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domaines des rois de France, et souvent cite leur donna des preuves de sa 6délité et de son dévouement. Une des plus remarquables fut la défense de cette ville en 1536. Le courage qiic ses habitants déployèrent alors donne une trop belle idée de leur caractère, pour que nous n'entrions pas dans quelques détails sur ce siège mémorable. Tandis que Charles V, à la tête d'une armée formidable, menaçait la Provence, son lieutenant, le comte de Nassau, se présentait devant Péronne, la clef du royaume du cété des Pays-Bas. Cette ville était è peu près alors ce qu'elle est aujourd'hui. Sa forme était presque triangulaire. Elle s'étendait è l'occident sur une petite colline où était située la collégiale de Saint-Fursy, et la Somme, qui baignait ses murs , lui servait de défense. De l'orient è l'occident , elle était bordée et protégée par des marais. Au midi s'élevait le château, garni de trois grosses tours. I.e reste de la tille était entouré de murs soutenus de remparts assez faibles, bordés d'un fossé de douze ou quinze pas de largeur avec un peu d'eau. Ce cété de la ville était commandé par le mont Saint-Quentin. Il y avait alors trois portes, celle de Paris, celle du château, qui n'existe plus, et celle de Saint-Sauveur, près de l'endroit où est aujourd'hui la porte de Bretagne. Péronne avait en ce moment très-peu de munitions et une faible garnison.
A la nouvelle de l'approche des Impériaux, le maréchal de Lamark s'était jeté dans Péronne avec le comte de Dammartin. Le seigneur d'Estourmel, gouverneur de Péronne, de Koye et de Montdidier, s'était renfermé l'un des premiers dans la ville, où il avait fait transporter tous les blés de son château et ceux de ses . voisins. Il avança de sa bourse la paye de la garnison, et anima, par sa présence, le courage des habitants, qui résolurent de s'ensevelir sous les ruines de leur ville plutôt que de se rendre.
Le 16 août, l'armée ennemie vint occuper le mont Saint-Quentin où elle établit ses quartiers. Pendant trois jours employés â pousser les tranchées, le canon tira sans relâche contre les portes de Saint-Nicolas et de Paris , et deux brèches furent ouvertes; mais, la nuit venue , le maréchal de Lamark , qui pourvoyait k tout avec une vigilance infatigable, fit porter sur les remparts tout ce qu'on put trouver de fagots, de fumier, de paille et de sacs de laine, et l’on en remplit les brèches. La nuit fut employée à ces travaux, auxquels tout le monde, et même les femmes, prirent part avec un courage et une ardeur admirables. Au lever du soleil , l'ennemi vit avec surprise tout le dommage réparé et même la ville plus forte et mieux retranchée qu'auparavant. Il ne s’en obstina pas moins â donner l’assaut; mais, repoussé de tonies parts , il fut forcé de se retirer en laissant plus de quinze cents morts dans les fossés. Un assaut général, donné quelques jours après, ne fût pas plus heureux , et après une lutte a<'bamée de quatre heures et une perte considérable , Nassau fut forcé de faire sonner la retraite. Il se passa A cet assaut un fait trop remarquable pour être omis. Une femme se trouvait à un endroit des remparts on l’ennemi faisait irruption par une petite brèche qui n'était point défendue. Cette femme, apercevant un porte-enseigne qui s’apprêtait à monter sur le rempart, va droit à lui, et, comme pour l'aider, lui demande son enseigne. Elle ne l'a pas plutôt reçue de ses mains , qu'elle lui en casse la tête et le précipite dans le fossé. Aussitôt , l'étendard ù la main , elle aie victoire et ranime ainsi le courage des assiégés.
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L'histoire a conservé le nom de Marie Fouré et cet exemple héroïque ne fut pas le seul que donnèrent les femmes , dont le courage ne contribua pas moins que celui des hommes à la délivrance de Péroiine.
