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LES CÉRÉMONIES DANS LE MARAE

Il y avait des jours officiels pour honorer les dieux dans les temples, et chaque homme, quel que fût son rang, était tenu de s’y rendre.

Plusieurs jours avant, la réunion est annoncée dans chaque village, et le matin de la cérémonie, la voix des haerepos se fait entendre, dominant le bruit de la foule, et appelant les fidèles au sacrifice.

Chacun accourt, le fatarou ploie déjà sous le poids des offrandes; les victimes, si ce sont des animaux, sont attachées au pied de l’autel, attendant le moment d’être immolées ; si c’est un homme, son cadavre, placé dans un panier en feuilles de cocotier tressées, attend, devant l’autel, l’heure des prières.

La multitude entoure l’enceinte sacrée et n’y entre pas ; les hommes sont au premier rang, car les femmes ne doivent même pas toucher les pierres du maraë; chacun a son idole sous son bras ou posée devant soi. La famille royale se présente enfin, traverse la foule qui s’ouvre et lui fait place avec respect; elle entre dans le maraë et le chef de la famille va se poster à quelques pas devant l’autel.

Les prêtres arrivent ensuite, et se placent entre l’autel et le roi.

Le grand prêtre est au milieu, et sur les côtés se phcent tous les desservants inférieurs.

Le gardien apporte l’idole et la dépose devant le grand prêtre ; les prières commencent.

Si c’est un sacrifice humain, on prie le dieu de se contenter de la mort d’une seule victime et de récompenser ceux qui offrent cet holocauste pour la piété dont ils viennent de faire preuve. On l’adjure d’être propice à l’entreprise que l’on va commencer, qui est ordinairement une guerre ou un voyage que l’on a l’intention d’entreprendre.

Si c’est simplement le sacrifice d’un animal, les prêtres l’égorgent au pied de l’autel, et l’on tire des augures de sa mort. Y a-t-il un défaut dans l’épine dorsale, le foie est-il affecté de taches blanches, les oreilles se tiennent-elles droites après le sacrifice, il ne fallait pas entreprendre la guerre sous peine d’être battus, le voyage sous peine de couler en mer.

Dans les occasions graves, le grand prêtre interrogeait luimême les présages, et c’est par l’étude difficile des entrailles des victimes, par le vol et le chant des oiseaux sacrés qu'il prédisait l’avenir.

Le sacrifice humain paraissait avoir plus particulièrement un but expiatoire.

Lorsque le grand prêtre venait avertir le roi qu’un homme était nécessaire, le roi envoyait une pierre noire au chef du district qu’il lui plaisait de choisir. Celui-ci désignait la victime à ses gens et le malheureux était tué, autant que possible, au moment où il s’en doutait le moins, et avant même qu’il sût qu’il était désigné. Il était ensuite porté au maraë dans un panier en feuilles de cocotier.

Tous les maraës n’avaient pas le droit d’offrir des sacrifices humains. On pouvait, par exemple, faire passer le cadavre dans un maraë inférieur consacré à Tané, mais il devait immé-

diatement être transporté dans un des grands maraës consacrés au Dieu suprême Oro. •

Les maraës acquéraient aussi une grande importance par leur antiquité.

Ainsi tous les grands maraës royaux reconnaissaient au maraë royal d’Opoa, à Raïatea, l’île sainte, une suprématie sur euxmêmes, et ils le lui exprimaient par un tribut de victimes humaines. Ils devaient lui envoyer un certain nombre de cadavres par an, et ce n’était que le surplus de ce nombre qu’ils avaient le droit de conserver.

L’ossuaire d’Opoa était énorme.

Il y avait aussi une pratique singulière, dont on retrouve des exemples dans l’Inde primitive.

Lorsqu’un grand chef, ou un guerrier d’une bravoure éprouvée, venait à mourir, on ne l’enterrait pas comme les autres.

Le grand maraë le plus voisin réclamait sa dépouille mortelle, ce qui était un grand honneur pour la famille. Le corps était alors hissé au sommet d’un des arbres du bois sacré qui entourait l’enceinte du temple, et il restait là jusqu’à ce que le travail de la décomposition l’eût fait disparaître en entier. L’opération était lente par les temps de sécheresse, et il n’était pas rare que le bocage d’un grand maraë comptât parfois jusqu’à quinze ou vingt de ces funèbres ornements.

Les prières finies, le grand prêtre psalmodiait un chant monotone et grave, auquel répondaient les chanteurs et une partie de la foule. Cet hymne était toujours un récit des innombrables exploits d’Oro, le dieu créateur.

Les louanges des dieux inférieurs étaient abandonnées aux prêtres subalternes.

Alors un des oreros ou rapsodes s’avançait sur le devant de l’autel, et jusqu’à une heure avancée de la nuit, souvent même usqu’aux premiers rayons du soleil levant, il racontait, sans

que son débit se ralentît et sans la moindre hésitation, l’histoire des dieux et de la création.

Dès que Torero avait fini son récit, la cérémonie était terminée, les gardiens rentraient l’idole, les cadavres des victimes étaient jetés au charnier, et chacun rentrait dans son village, emportant ses dieux pénates qu’il avait apportés avec lui au sacrifice, attendant un nouvel appel des coureurs sacrés pour se rendre de nouveau au maraë principal.

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