‹ Histoire des vicomtes et de la vicomté de LimogesChapitre 61 sur 130 · Reg. consulaires · texte numérisé non relu

Reg. consulaires

2. Pierre Bastide, Jean Malledent Pierre Guibert, Jean Duboys, Étienne Baud, Joseph Baignol, Jean Jay, Jean Froument, Martial du Boucheys, Martial Cibot, Jean Alesme et Martial Martin, sieur du Mont. (Reg. consul, élect. du 7 décembre 1558.)

la compagnie de son fils, plus tard Henri IV, alors âgé de quatre ans, s'établirait provisoirement dans la Cité et dans les faubourgs, sans rien toucher au corps de la ville (22 juin

Malgré les difficultés du temps, les habitants de Limoges, pieux conservateurs des coutumes de leurs ancêtres, jusqu'à ce que la réforme pénétrât dans leurs rangs et troublât les consciences, veillaient attentivement à ce que l'asile de pénitence de Mont-Jauvy eût toujours son ermite. Frère Louis Bernard, la victime volontaire des péchés de ses concitoyens, étant mort le 11 avril 1559 *, François de Gouttes, appelé le Tullent, parce qu'il était natif de Tulle, mais résidant depuis longtemps à Limoges, fut choisi pour le remplacer. Après lui avoir donné les vêtements de deuil conformes à son état, le consul Étienne Baud, décoré de son chaperon , conduisit le nouvel ermite par la main, de la | maison commune à l'église de Mont-Jauvy, voisine de l'hermitage. Après lui marchaient les autres consuls, deux à deux, avec leurs insignes, suivis de plusieurs notables, hommes et femmes. Après avoir assisté avec une foule nombreuse à une messe solennelle du Saint-Esprit, le prévôt introduisit de Gouttes dans son asile de pénitence et l'exhorta à y vivre saintement.

Cependant le traité de paix de Cateau-Cambrésis (3 avril

1559) , paix impolitique qui fut le dernier acte du règne 2 , semblait néanmoins promettre à la France le repos qu'elle n'avait guère connu depuis l'avènement de François I er . La

1. L'année commençait encore à Pâques dans le Limousin; de sorte que la mort de l'ermite de Mont-Jauvy eut lieu le 11 avril 1559, qui fut le mardi de Pâques, Pâques tombant cette année-là le 9 avril. {Art de vérifier les dates.)

2. « 0 misérable France ! s'écriait du Villars, à quelle perte et à quelle ruine t'es-tu laissé ainsi réduire, toi qui triomphais sur toutes les nations de l'Europe ! »

nouvelle en fut donnée au sénéchal de Limoges qui, au nom du roi, ordonna qu'on fît une procession, pour rendre grâces à Dieu « de ceste paix tant désirée par les pouvres subjectz. » Sur la réquisition du procureur du roi, on annonça, à son de trompe, que tous les habitants devaient assister à cette cérémonie , le dimanche suivant. Comme la lettre n'avait pas été adressée aux consuls, ceux-ci envoyèrent au lieutenant du roi deux d'entre eux pour demander quel rang leur serait assigné. Comme on leur répondit qu'ils n'auraient pas le rang en usage dans les autres villes, c'està-dire qu'ils tiendraient la gauche avec leurs chaperons , ayant leurs gagiers devant eux, au lieu d'être à droite; ils en furent vivement contrariés et, dans une réunion composée du corps consulaire , des bourgeois, marchands et autres notables, il fut décidé qu'ils n'assisteraient pas à la cérémonie, mais que, le jeudi suivant, ils se rendraient à une autre procession, qui partirait de l'église collégiale de Saint-Martial. Le lieutenant du roi leur intima l'ordre de se présenter, mais comme ils persistaient dans leur résolution, les gagiers de la ville « avec leurs robes et bastons, » suivis de Raymond , leur officier, à cheval, portant l'étendard aux armes de la ville, et précédés «de quatre tabourins de Suysse » et autres instruments de musique, annoncèrent par toutes les rues que la procession et les autres manifestations de la joie publique auraient lieu le lendemain de l'Ascension. En effet, dès sept heures du matin , les consuls se réunirent à la maison commune, où se trouva Jean Julien, trésorier général de France, avec Étienne Baud, consul et prévôt, et d'où ils partirent, revêtus de leurs chaperons, accompagnés du juge civil et prévôt criminel, de l'avocat, du procureur et du greffier du roi* vicomte. Derrière eux se pressaient un grand nombre de bourgeois, de marchands et d'autres habitants de la ville.