Cependant la ville était réduite à la dernière extrémité. Un manquait de poudre et de soldats. Lamark résolut de demander des secours au duc de t'iuisc, qui était alors à Ham. Mais comment lui donner avis de la position des assiégés? Cn simple soldat, Jean de Haizecourt , de Montdidier, se chargea de cette mission qui demandait autant d'audace que de courage. Il traversa la rivière 6 la nage, sous le feu des ennemis, et parvint, sans être aperçu, à porter son message au duc de Guise. Celui-ci commanda aussitôt quatre cents arquebusiers chargés chacun d'un sac de dix livres de poudre, et les mit sous la conduite de Haizecourt pour les mener par les marais et les détours qu’il avait pris lui-méme. De son côté , le duc de Guise monta plus liant avec tout ce qu'il put rassembler de tambours et de trompettes, les répandit dans la campagne, le long du ovmp des Impériaux, et donna, vers minuit, le signal convenu. Aussitôt tous les instruments commencèrent à sonner la charge, comme si une armée se fût apprêtée à attaquer les Impériaux. Ceux-ci elTrayés ne songèrent toute la nuit qu'è veiller à la garde du camp et è tout disposer pour se défendre. Pendant ce temps, les arquebusiers traversèrent les marais sur les ponts que l'ennemi y avait dressés lui-même , cl , panenus aux pieds des murs , ils y montèrent à l'aide des cordes qu'on leur jeta, ix; ne fut qu'au point du joue que N'assan s'aperçut du stratagème dont il avait été lu dupe.
Après avoir fait sauter par une mine la vieille tour du ehêleau, et tenté sans succès un nouvel assaut dans lequel plus de quatre cents hommes restèrent sur la brèche, Nassau, rebuté d'une résistance si opiniâtre, se décida 6 lever le siège; mais son adieu fut terrible. Pendant deux jours entiers, sa grosse artillerie ne ces.sa de tirer sur la ville et principalement sur le beffroi. Le comble en fut emporté, les cloches brisées et le reste fort endommagé. I.a nuit suivante l’ennemi décampa, et le M .septembre, au lever du Suleil, Péronne se vit enfin délivrée, après un siège de trente-deux jours, pendant lequel elle soutint trois assauts avec un courage qui honore à jamais les habitants, et auquel l'ennemi lui-même ne put s’empêcher de rendre témoignage. C.e brave comte de Nassau , que les mémoires du temps ne représentent pas comme un prodige de capacité, mais qui, cependant, employa au siège de Péronne toutes les ressources que pouvait alors offrir l'artillerie, s'étant présenté â la reine de Hongi ie, sœur de Charles V, cette princesse lui fit honte de n'avoir pu se rendre maître de ce colombier, a Ouy, de vrai, répondit-il, madame, c'est un colombier, mais les pigeons qui csloient dedans se sçavoient bien deffondre, et faire autre chose que s’envoiler. » Pendant trois jours on fit dans Péronne des réjouissances et des prières publiques en action de grâces. Bientôt après, une procession solennelle fut instituée par les chanoines de Saint-Fursy, en l'honneur de ce saint patron de la ville, b la protection de qui l’on ne manqua pas d'atiribucr la défaite des ennemis. Cette procession se célébra longtemps le Il septembre, jour anniversaire de la délivrance de la ville. On y voyait figurer
I. Le maniiAcrit que nous avons sons les veuv donne à ccUe li^rolne lo nom de Catberino de Pois.
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la bannière, dont on conserve encore aujourd'hur une curieuse reproduction dans l'hôtel- de-ville
Quand vinrent les troubles de la religion , les habitants de Péronne la dévote repoussèrent avec la même énergie les prétentions du chef des huguenots sur leur ville. Le prince de Coudé réclamait le gouvernement de Picardie, dont son père avait été revêtu. Il demandait qu'on lui abandonnât Pérenne, où il voulait établir sa résidence. JacquM d'IIumiëres était alors gouverneur de cette ville, de Roye et de Montdidicr. Catholique ardent et dévoué aux Guises , et craiguant de se voir dépouiller de son gouvernement, il proposa aux principaux seigneurs de la province de s'unir par une sainte ligue, à l'exemple des catholiques de Guyenne et de Bourgogne. I.e traité d'association qu'il Ot alors dresser par les jésuites est daté de l'hôtel de-ville de Péronue, du 13 février 1577; mais ce fut un jeune gentilhomme nommé d'Haplincourt qui se chargea de le faire signer par tous les seigneurs de la province*. Quelques années plus tard, en 158V, les ligueurs s'assemblèrent i Peronne pour délibérer sur les alfaires du parti.
