LE PANTHÉON POLYNÉSIEN
Les cieux océaniens sont peuplés de dieux inférieurs agissant sous les ordres du dieu unique, doût ils sont une émanation directe. On ne verra pas sans étonnement quelles étaient les attributions des dieux de la mythologie australe.
Jhoiho , dieu unique.
Principe primitif irrévélé, habitant dans le vide pendant la dissolution de tout ce qui existe, immortel foyer duquel tout descend et vers qui tout remonte, principe éternel existant de lui-même et par lui-même, cause efficiente et universelle, germe primordial, intellect et matière réunis renfermant en lui toutes les qualités et tous les attributs.
Trinité :
Taaroa;
Ina ;
Oro.
Taaroa ! principe révélé, germe qui se développe, création qui commence. Il renferme en lui les doubles attributs mâle et femelle. L’union de Taaroa, principe mâle, et d’Ina, principe femelle, produit Oro.
Ina! reine des deux et de la terre, matrice divine d’où s’échappe l’œuf frumia qui va donner naissance à l’univers.
Oro, le fils, créateur et transformateur constant. C’est lui qui, dans le grand œavr^, est çtiargé de couvrir l’univers de végétaux et de fleurs,, de créer les animaux et l’homme.
Tané, premier des dieux inférieurs , dieu des mers.
Second fils de Taaroa et d’Ina, époux de Marama, déesse des eaux, condamné lui-même par Oro à régner sur les mers.
Haui, dieu des vents .
Fils de Tané et de Marama, dieu des vents. Ayant tenté de venger le dieu Tané son père dont Oro avait enfermé le curps sous une montagne de l’île de Tupaï, il fut lui-même saisi par son puissant ennemi et attaché sur un rocher où un oovea vient lui dévorer les entrailles. L’âme d’Haui depuis cette époque fuit constamment dans les airs pour éviter la colère d’Oro; elle soulève à sa suite des tourbillons de vent, et Marama, pour secourir son fils, agite ses flots et envoie jusqu’aux deux ses vagues écu mantes.
Selon d’aulres traditions, Haui serait une espèce d’Hercule océanien, qui, tout glorieux d’avoir détruit les géants, s’avisa un beau jour de s’emparer de Ra, le soleil, et de le clouer sur une des montagnes de son île pour en être éclairé éternellement. Oro aurait délivré le soleil et mis Haui à sa place pour le châtier.
Monuteaha , dieu des enfers .
Manuteaha préside aux enfers.
On le représente sous la forme d’un faucon. L’enfer polyné-
sien se compose d’un vaste océan de flammes au milieu duquel apparaissent çà et là quelques îlots vque les âmes des damnés cherchent sans cesse à a Peindre a la nage sans pouvoir y par-
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venir. Mais comme la peine est proportionnée aux fautes à réparer, de temps à autre Manuteaha laisse aborder les âmes qui se sont purifiées sur les récifs, le dieu du vent les emporte en passant, et elles vont animer d’autres corps qui recommencent une nouvelle existence.
Uretaetae , juge des enfers.
Uretaetae est le chef des génies qui président à la mort lorsque les âmes quittent leurs enveloppes humaines; elles sont saisies par une troupe de génies qui les amène dans l’île de Tupaï, ou île des Trépassés. Là Uretaetae les fait comparaître devant lui, et, suivant que la somme des actions bonnes ou mauvaises l’emporte dans la balance, il les envoie dans l’Orohutu-noanoa ou paradis d’Oro, ou dans le sombre empire de Manuteaha. Les âmes de ceux qui n’ont accompli que le bien sur la terre sont soustraites au jugement de Uretaetae, et, par le seul effet de leurs vertus, elles vont s’absorber dans le sein de Jhoiho, c’est-à-dire de l’âme universelle.
Nous ne pouvons faire un pas à travers ces croyances singulières sans rencontrer d’extraordinaires similitudes avec celles de l’Inde.
Encore aujourd’hui, où toutes les traditions religieuses de l’ancien culte ont dû disparaître devant l’intolérance des missionnaires, où c’est à peine si les vieillards osent en converser entre eux et dans le plus grand secret, le nom seul de l’île de Tupaï inspire aux Polynésiens une mystérieuse terreur, et dès que la nuit couvre la terre, nul d’entre eux n’oserait prononcer ce nom terrible et maudit.
