‹ Histoire des viergesChapitre 62 sur 75 · LA VIERGE HÉBRAÏQUE · texte numérisé non relu

LA VIERGE HÉBRAÏQUE

Juifs, catholiques, protestants soutiennent avec un ensemble singulier que les primitives traditions judaïques étaient monothéistes.

Rabbins, prêtres et pasteurs combattent pro aris et focis , c’est pour eux la question d’être ou de ne pas être : laissons-les à leurs prônes, sermons et conférences, laissons-les au travail forcé qu’ils s’imposent, et qu’ils ne pourraient abandonner sans se réunir tous sur le terrain de la philosophie, de la science et de la raison, et sans sonner le glas funèbre du sacerdoce... Mais l’homme, pour retourner la parole du sage, ne vit pas seulement de spéculation, il est matière en même temps qu’intelligence, et chaque jour il faut gagner le pain du corps.

Qu’on nous pardonne cette parole peut-être un peu brutale.

Les différents ministres des cultes ne sont plus séparés, aujourd’hui , que par des questions d’existence et d’influence de castes. En veut-on la preuve? Tous, en attribuant une origine divine et révélée à leurs croyances, à part les purs ultramontains de Rome, cherchent à s'appuyer sur la philosophie et la science dès qu’ils sont en face d'un auditoire d’élite, comme si la philosophie, la

science, la raison pouvaient s’accorder avec la fable religieuse et la révélation.

Le siècle prochain verra leur alliance dans la science et la liberté .

Mais qu’on ne nous parle plus du monothéisme judaïque.

Est-ce que les tendances unitaires du judaïsme ne datent pas seulement de Josiah? est- ce qu’avant ce roi et le grand prêtre Helkiah, le Pentateuque ou livre de la loi était connu?

Est-ce que même, dans cet apocryphe Pentateuque écrit sous le roi que nous venons de nommer, dans le but d’unir les Juifs contre leurs ennemis du dehors, par les liens dune tradition nationale, on ne voit pas éclater le dualisme primitif de l’Inde et de l’Égypte?

Est-ce que ce n’est point un dieu mâle et femelle qui crée, au premier livre de la Genèse, l’homme mâle et femelle à son image?

Est-ce que cette expression Elahim, les dieux créa , les dieux fil, les dieux dit, que l’on retrouve sans cesse dans cette Genèse, n’indiquent pas par l’emploi de ce pluriel dans la dénomination des dieux créateurs, et de ce singulier dans le verbe qui rend l’action de créer, de faire , de parler, que la conception d’une double nature mâle et femelle se réunissant dans l’auteur de la création fut puisée par la Judée dans les traditions égyptiennes ?

Toutes ces mythologies sont tirées du même fonds primitif.

Ce n’est pas ici le lieu d’une étude complète sur le judaïsme, nous voulons simplement constater que la prétendue loi mosaïque, origine de la révélation, n’est qu’une copie des vieilles croyances religieuses de l’Égypte et de l’Inde.

Pendant longtemps, les enfants d’Israël adorèrent, sous le nom d’Astaroth, le principe mère de la divinité, la grande faculté créatrice qui avait donné le jour à l’univers.

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La Bible elle-même va nous fournir la preuve de cette assertion.

Jérémie prêchait au peuple de Judas, cherchant à le rattacher aux idées de la révolution religieuse tentée sous Josiah.

Il lui fut répondu :

« Pour ce qui est de la parole que tu nous as dite au nom de PÉternel, nous ne t’écouterons point.

« Mais nous ferons certainement ce que tu nous as défendu. En faisant des encensements à la Reine des deux, en lui faisant des aspersions, comme nous et nos pères, nos rois et les principaux d’entre nous avons fait dans les villes de Judas et dans les rues de Jérusalem, nous avons été alors rassasiés de pain, et nous avons été à notre aise, et nous n’avons point connu la souffrance.

« Mais depuis le temps que nous avons cessé de faire des encensements à la Reine des deux et de lui faire des aspersions, nous avons manqué de tout, et nous avons été consumés par l’épée et par la famine.

« Et quand nous, les femmes, nous faisions des encensements à la Reine des deux , et que nous lui faisions des aspersions et des gâteaux où elle était représentée, est-ce que nous répandions ces aspersions à l’insu des hommes?

« Alors Jérémie parla à tout le peuple, contre les hommes, contre les femmes, contre tout le peuple qui avait ainsi répondu... »

(Liv. de Jérémie, chap. xliv.)

Cette reine des cieux était Astaroth, dont la tribu de Manassé avait donné le nom à une de ses villes.

Il est impossible de trouver un texte plus clair, 'et si l’on veut bien se reporter à la description des temples, bois sacrés, hauts lieux consacrés à la Heine des cieux et aux autres dieux,

aux sanctuaires où étaient conservés les animaux et les chevaux du soleil, que Josiah détruisit après avoir lu le livre de la loi, aux prêtres, devins et magiciens qu’il fit mourir, on se persuadera que la religion hébraïque fut pendant longtemps semblable à celles de ses nombreux voisins.

Il ressort de ce passage du livre de Jérémie, non-seulement que les Hébreux adoraient la Reine dit ciel, mais encore, à l’imitation de ce qui avait eu lieu dans l’Inde, que les autels d’Astaroth étaient desservis par des femmes.

Plus nous creuserons les différentes civilisations de l’antiquité, et plus nous nous persuaderons qu’on ne peut les étudier séparément les unes des autres, si l’on veut résoudre dans un sens rationnel le problème de leurs croyances religieuses.

Nous ne saurions trop le répéter à chaque page, car là est le point de départ des études nouvelles sur le monde ancien :

Toutes les nations de l’antiquité ne se sont pas plus désintéressées les unes des autres que ne le font entre elles les nations du monde présent.

Où se rendaient tous les sages de Rome, de la Grèce, de l’Égypte, quand ils voulaient apprendre la science de la vie, étudier les traditions du passé ? Sur les bords de l’Indus et du Gange, qui furent les deux foyers de la lumière antique.

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