Les principes religieux qui avaient fait adopter le parti de la Ligüe è Péronne empêchèrent longtemps cette ville de reconnaître la légitimité de Henri IV; ce ne fut qu'après son abjuration , en 1594 , que d'Estourmel , gouverneur de Péronne, de Roye et de Monldidier, Ot sa soumission au roi , qui lui laissa son gouvernement. Henri IV était alors en Picardie. Il s'empressa de se rendre à Péronne, oà jl Ot son entrée le 15 août 1594. Quarante ans après, le 1*' mai 1635, Louis XIII et le cardinal de Richelieu vinrent aussi visiter cette ville.
Sous la minorité de Louis XIV, la Fronde, repoussée de Paris, porta la guerre sur les frontières de Flandre; Péronne et ses environs furent le théâtre de ses derniers efforts (1654). Turenne occupait, avec quinxe cents hommes, le village de Mananconrt ; le prince de Condé étant venu l'attaquer à la tête de deux mille cinq cents Espagnols, Turenne se retira sous les murs dé Péronne. Condé, n'osant l'y suivre, mit le feu ou village, qui fut réduit en cendres avec le ciiâteau ot l'église. Quatre ans après, par la trahison du maréchal d’Hoequincourt, Péronne, et peut-être tonte la France, manqua de tomber au pouvoir de Condé et des Espagnols. Hocquincourt, gouverneur de Péronne, de Roye et de Montdidier, entraîné par madame de Chttilloo dans le parti contraire à Maxarin, avait négocié sous main avec Condé, pour lui livrer passage par Péronne. Mais le complot fut découvert à temps par Maiarin,
1, bannière qui »e voit encore dans l*h6tol -de -ville est un monument curieux ponr l'art et pour riiUtoire. C'est la mproducliou de l'aucienni*, bannière |>eiiite à l'huile et »ur toile l'annèo qui suivit le siégé dont elle repri^senlait lidèleNicnl toutes les eirconsUinL'es. Par déliliCi'atioii du 5 novembre 1703, la mairie de Péroimu la iil renouveler et brotler eu or, argent et soie. Ce travail fut exécuté par Léon Lccoinlc, maître tailleur et hrtxit'ur, moyennant 900 livres que la ville s'obligea de payer en neuf années « pendant lesquelles II fut exem|ité des citantes de ville.
S. Le texte de ce traité est rapporté |jar d'Aubigné (Histoire, t. Il, pag. S28); on le Uoiive aussi, avec les signatures , dans VHiitoire de la Ligue ( l. Il, pag. i6i} du P. Maimtiouni, qui prétend avoir en sa |KKS<^sion l'original de cet acte carieux. Selon M. Dusevel ( Deteription du département de la Somme , t. I « pag. 196 ) , eel original , défiosé dans les archives de Péronne , en aurait dis(iaru , suivant ia iradiliou , [lar riiifidélité <i’un employé qui le vendit au P. Maim- Itoiirg cent dnquunU* livres. Mais dans ses Lettres sur le départennnil de la Somme ( 3«4Hlit.. 1610, pag. 133 ), M. Dusevel assure que cet original existe eitcore dans l-i tubliothèque du Vatican , et qu'H en a vu une copie authentique portant ceut quativ-vingt-quluxe signatures.
et
et le maréclwl, forcé de quitter son gouvernement, se réfugia chez les Espagnols.
Depuis cette époque jusqu'ft nos jours, aucun événement politique ne se passa à Péronne. Un moment , en ISI.'i, elle fut sur le point de devenir le dernier rempart de la restauration. Le gouvernement royal voyant Napoléon attirer sous ses drapeaux toutes les troupes qu'on lui opposait depuis son retour de l'tie d'Elbe, voulut former une armée de réserve sous les murs de Péronne, » où les troupes, dit Ir Moniteur de Gand, eussent été moins exposées à la séduction. I.e duc d’Orléans partit pour cette ville, où il devait être rejoint par le duc de Trévisc, le chef désigné de l’armée de réserve ; mais la marche rapide de l’empereur sur Paris déconcerta tous res projets.
Après le désastre de Waterloo, Péronne fut peut-être la seule ville de France qui ait osé arrêter la marche des alliés, et dont le canon ait essayé de protéger la capitale, vers laquelle se dirigeait l’armée anglaise. Au moment où Wellington considérait les abords de la place des hauteurs du mont Saint-Oueutin, un boulet, parti des remparts, vint tomber ê ses pieds et le couvrit de terre. Quelques bombes furent jetées dans la place, qui fut bientôt forcée de se rendre et capitula, à condition que la garnison serait licenciée.
