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ET DE LA VICOMTÉ DE liïMOGES. 277
Limousin. Les protestants s'étaient emparés du château du Dorât. Ceux qui s'étaient retranchés derrière les fortes murailles de Châlusset ravageaient les environs, et, malgré de récents échecs, se montraient parfois du côté de Limoges. On résolut alors d'attaquer cette tanière de brigands et de la détruire, comme le roi l'avait permis. Les consuls mandèrent aux habitants de Solignac de se saisir promptement de tous les chemins et sentiers qui conduisaient à la citadelle. Les gens d'Eymoutiers accoururent aussi avec les communes voisines, marchant en bon ordre, conduits par le sieur de Fraisseix. Les troupes de Limoges, tant à pied qu'à cheval, arrivèrent bientôt, enseignes déployées, s'emparèrent des maisons voisines, investirent ainsi la place, pendant que Vauzelle, leur capitaine, >ïivec deux cents chevaux, battait l'estrade, visitait les postes que les ennemis venaient observer quelquefois, mais sans oser les attaquer (14 avril 1577). Les populations des alentours étaient si impatientes de se voir délivrées qu'un grand nombre de femmes, d'enfants, de vieillards, accourus pour être témoins du triomphe des leurs, se tenaient pendant la lutte sur les collines voisines avec quelques prêtres qui les engageaient à prie* pour le succès de leurs frères. Les assiégés, sommés de se rendre, ne continuaient plus la résistance que dans l'espoir d'être secourus : bientôt, se voyant livrés à euxmêmes, ils offrirent de donner des otages et de capituler si, après deux jours, ils n'avaient pas reçu de renforts. On y consentit; mais personne n'étant venu, le samedi 49 du même mois, plus de soixante soldats, conduits par le capitaine Plaix et le sergent Latour, sortirent et firent leur soumission. Les vainqueurs, fiers de leur victoire, rentrèrent avec leurs prisonniers dans Limoges, dont le gouvernement venait d'être donné au sieur de Bussel, qui fît son entrée le même jour à la grande joie des habitante. La vieille cita-
délie de Châlusset, fortifiée avec soin par Jacques de Mauraont, avait été si souvent dangereuse pour la sécurité du pays que les habitants de Limoges et des autres villes résolurent de la démolir. Ces hautes murailles tombèrent aux cris de joie de la population ; mais ce qui reste de ces ruines imposantes suffit encore pour donner une idée de cette forte position. .
Depuis la mort de Charles IX, toutes sortes de difficultés s'étaient produites dans ^administration consulaire : la perception des impôts, les événements de la guerre, la nécessité d'y pourvoir, les comptes demandés aux magistrats de l'argent qu'ils avaient reçu, et de leurs dépenses, tout avait occasionné une grande perturbation dans les affaires publiques. Les élections s'étaient faites d'une manière irrégulière; aussi, pendant les quatre dernières années, peu de renseignements nous sont fournis par les registres des délibérations *. 11 semble qu'accablés par les malheurs du présent, les consuls n'osaient pas en transmettre à la postérité les tristes souvenirs, >
Dans l'intervalle de tranquillité que procurèrent la pacification de Poitiers et l'édit de Bergerac, on put espérer la fin des troubles. Henri Hï, dans l'espoir de détacher plusieurs seigneurs du parti protestant, institua l'ordre du Saint-Esprit, et parmi les nouveaux chevaliers on compta les seigneurs de Ventadour, de Noailles, d'Aubusson, de Saint-Chamans et de Pompadour. Peu de temps après arriva à Limoges le duc d'Alençon, frère du roi, à la tête de la petite armée avec laquelle il avait réduit à l'obéissance les protestants de l'Auvergne. Les consuls et le gouverneur i ♦ \ { ; . ~
4. Un signe visible du trouble de ces temps est la négligence des consuls à lever toutes les taxes dont la population avait été frappée de Tannée 1575 à l'année, 1578, et l'irrégularité des élections qui auraient dû être faites, selon l'ancienne coutume, au mois de décembre, et qui avaient eu lieu le 13 avril, le 39 juin et le 4 fi mars.
allèrent au-devant de lui jusqu'il Bourganeuf. La ville se livra à toute l'expansion de sa joie. Bourbon-Busset, les consuls, accompagnés d'une nombreuse infanterie et de huit cents arquebusiers, reçurent le prince en dehors des murailles, et, arrivés à la porte Manigne, le couvrirent d'un dais magnifique, honneur qu'il ne voulut accepter que jusqu'au pont-levis. Le clergé montra le môme empressement, fit sonner toutes les cloches et chanta un Te Deum à la porte de la cathédrale, où il entra pour vénérer les reliques exposées sur le grand autel. La bourgeoisie accueillit aussi magnifiquement les seigneurs de sa suite. Son armée campa dans les environs : la garde française au faubourg Manigne, les Suisses aux Combes, et lanière-garde à Saint-Junien. En partant pour se rendre à Poitiers, il laissa le commandement de la ville au duc de Nevers. Confiant dans le der* nier traité de paix, il y fit conduire les canons, les muni* tions et les bagages de son armée. On rendit les mêmes honneurs au duo de Montpensier, qui arriva bientôt après, avec sa femme et son fils. Ce prince, surpris par une maladie, séjourna près de deux mois, pendant lesquels les consuls, les principaux officiers et les plus notables de la bourgeoisie allaient le visiter tous les jours, lui demander des . conseils pour maintenir la ville sous l'autorité du roi. A son départ, on lui offrit « des épiceries et des dragées, des confitures et des flambeaux », représentant une valeur de quarante écus *.
La confiance renaissait; le clergé, si éprouvé dans les dernières années, crut retrouver ses jours de prospérité, car la solennité de ses fêtes attirait de nouveau la foule. L'évêque Sébastien de l'Aubespine se rendit en grande pompe à Saint- Léonard, pour célébrer l'office divin dans l'église dédiée au pieux disciple de saint Remy, et construite, ou plutôt réédi-