Mémoire des consuls , année
un des signes de la liberté. Le droit de convoquer le peuple au son de la cloche est mentionné dans toutes les chartes des communes. C'était donc une grave injure faite aux manants de cette époque, de leur enlever ainsi le moyen de se concerter quand leurs franchises seraient menacées.
Enfin la douleur publique se fit jour; messieurs Saleys, Lascures et Meize, députés de la cathédrale, se rendirent auprès du lieutenant-général, et obtinrent de lui de retarder l'exécution de l'ordre du connétable qui voulait qu'on brisât les cloches et qu'on en portât le métal au siège du sénéchal. Mais si le peuple souffrait des formes violées de son culte, il ne souffrait pas moins dans ses intérêts matériels, Les agents du trésor exigeaient rigoureusement l'impôt sur le sel. Sur les réclamations des États du Poitou, de la Saintonge, de l'Angoumois et du Limousin, le roi consentit, quatre ans après, au rachat de l'impôt, moyennant deux cent mille écus, dont le tiers-état devait payer les deux tiers, tandis que la noblesse et le clergé ne devaient tenir compte que du reste. Après d'assez longues réclamations dans lesquelles intervint le chapitre de la cathédrale qui, pour venir en aide au peuple, offrit aux consuls de payer la moitié de la somme exigée, l'impôt fut à peu près également réparti entre les trois ordres. Le maréchal de Saint-André, par son influence, avait beaucoup contribué à alléger les charges de la bourgeoisie, aussi sa femme futelle reçue à Limoges avec les plus grands honneurs. On lui fit présent d'une coupe d'argent doré de la valeur de cinquante et un écus 1 .
Antoine de Bourbon, roi de Navarre et vicomte de Limoges, par son mariage avec Jeanne d'Albret, était resté étranger, dans ces graves circonstances, aux réclamations