De Thou, 1. 45, p
ral, les régiments de Piles et de Rauraix, et restèrent maîtres du théâtre de la lutte. Coligny, avec les troupes allemandes, opéra sa retraite du côté de Saint-Junien, poursuivi par le duc d'Anjou, qui vint camper à la Rocher Abeille, à cinq lieues de Limoges, où il se trouva bientôt en présence de l'ennemi, qui venait de traverser la Vienne une seconde fois, auprès d'Esse, place appartenant au comte des Cars, dont les protestants tenaient aussi le château.
Si nous en croyons Pierre de Jarrige, auteur d'un journal sur les événements du temps, le comte des Cars, nommé . gouverneur du Limousin par Charles IX, se serait montré peu digne de cette confiance. « Cependant, ledict sieur des Cars, par le commandement dudict sieur d'Anjou, se seroit retiré audict pays de Limousin, pour pourvoir à ce que seroit besoin pour la deffense d'iceluy; lequel estant arrivé en sa maison des Cars, se trouva malade, comme le commun bruit, fust toutefois adverti que ledict duc des Deux- Ponts s'approchoit, et estoit près la ville de la Souterraine, aussi que ledict amiral, avec toutes ses forces, s'avançoit pour venir trouver le duc des Deux-Ponts, près la ville de Limoges, sans qu'aucun s'aperçut d'un si soudain département, auroit délogé ladicte maison, avec sa femme et sa famille, et retiré en un château appelé Gimel 4 . »
Coligny, s'attendant à être attaqué prochainement, avait
1 . François de Pérusse, seigneur des Cars, servit d'abord dans la maison de Navarre, passa ensuite dans le parti des Guise. Le curé Nadaud dit que François des Cars, frappé de la prédiction d'un astrologue, qui lui avait annoncé qu'il devait mourir d'un coup de pied de cheval, fuyait toutes les occasions de se trouver à un combat de cavalerie (Nobiliaire du Limousin). C'est ainsi qu'on peut expliquer sa conduite à l'arrivée du duc des Deux- Ponts, dont l'armée se composait en grande partie de reltres (cavalerie allemande). Le château de Gimel, où il se retira, est situé dans la partie la plus montueuse et la plus inaccessible du Bas-Limousin. L'église des Cars, du Xf 8 siècle, possède un reliquaire très- remarquable, orné de filigranes d'argent et enrichi de pierres précieuses. Quant au château, situé dans le bourg, les ruines n'y rappellent rien de l'ancienne splendeur de cette famille. Il
concentré presque toutes ses troupes à Saint-Yrieix; il les y passa en revue et paya la solde de ses alliés, en présence du jeune roi de Navarre, qui logeait dans la maison du seigneur de Longchapt 1 , et du prince de Gondé, accueilli dans celle de Cbouly *. « Et pendant que le dict camp séjourna dans ladicte ville, les princes estrangers furent festoyés par les princes, amiral et autres grands seigneurs de leur suite ; furent baillés grands dons et présents auxdicts princes estrangers, et leur fust payée une grande partie de leur solde 3 . » Les forces des protestants se montaient à 25,000 hommes, celles des catholiques à 30,000. Il était difficile aux deux armées de subsister longtemps dans des positions dont les environs manquaient de vivres ; aussi furent-elles obligées d'étendre leurs quartiers.
Le camp de l'armée royale couvrait une plaine et un co teau au pied duquel s'ouvraient d'étroites vallées : un fossé à palissades l'entourait, excepté du côté de Saint-Yrieix, où il y avait un vallon profond dominé par une colline qu'occupait l'artillerie sous la garde des Suisses. Un peu plus bas coulait un ruisseau, dont les eaux réunies à d'autres sources formaient un étang. Au delà de la chaussée de cet étang, le duc d'Anjou avait établi une avant-garde, forte de deux régiments, commandés par Barte et Goas, qui, en cas d'accident, avaient devant eux des haies et des bois de châtaigniers où ils pouvaient se mettre à couvert. Un corps nombreux de cavalerie soutenait l'infanterie. Goligny, dans une
ne reste que deux grosses tours, et dans une chambre où coucha, dit-ou. Henri IV, on voit i'écusson des Cars : de gueules à un pal de vair. (De Veunkilh-Puyraseau : Hist. d'Aquitaine.) -
1. Jacques de Gentilz, seigneur de Lajonchapt, fils d'Élie et de Léonne de Sanzillon-la-Foucaudie» On montre encore dans cette maison la chambre où coucha té jeune priuce de Navarre.
2. Yrieir de Chouly, seigneur de Permangle» conseiller du roi, et son élu en l'élection du haut pays de Limousin.