‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 9 sur 119 · II , C · texte numérisé non relu

II , C

PICARDIE

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I.a domination anglaise n'était que nominale à Saint-Quentin ; c'étaient , en réalité, le duc de llourgogne et ses vassaux qui comniaiiduient dans le Vermanduis. En Itd.v, la cession des villes de la Somme au duc de Rourgogne fut le prix de la récondliulion de Cliarles Vfl et de IMiilippe-le-Ron. I.a situation matérielle de Saint-Quentiti n'en fut pas cliangéc ; les Rourguignons y régnèrent après (.nmme avant; mais les lialntants eurent nu moins la joie de pouvoir se redire Français et de pouvoir appeler le iTni roi de France leur souverain seigneur au lieu du roi anglais. En ItSO, ils célébrèrent la recouvrancc de la Normandie sur les Anglais, comme s'ils eussent relevé directement de la couronne; la fête annuelle instituée h cette occasion, le 1-2 aodt, subsistait encore en 1789.

L'espoir de retourner à la couronne semblait pourtant s'éloigner toujours davantage. En 116.V, après la guerre du bien public, laviiis XI renonça au droit de racheter li's villes de la Somme , droit que s'était réservé son père ; mais I/)uis n'avait eu pour but que d'endoroiir et de diviser ses ennemis : tandis qu'il renonçait olliciellement aux villes picardes, il travaillait en secret ù les ramener sous son sceptre ; il avait détaché du duc de Bourgogne Louis de Luxembourg, comte de Saiut-Pol, qui dépassait de beaucoup en richesses et en puissance son prédécesseur Jean de Lu;ienibourg. Saint-Pol, devenu connétable de France, se déclara pour le roi et fit soulever Saint-Quentin contre les Bourguignons, le 6 Janvier U7I. Après un demi-siècle de séparation, Saint-Quentin rentra ainsi dans le domaine de France. Ce n'était pas le compte de Louis de Luxembourg. Cet ambitieux seigneur, qui s'était construit à llam une citadelle formidable (le chUtcau encore existant) , et qui avait fortifié à grands frais les chèteauv de Guise, de llohain, de Reaurevoir, de Vendeuil, de La Fère, jouait au comte de Verinandois, et aspirait à se rendre indépendant du roi et du duc de Bourgogne , en hs balançant l'un par l'autre. Il expulsa par surprise le gouverneur royal de Saint-Quentin, Georges de La Trémouille , seigneur de Craon , et se saisit de la ville. Le roi Louis et le duc Charles , tour à tour trompés par lui , se réunirent et l'écrasèrent entre eux. Menacé par le roi, Saint-PuI s'était jeté dans les bras du duc; Charles le livra au roi. Louis le Ht décapiter (19 décembre H75). Saint-Quentin fut le prix de sa télé. Louis céda de nouveau cette ville à Charles, mais pour bien peu de temps. Dès que le duc Charles eut péri à la bataille de Nanci, le sire de Moy, à la tète des hommes d'armes du roi , se présenta devant Saint-Quentin, qui ouvrit scs portes avec acclamation (1477). De celte époque date la fondation des deux compagnies bourgeoises d'archers et du canonniers-arquebusiers, organisées par ordunnances de Louis XI pour veiller à la sûreté de 1a ville. Elles ont subsisté jusqu'en ITt'H.

Après la piort de Louis XI, le parti bourguignon essaya d'user de reprc'sailles. Un des grands vassaux de Marie de Bourgogne, Frédéric de Hoorn, sire de Montigni, partit de Valenciennes avec un corps de troupes, traversa les marais de la Somme, et pénétra dans la rued'isie par une brèche des remparts. Ixs habitants coururent aux annes, et ils repoussèrent l'ennemi avec tant de vigueur qu'une grande partie des assaillants furent tués au pied des murailles ou noyés dans leur fuite à travers les marais. On ne Ht aucun quartier [2G juin 148G). Une procession solennelle fut fondée pour remercier Dieu et saint Quentin de cette victoire.

La période qui suivit lu seconde réunion de Saint-Quentin à la couronne fut

Itoiimiso pour colle ville. Saint-Quentin devint, en temps de pais, le principal entrepAt du commerce des provinces vinimles de France avec les Pays lias ; les vastes caves des environs de la prandc place étaient destinées à recevoir les envois de l'Orléanais, de l'Isle-de-Franrc, de la Bourgogne et de la Champagne. I.a fabrication des draps et des sayettes continuait sur une grande ('•cliclle. On était nu XVI* siècle : c’est dire que, partout où apparaissait un peu de richesse et de prospérité, les licaux-arls prenaient un énergique essor. Saint-Quentin dut à cette brillante époque un monument aussi intéressant que l’église elhvméme, quoique bien inférieur par la dimension : rhAlcI-vIe-ville , construit sous Louis XII, fut achevé en 1 .'>00. Il n’eiiste pmit-étrc en France que rhétel-dc-villc d’Arras qui soit supérieur à celui de SainI Qnenlin. La symétrie vraiment harmonieuse des proportions, la pnrelédu style ogival employé dans les arcades qui supportent l'édiflee, la verve originale di's nombreuses lignrines qui dv'corent les chapiteaux, les voussures, les voûtes du péristyle, en font un édifice du premier ordre parmi les monuments de notre ancienne architecture civile. L’architecte appartenait à celle école qui, fidèle A l’ancien art fraïu'ais, repoussait la transformation que commençait alors la Renaissance; l’hOlel-de-v ille de .Saint-Quentin ne porte aucune trace du style de transition. Il est filchenx que cetti- belle façade (l’édifice ne consiste, A vrai dire, qu’en une façade I soit déparée par une campanille moderne.

Vers ce même temps, ou peu d’années après, fiorissaient h Saint-Quentin le sculpteur Alard et le peintre verrier Blévillc Leurs ouvrages , qui ornaient les églises des paroisses, ont péri à la révolution. I.a musique était cultivée à Saint- Quentin avec plus d’éclat encore que les arts plastiques. iJi maîtrise, ou maison des F.nfant.s-de-choeur, prodnisH des compositeurs renommés parmi les maîtres de celle époipie si brillante pour la vieille musique française, alors en pos,session de la prépondérance enro)M'>enne. On cite Charles de Vilicrs, Fromentin, Compère, Bournonville, mais, par-dessus tous, Jossequin Des Prez, maître de chapelle de François I**. Les lettres et les sciences founiissent aussi des noms dignes de mémoire. Le chanoine Charles de Bovelles, a laissé de nombreux ouvrages imprimés et inédits sur la théologie, la morale, la métaphysique, les mathématiques, la géographie, etc. Il a donné A l’église le beau vitrail qui représente le martyre de sainte Oilherinc. Orner Talon, professeur d’éloquence à l’université de Paris, et auteur de la famille parlementaire de ce nom, était né à Saint-Quentin.

