LA GENÈSE ÉGYPTIENNE
« Primitivement, il n’y avait rien dans le vide, si ce n’est l’Être dont la substance existe par elle-même éternellement. Celui qui se donne l’être à lui-même, qui s’engendre éternellement, c’était Ammon.
(Extrait du Rituel funéraire égyptien.)
« C’était Ammon-Ra (Ra, soleil), roi des dieux, lumière du monde. Ammon-Ra, seigneur des trônes. Ammon-Ra, père des dieux, créateur de l’univers, principe vital des essences divines, soutien de tous les mondes. Ammon-Ra, seigneur du ciel, modérateur des dieux. »
(Fragments d’inscriptions de la statue de Memnon, du temple de Thoutmosis, d’Esnèh et du Rhamesséum, relevées par Champollion.)
« Ammon-Ra est le créateur du ciel et de la terre. »
( Hymnes égyptiens.)
« Ammon-Ra renferme en lui le principe mâle de l’action, Ammon, et le principe femelle de la reproduction, Moulh. De l’union de ces deux principes naît Khons, et la triade égyptienne se trouve ainsi formée :
Ammon , — le Père.
Mouth, — la Mère.
Khons, — le Fila.
« Le point de départ de la mythologie égyptienne, dit l’illustre Champollion, est une triade formée des trois parties d’Ammon-Ra, savoir : Ammon le mâle et le père, Mouth la femelle et la mère, et Khons le fils enfant.
« Cette triade s’étant manifestée sur la terre se résout en Osiris, Isis et Horus. Mais la parité n’est pas complète puisqu’Osiris et Isis sont frères. C’est à Kalabschi que j’ai enûn trouvé la triade fjnale, celle dont les membres se fondent exactement dans trois membres de la triade initiale : Horus, en effet, y porte le titre de mari de la mère, et le fils qu’il eut de sa mère. Malouli est le dieu principal de Kalabschi, cinquante bas- reliefs nous donnent sa généalogie. Ainsi la triade finale se formait d’Horus, de la mère Isis, et de leur fils Malouli, personnages qui entrent exactement dans la triade initiale ; Ammon le père, Mouth la mère, et Khons le fils.
(Lettres de Champollion le jeune.)
Ammon, principe générateur et créateur, est adoré sous la forme du phallus.
La création de cet univers va s’accomplir également par un germe divin déposé au fond des eaux.
Écoutons le dialogue de l’Être suprême et de Thôth, divinité inférieure, sur la fin du chaos.
« Thôt. — Primitivement il n’y avait rien dans le vide... Peu après, une ombre effroyable qui se terminait en obliques replis et se revêtait d’une nature humide, s’agitait avec un fracas terrible. Une fumée s’en échappait avec bruit. Une voix sortait de ce bruit; elle me semblait être la voix de la lumière, et le Verbe sorLit de cette voix de la lumière.
« Ce Verbe était porté sur un principe humide et il en sortit
le feu pur et léger, qui, s’élevant, se perdit dans les airs. L’air léger, semblable à l’esprit, occupe le milieu entre l’eau et le feu ; et la terre et les eaux étaient tellement mêlées ensemble que la surface de la terre, enveloppée par les eaux, n’apparaissait en aucun point. Elles furent toutes deux agitées par le Verbe de l'Esprit, parce qu’il était porté au-dessus d’elles.
* L’Être suprême. — As-tu bien compris ce que signifie ce spectacle?
« Tôth. — Je le connaîtrai.
« L’Être suprême. — Cette lumière, c’est moi ; je suis l’intelligence, je suis ton Dieu, je suis plus ancien* que les eaux qui naissent après le chaos, je suis le germe, le Verbe, le Fils de Dieu. »
( Hermès Trismègisle.)
C’est ce germe, ce Verbe, ce fils de Dieu flottant sur les eaux qui, comme dans la Genèse indoue, va maintenant faire émaner de sa propre substance l’universalité des êtres animés et inanimés. Cette Genèse, souvenir évident de traditions anciennes, dont nous aurons à rechercher la source, donna également naissance à un gouvernement théocratique basé sur les castes, dans lequel, comme dans l’Inde, les prêtres eurent le premier rôle et les guerriers le second, avec des agriculteurs et des marchands pour les nourrir, et des esclaves pour servir tout le monde...
Il ne reste de la Genèse égyptienne que ce que les hiéroglyphes nous ont conservé. L'incendie de la bibliothèque d’Alexandrie a fait la nuit sur les traditions les plus intéressantes de cette antique contrée.