‹ Histoire des viergesChapitre 55 sur 75 · Page · texte numérisé non relu

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Malheureusement, le passé (lu vieux pays des Incas est tout entier à exhumer, et nous possédons peu de documents,

bien qu’ils soient abondants. Les forces de l’homme sont rela- . | tives, et après avoir affronté le ciel de l’Inde pendant de longues années, et sillonné en tous sens les îles de la Polynésie, nous n’avons pu donner au Mexique que quelques mois, là où il aurait fallu des années également.

Mais à mesure que l’on se rapproche de l’Inde, l’hypothèse disparaît, les signes de colonisation se pressent en telle abondance que ce n’est plus une preuve à faire en science, que le berceau des races européennes soit en Asie, que l’Inde soit Y Alma parens de l’Occident, et la Grèce et l’Égypte filles aînées de la vieille terre desbrahmes. Grec, latin, Scandinave, : germain, celte, breton sont des dérivés de la vieille langue mère du Nord. Chaldéen, hébreu, arabe et tous les idiomes sémites, sont des dérivés du tamoul, la langue vulgaire du Sud.

Quant au continent polynésien disparu lors des derniers bouleversements géologiques, son existence repose sur de telles preuves que logiquement le doute ne pourrait se produire...

Les trois sommets de ce continent, îles Sandwich, Nouvelle- Zélande, île de Pâques, sont éloignés les uns des autres de quinze à dix-huit cents lieues, et les groupes d'îles du centre, Yiti, Samoa, Tonga, Foutouna, Ouvea, Marquises, TaïLi, Poumoutou, Gambiers, sont eux-mêmes distants cte ces points extrêmes de sept, huit cents et mille lieues.

Tous les navigateurs sont d’accord sur ce point, que les groupes extrêmes et les groupes du centre n’ont jamais pu communiquer entre eux dans leur situation géographique actuelle, et avec les seuls moyens de navigation qui étaient en leur possession.

Il est matériellement impossible de franchir des distances

de quinze à dix-huit cents lieues en pirogue, et, en outre de l'insuffisance de l’embarcation, comment se diriger sans boussole, comment voyager des mois sans vivres?

Cela ne supporte pas l'examen.

D’un autre côté, les naturels des Sandwich, des Viti, de la Nouvelle-Zélande, des groupes du centre, Samoa, Taïti, Gambiers, de l’île de Pâques et des îles Marquises, ne se connaissaient pas, n'avaient jamais entendu parler les uns des autres avant l’arrivée des Européens. Et tous cependant prétendaient que leur île faisait partie autrefois d'une immense étendue de terre qui s'étendait vers l'ouest , du côté de l'Asie. Et tous, mis en présence, ont parlé la même langue, ont accusé les mêmes usages, les mêmes coutumes, les mêmes croyances religieuses. Tous, à cette question : Quel est le berceau de votre race? pour toute réponse, étendaient la main du côté du soleil couchant...

Nous nous souvenons encore de l’émotion réelle que nous avons éprouvée lorsque nous avons vu deux indigènes, l’un de Taïti et l’autre de l’île de Pâques, mis en présence pour la première fois.

Sur tous les autres points les plus éloignés de la Polynésie, le problème avait été résolu. Il y avait identité de coutumes, de traditions, de croyances religieuses, de langage, entre les populations des divers groupes. On ne savait rien de l’île de Pâques, que l’on considérait comme en dehors du rayon polynésien, en raison de la distance qui la séparait des autres et de sa proximité des côtes de l’Amérique du sud.

Sous le gouvernement de M. de La Roncière et par ordre de cet intelligent administrateur, un naturel de cette île fut amené à Taïti, et, à peine débarqué, mis en présence d’un Taïlien.

Nous regardions, anxieux de ce qui allait se passer.

Les deux naturels s’observèrent pendant quelques instants.

C’était bien les mêmes types extérieurs de race.

L’habitant de l’île de Pâques semblait craintif.

Le Taïtien, plus déluré, s’avança près de lui.

« la orana oé, lui dit-il. — Salut à toi. »

La figure de l’autre Indien s’illumina de plaisir.

« Iorana taio, répondit-il. — Salut ami. »

Tous les spectateurs de cette scène se regardèrent avec un indicible étonnement.

Les deux naturels venaient de se souhaiter la bienvenue dans la même langue. L’habitant de l’île de Pâques avait seulement élidé deux voyelles, que le Taïtien avait au contraire distinctement prononcées.

la sois, iorana bien portant, oé toi.

Iorana sois bien portant, taio ami.

La conversation continuait, nous écoutâmes.

« No héa mai oé. — D’où viens-tu * ?

— No motu hénua maoro mai au. — Je suis venu ici d’une île très-éloignée 2. — A Taïti on dirait fénua au lieu de hénua.

— E aha to oé levé. — Quel est le but de ton voyage3 ?

— A ita paha oé ité éna. — Je ne sais peut-être pas bien cela 4. »

Il n’y avait plus de doute possible, les deux indigènes appartenaient bien à la même race.

Nous ne transcrirons pas la suite de cette curieuse conversation que nous avons précieusement conservée, mais qui serait sans intérêt pour le lecteur.

Comment tous ces indigènes, répartis sur des îles et des îlots parsemés dans le Pacifique, sur une étendue plus grande que celle de tout le continent africain, pourraient-ils posséder

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