La prospv'rité dont Saint -Quentin avait joui pendant plus de la moitié du \vi* siècle fut interrompue par une effroyable, mais glorieuse catastrophe. La Intle de la Fronce contre la maison de Bourgogne s’élait renouvelée avec plus de viohmcc contre la maison d’Autriche , héritière des princes bourguignons. En 1.5.’)7, tandis que l'élite des armées françaises était en Italie avec le duc de Guise, Philibert-Emmanuel, duc de Savoie, qui, chassé de ses états par les Fiançais, s'était fait le lieutenant du roi d’Espagne, envahit le nord de la France à la tète de soixante mille Espagnols, Allemands, Anglais, Néerlandais, Wallons et Comtois. Après avoir emporté et brûlé Vervins, il passa devant Guise sans s’y arrêter, et parut, le 2 août, en vue de Saint-Quentin Plus tard, on prétendit que des prés.iges sinistres avaient annoncé aux Saint-Quentinois les calamités qui les menaçaient. Un se rappela le clocher incendié par la foudre en 15A7; on raconta qu’un

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liunimc hideux, hérissé, en haillons, avait parcouru la ville en criant: Malheur! malheur! comme il était arrivé jadis dans Jérusalem à la veille de sa ruine.

Le danger était immense: les rortllications, en assez mauvais état, ne consistaient qu’eu une simple enceinte, flanquée de tours; le gouverneur, de Breuil, n'avait à sa disposition qu'une compagnie d'hommes d'armes, une poignée de fantassins, et très-peu d'armes ,'i feu. Les privilèges qui exemptaient de garnisons nos vieilles communes , furent plus d'une fuis funestes aux villes frontières qui s'obstinèrent à les maintenir malgré les révolutions de l'art militaire.

L’armée française du Nord, rassemblée en Champagne, s'étalt portée dans le I.aonnois, à la nouvelle de la marche des ennemis sur le Vermandois : elle ne comptait pas vingt-cinq mille combattanLs. Le connétable .\nnc de MontmorencI, décida de tout risquer pour secourir Saint-Quentin , la seule place importante qui couvrit Paris de ce cdté. Dans la nuit du 2 au 3 août, l'amiral Gaspard de Coligni, neveu du connétable, envoyé à la hâte par son oncle, entra dans Saint-Quentin par la rive droite de la Somme, avec quatre compagnies de gendarmerie très-incomplètes, et deux cent cinquante fantassins. L'ennemi avait déjà occupé le boulevard extérieur du faubourg d'isic, et commencé à |>asser la Somme et à distribuer ses quartiers autour de la place. Coligni prit toutes les mesures nécessaires avec vigueur et célérité, {.'assemblée communale, présidée par le mayeur, Louis Varlet, seigneur de Gibercourt, promit que la ville ne faillirait point è sa propre défense ni au salut de l'état. Gibercourt montra jusqu'à la fln un courage et un dévouement inébratdables.

Le succès ne répondit pas aux premiers elforts des assiégés; une sortie essayée lu 3 août au soir, dans lu but du reprendre lu boulevard du faubourg d'IsIc, fut repoussée. Coligni reconnut l'impossibilité de tutiir plus longtemps lu faubourg d'IsIe, et l'abandonna après l’avoir incendié. Ix! péril croissait : Coligni redoubla d'énergie; il enrèla les gens du pays les plus habitués aux armes, sous les ordres de deux gentilshommes du Vermandois, fàiulaincourt etd'Amerval. Il n'avait pas cinquante bons arquebusiers dans sa garnison !

Il fallait du secours a tout prix. Coligni trouva moyen de prévenir le connétable qu'il avait fuit habiller de nuit quelques passages dans les marais avec des pierres et delà terre. Le 10 août, au point du jour, Montmorenci partit de La Fèrc avec l'armée française, vint se mettre en bataille sur les hauteurs qui dominent le faubourg d'IsIe, et foudroya , avec quinze pièces de canon, les tentes du duc de Savoie. Son plan était de détourner l'attention de l'ennemi par une fausse attaque , tandis qu'un fort détachement, conduit par d'Andelot, frère de Coligni, pénétrerait dans la ville par le marais. D'Andelot entra dans la place par la poterne de Tourival, avec environ cinq cents hommes; le reste du plan de Montmorenci échoua de la façon la plus désastreuse, par la faute de ce vieux connétable. Presque toutes les forces ennemies étaient logées sur la rive droite de la Somme: il fallait les empêcher de repasser la rivière et de troubler la retraite de l’armée française ; on le pouvait, en occupant une chaussée qui traversait les marais près de Rouvroi. Montmercnci négligea cette indispensable précaution ; l'ennemi se porta en masse str Rouvroi, et, lorsque .Montmoienci voulut réparer sa fatale négligence, il était trop tard ; l'avant-garde ennemie débouchait sur la rive gauche. Montmorenci fut

SAINT-QUENTIN, atteint entre Essi;{ni-le-ljranil, (jilMTcourt et l.iierolles. I.C.S Françai.t furent aerablés par le nombre ; le duc Jean d'Enghien et le vicomte de Turenne furent tués ; le connétable et un de ses fds, les ducs de Montpensier et de Longueville, le maréchal de Suint-André et beaucoup d'autres seigneurs et capitaines , tombèrent au pouvoir de l'ennemi.

L’unique armée sur laquelle reposât la défense du royaume semblait anéantie. La nouvelle deJa bataille de Sainf-Zourenf (ainsi fut-elle noroinée parce quelle avait été donnée le jour de la fête de Saint-laiurenl) porta la terreur et la désolation par toute la France, l'allégresse par tous les pays ennemis. Quand Charlesr Quint, au fond de son couvent de Saint-Just, appritla position respective des deux partis, scs premiers mots furent : u Mon lils est-il à Paris? » Philippe II était accouru de Cambrai au camp devant Saint-Quentin; mais ce ne futpoint pour ordonner de marcher sur Paris. Son audace n’élait point au niveau de son ambition et de son orgueil ; il ne voulut pas s'écarter des règles vulgaires, ni permettre qu’on pénétrât au coeur de lu Fi ance avant d'avoir pris la ville frontière qu’on assiégeait.