Comme nous l’avons dit plus haut, on doit présumer que la commune avait été instituée à Péronne par les comtes de Vermandois, comme elle l’avait été h Saint- Quentin. Dans un ancien titre, on trouve, dès lt82, un meyeur nommé Walterus de Felkière. La charte de Philippe-Auguste, de 1907, en conflrmant ses anciennes franchises, donnait aux bourgeois le droit d’étire le mayeur et les échevins, établis pour exercer la justice haute, moyenne et basse, criminelle et de police, dans Péronne et ses dépendances. En 1359, le droit de naairie fut Oté aux bourgeois par le roi Jean; mais il leur fut rendu par Charles V en 1868. Les privilèges du mayeur étaient très-grands. C’était lui qui commandait dans la place en l'absence du gouverneur et du lieutenant de roi, et gardait toutes les defs de la ville, dont il conservait en tout temps la moitié. Il avait le même pouvoir sur les soldats de la garnison et sur les bourgeois.
La liste annuelle des mayeers de Péronne remonte à l’année 12.30, et le nom du premier qui y figure est celui de Bertremin le Maréchal. Parmi les magistrats qui se sont le plus distingués dans l’exercice de ces fonctions, on ne doit pas omettre celui de Michel de Hauleville', mayeur en 1538. Cette année, qui rappelle le siège mémorable soutenu par Péronne contre les Impériaux, rappelle en même temps les récompenses dont François I*', si bon juge en fait de valeur, honora son dévouement. Par lettres patentes datées de ChantHly, en février 1537, il accorda aux bourgeois de Péronne l'exemption perpétuelle des tailles, et l’autorisaCon de porter pour devise un P couronné, au lieu du simple P que la ville portait auparavant dans ses armoiries. Le mayeur et les quatre échevins furent anoblis. I.es citoyens de Péronne eurent le droit de garder eux-mêmes en tout temps les portes de leur ville
1. M. DuBevel , dans lettres sur ie dé|>arteinent de U Somme v pag- tSi « nomme ce mayiuir Fursjr Morel , qui ne fut revalu de uee fooetions que daos les années 1538, 1539 et 15i0.
9. Suivant M* Dusevel , le majeur eut le droit de porter une croix «Tor émaillée d*uo oôté arec la pocelle tenant une épée nue , et de Tautre oes moU : Fid$ê it tirtui , et oe lemit à cet en«
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Péronne conservera toujours aussi avec reconnaissance le souvenir de Loais Aubé, maycur en 1681, et plusieurs fois réélu depuis. On lui doit de sages ordonnances et des institutions utiles. Il fonda le prix de l'arc, en 1C81, et ajouta une cloche au beffroi; c'est celle qui donnait le signal du cuu>re-feu. A dix heures du soir elle .sonnait vingt coups, qu'on appelait 1rs soupirs de M. Aubé. On devait alors fermer lus cabarets sous peine d'amende , et les bourgeois se retiraient chez eux.
Péronne compte aujourd'hui 3.8H habitants et elle est le chef-lieu d'un arrondissement qui en renferme 110,982. Le principal commence de cette vHle consiste dans l'exportation des grains de toutes espèces récoltés dans le Santerre, dont le sol fertile est la source de la richesse et de la prospérité du pays. Elle possède aussi des fabriques de toiles et de batistes , de percales et de linon. Outre une foire pour les bestiaux et autres marchandKses, qui revient le -2 de chaque mois , une foire annuelle se tient encore à Péronne le 29 septembre , et dure neuf jours ; le premier est consacré à un grand commerce de bestiaux, et lus autres jours à toute espèce de marchandises Un ancien usage voulait que le tetmneier du fief de Péronne eût le droit de choisir dans toutes les boutiques des marchands forains, et d'y prendre la pièce qui lui conviendrait le mieux.
Avant 1789, on comptait six églises à Péronne, d'abord la collégiale, siège du chapitre de Saint-Fursy , qui ne relevait que du saint-siège. Cette antique basilique, fondée dans l'origine par saint Fursy, ayant été brûlée en 1130, fut rebâtie, et devint, suivant Du Chesne, une des églises les plus remarquables du royaume sous le rapport de l'architecture. Il y avait ensuite cinq églises paroissiales, tant dans la ville que dans les faubourgs de Péronne, savoir : Saint-Jean-Baptiste, Notre-Dame, au faubourg de Bretagne, Saint-Quentin Capelle, Saint-Sauveur et Saint-Quentin-en-l'Eau .
