‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 60 sur 130 · Heg* consul · texte numérisé non relu

Heg* consul

villes du royaume une somme de cent mille livres. Celle de Limoges avait été taxée à sept cent cinquante, que les consuls répartirent sur les habitants et qu'ils payèrent le 26 mars 1555. Deux ans après, au moment où la France résistait péniblement aux attaques de la maison d'Autriche, représentée par l'héritier de Charles-Quint, le fils de François I er rappela aux consuls que déjà, en 1547, on avait demandé aux villes da royaume huit cents milliers de salpêtre auxquels ses finances avaient suffi, mais que maintenant le besoin était devenu plus presssant, « par la grande et incomparable quantité de munition d'artillerie dont l'empereur et le roy d'Angleterre avoient faict amas de longue main. • Limoges eut à préparer en toute diligence six milliers de salpêtre et de poudre à canon pour le dernier jour de février

La perte de la bataille de Saint-Quentin, où périt le vicomte de Rochechouart (1557) \ imposa bientôt après au pays de nouvelles charges : le.roi, pour payer les frais de la dernière campagne et se créer de nouvelles ressources, fit un emprunt sur tout le royaume. Les bourgeois, les marchands, les artisans de Limoges, et même leurs veuves, durent y contribuer. Le zèle et le dévouement des consuls ne suffisaient plus aux nécessités publiques; la fortune particulière de ces magistrats était menacée par la responsabilité qu'on tenta de faire peser sur ceux qui étaient alors en fonctions, en leur demandant compte des deniers perçus par leurs prédécesseurs depuis trente ans.

1. Lettre du 5 octobre 1557, écrite de Saint-Germain-en-Laye. (Reg. consulaires.)

2. Claude, vicomte de Rochechouart, eut pour successeur René de Rochechouart, qui avait assisté, à l'âge de quinze ans, au siège de Perpignan, à ceux de Chàlons et de Metz. Il fut fait prisonnier dans Hesdin, assista ensuite à la prise de Calais avec le maréchal de Tavanes, aux batailles de Jarnac et de Montcontour. 11 épousa la fille de Gaspard de Tavanes, et fut

• enterré à Poitiers, dans l'église de Saint-François, où on lui éleva un mausolée de bronze et de marbre.

Au mois d'août, le roi de Navarre, gouverneur pour le roi en Guyenne, ordonna aux trois états du Haut-Limousin de se réunir à Bordeaux pour aviser aux moyens de venir au secours de la France. Le clergé s'y fit représenter par le seigneur de Bouchiat, député par la noblesse, et le tiersétat, par les consuls Lazare et François Martin. Geoffroi d'Hauteclaire, conseiller du roi, y fit un appel aux sentiments religieux pour qu'il plût à Dieu « d'envoyer une bonne paix et concorde entre les princes chrétiens, par jeûnes, oraisons, processions, prédications et aultres prières ; » puis, s'adressant au patriotisme, il engagea toutes les villes, à l'exemple de Paris, à fournir au roi des hommes et de l'argent 1 . Commeut celle de Limoges pouvait-elle répondre à ce dernier appel, s'imposer de nouveaux sacrifices, quand elle était encore en instance pour ne pas satisfaire entièrement à la fourniture de la poudre à canon qui lui avait été déjà demandée, et dont elle n'avait pu livrer qu'une partie ? En vain les consuls toujours dévoués, toujours sur la brèche pour défendre la fortune de leurs concitoyens, faisaient au roi le triste tableau de leur misère et de leur impuissance, exposant humblement que « depuis dix ans, oûtre les impôts, la peste, pendant deux ans, a ravagé tellement la ville que la pluspart des habitants l'ont abandonnée ; » que les ressources pécuniaires ont été épuisées pour secourir les pestiférés, pour racheter l'amortissement du quart et demi de l'impôt sur le sel, pour compléter les divers emprunts faits sur les habitants, « lesquels ung chascun a esté contrainot payer par distraction de leurs biens et emprisonnement de leurs personnes ; » qu'ils sup-

1. Les consuls, élus cette année, furent : Jean Do une t, Mathieu Benoit, Hélie Rougier, Guillaume Champaignat, Jean Roumanet, Pierre Mosnier, Bertrand de Mons, Mathieu DaYid, Jean Yveraaud, Colas Guéry, Antoine du Boys et Joseph Martin.

pliaient le roi d'avoir égard « à la pouvreté et stérilité du pays, distant de loingtain des rivières et ports maritains, et sans le continuel labeur de leurs bras n'auroyent moyen de vivre; » que l'année précédente, la ville et la province avaient horriblement souffert de la famine.

Ces plaintes avaient cependant quelquefois de l'écho dans les conseils de la couronne. Henri II chercha à répondre aux doléances de ses sujets. Il apporta un notable changement à l'administration des finances par l'établissement à Limoges, qui avait toujours dépendu de la généralité de Riom, d'une recette générale, confiée à un trésorier, « qui devoit recevoir pour son entretenement deux mille cinq cents livres de gaiges ordinaires, et pour droicts de bûche ; » à deux receveurs généraux aux gages de douze cents livres tournois ; à un contrôleur général payé cinq cents livres annuellement (avril 1558)

Cette même année, après l'élection consulaire, qui eut pour résultat le remplacement complet des précédents consuls, preuve que ces fonctions étaient bien difficiles à remplir, ou bien recherchées*, les seigneurs de Rochefort et de la Feuillade vinrent à Limoges, pour établir en garnison la compagnie du vicomte et roi de Navarre Antoine de Bourbon. Les consuls s'y opposèrent en invoquant leurs privilèges ; mais, mal accueillis, deux d'entre eux vinrent protester devant le comte des Cars, lieutenant de cette compagnie, qui se trouvait à son château, et qui, après avoir pris l'avis du vicomte, parut disposé à choisir une autre localité. Le vicomte reconnut lui-même les privilèges invoqués, mais décida que cette garnison, qui se composait de

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