Cette résolution du mouaiquc espagnol mit le sort de la France entre les mains des défenseurs de Saint-Quentin. Coligui, son frère d’Andelot et le mayeur Gibcrcourt rivalisèrent de zèle, d’activité, de ressources, non pour vaincre, ils ne l'espéraient pas I mais pour retarder leur glorieuse défaite. Coligni déclara qu'il jetterait par dessus les murailles quiconque parlerait de capituler, et pria qu'on le traitât de même en pareil cas. Le 21 août, une formidable artillerie de siège commença de battre en brèche les murailles depuis la porte Saint-Jean jusque pardelà la porte d'Isle. Six jours de batterie ruinèrent presque toutes les tours et les courtines, et l'ennemi s'empara des fossés. .

Le 27 août se leva, jour terrible, qui ne s’effacera jamais de la mémoire des Saint- Quentinois. Onze brèches largement ouvertes semblaient appeler de toutes parts l'ennemi, qui s'avançait à l'assaut général : une seule brèche forcée, tout fut perdu : sur plusieurs poiiiLs, les soldats et les bourgeois qui défendaient les remparts combattirent longtemps encore après que l'ennemi fut derrière eux dans le cœur de la ville. Il fallut les envelopper de toutes parts pour accabler leur magnanime résistance. Une foule de citoyens et trois clianoines, Jean de Flavigni, Jean de Ville, Koland le Comte, moururent les armes à la main. Le couvent des Jacobins se fit presque tout entier passer au Ql de l'épée. Saint-Quentin subit toutes les horreurs du sac et du pillage. Les habitants écliappés à la première furie du vainqueur, s'enfuirent à la faveur du désordre et de la nuit qui vint bientôt voiler cette scène de désolation , et , s'il en faut croire la tradition , il ne resta de vivant dans la ville , outre les vainqueurs et les prisonniers de guerre, qu'un bourgeois et un prêtre. I.es dépouilles de Saint-Quentin allèrent enrichir les palais et les églises des Pays- Bas, de l'Espagne et de l'Angleterre '.

Le dévouement de la malheureuse cité avait porté scs fruits. Les dix-sept jours écoulés depuis la bataille avaient suffi pour ranimer l'esprit public et réunir de nouvelles forces. Paris était en défense; l'armée d'Italie revenait à grandes journées ;

t. I.es riclieà Upisserics qui dicumient riiiiérieiir du chœur de IVt^lise Sainl-Quentiu furent iraiis|ior(êvs à l'Escuriul » ce l'épi monustt'ro que PhMi|q>e II dédia à saint Laurent CD némoire de ü baiaille du 10 août 15&7 : elies ont péri dans un incendie en 1750.

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la France était sauvée. Philippe II, qui avait pris le Qltelet, forteres.se b.ltie en 1520 par François 1" et Ilain , n'osa dépasser Noyon , et se contenta de s’établir fortement dans le Verinandois, qui resta deux ans au pouvoir de rétranf;er. La paix du CAteau-Cambresis (1559) rendit Saint-Quentin et le Vermandois à la France. Les citoyens que le vainqueur avait emmenés en captivité ou qui s'étalent exilés volontairement pour ne pas subir la domination étrangère, rentrèrent dans leurs foyers dévastés. Ils travaillèrent avec courage et persévérance à etfacer les traces de leurs calamités , tout en gardant un culte pieux à la mémoire des guerriers et des citoyens morts pour la défense de la cité et du royaume. Le souvenir du grand siège s'est perpétué de génération en génération. Sous Louis XIV, le corps municipal fit graver en lettres d'or sur une plaque de marbre noir incrustée dans la façade de l'hétcl-de-ïille, des vers latins com|)osés par te poète Santeuil pour célébrer le généreux dévouement des Saint-Quentinois.

A peine Saint-Quentin commençait-il à re.spirer, à peine la paix était-elle signée avec, l'étranger, que la guerre civile éclata en France, et que les deux chefs qui avaient défendu la cité, Coligni et d'Andelot, se mirent i la tète d'un des deux partis religieux qui divisaient la France. Le calvinisme eut peu de succès à Saint - Quentin. Les prédicants huguenots furent expulsés de la ville ; ils firent plus de prosélytes dans les campagnes, où beaucoup de gentilshommes les favori.saient , entre autres les sires de Moy et les d'Hangest , seigneurs de Genlis. Ils prêchaient en plein air, particulièrement, dit-on, sous l'arbre d'Omissi. Saint-Quentin ne souffrit pas des guerres de religion autant i;ue beaucoup d'autres villes ; son commerce profita même des malheurs d'une contrée voisine. L'horrible tyrannie que les agents de Philippe II faisaient peser sur les Pays-Bas ayant détruit l'industrie de CCS riches provinces, beaucoup de fabricants flamands émigrèrent en Angleterre et en France. Jean Cromelick ou Cromelir. apporta , en 1595, i Saint-Quentin , l'industrie des linons et des batistes, alors appelés tof/es de Cnmbrai, industrie qui remplaça peu à peu , dans cette ville, la draperie et la layeterie, cl y prospéra pendant deux siècles.

Saint-Quentin avait suivi, en 1576, le premier mouvement de la Ligue; mais, en 1588, il ne se laissa point entraîner par l'exemple des villes voisines lorsque l'Union Catholique eut rompu avec le roi. La plaie de 1557 était encore trop saignante; la haine était trop vive contre l'Espagnol , pour que Saint-Quentin s’unit aux Guise, alliés de Philippe II! Une contre-ligue fut signée à Saint-Quentin le 20 février 1589, par les principaux citoyens. Iæs signataires jurèrent, d'une part, d'employer leurs biens et leurs vies « à l'extirpation des hérésies et extermination des hérétiques, » de l'autre, de se maintenir sous l’obéissance du roi très-chrétien. Le doyen et une partie des chanoines, qui ne voulurent pas jurer, furent chassés de la ville. Le corps de ville fit frap|)cr des quarts-d’écu avec la devise : Vro Christo et flege. Un corps de troupes levé dans le Vermandois prit part, trois mois après, à 1a victoire de Scniis. La ville de Saint-Quentin avait prêté deux coulevrines, dont l'une fut appelée la chasse-ligue.

Le serment relatif à l'extirpation des hérétiques ne fut pas longtemps tenu; car

I. \a* fort (lu rjlieiüt, nii-diumiii de Saiiit-Qiientin à Cambrai, près des source.s de l*Es-

caul.a été rasé parordrodo Louis XIV, on 1G7L

Saint-Quentin reconnut s"ns difficulté Henri IV, tout protestant qu’il était, après le meurtre de Henri lit. La visite que lit le Béarnais à Saint-Quentin, en décembre 1590, est restée célébré dans les traditions locales. I.a commune de ^int-Quentin soutint, durant plusieurs années, contre Balagni, usurpateur de la princi|>autc de t^imbrai et allié des ligueurs, une petite guerre qui rappelait les siècles Féodaux.