On comptait à Péronne trois couvents : celui des Cordeliers , fondé hors des murs, on ignore à quelle époque, fut saccagé lors du siège de 1536; transféré dans la ville, rue des Constantins, il fut réduit en cendres avec l'église et les archives le 16 septembre 1728; un couvent de minimes, établi en 1610 par le seigneur de Bernicules, qui prit l'habit parmi eux ; enQn un couvent de capucins, fondé le 3 mai de la même année. Il y avait quatre communautés de filles : les religieuses de Sainte-Claire ou Clarisses, fondées en 1V82 par Philippe de Crevecœur, seigneur de Querdes; les ursulines; les bénédictines, qui tenaient l'Hôtel- Dieu, et les hospitalières de Sainte-Agnès, établies pour l'entretien des orphelins. I.'Hdtel-Dieu de Péronne était sous la direction du chapitre de Saint-Fursy, et les religieuses ne pouvaient vaquer qu'à la prière et aux ministères domestiques.
A une demi-lieue de Péronne existait encore, avant 1789, l'abbaye du mont Saint-Quentin. Elle fut fondée vers 987 par Albert 1", comte de Vermandois, sur les ruines d'un autre monastère plus ancien, qu'on croit avoir été fondé eu même temps que celui de Péronne, par Erchinoald, qui mit à sa tète saint L'itan , frère
Iil^equ’ü faudrait altrihaer la quaiilicaUoD depueelU donnée ordinairement i Péronne, {daldiqu’â la prétention qu'elle aurait de n'avoir jam'd.s été prise. En parcourant notre esi|ui»e hialoriquet on Yoitque rien ne sorait plus mal timdé que cette prétention, et l'on ne peut que se ranger à l'opinion du savant aniiqiuiire.
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(le saint Fursy. Cette origine passait pour instante dans le xui* siècle, époque de la construction de l'église abbatiale ; et , au commencement du xviii* siècle , l’image et le nom d'Erchinoald ou Archambault se voyaient encore sur les vitraux duchœur. Evrard en fut le premier abbé.
S'il n'est rien dans Péronne ni dans la petite province du Santerre, dont elle était la capitale, qui puisse piquer à un haut degré la curiosité de l'artiste et de l'antiquaire, il est cependant quelques monuments qui ne sont pas indignes de leur attention. Pour le voyageur qui vient de quitter les campagnes fleuries arrosées par l'Oise pour entrer dans les plaines du Santerre, ces vastes champs de blés, dont l’uniformité n'est interrompue que |>ar quelques bouquets d'arbres , n'offrent rien de bien pittoresque. Mais ce n'est pas sans un vif intérêt qu'il découvre bientôt la capitale de la province , petite , mais pleine de glorieux souvenirs , offrant encore l'aspect d'une vHIc de guerre dans l'enceinte circonscrite, mais formidiible, de scs remparts , et lançant fièrement dans les airs la flèche du iM^ffroi , emblème de scs antiques franchises. Le beffroi qui s’élève sur la grande place fut construit en 137C. Cest une tour carrée , terminée en saillie et flanquée d'une tourelle à chaque angle. Il est bdti en grès et élevé d'environ trente-six mètres
Non loin du beffroi se voyait aussi jadis, sur la place, un autre monument des anciens usages féodaux. Cétait une pierre de grès , longue de quatre pieds et large de deux, élevée setdement de quelques pouces au dessus du pavé. Sur cette pierre, qui avait été érigée en flef , le tenancier de Péronne était obligé de faire ferrer avec des fers d'argent le cheval du roi de France, son suxerain, toutes les fois que ce prince devait faire son entrée dans PtTonne.
