CHAPITRE XXII
RÈGNE DE FRANÇOIS l nr .
La noblesse, U clergé et le peuple à l'avènement des Valois- Orléans. — L'enselgnemiut à Limoges et les consuls. — Œuvres des artistes ; les émailleurs. — Les idées nouvelles en religion. — La disette à Limoges.
— Arrivée de Henri de Navarre, vicomte de Limoges. — Cérémonies religieuses. — Intempérie des saisons : détresse des habitants. — Les dogmes religieux attaqués. — Un nouveau sénéchal à Limoges ; l'évéque Jean de Langeac. — Son zèle pour le maintien de la foi. — Ses oeuvres d'art à la cathédrale. — Sa mort : son tombeau. — Le clergé manque d'énergie. — Arrivée de Marguerite de Valois. — Henri d'Albret mécontente les habitants. — Le clergé explique les causes des calamités publiques. — Changements dans les institutions politiques. — Les grands jours à Limoges. — Fêtes en l'honneur d'Éléonore, sœur de Charles-Quint.
— François de Pontbriant, gouverneur du Limousin. — Le baron de Bèze et ses troupes repoussés par les habitants. — Les franchises municipales méconnues par le vicomte : aliénation des fiefs. — Maladies contagieuses à Limoges ; la ville en partie abandonnée.
Pendant que le Limousin était ravagé par les « diables » et que François I er , le roi chevaleresque, l'ami de la Renaissance, allait chercher des batailles en Italie, la noblesse de France, aussi ambilieuse que lui de glorieux exploits, se disposait à le suivre, car il était réservé aux descendants des croisés, avant l'éclipsé de leur histoire, de rajeunir leur illustration en combattant pour la patrie. Alain d'Albret, vicomte de Limoges, n'eut pas le temps de prendre sa part d'héroïsme dans la grande lutte de la France contre la maison d'Autriche : veuf de Françoise de Blois, décédée en 1481, date de son testament, il mourut lui-même en 1522, laissant la vicomté et ses autres États à son petit-fils Henri, roi de Navarre.
Depuis longtemps la vicomte de Limoges n'était plus pour ses maîtres qu'une terre, qu'Us connaissaient à peine, qu'ils administraient par leurs ofûciers, presque toujours portés à abuser de leur autorité, La vieille hiérarchie so* ciale s'était éclipsée depuis Louis XI; les grandes familles allaient chercher des honneurs ou de la fortune à la suite des princes ; les abbés commendataires ne veillaient plus aux règles de la discipline ; la plupart des évoques, vivant à la cour, ne s'occupaient plus avec le môme «èle de l'administration de leurs diocèses; le peuple, moins respectueux pour les classes qui le dominaient par l'intelligence ou par le rang social, rêvait de changements dont il ne pouvait calculer ni les avantages, ni les désavantages. Ain* si , Église , noblesse et bourgeoisie marchaient dans des voies différentes, entraînées par le mouvement intellectuel que nous avons déjà signalé; les institutions traditionnelles tombaient une à une, alors qu'elles auraient dû seulement s'améliorer par des évolutions pacifiques; les idées de liberté, d'émancipation, aidées par l'imprimerie qui les propageait, comme le vent pousse l'orage, allaient à un avenir incertain ; tout concourait h saper dans leur base les institutions du moyen âge, La société, façonnée par les enseignements que lui avait donnés l'Église, reniait les bieni faits de ses maîtres.
A Limoges, on réclamait de nouveaux moyens d'instruc* tion en rapport avec les idées du jour, Cette ville, où les lettres avaient eu de fervents disciples durant tout le moyen âge, les abbayes tant de moines savants, voulait avoir une grande part dans l'enseignement public; les consuls en réclamaient la surveillance 1 . La science sortait des cloîtres,
1, Les consuls de ce temps étaient : Aymeri Villebois, Jean Disnematin, Léonard Lamy, Jean Juge, Martial Disnematin, Paul Gay, HéUe Galiehier,
et Jean Dumas. (Reg. CONSULAIRES.)
d'où elle avait toujours, pour le bonheur de l'humanité, éclairé les consciences. On fit construire un collège, où toutes les sciences humaines devaient recevoir de larges développements : la grammaire pour poser les règles de la langue, qui se dépouillait de la rouille du moyen âge ; la poésie, pour réveiller l'essor de l'imagination; la rhétorique, pour captiver les esprits ; la logique, pour guider la pensée à la recherche du vrai. Les hommes les plus savants du pays furent désignés pour donner ou pour diriger cet enseignement; mais la démocratie, représentée par ses consuls, se réservait les choix. Le clergé vit en cela une usurpation de ses droits; Jean Brachet, chantre de la cathédrale, réclama au parlement de Bordeaux le privilège de conférer la maîtrise des écoles. Michel Jovion, son successeur, consentit à reconnaître ce droit aux consuls, moyennant dix livres de rente, ce qui fut accepté.
Limoges entrait donc dans une ère toute nouvelle, et devenait un foyer de fortes études, qui devaient surtout profiter à la bourgeoisie. Jean de Maledent allait enseigner la philosophie du droit à Toulouse et à Cahors, et mériter une place parmi les hommes illustres de l'Aquitaine ; Marc- Antoine Muret était déjà en grand honneur parmi les littérateurs et les poètes 1 ; Jean Dorât, qui devait être le poète aimé de Charles IX, s'apprêtait à harceler les huguenots de sa critique mordante 2 ; Siméon Du Boys travaillait pour le monde savant à une édition, enrichie de notes, des Épitres de Cicéron à Atticus*. Les artistes en émail, qui depuis longtemps travaillaient au perfectionnement de l'art, décoraient les monuments publics des plus belles œuvres de