Depuis la fin de la Ligue jusqu'à la Hérolulion, les fastes de Saint-Quentin et du Vermanduis ne présentent plus guère d'é\éncmenLs importants. Sous Richelieu, l'enceinte de la ville fut changée, étendue sur certains points, resserrée sur d'autres , et Saint- Quentin fut fortifié à la moderne ; Vauban ajouta plus tard quelques nouveaux ouvrages i ces travaux. Duratit le ministère de Richelieu, on vit figurer parmi les favoris de Louis XIII un gentilhomme du Vermandois, .Saint- Simon, issu des seigneurs de Rouvroi, près Saint-Quentin, qui descendaient par les femmes des comtess de \'ermandois, et pur conséquent de C.harlemagne. (a; Saint-Simon fut le père du célèbre auteur des Mémoires sur le régne de Louis XIV, et celte famille a produit encore, dans notre siècle, un homme fameux à d'autres titres , ie philosophe socialiste Henri de Saint-Simon.

En 1GC9, un grand incendie dévora le toit de l'église, ainsi que le clocher, qu'on n'a jamais osé rétablir, les voûtes ayant beaucoup souffert. En 1685, la révocation de l'édit de Nantes eut pour conséquence, dans le Vermandois, la destruction du temple de Lehautcourt, où les familles réformées du pays se réunissaient pour célébrer leur culte.

Le seul grand fait du xviii’ siècle, pour ce pays fut l'établissement du canal de Picardie. En 172à, un citoyen de Saint- Quentin, M. Caignart de Marci, obtint, pour lui et pour une compagnie dont il était le chef, le privilège d'ouvrir un canal de la Somme à l'Oise , et de canaliser l'Oise de Sissi è Chauni , en passant par La Père et 1a Somme , depuis Saint Quentin jusqu'à Picquigni , au-delà d'Amiens. La compagnie de Marci ne put soutenir le fardeau de cette vaste entreprise : un des associés, M. de Crozat, se lit subroger au privilège de M. de Marci [1732); mais, en renouvelant le brevet, le gouvernement changea la direction des travaux et ordonna que le canal fût latéral à la Somme, depuis Saint-Quentin jusqu'à la hauteur des villages de Tugni et de Saint-Simon , d'où il irait joindre l'Oise au-dessus de Cbauni. Le canal de la Soiiune à l'Oise fut exécuté; mais M. de Crozat n'exécuta point la caïuilisation de la Sonune au-delà de Saint-Simon. L'état racheta donc la concession Crozat, et, en 1767, reprit les travaux pour son compte sur un plan plus étendu ; le célèbre ingénieur Laurent continua le canal latéral à la Somme au sud-ouest vers Ham et L‘éronne, au nord vers Cambrai, aOn de joindre la Somme à l'Escaut, ainsi qu'on l'avait jointe à l'Oise, et d'établir ainsi la communication par eau entre les Flandres et la France centrale, entre l'Escaut, la Seine et la Loire. I.es plateaux élevés qui séparent les sources de la Somme et celles de l'Escaut opposaient les plus grandes difficultés à la continuation du canal. Laurent brisa cet obstacle en homme de génie; il résolut de percer tout ce massif par un immense souterrain voûté de sept mille toises de long, éclairé par soixante-dix puits. Ce magniOque ouvrage n'a point été achevé dans son ensemble , tel que l'avait conçu son auteur. Les travaux, interrompus en 1775, à cause du mauvais état des flnances, ne furent repris que sous le consulat, de

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1802 à 1803. Bien que les deux tiers au moins du souterrain fussent percés , on crut devoir modifler considérablement le projet de (eurent et la direction du canal ; au lieu d'un souterrain de trois lieues , on sc contenta d’un souterrain d'un quart de lieue, entre le Tronquoi et l^ehautcourt, et d'un autre de cinq quarts de lieue, entre Hiqueval et Macquincourt; le grand souterrain de Laurent devait aboutir à Vendhuile.

L’ouverture du canal de la Somme à l'Escaut a eu sur l’industrie de la France septentrionale une influence immense ; c’est là le grand véhicule des charbons du Hainaut, qui alimentent les manufactures de toutes ces contri'-es, et particuliérement les fabriqites de Suint-Quentin. Depuis, l’achèvement de la canalisation de l'Oise et de la Somme a complété un système de navigation intérieure qui. par le canal de Bourgogne, SC relie aujourd'hui à la Saône et au Khône, et permet de naviguer sans interruption de I.ille à Marseille. I,e bassin de Saint-Quentin est demeurf, pour ainsi dire, la clé du triple canal de la Somme, de l’Oise et de l'Escaut, position qui a singulièrement accru l'importance de celte ville. Ce n’est que de nos jours que la houille est devenue l’aliment indispensable de l'industrie ; l'ancien commerce saint-quentinois , celui qui florissait à l'époque où Ijiurent commençait son audacieuse entreprise, était fondé sur d’autres liascs. Son essor alla toujours croissant depuis les premières années du xviii' siècle jusqu'à la Kévolution. Saint-Quentin était le centre d’un asseï vaste commerce de linons, de batistes, de mousselines, de gazes, qui se fabriquaient au loin dans le l'ermandois, le Santerre, la Thiérache, le .Soissonnais, l’.Artnis, le Hainaut, le Cambre.sis. La plupart des pièces venaient recevoir la marque à Saint-Quentin, qui les expédiait en Angleterre, en Allemagne, en Espagne, en Portugal, aux colonies d’Améri(pie, etc. Le mouvement annuel de ce' commerce, presque tout d’exportation à l’étranger, était monté de moins d’un million à douze et quatorze, dans le courant du xviii' siècle, gnlce surtout aux perfectionnements introduits par 41 . Daniel Cottin dans le fabrication fondée par les Crommelick. Cette industrie des toiles, qui s’élaborait en famille dans les campagnes, était, il faut bien le reconnaître, plus favoraMe aux mœurs, à la santé, au bien-être du peuple, que les grandie manufactures qui lui ont succédé, avec des résultats matériels beaucoup plus considérables. Saint-Quentin avait, depuis 1710, un tribunal de de commerce, dont les juges-consuls étaient électifs.

