LES GRANDES FÊTES DU CULTE
Le brahmanisme compte vingt-quatre grandes fêtes obligatoires, pendant lesquelles tout travail, toute affaire sont arrêtées.
Le rajah descend de son trône pour prendre part aux sacrifices, et augmenter par sa présence la solennité des cérémonies.
Les tribunaux suspendent leurs séances.
Les marchands ferment leurs boutiques.
Les agriculteurs abandonnent les travaux des champs.
Les armées en présence font trêve à leurs querelles.
Les esclaves respirent...
De l’Inde entière s’élève un immense cantique à la divinité.
Lorsqu’on étudie ces étranges coutumes en remontant à travers les âges pour en rechercher l’esprit, on comprend que cette multiplicité de fêtes ne fut instituée par les brahmes que comme un moyen de plus d’asseoir solidement leur domination religieuse.
« Une religion, dit Montesquieu, chargée de beaucoup üe pratiques attache plus à elle qu’une autre qui l’est moins.
On tient beaucoup aux choses dont on est continuellement occupé, témoin l’obstination tenace des mahométans et des juifs, et la facilité qu’ont de changer de religion les peuples barbares et sauvages, qui, uniquement occupés de chasse ou de guerre, ne se chargent guère de pratiques religieuses. »
(Esprit des Lois, livre XXV, ch. il)
« Dépositaires, dit Dubois en parlant des brahmes, d’une religion à laquelle ils assignent une origine qui se perd dans la nuit des temps, ils savent habilement mettre en œuvre les traditions fabuleuses qui leur servent de base, telles que les aventures merveilleuses de leurs dieux, de leurs géants, de leurs anciens rois, les gestes miraculeux de leurs anciens philosophes; enfin l’esprit de retraite et le recueillement de leurs anachorètes. L’ausiérité quelque outrée qu’elle soit de leurs pénitents, l’abstinence rigoureuse qu’ils s’imposent à euxmêmes, leurs jeûnes fréquents, leurs purifications journalières, leurs attentions excessives concernant la propriété extérieure et intérieure, leurs prières, leurs exercices contemplatifs, le secret impénétrable et l’air de mystère qui accompagnent leurs sacrifices et la plupart de leurs cérémonies, les livres sacrés dont ils sont les dépositaires exclusifs; tout cela concourt à étayer l’empire qu’il leur a été si facile d'acquérir sur les esprits qui paraissent enclins à n’accueillir que ce qui éblouit l’imagination ou choque le sens commun. »
Ceci n’est-il point vrai dans tous les temps et sous toutes les latitudes ?
Voici l’énumération rapide de ces fêtes : 1° l’Ougahdypoudja (fêle) qui tombe à la nouvelle lune de mars, et qui correspond au commencement de l’année. Sacrifices et prières en l’honneur de la trimourty (trinité) créatrice. Bénédiction de l’année qui commence. Dans l’intervalle des cérémonies, les
Indous se font mutuellement des visites accompagnées de présents.
Nos coutumes identiques nous viennent sans aucun doute des émigrations indoues.
2° La Christnasya-poudja, qui tombe fin mars. On honore par des hymnes, des processions et des sacrifices, l’anniversaire de la naissance de Christna, la plus célèbre de^ incarnations de Yischnou.
3° La Pouléars-tchoutti ou fête des dieux pénates, protecteurs des villes et des villages.
4° L’Ayoudha-poudja, destinée à célébrer Bahvany ou Brahmy, femme de Brahma, Lakmy, femme de Vischnou, et Parvady ou Sakty, femme de Si va, toutes trois protectrices des arts et des sciences.
Dans les traditions populaires cette solennité est appelée Vija-désamy ou fête des armes. Les soldats, les pions armés, les ouvriers en fer et en bois et généralement tous ceux qui travaillent avec des instruments tranchants considèrent cette fête comme étant spécialement celle de leurs castes.
Ces deux dernières poudjas tombent en avril.
5° La Siva-rattry ou nuit de Siva, spécialement dédiée à la troisième personne de la trinité.
6° La Vischnou-rattrv , consacrée à la deuxième personne de la trinité.