Le cortège se rendit à l'église de Saint-Martial, où fut célébrée une messe solennelle, après laquelle les chanoines portèrent en procession la châsse de leur patron, celle de saint Loup et celle de saint Aurélien, par les rues de la ville, accompagnés des prêtres des deux églises paroissiales et des quatre couvents d'ordres mendiants. Les consuls et leur prévôt tenaient à la main chacun un flambeau d'une livre et demie de cire, tandis que d'autres les précédaient avec douze torches, auxquelles étaient attachés les panonceaux aux armes de la ville. Après cette cérémonie, ils firent dresser sur la place des Bancs un arbre haut de quatre-vingts pieds, «lequel fut garni de grand quantité de fagots, avec force pouldre de canon; à la sonmité troys baricques de tourmentine (térébenthine), et au bas, quatre baricques de la tourmentine et pouldre à canon , et oultre ce, trois charretées de gros boys et deux charretées de fagots, avec pouldre de canon et tourmentine; et un peu plus loing, à l'endroit du pillory, furent dressées trois douzaines de pièces d'artillerie. » Le cortège, dans le môme ordre que pour la procession, partit à une heure de l'après-midi, de la maison commune, précédé de douze enfants portant des torches aux armoiries du roi de France et du dauphin. On arriva ainsi sur la place, au bruit de douze pièces d'artillerie. Après avoir fait trois fois le tour de l'arbre, le trésorier général et les consuls allumèrent le feu, aux grands applaudissements de la foule , contente de ce que ses magistrats avaient su maintenir leurs privilèges.

D'autres intérêts à sauvegarder, les luîtes incessantes contre les prétentions de l'Etat, qui exigeait chaque jour de nouveaux impôts, préoccupèrent encore les consuls. Le haut et le bas Limousin eurent à se répartir la somme de douze mille livres, pour le remboursement à faire au nom-

mé Gastel, pourvu de l'office de surintendant des finances, dont la suppression avait été ordonnée par le roi. 11 en fut de même, lorsqu'on demanda au tiers-état de nouveaux impôts pour les fiefs et arrière-fiefs qu'il détenait en mainmorte, et dont la recherche avait été confiée à M. de Chamborant, seigneur de Lavaud l . Les consuls s'opposèrent aussi, mais inutilement, à la nomination d'un notaire royal en la ville de Limoges. Les privilèges et les franchises si souvent invoqués dans les derniers siècles par la commune, et défendus avec tant d'obstination par les consuls contre les vicomtes, les rois d'Angleterre, les rois de France, et contre le clergé, étaient ouvertement méconnus. L'autorité royale absorbait tous les droits conquis par la commune au moyen âge. Au mois de juillet, le 9, jour de dimanche, on apprit la mort d'Henri II (1559). Celte nouvelle prématurée, car le roi n'expira que le lendemain, ne donna lieu à Limoges à aucunes manifestations. Ce règne n'avait rien eu, en effet, qui pût mériter l'expression de la douleur publique, ni l'enthousiasme de la reconnaissance. La peste , la famine et les impôts avaient mis le comble à la misère du peuple; la bourgeoisie avait vu diminuer sa fortune, le commerce son activité, la noblesse son ascendant et l'Église son inlluence; dans tous les rangs de la société, le mécontentement, quoique parfois dissimulé, n'en couvait pas moins des ferments de discordes et de haines.

Le Limousin avait fourni aux graves négociations politiques de ce règne une de ses illustrations. Jean des Montiers du Fraisse, né au château de ce nom, après avoir été nommé évêque de Bayonne en 1550, prit une grande part aux relations diplomatiques de Henri II avec les puissances étrangères dont on voulut se faire des alliées contre Char-

1. Lettres de Henri II du 30 mai 1559. (Regist. consulaires.)

les-Quint. Chargé d'une ambassade près des prioces d'Allemagne en 1551 et 1552, il avait défendu avec éloquence les intérêts de la France à l'assemblée de Passaw. D'autres missions diplomatiques lui furent encore confiées par le môme roi, qui appréciait sa fidélité et ses talents 1 .

1. C'est à Jean des Moutiers, évèque de Bayonne, qu'est due la construction dé la principale partie du château du Fraisse, dans la commune de Nouic, mais la partie la plus ancienne remontait aux premières années du XIII e siècle. La même famille l'a toujours possédé depuis cette époque. Jean des Moutiers avait composé un ouvrage sous ce titre : Des états et des familles illustres du monde chrétien, et un autre, cité par Du Verdier dans sa bibliothèque imprimée en 1585, intitulé : Sommaire de Vorigine, description et merveilles d'Écosse, avec une petite chronique des roys dudict pays. Il mourut en 1558. (De Thou : Hist., 1. 8.)

Page 1