Saint-Quentin et le Vermandois avaiimt produit, dans le courant des xvip et XVIII’ siècles, un assez grand nombre d'hommes distingués dans les lettrés et les arts ; C/aude de Im Font, avocat, annotateur de la V.nülume de Saint-Quentin, et auteur d'une histoire de l’apôtre du Vermandois, mort en 1036; Claude Emmeres, chanoine et principal du collège de Saint-Quentin , auteur d’une histoire latine de Saint-Quentin, intitulée : Augusta Veromanduorum illustmta et vindirata, mort en 1650; Claude Hendier, curé de Saint-André, auteur de la Défense des prineipa/es prérogatives de ta ville et de f église royale de Saint-Quentin ; l'illustre savant dom Lue (F Avhei i , morts tous deux en 1007 ; du Troitssel de Valiiineouti , secrétaire général de la marine , membre de l'.Xi adémie française, où il hérita du fauteuil de Racine, mort en 1730; le jésuite l'M/irlevuix, missionnaire courageux, laborieux écrivain, auteur des Histoires du Japon, du Paraguai, de la Nouvelle Franee (Canada), de Saint-Domingue , etc., mort en 1701; ISUolas Desjardins,

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chanoine et principal du collège, éditeur des Oralwnes de Cicéron ; Louis Hordrel, avocat, auteur de \’ Histoire des droits anciens et des prérogatives et franchises de la ville de Saint-Quentin, publiée en 1781 ; Louis-Paul Colliette, curé de Gricourt, auteur des Mémoires pour servir à l'histoire du Vermandois , publiés en 1772.

La musique continuait de fleurir ; la maitrise avait formé, au xvii* siéde , les compositeurs liennit d'Oisi et Charles Prérost; au xviii*, Sébastien Ennelin et Charlet. Dans les arts plastiques, Saint-Quentin revendique le peintre et graveur Michel Dorigiii, gendre de Vouet, professeur de l'.Aradémie de Saint-Luc., mort en 1668, et Jean Papillon, graveur sur bois, mort en 17A4. Mais tous ces noms dp savants et d'artistes sont effacés par un nom qui est resté la plus éclatante gloire de Saint-Quentin, le nom de l'inimitable pastelliste Quentin- Maurice de La Tour. Au milieu d'une époque de décadence pour les arts de la forme, quand l'idéal était voilé, le sens du l>eau, presque perdu, les grandes créations, impos.sibles, deux hommes couscrvérent au moins le sens du vrai, l'intelligence profonde de la vie, et donnèrent au xriii' siècle, au siècle du mouvement et de l'esprit, son expression fidèle dans l'art : ce furent deux portraitistes, le statuaire Houdon et le peintre /-a Tour, admirables traducteurs de toutes ces mobiles et brillantes physionomies du siècle de Voltaire. La Tour, mort à Saint-Quentin, sa ville natale, en 1788, y a fondé une école gratuite de dessin qui conserve religieusement un assez grand nombre de ses magnifiques pastels; on y remarque, entre autres, le portrait de Jean-Jacques Kuus.seau.

La Révolution n'a point laissé à Saint-Quentin ces tragiques souvenirs qu'offrent les annales de tant d’autres villes. Deux Saint-Quentinois périrent à Paris, mais personne ne mourut de mort violente à Saint-Quentin. Le 25 juillet 1790, les gardes nationales du département célébrèrent dans cette ville la fête de la Fédération. Deux ans après, en 1792, des compagnies de la garde nationale saint-quentinoise prirent part à la glorieuse campagne de Jemmapes. En 1799 (an vu], Saint-Quenlin faillit perdre son plus bel ornement, son église, menacée par la bande-noire. Heureusement, ce beau monument fut préservé, non sans quelques dévastations. Toutes les églises paroissiales furent démolies, sauf Saint-Jacques , convertie en halle au blé et en beffroi.

En 1801, on commença de démolir les remparts. Les hauteurs qui commandent Saint-Quentin sur plusieurs points en faisaient une place presque impossible à défendre depuis le perfectionnement de l’art des sièges. La moitié de l'enceinte était abattue, quand vint l'invasion de 1814. N'éonmoins on fit bonne contenance; les habitants montrèrent un patriotisme énergique, et, à l’aide de quelques fossés, de quelques palissades établies à la hète, on refusa, pendant tout un mois, l'entrée de la ville aux détachements ennemis qui se présentèrent pour l'occuper. Il fallut enfin capituler, le 1 1 mars, à l'approche d'un corps russe pourvu d’artillerie. Saint- Quentin fut occupé, en 1814, par les Russes, et en 1815, parles Prussiens.

L'histoire de la ville, depuis la Révolution, n’est véritablement que l’histoire de son industrie. Il faudrait tout un livre pour exposer les transformations successives de cette industrie et les travaux si divers de tant d'hommes intelligents et infatigables, dont les noms rempliraient des pages entières. Les Saint-Quentinois, voyant déchoir leurs linons et leurs vieux et simples procédés de fabrication, furent

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forcés de recourir aux machines invenlées ou perfectionnéps par les Anglais : en 1803, la première Glature de coton fut fondée, dans le village de Koupi , è deux lieues de Saint-Quentin , par M. Jacques Ar|)in , qui substitua bientôt, dans son établissement, à la force des chevaux la force de la vapeur. Une seconde filature fut établie dans la ville par .MM. Joly et Posscl; bien d'autres suivirent. En 1813, les linons étaient tombés à einq millions de mouvement annuel ; mais les cotons étaient déjà montés à quinze millions. En 1835, trente-quatre Blatnres étaient en activité dans l'arrondissement; le mouvement annuel s'élevait à cinquante millions; OH fabriquait un million de pièces. Ce fut là le point culminant de l'industrie cotonnière. La consommation n'avait pas suivi , dans une proportion suffisante , l'immense développement de la production ; l'enrombremeot survint; les crises se renouvelèrent à plusieurs reprises, les mêmes causes ramenant les mêmes effets , et les événements politiques compliquant encore les oscillations économiques. Saint- Quentin lutta avec énergie , reporta sur d'autres branches industrielles une partie de ses efforts et de ses capitaux. L'enquête de I8.H et la statistique dressée à l'occasion des projets de chemins de fer ont constaté un mouvement général annuel de quatre-vingt-deux millions, sur lequel les filatures et étoffes de coton comptaient pour cinquante-deux et demi; les tulles, pour près de onze; les châles, étoffes de laine , laine et coton mélangés , près de quinze et demi ; les articles de lin et de chanvre, pour deux millions seulement; les fonderies, pour un million quatrevingt mille francs : le tout employant plus de cent vingt-cinq mille ouvriers dans un rayon de trois myriamètres autour de la ville, non compris les huileries et sucreries. Dans ces dernières années , la fabrication di‘s étoffes de soie et laine et de soie et coton s'est introduite avec grand succès.