7° La Brahma-rattry , en l’honneur de Brahma, la première personne de la trinité.
Cette fête n’est plus célébrée qu’à Djaggernat où Brahma a conservé un autel. Le culte spécial de ce dieu a disparu des pagodes de l’Inde, qui ne séparent pas la première personne de la trinité de celle de l’Être irrévélé existant par lui-même.
8° La Swayambouhva-poudja ou fêle de la Grande cause première , existant par elle-même , germe immortel de tout ce qui existe.
Ces quatre solennités ont lieu en mai et en juin.
9° La Mourta-poudja , anniversaire de la mort de Christna , l’homme-dieu assassiné par les prêtres et déifié ensuite par eux.
10° La Gahoury-poudja, ou fête des dieux domestiques. Les laboureurs réunissent leurs instruments d’agriculture; le charpentier, ses haches, ses scies et ses rabots; le maçon, sa truelle et sa règle ; le tailleur, ses ciseaux et ses aiguilles ; le chasseur, ses armes ; le pêcheur, ses filets; le tisserand, son métier; l’écrivain, son stylet, etc...; les femmes, leurs paniers, meules, pilons et ustensiles de ménage, etc..., et le brahme pourohita vient les bénir, et appeler sur eux la protection des dieux domestiques.
Ces fêtes se célèbrent en juillet.
1 1 o Dans les premiers jours d’août a lieu la Dassara-poudja qui met en liesse toutes les écoles de l’Indoustan. Elle dure neuf jours.
Les étudiants, parés avec grâce, parcourent les rues des villages et des villes, chantant de petits poèmes composés pour la circonstance, par eux ou leurs professeurs, et exécutent des danses en frappant, en mesure, sur de petites raquettes. Cet exercice terminé , il est d’usage de faire des cadeaux aux professeurs.
Cette fête est aussi célébrée, comme la leur, par les officiers des armées.
Pour augmenter l’éclat de cette solennité, les rajahs et les princes ne dédaignent pas de se mêler à l’immense concours de curieux qu’elle attire. Et de toutes parts, dans des lieux destinés à cet usage, s’organisent des jeux dans lesquels les vainqueurs reçoivent des prix proportionnés à leur victoire.
Ces jeux commencent le cinquième jour de la fête, après l’accomplissement des cérémonies religieuses, et durent jusqu’à la fin.
Le premier jour ont lieu des courses à pied ou en chars.
Le second, des luttes d’athlètes, venus des différents pays pour se déûer, et qui s’abordent les poings armés de gantelets garnis de tranchants en corne. Entièrement nus, ils se provoquent par des cris et des gestes, s’attaquent avec une fureur extraordinaire, et ne tardent pas à rougir l’arène de leur sang; le combat dure jusqu’à ce qu’un des deux combattants demande merci; il y a souvent mort d’homme des deux côtés.
Le troisième jour, ont lieu les combats contre les animaux; pareils aux gladiateurs romains qui n’ont fait que continuer la tradition asiatique, des hommes à gage, entretenus par les princes, se mesurent avec des tigres, des panthères, des ours, des crocodiles; et tels étaient leur habileté et leur courage, que les traditions antiques sont pleines de leurs exploits victorieux.
Le quatrième jour, les djtlys se provoquaient à qui supporterait les plus atroces blessures.
Sur le soir du dernier jour de la fête, les princes distribuaient les prix aux vainqueurs.
12° La Divouligav-poudja, ou fête des moissons et du feu. Vischnou , conservateur et protecteur de la nature entière, y était principalement invoqué.
Toutes les pagodes, toutes les maisons particulières étaient illuminées pendant trois jours, et des lampes consacrées étaient suspendues à toutes les colonnes des carrefours.
Pendant la durée de cette fête les cultivateurs se réunissent et font de nombreuses processions, appelant les bénédictions du dieu sur leurs champs ainsi que sur les fruits de la terre, et les temples regorgent de fidèles venant consacrer des lampes à la divinité.