L'hAtel-de-ville dont on voit la façade sur la grande place date du règne de François I*'; ce monumènt élégant de la renaissance est dans le style grec , et de l'ordre corinthien. Le château actuel, situé au nord-est de la ville « est enclavé dans les fortifications et flanqué de quatre grosses tours en grès avec porte à ogive. On fait remonter sa construction â la fin du xi v* siècle. L'église de Saint-Jean , la seule qui subsiste aujourd'hui dans Péronne , fut commencée sous le règne de Louis XII , et terminée sons François I*'; elle n'a point de chœur et se compose de trois nefs vodtées avec pendentifs détachés. Le portail, â l’occident, a trois portes. L'architecture en est riche et ornée , dans le style golhiijue fleuri. On y voit aussi de curieux vitraux de la Renaissance.
t'/imme les peuples et les provinces , les villes ont aussi leur caractère particulier. On sait quelles qualités , quels défauts l'on attribue généralement aux Picards. Nous ne citerons pas à ce sujet des dictons vulgaires et bien connus. Nous avouerons seulement que dans l'habitant de Péronne se montrent très-fortement prononcées toutes les nuances du tj'pe provincial. Mais comme il n'est presque point de défaut qui ne puisse devenir la source de quelque vertu, dans cette obstination qui fait le fond du caractère picard , nous n'hésitons pas à trouver le principe du
1. Les fortUications de Péroime, duc» au chevalier Deville, furetil lougtemps uégligées; mais elles sont de|>uis quelques années l'objet des (olUcilufles de la ville, qui consacre une somme annuelle à leur entretien. On s'occu|iceD ce moment de la restauration du beffroi si maltraité |iar le sit'tge de 1536 ; elle est coitik'e à M. D. Ramée , jeune artiste aussi recommandable par sou «Tudilion qtie par ses connaissances pratiques.
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riCARDIE.
re rourtgo héroïque, de cette fidélité à leurs principes religienx et politiques dont les habitants de Péronne ont donné tant de preures. Nous nous plaisons i louer quelques autres de leurs qualités, leur loyauté et leur franchise peu communes, leur cordialilé, exempte de flatterie et de souplesse, et nous y trouvons l'explication d’un fait assez remarquable, c'est que, dans sa biopraphie, Péronne n'offre aucun de ces hommes illustres dont les succès ont été dus bien souvent k un mérite |ilus brillant que solide. Nous n'y voyons que quelques savants modestes , quelques littérateurs obscurs , parmi lesquels nous citerons seulement les suivants : Lemurchand , chanoine de Péronne vers 1262 , auteur d’un poëme en vers français des miracles de la sainte Vierpe de Chartres; I)om Michel Germain, né en 1643, savant bénédictin, ami et collaborateur du célèbre Mabillon ; il eut part è sa savante Diplomatique, et lit avec lui les voyapes d'.MIemapne et d'Italie. On regrette qu'il n'ait pu publier le Monartiron gallteanum, ouvrage du plus haut intérêt, pour lequel 11 avait rassemblé de précieux naatériaux, aujourd'hui perdus pour la science; GUrmle Sanguin , maître d'hôtel du roi et du duc d'Orléaos, composa des Heures en vers français (Paris, 1660, in-4'); Tourbier (Pierre), qui se rendit téièbre, au commencement du XVII" siècle, dans l’exercice de la chirurgie; GogueUt (louis), né en 1676, écrivit une foule d'ouvrages et se fit quelque r^nUtion dans le genre burlesque, alors eu vogue; et Fougeret de Mvnbron, aut^ jle la Ueuriade travestie, du Cosmopolite, et du Préservatif contre i anglomanie. M. l.aisoé, ancien typographe, vient de mourir à Péronne; c'est chez lui , et sous sa direction, que notre illustre poète Béranger a fait scs premiers pas dans la carrière littéraire.'
MONTDIDIEft.
CBAV&VM. — AIMOlrB.
Située A l'extrémité la plus méridionale de l'ancien Santerre, la ville de Montdidier est la porte de cette petite province, dont l'œil peut embrasser presque toute l’étendue du haut de la montagne , sur le penchant de laquelle les maisons de la ville s’élèvent en amphilhAtre. L'origine de Moiitdidier se perd dans la nuit
t. For(ttna« opéra ^ t. II. Vita 4ifdot'iW Pt<, ann. 7M. ~Ducangc, Glotsarium mediæ laliniVfiJiff. — Colllelle, niatoire du Vermandota. Vie de anint Furty , par J. Dtsmay, 1607, in-li. — Annales Benedietinorum, t. I. — Flodoardi Chroniron. — D. BouqtK’l. CAronlron 5^
Guitlshni Britonie PhilippklQSt libri XII. — Chtonique de Samt-Oenis.