Depuis 1789, la population de Saint -Quentin s'est au moins doublée; elle s'élevait en 1841 à 31,400 âmes; on en comptait 130,334 dans l'arrondissement dont elle est le centre administratif. Des quartiers nouveaux se sont construits sur l'emplacement des bastions démolis et des fossés comblés ; la ville a de toutes parts débordé sa vieille enceinte, et la forêt do pompes à feu qui dominent ses vastes ateliers comme des obélisques de briques , lui donnent une physionom'ie étrange et pittoresque. Malheureusement, les misères qui ont partout suivi le développement du système manufacturier n'ont j>as épargné Saint-Quentin ; on y compte un indigent sur cinq habitants, et, avec le paupérisme, est apparue, parmi le peuple des ateliers , cette dégénérescence physique et morale qui appelle si instamment les méditations de l'homme d'état et du philosophe. Du côté des campagnes, le progrès n’a pas été acheté si cher, bien que le paupérisme ne se soit que trop étendu dans les villages de l'ancien Vermandois. L'agriculture est florissante ; les immenses améliorations qu'a reçues la race ovine , et l'introduction de meilleurs procédés de culture, ont mis le pays dans une excellente voie.

I.es environs de Saint-Quentin ont produit, depuis 1789, plusieurs personnages célèbres ; le diplomate Caulaincourt, duc de Vicence, et son frère, l’intrépide général mort à la tête de ses cuirassiers en emportant la grande redoute de la Moskowa; le général f'oy, né à Uam, et W. /Mbbey de Pompières, né à I.a Fère, tour à tour députés de Saint-Quentin, qui fut, sous la Restauration, un des principaux centres d'action du libéralisme. Gracchus Bttbeuf, fondateur du communisme, est né à

Saint-Quentin, ntais n'y a point vécu et n'y a pas laissé de souvenirs. L'énergie du mouvement industriel prime nécessairement, mais n'étoufTc pas le goût des sciences, des lettres et des arts, qni a amené l'ntile formation d’une société académique sous la Hestauration ; la philosophie, l'histoire, la poésie, les sciences, la presse quotidienne, les beaux-arts, ont leurs représentants dans la génération actuelle; le savant et vénérable Bernard Jumettiier, compositeur de musique sacrée, qui avait adopté Saint-Quentin pour sa patrie , eût mérité un plus vaste théâtre ; M. Édouard Pingret , peintre, est né i Saint-Quentin; entre les hommes qui exprimaient le cété littéraire de la vie saint-quentinoise , nous ne nommerons que celui qui a été enlevé à ses émules et à ses amis dans la fltmr de son talent , le poëte et romancier é'c/i.r Darin.'

L'ancien chAteau de Péronne , que quelques auteurs croient avoir été de construction romaine , nous apparaît dès les premiers temps de la monarchie. Cétait un de ces châteaux ou palait qui faisaieut partie du domaine royal. Les rois de France en avaient dans beaucoup de provinces ; ils y résidaient dans leurs voyages ou y passaient l'hiver. Une tradition précieuse nous reste du séjour que fit à Péronne une reine célèbre, sainte Radegonde; son passage y fut signalé par un miracle qui , d'après Fortunat , doit être antérieur à l'année 6V1 , époque où cette princesse prit le voile des mains de saint Médard, évêque de Noyon. On peut en conclure que sainte Radegonde a fait souvent sa résidence à Péronne , ce que prouvent d'ailleurs encore et sa mémoire toujours en vénération dans le pays, et ses reliques longtemps consenées dans la paroisse qui porte encore son nom, à peu de distance de la ville.

Vers l'an 610 , Clovis II donna en toute propriété à Erchinoald , maire du palais de Neustrie, le château de Péionne ; il était construit sur le penchant d'une colline nomméejalors U Mont des Cygnes , parce qu'il servait de retraite à ces nombreux oiseaux qui couvraient jadis la Somme et les marais que forment encore ses eaux autour de la ville. Erchinoald peut donc être considéré comme le premier châtain

I . Archives de l'bAlcl-de-ville de Salnt-Quenüu. — ManuscriU de Is biblioUièquc muDicipale. — Qïucle Emmerez» Âuguita VeromanâMorum <— Claude de La Fons, i4nno(afiona «ur

la coUfMiiia d$ et BUloirt d$ taint QuênUn^ apôtr» du VtrmandoU. — Claude

Bendier, Üi(vu9 dêi principolet prérog^ivei à$ la vUk 9t d9 FégUu ragalê d$ 5o«nf>(^uefi/tfis — Louift Hordret, HUioir9 tkê droits aneisns et des /frérogatives et francltises de la ville de Saint-Quentin. — Louit^Piul ColUette, Mémoires pour servir à rhistoire du Vermondois.— Mémoires de romiral de Coligsti. — Brayer, m de tAiene, — f (aHaliffua de lû pro-

duetion mënufiieturiére de Sùint^^eatins

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de Pt^ronne, domaine important dès lors par sa position, par ses dépendances et surtout par la fertilité du sol.

A CCS causes d'accroissement vint bientôt s'en joindre une nouvelle. Vers cette époque, saint Fursy, né en Irlande, d'une. famille écossaise, quitta l'Angleterre, où il avait fondé plusieurs monastères, et vint en France précédé d'une grande réputation de sainteté. Accueilli par Clovis et par Erchinoald , il posséda bientôt la confiance de celui-ci, qui lui céda la propriété du Mont des Cygnes et y fit bâtir une église à la place d'une chapelle déjà consacrée à saint Pierre et à saint Paul.

