DU TABOU
L’Inde avait son signe sacré, imprimé sur les animaux, les bornes des champs, les esclaves des pagodes, et en général sur tous les objets réservés au culte.
La Polynésie a le tabou.
Le tabou se plaçait sur quelqu’un ou sur quelque chose, et cet homme ou cet objet, dit M. de Bovis, devenait aussitôt sacré pour tout autre but que celui auquel il était destiné.
Le tabou était placé sur un homme lorsqu’il était dévoué à la mort pour servir d'holocauste dans les sacrifices. Ainsi que nous l’avons déjà vu, il l’ignorait lui-même ; mais parmi ceux qui le savaient, personne même de sa famille n’eût osé détourner de sa tête ce coup fatal. Il appartenait aux dieux.
Dès qu’il était immolé, le tabou était aussi mis sur son cadavre, qui devenait la propriété du maraë. Il en était de même s’il s'agissait d’un animal. Cette prohibition religieuse se plaçait aussi sur certains chemins, bois ou cours d’eau réservés au service du temple.
Le grand prêtre seul avait le droit de prononcer et de lever le tabou.
Deux cas spéciaux cependant échappaient à son action.
Tout ce qui servait à la nourriture du roi était tabou par destination.
Tout ce que les statues des dieux touchaient, devenait à l’instant même sacré et appartenait au temple.
Si l’idole, dans une procession, venait à tomber par terre, tout le sol, à une assez grande distance à la ronde, devenait immédiatement la propriété du dieu, c’est-à-dire de ses ministres... Et l’on peut croire que ces éternels jongleurs savaient admirablement profiter de la crédulité publique pour faire trébucher l’idole à propos, et arrondir leur patrimoine des propriétés les plus fertiles et les plus à leur convenance.
Il ne faudrait pas faire l’essai de ce droit en de certaines contrées, tous les habitants ne seraient bientôt plus que les colons partiaires du prêtre.