‹ Histoire des viergesChapitre 8 sur 75 · Crita-youga, âge heureux, âge des jeux · texte numérisé non relu

Crita-youga, âge heureux, âge des jeux

Treta-youga, âge du feu, les feux des sacrifices,

Dwapara-youga, âge du doute.

Cali-youga, âge du mal.

« Soigner les bestiaux, donner l’aumône, sacrifier, étudier les livres saints, faire le commerce, prêter à intérêt, labourer la terre, sont des fonctions allouées au vaysia.

« Mais le souverain Maître n’assigna au soudra qu’un seul office, celui de servir les classes précédentes sans déprécier leur mérite.

a Par son origine qu’il tire du membre le plus noble, parce qu’il est né le premier, parce qu’il possède la sainte Écriture, le brahme est de droit le seigneur de toute cette création.

« En effet, c’est lui que l’Être existant par lui-même, après s’être livré aux austérités, produisit dès le principe de sa propre bouche pour l’accomplissement des offrandes aux dévas et aux mânes pour la conservation de tout ce qui existe.

« Celui par la bouche duquel les habitants du paradis mangent sans cesse la nourriture sanctifiée et les mânes le repas funéraire, quel être aurait-il pour supérieur?

« Parmi tous les êtres, les premiers sont les êtres animés, parmi les êtres animés ceux qui subsistent par le moyen de leur intelligence, les hommes, sont les premiers parmi les êtres intelligents, et les brahmes les premiers entre les hommes.

« Parmi les brahmes, les plus distingués sont ceux qui possèdent la science sacrée; parmi les savants, ceux qui connaissent leur devoir; parmi ceux-ci, les hommes qui l’accomplissent avec exactitude; parmi ces derniers, ceux que l’étude des livres saints conduit à la béatitude.

« La naissance du brahme est l’incarnation éternelle de la justice, car le brahme né pour l’exécution de la justice est destiné à s’identifier avec Brahma.

Le brahme, en venant au monde, est placé au premier rang sur cette terre ; souverain seigneur de tous les êtres, il doit veiller à la conservation du trésor des lois.

t Tout ce que le monde renferme est la propriété du brahme. Par sa primogéniture et par sa naissance il a droit à tout ce qui existe.

« Le brahme ne mange que sa propre nourriture, ne porte que ses propres vêtements, ne donne que son avoir ; c’est par la générosité des brahmes que les autres hommes jouissent des biens de ce monde.

« Pour distinguer les occupations des brahmes et celles des autres classes dans l’ordre convenable, le sage législateur qui procède de l’Être existant par lui-même composa ce code de lois.

« Ce livre doit être étudié avec persévérance par tout brahme instruit, et être expliqué par lui à ses disciples, mais jamais par aucun autre homme d’une classe inférieure.

« En lisant ce livre, le brahme qui accomplit exactement ses dévotions n’est souillé par aucun péché en pensée, en parole ou en action.

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« La loi s’y trouve complètement exposée ainsi que le bien et le mal des actions, et les coutumes immémoriales des quatre classes.

« La coutume immémoriale est la principale loi approuvée par la révélation — srouti — et la tradition — smriti; — en conséquence, celui qui désire le bien de son âme doit se conformer toujours avec persévérance à la coutume immémoriale.

« Le brahme qui s’écarte de la coutume ne goûte pas le fruit de la sainte Écriture ; mais, s’il l’observe exactement, il obtient une récolte complète. »

Telle est cette extraordinaire genèse indoue peu connue en dehors du monde spécial des orientalistes, et qu’on ne saurait trop vulgariser

Nous disons peu connue , car il ne suffit pas de lire Manou pour le connaître, il faut le lire comme tous les ouvrages sacrés de l’Orient, en éclairant le symbolisme de son langage par

une connaissance approfondie de toutes les traditions religieuses de l’Inde.

Nous allons retrouver dans ces quelques pages, qui appartiennent au plus ancien et au plus authentique monument écrit de l’humanité, le germe de toutes les croyances cosmiques des différents peuples qui se sont successivement développés sur notre globe.

Nous résumons rapidement.

— Au commencement était le chaos — pralaya, — aucun attribut distinctif ne pouvait révéler l’existence de cet univers, lorsque le Seigneur existant par lui-même , qui n’est pas à la portée des sens externes, qui est sans partie visible, que l’esprit seul peut percevoir, paraît et féconde la nature — pracriti.

Il produit d’abord les eaux dans lesquelles il dépose un germe sous la forme d’un œuf brillant comme l’or ; son Esprit divin — Nara — s’incarne dans cet œuf et paraît sous la forme de Brahma, le dieu créateur. Il reçoit aussi le nom de Narayana, l’Esprit de Dieu qui se meut sur les eaux , parce que cet élément a été son premier lieu d'action.

Le Seigneur alors divise l’œuf en deux parts dont il forme le ciel et la terre, et de l’Ame suprême — Paramalma, — c’està-dire de sa propre essence, il produit le moi , le grand principe intellectuel — Ahancara , Mahat — et l’unissant aux principes de perception extérieure et aux molécules matérielles, il compose la matière dont il va former tous les êtres.