Lorsque saint Fursy sentit approcher sa fin , il voulut visiter Péronnc , où il désirait finir ses jours. Parti de Lagny, il arriva à Mézerolles, où il fut atteint d’une grave maladie dont il mourut le 9 février 650. Haymon, comte de Ponthieu, à qui appartenait la terre de Mézerolles, en était alors absent. Saint Fursy lui apparut et l'instruisit lui-méme de sa mort, suivant la promesse qu'il lui en avait faite. Bientôt Erchinoald, instruit de cette nouvelle, se mit en route accompagné de nombreux cavaliers; il se logea sur la rivière d'Authie, d'où il envoya sommer le comte Haymon de lui livrer le corps du saint homme, qu'il devait représenter au roi. Mais le comte ne se laissa pas intimider par les menaces d'Erchinoald. Pour terminer le différend , il fut décidé qu'on accouplerait deux taureaux indomptés au char qui portait le corps, et que ce précieux fardeau resterait à l'endroit où ils l'auraient conduit d'eux-mémcs. Les taureaux se dirigèrent droit vers Péronge. Berchaire, duc de Laon, qui avait amené suint Fursy en France, se présenta alors bien accompagné et prétendit que le corps devait demeurer sur ses terres. Cependant II finit par se désister de ses prétentions, à condition qu'on substituerait aux taureaux deux enfants de sept ans; attelés aussitôt au chariot, ils le menèrent au Mont des Cygnes, à l'endroit où s'élevait la nouvelle église qui, nu bout de trente jours, se trouva achevée comme par miracle. Saint Éloy, évéque de Noyon, et saint Aubert , évêque de Cambray, la consacrèrent et y ensevelirent le corps du saint fondateur derrière le grand autel. Le tombeau de saint Fursy fat le théâtre de miracles continuels, et ouvrit ainsi une nouvelle source de prospérité à la ville dont il devint le patron.

Toutes ces causes durent contribuer à agglomérer une nombreuse population autour de l'ancien château de Péronne et du monastère qui ne tarda pas à s'élever à côté de l'église de Saint-Fursy. Après la victoire remportée à Tertry par Pépin d'Héristal sur Thierry, roi de Neustrie, l'an 690 , ce monastère servit d’asile à une partie des vaincus.

Péronne était déjà un bourg considérable lorsque les Normands , remontant la Somme en 881 , la saccagèrent et la détruisirent ; mais l'importance de sa position la releva bientôt de ses ruines et lui fit prendre un nouvel accroissement. Dès la fin du IX* siècle, la châtellenie de Péronne était un des apanages du comté de Vermandois. Pépin IV, en faveur de qui il fut érigé, en 820 , porta d'aliord le titre de comte de Péronne. Ce titre fut ensuite une qualification particulière aux fils aînés des comtes de Vermandois. Ainsi il fut porté par Héribert I**, qui succéda à Pépin IV en 892, puis par Héribert II, son fils. Quoique nous ayons déjà rapporté les principaux faits de la vie de liéribert-le-Grand , nous ne pouvons nous dispenser de parler encore ici de ce prince fameux. Héribert eut au suprême degré

Dig l;y Googic

les vertus et les vices du ces temps de force brutale et aveujçle; mais, il est juste de le reconnaître , il fut au-dessus de son siècle par l’étendue de son esprit, et sembla né pour changer la face de la France et s'asseoir sur le trOne. Ses prétentions à la couronne étaient aussi fondées que celles des autres seigneurs de son temps ; le seul motif qui lui fit préférer Robert fut ce caractère violent et perfide, dont il donna surtout la preuve dans son odieuse conduite envers le roi Cliarles lit.

Ce malheureux prince, surnommé de son temps f alita , le fol ou le simple, abandonné de ses grands vassaux , qui , au nombre de douze, avaient conspiré en faveur de Raoul, duc de Bourgogne, s'étbit réfugié en Allemagne. Héribert, feignant de revenir i son légitime souverain , lui fit faire sous main de belles protestations de fidélité et de dévouement. Charles, trop crédule, se rendit presque sans suite au château d'Héribert , à Saint-Quentin. I.e traître comte se saisit alors sans obstacle de la personne du roi et le fit. conduire è son château de Thierry , sur la Marne, puis de là au château de Peronne. Pendant six ans, le malheureux Charles fut entre les mains du cemte une espèce d'otage qui assurait ses projets ambitieux et son crédit sur le roi Raoul. Souvent Héribert menait son royal prisonnier dans ses expéditions , l'entourant d’une nombreuse escorte et de respects apparents ; puis, bravant l'excommunication dont le menaçait le pape Jean \, il ramenait le roi dans le château de Péronne. EnBn, le 7 octobre 929, après six ans de captivité, la mort vint mettre un terme aux malheurs de Charles, dont le corps fut inhumé dans l'église de Saint-Fursy.

Lorsque le comte de Vermandois fut chassé et dépossédé de tons scs domaines par le roi Raoul et Hugues-le-BJanc, il se réfugia dans le château de Péronne : il y fut assiégé par Gilbert de Lorraine , qui fut forcé de lever le siège après avoir perdu beaucoup de monde. Par l’intermédiaire de l'empereur, une trêve fut conclue entre le roi et le comte Héribert, à qui les villes et châteaux de Péronne et de Ham furent cédés, ainsi que le château Thierry. Héribert en proBla pour se venger de ses vassaux , et surtout de ceux qui avaient envahi ses terres du Vermandois. Il enleva leurs récoltes, et, d'après Flodoard, il les fit transporter dans un lieu de sa dépendance appelé Banona , et que tous les historiens croient être Péronne.

Louis d'Outre-mer, le Bis de Charles-le-Simpie, trouva, comme son père, un ennemi actif et entreprenant dans le comte de Vermandois. Héribert prit les arm^ contre lui , non plus pour conserver, mais pour conquérir ; on le verra à l'histoire de Reims attaquer cette ville , s'en rendre maître et y rétablir violemment son ûls Hugues sur le trône épiscopal. Après une vie si agitée , il se réconcilia avec le roi de France et mourut tranquillement au milieu des siens. Les traditions locales, accueillies par quelques annalistes, lui donnent, il est vrai, une autre Hn : elles supposent que la justice du ciel frappa cet ambitieux seigneur et en fit un terrible exemple. S’il faut les en croire , le comte fut pendu par ordre de Louis d'Outre-mer, sur une montagne située entre Laon et Saint-Quentin, et à laquelle on donne encore le nom d'Héribert dans le pays. On rapporte que le comte de Vermandois était à Laon avec le roi ; on allait se mettre à table , et la conversation tomba sur les troubles qui avaient agité le royaume. Le roi ayant demandé au comte quel supplice il pensait qu’eût mérité le sujet perfide à son souverain : a La hart, » répondit -

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sur-le-champ Héribert. * Hé bien , tu as prononcé toi-mémc ta sentence, » dit le roi, et à l'instant il fait saisir le comte et le fait conduire sur la montagne on le gibet était dressé. Héribert , ajoute la tradition , entendit cet arrêt de sang-froid et l'exécuta lui-méme : sans se laisser approcher par le bourreau , il se mit au cou la fatale corde , et , piquant son cheval , il y resta suspendu, et reçut ainsi le juste châtiment de son ambition et de ses crimes.

