DES ANIMAUX SACRÉS
Les Océaniens rendaient à de certains animaux un culte comme à des dieux, sans cependant les considérer comme des divinités. La croyance commune était que certains dieux s’étaient plu autrefois à habiter leurs corps; de là, le respect qu’ils inspiraient. Au fond de ce culte, on rencontre également certaines idées vagues de métempsycose, traditions d’un passé disparu que nous n’avons pu retrouver en l’absence de tout monument écrit.
Une seule légende témoigne aujourd’hui de cette croyance. Aux Samoa on raconte : « Qu’un sage du nom de Ruanu, qui vivait il y a des milliers d’années sur les grandes terres de l’ouest, sur le point de remonter au séjour d’Oro après une vie pleine de bonnes œuvres et de sacrifices, ayant fait des offrandes à Tané, le dieu du mal, pour se le rendre propice, fut condamné par Oro, le dieu suprême, furieux de l’abandon momentané de ses autels, à revenir accomplir une nouvelle existence sur la terre, dans le corps d’un otuu. »
L’otuu est une sorte de crabier de mer qui passe sa vie sur les récifs de corail.
L’oovea, oiseau'fantastique de la mythologie polynésienne, passe pour avoir souvent servi de refuge au dieu Manuteaha.
Et le ruro, espèce de martin-pêcheur, était l’oiseau favori de Ra, dieu du soleil.
Le requin fut également un animal révéré. Il paraît certain qu’on lui élevait des maraës.
Une foule d’autres animaux fantastiques, sur le compte desquels les Océaniens n’ont plus que des souvenirs monstrueux et confus, recevaient aussi des offrandes. Or, comme la Polynésie n’a plus que quelques oiseaux et des porcs sauvages dans ses forêts, on pourrait en induire que ces traditions légendaires ne sont par nées sur le sol, ou qu’elles ont survécu à des bouleversements géologiques qui ont profondément changé la configuration géographique, ainsi que la faune de cette partie du globe.
C’est, à n’en pas douter, un des derniers vestiges des peuples et des continents disparus dont nous recherchons les traces.