Reg. consulaires
fiée par Richard Cœur-de-Lion a , et que les protestants avaient profanée. Les consuls de cette localité et les bourgeois lui firent une brillante réception, et après plusieurs grandes cérémonies auxquelles la population fut beureuse d'assister, ils l'accompagnèrent jusqu'à Limoges (1578).
Quelques infractions au dernier traité de paix ne tardèrent pas à faire naître l'inquiétude dans les rangs des protestants et môme des catholiques. La confiance de ceux-ci avait été trop grande, la défiance des protestants trop pleine de précautions pour qu'il ne fût pas facile de prévoir de nouvelles luttes. Un tremblement de terre effrâya tellement les populations que les habitants de Limoges, l'interprétant comme le présage de nouveaux dangers, ne songèrent plus qu'à leur sûreté, surtout lorsqu'ils apprirent que les protestants venaient de s'emparer d'Uzerche, de ce rocher que couronne encore la belle église abbatiale, au pied de laquelle coule lentement la limpide Vezère. Comme à la veille de grands dangers, les esprits étaient préoccupés ; les moindres apparences expliquées, commentées par la foule; arrivait-il un étranger dans la viiie> on le soupçonnait, on épiait ses démarches. Bientôt il fut prouvé que ces craintes n'étaient pas chimériques. Dans le mois d'octobre (1579), on apprit que quelques gentilshommes du Poitou avaient formé le projet de s'emparer de Limoges. Un des habitants à qui ils s'étaient adressés pour leur fournir les moyens de réussir se laissa séduire. Alors quatre gentilshommes entrèrent dans la ville, chacun prenant son logis dans un des quatre quartiers pour mieux étudier les lieux. Accompagnés de leur complice, ils visitèrent les positions et plusieurs châ-
1. Les chapelles de l'abside de cette église et la partie basse de la nef sont du style roman du XI e siècle, et se rapporteraient à une restauration de l'aunée 1062. (Bonaventure,) t. 111, p. 410.) Le chœur parait avoir été restauré au xvu« siècle. Le portail occidental est du xiii*. (L'âBBÉ Arbellot : Revue archéol. et hist.)
teaux des environs. De ces quatre personnages, les plus actifs étaient le seigneur de Princay et celui du Bouchot, qui désiraient surtout s'associer un des consuls. Ceux-ci feignirent d'accepter leurs propositions : l'un d'eux alla trouver les deux gentilshommes à l'auberge du Lion, où ils étaient logés, eut avec eux une longue conversation dans laquelle ils firent connaître leur projet, et, comme il leur représentait que l'exécution n'en serait pas facile, ils lui répondirent qu'ils avaient à leur disposition un grand nombre de gentilshommes et d'arquebusiers prêts à les seconder; qu'il fallait surprendre la ville par la porte de la Boucherie; que le consul qui en aurait la garde devrait la laisser ouverte pendant le jour, après en avoir éloigné les soldats du poste ; qu'alors, se précipitant dans la ville, on ferait main basse sur tous ceux qui s'opposeraient à l'entreprise, et que, maîtres de la place, on ferait de l'église Saint-Michel, de la maison du Breuil, et de quelques maisons voisines, autant de centres d'action pour commander à la ville. Pendant cet entretien, M. de La Roche, sénéchal, et deux autres citoyens, se tenaient derrière la porte et recueillaient tout ce qui se disait. Puis, au moment où le consul donnait le mot du guet, le sénéchal, avec ses archers, se précipita sur de Princay et du Bouchet, qu'il garda prisonniers jusqu'au lendemain, qu'ils furent conduits dans la maison de ville et renfermés séparément.