Voici à propos de cette île une légende que M. de Bovis a
recueillie de la bouche d'un ancien orero — prêtre — ainsi que quelques détails curieux sur les mauvais génies et les lieux hantés.
« Hura et Péna étaient deux amis ; ils allèrent un jour à Tupaï; ils vinrent à manquer de vivres.
« Il fut convenu que Hura irait à Borabora chercher des provisions.
« Mais pendant son absence, le corps de Péna vint à mourir et fut. enseveli par son âme.
« Hura apporta des vivres le septième jour au lieu du cinquième comme ils en étaient convenus, ce qui avait causé la mort de Péna.
« Le spectre de Péna ne fit aucun reproche à son ami, et se mit à manger avec lui les vivres qu’il avait apportés.
« Mais pendant le repas Hura s’aperçut qu’il n’avait plus affaire qu’à l’àme de son ami.
« Il fit semblant de ne pas ts’enj douter, et lui donna la coupe en coco pour aller chercher de l’eau douce.
« Il profita alors de son éloignement pour s’évader dans sa pirogue.
« Péna à son retour ne trouvant plus Hura et voyant une ombre au loin sur l’eau, jugea qu’il en était abandonné.
« Saisi d’une violente colère, il entra dans le corps d’un otuu, atteignit Hura au récif de Raanoro et le tua à coups de bec. »
Les voisinages de cette île sont pleins de revenants et de mauvais génies. Il y en a qui saisissent le passant à la gorge jusqu’à l’étouffer presque et qui lui enlèvent tout d’un coup sa chevelure, le laissant chauve pour toute sa vie.
On en rencontre aussi la nuit à Puhia, district de Tevaïtapu, mais ils se contentent de pousser des cris et de produire des sons divers. 11 s’y est donné jadis une grande bataille du temps
de Pani, elle a été très-sanglante, et ce sont les âmes de ceux qui y ont péri qui causent ces bruits nocturnes.
A Topua, près du maraë, il y a des lutins, mais ils sont peu nuisibles et se bornent à sauter dans votre pirogue, armés d’un bâton ou d’une longue pagaie avec laquelle ils se plaisent à détourner la pirogue de la direction que vous cherchez à lui imprimer, jusqu’à ce que, ennuyés eux-mêmes, ils plongent tout à coup en donnant une dernière secousse.
Il y a peu d’apparitions à Borabora; la raison en est que la presque totalité des âmes s’en vont après la mort à Tupaï où elles mènent une existence plus ou moins errante. Mais le principal tupanou — mauvais esprit — de Tupaï est un génie femelle, il violente les hommes qui s’endorment lorsqu’ils lui plaisent, et quand on va pour arracher aux buissons de Tiaré les fleurs dont il se pare pour ses nocturnes materas — orgies — on entend sa voix qui nous le défend. Son nom est Te hura iti ahotu.
Ra, dieu du soleil, préside à la lumière, aux moissons et à la croissance des fleurs et des fruits.
Thi, ce dieu était chargé de conserver les bornes des héritages.
Toa, dieu de la guerre.
Marama, déesse des eaux, épouse de Tané, fille de Taaroa et d’Ina.
Marama, déesse de la lune, fille de l’union incestueuse d'Oro, le dieu suprême, et de Marama, sa sœur, épouse de Tané. Cela ne rappelle-t-il pas la légende d’Osiris et de Nephthys en Égypte?
Malgré notre désir de narrer d’abord et de comparer ensuite, il est de telles ressemblances, écho sans doute des mêmes fables primitives, que nous ne pouvons nous empêcher de les accuser.
Hila, dieu du feu.
Hiro, dieu des voleurs.
Faaha, dieu des richesses, a donné son nom à un des plus fertiles districts de Taïti.
Roha, dieu qui préside à l’union des sexes.
Mara, dieu de la pêche.
En outre de ces dieux, l’air, la terre et les eaux étaient peuplés de bons et de mauvais génies de diverses espèces.
Il y avait aussi les esprits protecteurs des villages et des familles, sortes de dieux pénates, dont on conservait les statues grossières dans l’intérieur des maisons, et que l’on sortait aux jours de grandes fêtes pour les conduire près des maraës, où le sacrifice allait être offert à Oro, afin qu’ils en aient leur part.
Telle est cette étonnante mythologie dont nous aurons bientôt à rechercher l’origine et les affinités.