de Bretagne et des Anglais, il voulut, avant de s'éloigner, apprendre au peuple comme à la noblesse, qu'on ne conspirerait plus en vain contre la France; il fit trancher la tête, en présence de la foule, et sur un lieu élevé, à un chevalier nommé Bertrand d'Arac, traître à son pays, qui s'était fait le partisan de l'Angleterre, et qu'on avait fait prisonnier dans un liçu nommé le Doignon (in loco Daonione). Le coupable aurait pu s'échapper pendant la nuit, comme quelques-uns de ses complices, mais on ne lui en tint pas compte *.

Jean de Bretagne ne parut point à Limoges pendant le séjour qu'y fit Charles VII. En vain savait-il que le prince y était entouré des plus nobles représentants de la féodalité et des grands dignitaires de l'Église, il n'osa pas, comme l'abbé de Saint-Martial l'avait obtenu pour son abbaye, venir réclamer les droits de sa famille sur la vicomté. La fortune lui vint en aide d'un autre côté. Le connétable, Artur de Bretagne, dont il avait su gagner l'amitié, touché de ses prières, consentit à se faire son médiateur auprès de François I er , duc de Bretagne. Il le conduisit à Nantes, et le présenta lui-même à son neveu, qui, oubliant sa haine contre les Penthièvre, se laissa iléchir par les larmes du vicomte, déplorant la ruine de sa fortune, les malheurs de sa famille, lui rendit une partie des biens confisqués à sa maison, et remit en liberté Guillaume, son frère, retenu depuis longtemps en otage (1448).

i. Quelques écrivains ont avancé que ce fut Bertrand d'Abzac que fit mettre à mort Charles VII, à Limoges. Le chroniqueur, auteur de la relation du voyage de Charles VII, semble contredire cette assertion : o Fecit publiée, in alto loco prope pilorium, amputare caput Bertrandi de Arac. » Nous n'avons pu lire ce nom que do cette manière. Le chevalier d'Abzac, arrêté à Dôme en Périgord, fut bien supplicié pour cause de trahison. Celui qui est ici nommé avait été fait prisonnier avec quelques autres, « in loco Daonione ou Daatnione. » Cet écrivain devait être bien informé, puisqu'il assista à l'entrée de Charles VII à Limoges.

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