EN LIMOUSIN
Jeanne d'Albret et son fîli. — Précautions des consuls de Limoges. — Ravages commis par les protestants à Saiut-Junien, à Solignac. — Saint- Yrieii pris par les chefs protestants. — Eutrée du duc des Deui-Ponts dans le Limousin; sa mort à Nexon. — Les bandes des protestants à Saint- Junien, à Rochechouart. — Le duc d'Anjou au Couzeis. — Catherine de Médicis à Limoges : elle écrit pour Gui de Lubersac au duc de Guise. — Le duc d'Anjou et sa mère au Petit-Limoges. — Coligny repoussé d'Aixe.
— Conduite du comte des Cars. — Forces des deux armées. — Position de l'armée royale. — Dispositions de Coligny. — Combat de La Rochel'Abeille. — Coligny Ta attaquer Poitiers. — Bataille de Montcontour. — Les consuls de Limoges font garder les portes. — Arrivée de M. de Lansae et de M. de Losse. — Réception faite à madame de Sainte-Croix. — Paix de Saint-Germain. — Arrivée du comte de Ventadour à Limoges; réception solennelle. — Entrée du marquis de Villars dans la ville. — Les esprits se calment. — Le clocher de Saint-Étienne incendié. — Les consuls enregistrent les événements. — Secours donnés aux indigente. — Note sur le prix du blé. — Madame de Sainte-Croix, abbesse de la Règle.
— Les consuls envoient une députation à Jeanne d'Albret. — Quelques , consuls partisans des protestants; discussions à l'occasion d'un marché.
• — . Mort de Jeanne d'Albret; espérances de paix. — La nouvelle de la Saint-Barthélémy à Limoges. — Les protestants reprennent les armes. —
• Le comte de Ventadour à Limoges. — Les consuls résistent à ses prétentions, — Intervention de Mb 1 " de Laubespine. — Les consuls refusent de recevoir les gens d'armes du duc de Ventadour. — Montluc est reçu à
, . Limoges, — Fête à l'occasion de l'avènement de Henri III. — Le vicomte de Turenne et ses partisans réunissent leurs forces. — Ils occupent Ségur, Uzerche, Brive. — Les habitants de Limoges surveillent Châlusset. — Les abbayes et les églises pillées. — projets de la faction des Politiques.
— Limoges refuse de remettre les clefs de la ville au comte de Ventadour. — Entrevue de celui-ci avec les envoyés des consuls; ses troupe* occupent la Cité. — DésastreB, suite de cette occupation. ~ Frauçois de Neuville, abbé de Qrandmont. — Le Dorai ferme ses portes au vicomte de la Guerche. — La Ligue reconnue à Limoges. — Le vicomte de Turenne occupe Beaulieu; courage de Madeleine de Senneterre. — Note sur le château de Montai. — La noblesse du Limousin pour Henri de Navarre.
— La famille de Saint-Aulaire. — Note sur le vicomte de Turenue. —
Tulle repousse les protestant»; le duc de Biron dans Brive. — Les consuls avec les communes vont assiéger Chàlusset. — Le duc d'Alençon à. Limoges. — L'évèque Sébastien de l'Aubespine à Saint-Léonard. — Tentât We des gentilshommes du Poitou contre Limoges; les traîtres arrêtés et condamnés. — Claude de Lévi, gouverneur du Bas-Limousin. — Note sur l'érection du duché de Ventadour. — Henri III avertit les consuls de so tenir sur leurs gardes. — Plainte» des consuls rejetées par le conseil iVÉtat. — Inventaire des munitions de guerre. — Arrivée du seigneur do La Mothe-d'Authefort. — Il demande des secours aux consuls. — Prise 3u château de Saint-Germain. — - Les maladies contagieuses dans le Liuousin. — Les troupes du maréchal de Birou se retirent. — La nouvelle du traité de Fleix à Limoges. — Doléances des consul? sur la pauvreté du pays. — Le collège de Limoges. — Les positions des ligueurs attaquées. — Tulle au pouvoir des protestants; odieuses violences. — Tentatives contre d'autres places; plusieurs sont prises. — Le Dorât assiégé par les ligueurs. — Le seigneur d'Aubeterre à Brive; sei succès. — Tulle résiste au vicomte de Turenne. — Les Rastigoac à Saint-Yrieix. — - Arrivée du comte de la Vonte à Limoges.