Mémoires de Philippe de Comines , édll. l.en^U‘1 Diifntsaoy. — Waller ScoU , Quentin Durvard. Michriet, Uiatoire de Fronce, t. VI. — de J f)uclercq — P. Fénier, Belation du
siège de Péronne, Paris, 1082, in-li. — 0^'ftrM de llrantôme, l.l. — OrdonnanrpM du Louvre t. V. — Mabillun, de re D-plomatira. — L;ibtK', ronrtVtorum eottectio. Pigaiiiol tic Iji Fonv Descriplion de lu France, L H — Buelu'Z, Bialoite de la résolution française, l. XL. — Huiletin de la Société de l'Histoire de France, |f»|iûrlie.
MOM'i>IDlli:it.
Gô
du moyen 4ge. En vain quelques auteurs ont voulu la retrouver dans la BraluipanliHm de (xsar. Le château de Montdidier, dont les dernières traces sont aujourd'hui presque entièrement elTacées, est le seul vestige de son antiquité sur lequel il reste quelques documents. Si l'on en croit la tradition, Didier, roi des Ixvmbards, détrènë par Charlemagne, en 774, Tut relégué dans un château de Picardie , qu'on croit être celui qui fut appelé par la suite du nom de ce prince, Mons Desiderii
Le château de Montdidier, soit que sa constniction remonte â l'époque romaine, soit qu’il ait été bâti par les Franks, Ot sans doute partie du domaine de la couronne, sous les rois des deux premières races. Il eut aussi ses seigneurs particuliers, parmi lesquels on en rite quatre du nom d'ililduin, qui, de l'an 848 à l'an 1063, portèrent le titre de comte de Breteuil et de Montdidier ; ces seigneurs relevaient des comtes de Vermandois, sons la domination desquels la ville resta jusqu'en l'an 1194, époque où ce comté fut réuni à la couronne. En 1199, Philippe-Auguste tenait sa cour dans le château de âlontdidier; mais l'année suivante, il le fit démolir, dans la crainte que les Anglais, en s'en emparant, ne s'y fissent une retraite, d’où l'on aurait eu peine à les chasser. Eti même temps il fit entourer de murs la ville qui s’était formée à l'abri du château.
Après sa réunion à la couronne, Montdidier, comme Pérenne et Roye, fit partie du gouvernement de Vermandois, sous l'autorité des baillys. En l’an 1430, Charles VI les détacha de cette province et les réunit sous l'autorité d'un même gouverneur ou grand-bailly qui , dans les assemblées générales , eut la préséance immédiate après le gouverneur de la Picardie. Outre le gouverneur commun aux trois villes , .Montdidier eut aussi , comme les deux autres, un gouverneur particulier ou capitaine.
De tout temps, mais surtout depuis le xir siècle, âlontdidier lit cause commune avec Péronne, dont la fortune réagit toujours sur la sienne. Cependant il n’eut que trop souvent à déplorer des malheurs qui lui furent particuliers. Ainsi, dans le XIV* siècle, pendant les guerres de Flandre, et les querelles des maisons d'Orléans et de Bourgogne, .Montdidier fut plusieurs fuis saccagé et brûlé. Au commencement du XV* siècle, en janvier 1413, Charles VI y convoqua ses Qdëles sujets de Picardie, ordonnant â tous les gentilshommes de s'y trouver en armes le 5 février, pour le suivre à Paris. Les annales de ce siècle n'oITrent que le tableau d'une suite de désastres pour la malheureuse ville de Montdidier, passant tour à tour du roi de France au duc de Bourgogne , prise et reprise , brûlée , puis rebâtie par les vainqueurs , jusqu'à l'époque où l'extinction du duché de Bourgogne la rendit à la couronne. La politique défiante et cruelle de Ixuis XI, voyant le triste état où la ville avait été réduite par le dernier incendie, avait d'abord songé à la démanteler et à en faire une ville champêtre; mais, il renonça à ce projet, la fit rebâtir en 1486, et chargea le maréchal de Crèvecœur d'en relever les fortifications.
Au commencement du x vi* siècle , Montdidier, après une défense de douze jours, est pris par les Anglais et les Impériaux ( 1533 ]. A l'approche du duc de Vcndûroe,
1 Un titre du l'an 1075 un fait inunlioa |>our la prumk^rc fuis sous le nom de Ctutrum mont Desiderii. Voy. Mabillon , de re IHpiomatica,