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LA VIERGE ÉGYPTIENNE

Isis est appelée Moulh, c’est-à-dire mcre.

Plutarque.

« Je suis tout ce qui a été, tout ce qui est, tout ce qui sera, et nul mortel n’a levé mon voile! » dit Mouth dans l’hiéroglyphe célèbre du temple d’Esneh.

Mouth est, dans la croyance primitive des Égyptiens, la mère universelle.

Les rapports étroits des traditions indoues et égyptiennes sont sur ce point faciles à établir.

Suivant l’expression de Manou: « Le souverain Maître existant par lui-même divise son corps en deux parties, mâle et femelle, et de l’union de ces deux principes naît Viradj, le fils,» d’où la trinité initiale :

Nara, le père,

Nari, la mère,

Viradj, le fils.

Dans la mythologie égyptienne, Ammon-Ra, le dieu primitif, avait également les deux principes mâle et femelle qu’il renferme en lui, et de cette union naît Khons, le fils.

D’où la trinité initiale :

Ammon, le père,

Mouth, la mère,

Khons, le fils.

« Le point de départ de la mythologie égyptienne est une triade formée de trois parties d’Ammon-Ra : Ammon le mâle, Mouth la femelle et Khons l’enfant.

(Champollion le jeune.)

Sur cette question, toute discussion paraît impossible. Textes de Manou et inscriptions égyptiennes sont des traductions de la même idée. Une fois la création opérée, la trinité initiale indoue se résout dans la trinité manifestée :

Brahma,

Vischnou,

Siva,

destinée comme intermédiaire à relier l’humanité à l’Être irrévélé existant par lui-même.

Le même phénomène s’accomplit dans les mystères de l’Égypte, et la trinité initiale se résout également dans la trinité manifestée qui va recevoir la mission de conduire les hommes,

Osiris,

Isis,

Horus.

L’imitation se continue, et il est impossible d’admettre, en face de la haute antiquité des monuments écrits laissés par l’Inde ancienne, que les traditions religieuses de l'Égypte ne soient point sorties des pagodes brahmaniques.

Nari, la vierge immortelle, est bien l’ancêtre de Mouth manifestée dans Isis. Et de même que Nari était la créatrice par excellence, la matrice d’or donnant la vie à tous les êtres,

LES VIERGES CRÉATRICES

Mouth, ainsi que le prouve le nom de Thamoun qui lui est souvent attribué dans les hiéroglyphes, représente avant tout la faculté créatrice.

Ces étranges rapprochements ne s’arrêtent point là.

Le culte de Nara, le principe male du symbolisme élevé des temps primitifs, tombe dans la tradition obscène du linguam, et Nari s’absorbe dans le nahamam.

Les deux grandes facultés fécondatrices et créatrices de la divinité ne sont plus représentées dans l’Inde que par les organes de la génération des deux sexes.

Le culte d’Osiris tombe à son tour dans celui du phallus.

Et ceiui de Mouth-Isis dans celui de Thamoun.

De là la légende vulgaire d’Osiris, mutilé par Seth, destinée à expliquer les motifs du culte séparé rendu aux organes sexuels d’Osiris.

On sait que le phallus n’est que la représentation des organes virils d’Osiris jetés dans le Nil après la mutilation du dieu.

Nous avons retrouvé cette conception singulière dans la légende d’Oro, en Océanie.

Enfin Nari et Isis étaient toutes deux représentées sous la forme allégorique d’une belle génisse.

Nari recevait dans l’Inde les noms de :

Vierge immortelle — Nari,

Mère universelle — Brahmy,

Matrice d’or — Hyranya,

Ame de tous les êtres — Paramatma,

Reine de l’univers — Sakty,

Lumière céleste — Lakmy,

Fécondité perpétuelle — Mariama,

Fluide pur — Agasa,

Conscience suprême — Ahancara,

Chaste vierge — Canya,

Réunion des cinq éléments, l’air, le feu, l’eau, la terre, l’éther — Tanmàtra,

Vertu, richesse, amour — Trigana,

Virginité éternelle — Canyabàva.

Etc...

Isis, d’après le savant égyptologue Beauregard, était appelée:

Mère universelle — Mouth,

Vierge génératrice — Neith,

Terre sacrée — Isis,

Reine des cieux — Sati,

Mère des dieux — Athyr,

Modèle des mères — Hathor,

Beauté céleste — Hathor,

Mère mystérieuse du monde — Bouto,

Ame de l’univers — Anouké,

Reine de justice — Thmei,

Miroir de vérité — Thmei,

Effroi des Méchants — Rascht.

Nous pouvons donc affirmer sans craindre un démenti scientifique que les Égyptiens, à l’imitation des Indous, eurent la conception d’un dieu-mère primitif, foyer immense de mouvement et de vie d'où s’échappèrent tous les êtres.

De même que Nari, Mouth dut recevoir un culte particulier dans le sanctuaire mystérieux d’Esneh, de Denderah, de Thèbes et de Memphis, mais le voile de poussière et d’oubli qui recouvre ce passé de huit à dix mille ans n’est pas encore dé • chiré.

Le sera-t-il jamais?

Le culte d’Isis dans la trinité manifestée est mieux connu ; nous n’avons donc pas à en parler ici.

LES VIERGES CRÉATRICES

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