Malgré le traité de Lonjtimeau (2 mars 1568), conclu après la bataille de Saint-Denis, une nouvelle guerre parut imminente. Catherine de Médicis, excitée par la cour d'Espagne, en cherchant à s'emparer des chefs de la faction protestante, apprenait aux huguenots à ne pas compter sur ses promesses. Le prince de Gondé et l'amiral, échappés avec peine à ses embûches, se réfugièrent à La Rochelle, où ils furent joints par Jeanne d'Albret et par le prince de Béarn, son fils. Les calvinistes accueillirent avec enthousiasme l'indomptable vicomtesse de Limoges, qui, ayant réuni quatre mille hommes, partit avec son fils, qu'elle avait disposé par une mâle éducation à subir, sans s'étonner, les épreuves de la fortune; elle mit au service de sa cause, avec tous ses joyaux, le jeune héros de quinze ans, qui brûlait de faire ses premières armes sous son oncle lo prince dcCondé. !
Dans l'attente des événements, les consuls de Limoges, avertis que plusieurs villes avaient été occupées par les calvinistes, gardèrent plus attentivement leurs portes; mais ne comptant pas assez sur leurs propres forces, ils appelé-
rent à eux les comtes des Cars, de la Vauguyon, de Pompadour et autres gentilshommes du pays, qui arrivèrent bientôt avec des troupes, mais qui, ne pouvant séjourner dans la ville, parce que le roi les appelait à son secours d'un autre côté, engagèrent les consuls à choisir pour capitaines quatre gentilshommes limousins, de l'Eschauzier, deMolyn Paulte, d'Andelay et d'Aygueperse, ayant chacun deux cents hommes sous leur commandement, outre le guet, composé de quatre-vingts, qui montait la garde la nuit. Les consuls, pour surcroît de prudence, choisirent encore pour capitaines les plus dévoués d'entre les habitants, le receveur Bouyol, Pierre Benoît, Jean Duboys, Antoine Duboys, Mathieu Benoît, Jean Martin et Étienne Bonny, dont chacun commandait une compagnie de cent hommes, chargés de veiller nuit et jour aux portes et aux murailles.
Ces précautions n'étaient pas inutiles, car les calvinistes de la ville étaient déjà partis pour rejoindre leurs coreligionnaires, avec lesquels ils espéraient revenir bientôt revoir leurs foyers et faire la loi à leurs adversaires. Plusieurs détachements ennemis parcouraient le pays. L'un d'eux, sous la conduite de Caumont de Piles, en passant à Saint- Junien, avait incendié l'église et le couvent des Cordeliers. D'autres pillèrent le monastère de Solignac, si célèbre par l'illustration de son fondateur et par les vertus de ses religieux, toujours fidèles aux règles cénobitiques et a habiles dans plusieurs métiers. » La plupart des reliques furent brûlées, les autels profanés, et les ornements d'or et d'argent volés. L'année suivante, la bataille de Jarnac, gagnée par le duc d'Anjou sur le prince de Condé, qui y fut assassiné (16 mars 1569), sembla assurer le triomphe des catholiques; mais l'infatigable ardeur de la vicomtesse de Limoges releva l'inébranlable constance de l'amiral de
Coligny. Traversant les rangs de l'armée vaincue, tenant par la main son fils et le jeune prince de Condé : « Mes amis, dit-elle aux soldats, voilà deux nouveaux chefs que Dieu vous donne, et deux orphelins que je vous confie. »
Coligny rallia les débris de l'armée vaincue à Jarnac. Quelques-uns de ses lieutenants menacèrent alors les principales localités du Limousin. Les habitants de Saint-Yrieix, sommés par le capitaine Noumens, au nom des princes et de l'amiral, de livrer la ville, s'y refusèrent avec la plus grande énergie. Trois jours après, le sieur de Bonneval 1 envoya Plantadis, son fourrier, renouveler la sommation, et sur un nouveau refus, sa compagnie et celles de Pierre-Butfière et du capitaine Gigounat, au nombre de cinq ou six cents hommes, tant à pied qu'à cheval, prirent, à sept heures du soir, les faubourgs et s'y logèrent. Le lendemain (12 juin), l'assaut fut donné, et la place prise à dix heures, les maisons pillées et saccagées, les églises Saint-Pierre, Sainte-Catherine détruites, les habitants surpris mis à mort 2 .
Le duc des Deux-Ponts, conduisant les troupes allemandes, entrées récemment dans le Limousin, était arrivé près de la Souterraine, menaçant les détachements de l'armée royale, qui se trouvait sous le commandement du duc d'Aumale et du duc d'Anjou, dans. les environs de Saint- Benoît-du-Saut et de Saint-Gauthier. Le capitaine Massez 3 , c homme de bonne conduite, et autant expérimenté au faict des armes qu'autre de son temps, » que le comte des Cars
\. Gabriel de Bonneval, seigneur de Coussac, Blanche fort, Salagnac, était fils de Jean et de Françoise de Varye de Montaigut. Il était neveu de Germain de Bonneval, en grande faveur sous Charles VIII, et un des trois dont on disait :
Chastillon, Bourdillon, Bonneval Gouvernent le sang royal.