13° Dans le mois de septembre se célébrait la Naga-poudja, dans laquelle les pouléars ou dieux inférieurs, protecteurs des villages, étaient invoqués pour qu’ils eussent à préserver leurs
adorateurs des morsures des serpents, si communes pendant la saison chaude.
14° La Sakty-poudja ou fête de la fécondation universelle, que les uns célèbrent en juin et d’autres dans la dernière quinzaine d’août, suivant les latitudes.
Nous avons donné dans notre ouvrage « Christna et le Christ », en étudiant le symbolisme indou, la description de cette fête étrange, où toutes les castes et tous les sexes se mélangent dans d’épouvantables orgies dont les saturnales de la Grèce antique ne furent qu’un écho...
15° Au commencement d’octobre avait lieu la fête du Gange, des fleuves et des étangs sacrés, propices aux ablutions.
16° Dans le mois d’octobre était célébrée également la Calypoudja en l’honneur de Caly, déesse des sacrifices humains. Cette fête, tombée en désuétude plusieurs milliers d’années avant notre ère, est antérieure à la civilisation védique, et n’a subsisté quelque temps pendant cette période que par le sacrifice des esclaves pris à la guerre.
17° La Tibavaly-poudja était l’anniversaire de la victoire remportée par Vischnou sur le génie du mal.
18° La Cartigay-poudja avait été instituée pour célébrer le triomphe des dieux sur les géants qui voulaient envahir le ciel, conduits par Kayamonyasaura, géant à tête d’éléphant. Ces deux dernières fêtes tombaient en novembre.
19° Les premiers jours de décembre voyaient les solennités du Maha-navamy ou fête des morts. Les ancêtres y sont spécialement honorés, et en même temps que des cérémonies continuelles ont lieu dans les temples pendant sept jours, chaque habitant devait accomplir dans sa demeure le sacrifice des ancêLres.
Cette fêle que l’on célèbre encore aujourd’hui était tellement obligatoire que suivant un dicton populaire on pouvait vendre ses enfants et sa femme plutôt que de ne pas l’observer.
20° Venait ensuite la fête destinée à annuler les maléfices des démons pisatchas, rakchasas et autres mauvais génies, et pour cela non-seulement tous les dieux, mais encore tous les demi-dieux, et tous les saints personnages étaient invoqués.
21° Au début de la lune de janvier, on offrait des sacrifices aux pitris ou esprits familiers, sans cesse en communication avec les hommes pour les guider vers le bien.
22° Puis avait lieu le Pongol dont nous parlerons bientôt plus longuement.
23° Ensuite venait la fête des dévas, esprits supérieurs aux pitris, intermédiaires entre la divinité et l’homme, et dont un des rôles consistait à conduire après leur mort les âmes des hommes près du juge des enfers et à les défendre.
24° Enfin avait lieu l’invocation et les sacrifices à Yama, juge des enfers.
La plupart de ces fêtes sont encore en usage aujourd’hui; mais les solennités ayant suivi la progression des castes, il serait impossible de dénombrer toutes celles que le fanatisme religieux, — la plus triste et la plus dégradante de toutes les folies, — a mis en honneur dans les temps modernes.
On reconnaîtra aisément celles de ces fêtes que le catholicisme a adoptées.
Nous nous sommes borné à indiquer ces solennités religieuses, sans descendre dans le détail de leurs cérémonies. Il en est une cependant qui s’est conservée telle quelle à travers les siècles depuis le dernier pralaya — déluge — et qui à ce titre mérite une description spéciale, nous voulons parler du Pongol.
Nous en extrayons les détails d’un recueil de légendes et traditions religieuses, dû à l’initiative de l’homme de génie qui avait doté la France de l’empire de l’Inde — nous avons nommé Dupleix — et qu’il voulait taire servir aux écoles mixtes
qu’il avait fondées dans le but d’amener le mélange des deux races.
— La plus solennelle de toutes les fêtes indoues est celle qui porte le nom de Pongol dans le sud de l’Indoustan, et de Maliasankranty dans le nord.
Le nom de sankranty est celui qui est donné au premier jour du mois solaire, c’est-à-dire à celui où le soleil passe d’un signe du zodiaque dans l’autre.
