LES GÉNIES FAMILIERS
11 existait aussi des génies familiers dont la protection était, depuis un temps immémorial, acquise à telle ou telle famille.
Ces esprits veillaient à ce que celle qu’ils avaient prise sous leur sauvegarde ne s’éteignît pas faute d’héritiers ; ils éloignaient de chacun de ses membres les accidents imprévus, les embûches, les mauvaises rencontres, et après avoir présidé à leur vie, ils les escortaient après leur mort jusqu’à l’île de Tupaï, et se faisaient leurs défenseurs auprès du terrible Uretaetae.
Le culte rendu à ces génies n’était pas assujetti à des formes régulières, chacun les honorait à sa convenance; cependant il fallait connaître leurs goûts, car ils étaient fort capricieux : tel aimait telle fleur, tel arbre, tel fruit ; malheur aux imprudents qui osaient porter la main sur ceux qui leur étaient réservés, ou qui s’engageaient sur les bords de certains précipices hantés par les esprits avec des couronnes de fleurs que ces derniers affectionnaient; ils étaient immédiatement précipités au fond de l’abîme, et un beau jour un voyageur égaré relrouvait leurs ossements blanchis au fond de quelque ravin inconnu, et leurs âmes errantes ne trouvant pas d’esprits pour les conduire à Tupaï, et les protéger le long de la route
contre les esprits mauvais, ou étaient entraînées dans les lieux infernaux, ou erraient la nuit avec des plaintes et des bruits sinistres dans les vallées écartées, attendant que les génies de leur famille parvinssent à apaiser ceux des leurs dont elles avaient excité la colère, et à mettre fin à leur supplice.