L'instruction, dirigée par le lieutenant criminel, le vicesénéchal, et les gens du roi, se fait au milieu d'une inquiétude qui est générale, et dure jusqu'à minuit. Le lendemain, les deux prisonniers sont conduits au parquet du lieutenant criminel, interrogés et condamnés à avoir la tête tranchée, après avoir été mis à la question pour qu'ils fissent connaître leurs complices. Princay, pressé par les souffrances, et du Bouchet, volontaire-
ment, nommèrent comme leurs complices, des Lezes, de Busserolles, de Ladange, le sieur de Résos et Mo rit, le sieur de Frétel et de Valon, les neveux de ce dernier, les •ieurs de Puyrobins, de Masgoudard ; les sieurs de Constancerie et de Baigne, habitant Saint-Germain, près de Confole us; le sieur du Bouche t et sa troupe, les soldats de M. de Malescot, ceux du Blanc, de Chevigni et de Saint-Sornin, les sieurs du Cluzeau et de l'Age-Bernard, le sieur de La Vos te et ses deux beaux-frères Chanterye et des Champs; de la Roudrie, près de Lussat, et les guidons de Montmorillon le sieur de Rochefort le jeune de Dournay, des environs du Blanc; La Pagerie, Chillon, de Deux, de Graves et du Boys, de Vivans, habitant aussi les environs du Blanc; Le Petit, La Mothe, demeurant à la Roche-Volusson ; les soldats d'Angle, Beaudoin, de La Barlottière, du bourg de Rochambaud; du Mas de Chevigni, du Cluzeau et son frère; Beyssat, neveu et voisin de la Voulte de Mezières ; enfin, les sieurs des Landes et de La Vallière, presque tous appartenant au Poitou.
Les deux condamnés, qui avaient déclaré se nommer, l'un Innocent de Princay, seigneur dudit lieu, en Berry, et Règne Bigot, seigneur du Bouchet, en Poitou, furent conduits par l'exécuteur de la haute justice à la place des BancB : ils eurent la tôle tranchée; leurs corps furent coupés en quatre parties et attachés à quatre potences dressées aux quatre entrées de la ville; leurs têtes mises au bout d'une lance, celle de Princay à la porte de la Reine, et celle de du Bouchet à la porte de la Boucherie (12 octobre 1579) 4 . Par la môme sentence, leurs biens étaient confisqués au profit du roi, après prélèvement de «six mille escus soleil », dont deux
1. JL/acte de condamnation était signé : Martin, de La Roche, Lamy, Deloménie. Gadaut, Martin, Delapine, de Joyet, Dupont et Denycârd. {Heg. consul.)
mille devaient être employés à la réparation des murailles de la ville, et deux mille à la fondation d'un collège. Henri ni approuva la conduite des consuls l \ ce fut sans doute pour leur tenir compte de leur vigilance à conserver la ville sous son autorité qu'il leur accorda une diminution sur un impôt de trois mille trois cent trente-trois écus ordonné précédemment, « eu esgard, dit l'ordonnance, à la gelée qui a gasté tous les bledz, vins, chastaignes et aultres fruictz servans à la nourriture des habitants *. »
Pendant que les villes du Midi se déclaraient pour les protestants, la réforme trouvait peu de partisans dans la vicomté de Limoges ; les habitants des campagnes, et surtout ceux des petites localités qui rapportaient leur origine au séjour de quelques saints anachorètes du moyen âge et dont on conservait précieusement les reliques, restaient fidèles à la religion de leurs ancêtres. Presque partout on accusait les nouvelles doctrines de jeter le trouble, de nuire au commerce, à l'agriculture, par suite des guerres. La noblesse, malgré les fréquents appels que lui faisait Henri de Navarre par ses agents, qui se présentaient souvent dans les châteaux sous prétexte de leur rappeler les droits de suzeraineté de leur maître, refusait de prendre les armes, ou ne les prenait que pour le roi ou pour la Ligue. Henri III avait donné le gouvernement du Bas-Limousin à Claude de Levi, seigneur de Carlux, qui était venu aussitôt à Tuile prendre possession de sa charge, circonstance qui donna lieu au bruit que Gilbert de Levi, vicomte de Ventadour, fâché de se voir enlever cette dignité, se disposait à s'emparer de Tulle. Mais le noble seigneur protesta de sa fidélité au roi, avouant qu'à la vérité il avait fait placer sur leurs affûts de vieilles pièces de canon laissées au château de Venladour