Pour cela le souverain Maître divise son corps en deux parties, mâle et femelle : Nara, l’Esprit divin, et la déesse Nari, qui en s’unissant produisent Yiradj, et c’est cette trinité Brahma ou Nara, — le père,

Nari, — la mère,

Viradj, — le fils,

qui continue la création. Cette trinité, en se manifestant sur

la terre, reçoit les noms d’Agni, Vaya et Sourya, qui sont ensuite remplacés par ceux de Brahma, Vischnou, Siva, lorsque les brabmes proscrivirent du culte la croyance au principe mère de la divinité. Siva, fécondateur et transformateur constant, fut adoré sous la forme du linguam : — erectum virile membrum .

Telle est l’origine de la trinité antique, qui a donné naissance aux triades égyptienne, grecque, magique, Scandinave et chrétienne.

Alors sont créés les dix saints éminents, maharchis , les anges, dévas , les séraphins, sadhyas , les musiciens célestes, et toutes les catégories de diables , gnomes et monstres infernaux. Arrivent alors les végétaux, les animaux et l’homme.

Retenons bien cette parole, qui nous montre que tout, d’après Manou, s’est formé graduellement, et par des transformations successives.

« Chacun des éléments, à mesure qu'il se transforme , acquiert la qualité de celui qui le précède, de sorte que plus un élément est éloigné dans la série, plus il a de qualité . »

(Sloca 20, liv. Ior.)

Certains anthropologistes modernes ne se doutent pas de l’antiquité de leurs théories prétendues nouvelles.

Dieu établit alors une distinction entre les actions, distingue le juste de l’injuste, et promet à l’homme qui s’incarnera dans le juste, le mokcha ou récompense finale, par l’absorption dans Brahma.

« Ainsi l’homme qui reconnaît dans sa propre âme 1 Ame suprême présente dans toutes les créatures, se montre le

même à 1 egard de tous, obtient le sort le plus heureux, celui d’être à la fin absorbé dans le sein de Brahma. »

(Manou, liv. XII, sloca 125.)

Quant à ceux qui se seront incarnés dans le mal?

« Ils vont d’abord dans le tamisara, et dans d’autres horribles demeures de l’enfer, dans l’asipatravana, forêt hérissée de lames d’épée, et dans divers lieux de captivité et de torture.

« Des tourments de toutes sortes leur sont réservés, ils seront dévorés par des oiseaux de proie et par des hiboux, ils avaleront des gâteaux brûlants, marcheront sur des sables enflammés et éprouveront l’insupportable douleur d’être mis au feu comme les vases d’un potier. »

(Manou, livre XII, slocas 75 et 76.)

On voit que la mythologie catholique n’a pas plus eu la peine d’inventer son enfer que ses démons, ses anges et sa trinité.

L’univers ainsi créé, les hommes sont divisés en quatre castes, brahmes, xchatrias, vaysias et soudras. Prêtres, rois, marchands et cultivateurs, esclaves.

Tout ce qui existe appartient au prêtre, et ce n’est que par sa générosité que les autres classes jouissent d’une portion des biens de ce monde.

C’est ainsi que débute dans le monde ce gouvernement sacerdotal sous lequel a succombé la société ancienne tout entière.

Toute cette seconde partie de Manou, expliquée par Brighou, ne fait pas partie du Vriddha-Manava ou ancien Manou, dont

on n’a encore retrouvé que des fragments ; elle a manifestement été interpolée dans l’œuvre du vieux législateur des Rutas ou Indous primitifs, à l’époque où les brahmes ayant soumis l’Inde entière à leur domination, voulurent donner à leur pouvoir naissant et souvent contesté la consécration de l’idée religieuse.

Nous ne nous étendrons pas sur les devoirs imposés aux différentes classes, ni sur les autres détails s’appliquant à la division du temps, qui ne font pas, à proprement parler, partie des traditions génésiques pures. Retenons, cependant, les deux points suivants, qui ne sont pas sans importance dans notre étude, et qui indiquent :

1° Que six races d’hommes avaient déjà vécu avant Manou;

2° Que l’œuvre de ce législateur dérive de la coutume immémoriale approuvée par la révélation — srouli — et la tradition — smriti.

Depuis cette époque, le prêtre s’est toujours prétendu le seul gardien et interprète de la révélation et de la tradition.

Les légendes indoues qui viennent s’ajouter à l’œuvre écrite de Manou sont innombrables. Nous avons donné, dans la Bible dans l'Inde , la plus poétique de toutes, celle qui fait naître l’humanité à Ceylan, l’île enchanteresse ; nous n’y reviendrons pas : rappelons seulement que cette légende a donné plus tard naissance à la fable mosaïque, sur le paradis terrestre perdu par la désobéissance d’Adam et d’Ève et la perfidie du serpent.

Nous verrons bientôt, avant toute comparaison, quelles sont les genèses des différents autres peuples, émanées d’une commune tradition.

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