Cette fête consacrée à l’apparition du soleil dans un nouveau signe est censée se célébrer au jour anniversaire du dernier déluge.
L’arrivée de cette fête est un signal de réjouissances générales, et les Indous ont deux bonnes raisons pour cela : la première, c’est que le mois qui précède le Pongol et qui est entièrement composé des jours malheureux, est enfin passé; la seconde, c’est que le mois qui le suit doit être infailliblement composé de jours heureux.
Pendant le mois néfaste, précurseur du Pongol, un sannyassi — pénitent — s’en va de porte en porte vers les quatre heures du matin, et frappant sur une plaque sonore de bronze, il réveille ceux qui dorment, les avertit de se tenir sur leurs gardes et de prendre les précautions nécessaires contre les influences malignes de ce maudit mois, en apaisant par des adorations et des sacrifices le dieu Siva qui y préside. Dans cette intention, les femmes vont tous les jours à la porte de la maison enduire de fiente de vache un espace de trois pieds carrés, sur lequel elles tracent plusieurs raies blanches avec de la farine de riz ; elles rangent ensuite dans ce carré plusieurs boulettes de Gente de vache ornées chacune d’une fleur de flamboyant — on sait que la fiente de vache est un désinfectant des plus énergiques. — Ces boulettes ornées de fleurs sont destinées à chasser les esprits mauvais qui hantent les abords des demeures ; chaque soir elles sont récoltées soigneusement.
et on les conserve jusqu’à la fin du mois. Ce jour arrivé, les femmes chargées de cette cérémonie les placent dans une corbeille neuve, et s’en vont, précédées par des instruments de musique et en frappant des mains, les porter hors de leur habitation et les jeter dans un étang ou dans quelque rivière écartée.
Le Pongol ou Maha-sankranty a toujours lieu au solstice d’hiver, époque où le grand astre ayant atteint le terme de sa course vers l’hémisphère austral, se rapproche du sud et revient visiter les peuples de l’Indoustan.
La fête dure trois jours.
Le premier est appelé Boghy-pongol ou fête de joie.
Ce jour-là les parents et amis se visitent, se font des présents mutuels, se donnent des repas, et tout se passe dans les divertissements et les plaisirs.
Le second jour porte le nom de Sourya-pongol — fête du soleil ; — en effet, la solennité de ce jour a pour objet spécial d’honorer cet astre.
Les femmes mariées, après s’être purifiées par des ablutions qu’elles font sans ôter leurs vêtements, et encore toutes mouillées, font cuire , en plein air, du riz dans du lait — souvenir symbolique du premier repas pris par les hommes qui purent échapper à l’envahissement des eaux. Dès que l’ébullition se manifeste, elles se mettent à chanter toutes ensemble : Pongol ! ô Pongol! — Pongol! ô Pongol!
Peu après le vase est enlevé de dessus le feu et porté devant la statue de Vischnou-vignessouara, Vischnou-sauveur, à laquelle on offre une partie du riz , et le reste de la nourriture est mangé par les assistants, — souvenir symbolique de la première offrande à la divinité après le pralaya — déluge.
Ce jour-là les Indiens se rendent encore des visites et en s’abordant les paroles qu’ils doivent s’adresser sont celles-ci : — Êtes-vous parvenu à faire du feu ? Votre riz a-t-il bouilli ? A
quoi on répond : — Nous avons trouvé du feu, et notre riz a bouilli.
Souvenir symbolique du premier feu allumé, à grand peine, pour faire cuire le riz après le déluge.
Le troisième jourest nommé Pongoldes Bassouvas (taureaux). Dans un grand vase plein d’eau on met de la poudre de curcuma, des graines de l’arbre appelé paraty et des feuilles de margousier; après avoir bien mêlé le tout ensemble, on en arrose les vaches et les taureaux, en tournant trois fois autour. Tous'Ies hommes de la maison vont se placer successivement vers les quatre points cardinaux et font, quatre fois, le prosternement des six membres appelés sachtangas, devant ces animaux.
