DES BAYADÈRES
(Dévadassi.)
Les bayadèressont aujourd’hui prêtresses du culte et de l’amour. Primitivement, elles n’étaient vouées qu’au service des autels et devaient rester vierges. Nous ne nous occuperons d’elles qu’à ce point de vue seulement.
Lorsque l’immortelle déesse Nari, principe mère de la divinité, comptait encore dans l’Inde des temples spécialement dédiés à son culte, les cérémonies de ce culte étaient accom-
plies par des jeunes filles vierges consacrées à la déesse dès leur plus tendre enfance.
Dans le mystère de la conception primitive, Nari avait été fécondée par le souffle de l’Être irrévélé, et l’Esprit divin était symbolisé par le feu, source et principe de la vie. Les temples de Nari étaient donc également dédiés au feu, et une lampe qui ne devait jamais s’éteindre, pas plus que l’éternelle fécondité de la nature, était enfermée dans un sanctuaire dont l’entrée défendue au profane était gardée par les dévadassi.
Si la flamme venait à mourir faute d’aliment, ou pour tout autre motif, toutes les prêtresses du temple étaient immédiatement condamnées à mourir par le bûcher. On allait en grande pompe chercher du feu sacré dans une autre pagode et on consacrait de nouvelles bayadères.
La croyance était que si ce feu, symbole de l’union de Nari, la vierge, et de Nara, l’Esprit, venaità s’éteindre en même temps dans tous les temples, le principe fécondant de l’univers cesserait d’exister, et la matière retomberait dans le chaos d’où elle ne pourrait être tirée que par une nouvelle création.
Toute bayadère devait être pure, sa vie chaste, l’irnage de l’épouse immortelle de la divinité, et celle qui violait son serment était enterrée vivante.
Nous nous bornerons dans ce chapitre à ces indications trèssommaires, nous réservant d’étudier à fond ce culte mystérieux que nul n’a encore exhumé des vieilles pagodes de l’Inde, lorsque nous aurons à exposer le symbolisme étrange des croyances cosmiques qui ont donné naissance à la vierge Nari.