P. de Jarrige : mss
position moins favorable, voyant le duc d'Anjou faire un mouvement en avant, marcha à sa rencontre avec son avant-garde, dans laquelle étaient Jean de Sonbise, La Fin, seigneur de Beauvais, François de Briquemaut, La Noue, Taligny et Louis de Nassau, avec un corps d'Allemands. François de la Rochefoucauld commandait le corps de bataille , dont faisaient partie les princes de Béarn et de Condé, le prince d'Orange et Henri de Nassau, son frère. Quoique les deux camps fussent très-rapprochés, l'armée royale était dans une si grande sécurité, et si peu attentive, qu'elle n'apprit l'arrivée des ennemis que par un prisonnier. Alors se fait entendre sur toute la ligne le cri : Aux armes l Les mousquetaires sortent de leurs retranchements, pour soutenir le corps de garde sur la levée de l'étang. De Piles engage le combat, mais ceux des siens qui s'élancent les premiers sont d'abord repoussés : soutenus bientôt par d'autres qui les suivent, ils forcent les catholiques à rentrer dans leurs retranchements, d'où ceux-ci, couverts par les palissades et les châtaigniers, tirent sans cesse sur les confédérés, leur tuent beaucoup de monde. Vaincus par le nombre, ils commencent tardivement à opérer leur retraite, tandis que les officiers généraux les plus rapprochés de la mêlée cherchent au contraire à arrêter ce mouve* ment en faisant espérer de prompts secours. En effet arrive aussitôt Philippe Strozzi qui avait remplacé Brissac dans la charge de colonel général, et avec lui trois cents hommes d'élite. Il arrête, exhorte, appelle par leurs noms ceux qui reculaient, et rétablit le combat. Encouragés par sa fermeté, les catholiques chargent vigoureusement, le suivent et font reculer les troupes du seigneur de Piles, qui se mettent en déroute à l'arrivée de nouveaux adversaires con-
1 . Philippe Strozzi, fils de Pierre et de Laodamia de Médieii.
duits par le lieutenant Semma. L'honneur de la journée semblait réservé au duc d'Anjou, quand l'amiral, voyant le désordre des siens , envoie des troupes fraîches ; et, comme on n'avait combattu jusque-là que de front, il ordonne de tourner le village et d'attaquer le retranchement par derrière. Les chefs qui menaient ces renforts prennent les catholiques en flanc et en queue, et tout change de face. Les soldats de Strozzi sont mis en déroute, sans qu'on puisse les rallier. Les protestants ne font aucun quartier, et le carnage eût été bien plus grand, s'ils avaient poursuivi les fuyards. Mais une pluie battante y mit obstacle, ce qui permit aux vaincus de rentrer dans leur camp (15 et 16 juin 1569). Le sieur de Massez, mort dans cette journée, eut une tombe dans l'église de Saint-Pierredu-Queyroix. Le jeune Henri de Béarn fit ses premières armes à cette bataille, après laquelle le duc d'Anjou plaça dans Limoges une forte garnison, qui fut employée à achever une plate-forme à la porte des Arènes.
Malgré ses succès à la Roche-1' Abeille, l'amiral n'osa pas venir attaquer Limoges. Pendant que le duc d'Anjou se dirigeait vers le Bas-Limousin, il dispersa ses troupes dans les environs de Saint- Yrieix, et les conduisit ensuite au siège de Poitiers. A cette nouvelle, le duc d'Anjou accourut, remonta vers le Haut-Limousin, en passant par Treignac, et arriva assez à temps sous les murs de Poitiers, d'où Coligny fut repoussé par son plus mortel ennemi, le duc de Guise, fils de l'illustre défenseur de Metz. Une nouvelle action dans la vaste plaine de Montcontour (3 octobre) lui coûta la perte de huit mille hommes et de son artillerie. Mais la guerre civile n'en continua pas moins, « comme une rage, comme un feu qui brûlait et embrasait toute la France K » Quelques détachements , revenus dans le Li-