On peint de diverses couleurs les cornes des vaches, et on leur met au cou une guirlande de feuillages verts entremêlés de fleurs à laquelle on suspend des gâteaux , des cocos, et autres fruits qui se détachent bientôt par le mouvement brusque de ces animaux, sont ramassés et mangés avec empressement, par la foule, comme quelque chose de sacré. Après avoir conduit les vaches, en troupe, hors de la ville ou du village, on les force à s’enfuir de côté et d’autre, en les effarouchant par le bruit confus d’un grand nombre de tambours et d’instruments bruyants. Ce jour-là, les bêtes peuvent paître partout sans gardien ; et, quelques dégâts qu’elles fassent dans les champs, il n’est pas permis de les en chasser.
Les cérémonies de ce troisième jour sont motivées par une des plus vieilles traditions indoues sur le pralaya.
D’après cette tradition, les hommes échappés au déluge durent leur vie à un troupeau de vaches qui, réfugiées sur les hauteurs de l’Himavat — Himalaya, — pendant et après le grand cataclysme, les nourrirent de leur lait. Et c’est en souvenir de ce service signalé que le troisième jour de la fête du Pongol leur était consacré, et que ces animaux avaient le droit
de brouter en liberté dans les champs de riz, de maïs ou de cannes à sucre.
C’est de cette légende également qu’est né le culte du bœut que nous retrouvons chez tous les peuples anciens , culte tout symbolique destiné à conserver les services du passé et à constater les services présents rendus à l’agriculture par ce précieux animal, et non à le considérer comme un dieu.
Ni l’Inde, ni l’Égypte, ni la Grèce primitive n’ont adoré le bœuf ni aucune autre espèce d’animaux , et les historiens et philosophes catholiques qui continuent à éditer cette pieuse calomnie ne font que se décerner un brevet d’ignorance.
On trouve au cinquième livre du Prasada (poërne des poèmes), vaste recueil de traditions antiques , de curieuses explications sur les motifs qui faisaient conserver des animaux dans les pagodes. Le principal était que la plupart des animaux étant assouplis au service de l’homme par la castration, il était nécessaire de ne pas abandonner aux basses castes inintelligentes le soin de choisir et de conserver les plus beaux types destinés à perpétuer la race. Il fut défendu aux soudras de posséder des étalons, ce privilège étant réservé aux pagodes, qui, l’avidité sacerdotale aidant, durent en tirer de gros bénéfices. De là les taureaux Bassouvas,dans l’Inde, et les taureaux Apis, en Égypte, que l’on traite fort à tort de bœufs.
Les anciens avaient un tel mépris pour les eunuques qu’ils n’eussent certainement point infligé cette triste situation à un animal révéré.
Pour l’Inde le fait est certain, il a toute l’authenticité de la tradition écrite. Les Bassouvas étaient les taureaux types destinés à la reproduction, et chaque pagode, chaque temple même, dans le plus petit village, en entretenait quelques-uns.
Quant à l'Égypte, si nous n’avons rien de précis sur ce point, tout nous démontre que les hiérophantes n’ont dû changer en rien la tradition apportée de l’Inde par leurs ancêtres.
Nous savons, du reste, aujourd'hui que dans ce pays chaque temple avait également ses taureaux sacrés.
A Memphis, ils s’appelaient Apis.
A Héliopolis, ils recevaient le nom de Mnévis.
A Tlièbes, celui d’Onuphis.
De même que l’Inde avait le Pongol des Bassouvasou fête des taureaux,
L’Égypte avait la fête des Apis, pendant laquelle les taureaux sacrés étaient promenés en grande pompe par les prêtres.
De même que les folies de nos! immorales mascarades du moyen âge n’étaient que des souvenirs des saturnales antiques,
De même que toutes les sculptures ithyphalliques, que nous rencontrons dans nos vieilles cathédrales, sont l’œuvre d’ouvriers inconscients qui ciselaient sur la pierre des représentations du linguam indou et du phallus égyptien sans en connaître les symboles,
De même nos promenades de bœufs, accompagnés de divinités mythologiques, ne sont que des dégénérescences des fêtes antiques.
Sans leur avoir donné asile dans leurs temples, les Romains faisaient à tel point cas de ces animaux que, selon l’expression de Columelle, il valait mieux tuer un citoyen qu’un bœuf.
« Bovis tanta fuit apud antiquos veneratio , ut tam capitale esseî bovem occidere quam civem. »
Les Athéniens furent très-longtemps sans immoler ces animaux dans leurs sacrifices.
Ainsi ce culte et ces fêtes sont le fruit des traditions diluviennes et du souvenir, conservé par l’homme, des immenses services que les bœufs et les vaches leur avaient rendus, soit par leur croît, soit par leur lait, soit par l’aide qu’ils en avaient reçue pour les travaux des champs. Quant à 1 asile qui leur était accordé dans les pagodes, il est prouvé que les prêtres
étaient guidés en cela par le désir naturel de surveiller la reproduction et la conservation des belles races.
C’est ainsi que tout s’explique par des causes naturelles, dans le passé de l’humanité, quand on veut l’interroger avec les simples lumières de la raison.
On ne se douterait pas de la quantité d’erreurs que notre époque a encore à liquider, pour arriver à une science exacte des civilisations anciennes.
Depuis seize ou dix-huit siècles, tout ce qui pense, tout ce qui écrit, à ‘de rares exceptions près, s’est groupé autour de la Bible et des croyances chrétiennes, avec l’idée préconçue de ne rencontrer plus haut que de ridicules superstitions.
Ainsi c’était un fait acquis, indiscutable, que les Égyptiens adoraient non-seulement des animaux, ibis, crocodiles, serpents, etc... mais encore des légumes, comme l’oignon, l’ail et le poireau ; des fruits, comme la grenade ; des fleurs, comme le lotus, et, à l’heure présente encore, alors que le savant rit tout bas de ces sottes inventions, il semble ne pas se douter que le prêtre catholique les inculque à son fils et lui fausse le jugement sur le véritable esprit des civilisations de l’antiquité. Toutes les générations s’élèvent, l’intelligence farcie de ces absurdités, en faveur desquelles on invoque l’autorité de quelques écrivains latins ou grecs qui n’ont connu l’Égypte que très-superficiellement.
« L’oignon et l’ail, dit l’égyptologue Beauregard, n’ont point été chez les Égyptiens l’objet d’un culte superstitieux.
« C’est plutôt le contraire que l’on est amené à croire quand on considère les faits.
« D’une part, Hérodote, à propos de la construction de la grande pyramide de Giseh, celle de Chéops, rapporte que les légumes — et au nombre de ces légumes figurent les oignons et l'ail, xpo'fxua xat cxopooa — dont furent nourris les ouvriers
qui travaillèrent à l’édification de cette pyramide coûtèrent seize cents talents. D’autre part, nous savons que les Israélites, devenus esclaves en Égypte, s’y nourrissaient de légumes parmi lesquels se comptent les oignons.
« Or les Égyptiens employaient comme manœuvres leurs esclaves à l’accomplissement de leurs grands travaux d’édification et de terrassements, et les Israélites furent esclaves chez les Égyptiens.
« Les esclaves mangeaient donc des oignons et de l’ail, tandis qu’au contraire les Égyptiens s’abstenaient d’y mordre, comme le dit Juvénal.
« D’où il faut conclure que les Égyptiens, en s’abstenant de manger de l’ail et des oignons, avaient pour ces légumes, dont ils faisaient la nourriture de leurs esclaves, non du respect, mais du dédain et de l’aversion , parce que l’ail et l’oignon étaient des aliments grossiers qu’ils regardaient comme indignes d’eux. »
Cette question reçoit un éclaircissement complet si l’on remonte aux coutumes de l’Inde.
Nous voyons dans Manou et au Brachmanaa-saslra que l’usage de l’oignon et de l’ail était défendu aux brahmes sous les pénalités les plus sévères, à cause de l’impureté de ces légumes...
Non, ni l’Inde ni l’Égypte n’ont adoré ni des animaux ni des légumes... et, quelque grossières que fussent les superstitions, quelque ridicules qu’aient été certaines des cérémonies du culte vulgaire, elles n’eurent jamais que la divinité pour objet...