Le quatrième châtelain de Péronne fut Eilbert , qu'on croit avoir été le fils naturel d'Héribert II. Il était comte de Péronne sous Albert l",.comte de Vermandois, et mourut en 977. Son fils, Rot)ert I**, était seigneur de Crépy et ne tenait Péronne que comme châtelain. Robert II , qu'on croit son neveu, porta ce titre à sa mort, en 1045.

Sous ce Robert, Raoul III de Crépy vint, en 1071 , attaquer les châteaux de Péronne et de Hontdidier et les réunit h ses domaines de Picardie. Il attacha tant de prix â la conquête du premier de ces châteaux , qu'il omettait tous ses autres titres pour ne prendre que celui de Raoul de Péronne , Radulphut de Perona. A défaut d'armes plus elllcaces, les vaincus vinrent à bout de faire excommunier l'usurpateur ; mais celui-ci vécut sans renwrds sous l'anathéme et l'emporta dans le tombeau. Il mourut et fut inhumé â Montdidier même, en 1074. Parmi les châtelains de Péronne , on ne doit pas omettre un autre Raoul, Ois d'Adèle , comtesse de 'Vermandois. Favori de Louis-ie-Gros , qu'il accompagnait à la chasse et dans tontes ses expéditions , RaonI , sans état et sans alliance du vivant de sa mère , avait reçu de celle-ci , comme seul apanage , la châtellenie et l'usufruit du domaine de Péronne : de là le nom de Raoul de Péronne qu'il conserva même après qu'il fut devenu comte de Vennandois, en 1120. On l'appelait aussi le grand, à cause de ses belles qualités, et U borgne depuis qu'il avait perdu un œil d'un coup d'arbalète à l'assaut de la forteresse de Livry, en 1110.

Les successeurs de Raoul , simples châtelains de Péronne sous les comtes de Vermandois , en suivirent la fortune jusqu'à l'époqne ( 1 183 ) où Philippe d'Alsace, comte de Flandre, s'étant emparé du comté de Vermandois à l'exclusion d'Éléonore , sœur de sa femme , Élisabeth de Vermandois prit tes armes pour soutenir ses prétentions et vint se cantonner à Péronne et à Montdidier. Philippe-Auguste condtt'isit lui-méme son armée dans l'Amiennois, portant ainsi la guerre sur les terres de son ennemi. Le comte fut bientôt forcé de renoncer à ses prétentions et restitua au roi les villes d'Amiens, de Péronne, Montdidier, Roye et Nesie, avec tout le Vermandois , qui fut alors réuni à la couronne. A la mort de Philippe d'Alsace, Baudouin, son beau-frère, ayant fait revivre ses prétentions, s'était emparé du comté d'Amiens. Le roi marcha en personne contre lui et le força de demander la paix. Elle fut conclue à Péronne ; Philippe-Auguste y reçut l'hommage de Baudouin pour le comté de Flandre , qu'il lui laissa. Il reprit l'Amiennois et s'empara de l'Artois (1192).

Jusqu'ici l'histoire de Péronne est tout entière dans son château, théâtre des combats de ses suxcrains , souvent ensanglanté par les crimes et les vengeances. Péronne, d'abord amas d'habitations des serfs attachés à la glèbe, vassaux-nés du château et du monastère dont ils faisaient valoir les domaines , puis bourg clos de murs et de tours, quoique déjà considérable vers le milieu du xii' siècle, ne mé-

PfcRONNE.

ritait peut-être pas encore te nom de ville. Voici l’époque ' où Péronne va vivre d'une existence nouvelle. C'est k l'année 1307 qu'on fait remonter la charte de commune octroyée à Péronne par Philippe-Auguste ; mais elle n’était que la confirmation d'une charte plus ancienne ou des franchises successivement accordées à leurs vassaux par les comtes de Vermandois. Nous reviendrons sur ces privilèges pour ne point interrompre le récit des événements historiques dont Péronne fut 1e théAtrc.

Le 27 juillet 121i , Renaud , comte de Boulogne , fut pris à la bataille de Bouvines et conduit de Bapaumc à Péronne, où le roi s'était arrêté. Par son ordre, te comte, convaincu de trahison , fut enfermé dans la tour neuve du château ; il y fut étroitement enchaîné. Suivant la chronique , « la cbaienne qui fremoit de l'une en l'autre estoit si courte que il ne povoit mie plainement passer demi-pas , et parmi te milieu de cette petite chaienne estoit fremée une grant de \ piés de long de laquelle l'autre chief li autres chiés estoit freméz en un gros tronc que deux hommes povoient à paine movoir toutes les fois que il voloit ater à nécessité de nature, s

L'an 1360, Jean III vendit sa châtellenie de Péronne à Guillaume de Longueval, moyennant quatre mille livres parisis. La même année, elle fut revendue au roi saint Louis. Jean III avait pour frère cadet Lupart de Péronne. Ce seigneur était très-aimé des bourgeois de la ville; l'on croit que c'est de lui qu’une des tours du château reçut le nom de Lupart.

En 1109, Philippe-le-Bon , alors comte de Charollais, épouse Michelle de France, fille de Charles VI. Cette princesse loi apporte en dot les villes de Péronne, de Montdidier et de Roye. A la mort de Michelle, en U32, ces trois villes retournèrent à la couronne. Mais elles furent de nouveau cédées au duc de Bourgogne par le traité d'Arras en 113.1, ainsi que tout le Vermandois et les villes situées sur tes deux rives de la Somme. Le roi se réservait 1e domaine suprême et la faculté de racheter ces dernières villes, moyennant quatre cent mille écus. Le duc de Bourgogne céda, en 1H6, au comte rie Nevers, le revenu de Péronne, Roye et Montdidier pour payement de certaines sommes qu'il lui devait. En 1163, Louis XI, usant de la faculté de rachat stipulée par le traité d'Arras , recouvra les villes de la Somme; mais le comte de Charollais, fils du duc, mécontent de cette cession, arma contre le roi et forma la fameuse ligue, dont le bien publie fut le prétexte.

Le 3 octobre 1163, un gentilhomme bourguignon nommé Archambault, 1 la tête de cinq à six cents hommes, s'approcha de nuit , et 1e plus adroitement qu’il put, des murs de Péronne. Lui douzième, il escalada le rempart du cêté du château, s’empara des postes, et pénétra dans une des tours, où il surprit au lit te duc de Nevers, gouverneur de Péronne, Roye et .Montdidier, avec plusieurs antres gentilshommes. A leurs cris, tes habitants prennent les armes, courent au château et voient avec surprise que les Bourguignons en sont déjà maîtres. Sommés de se rendre au duc de Bourgogne, les bourgeois demandent un délai, et, après avoir délibéré jusqu'au soir, ils ouvrent leurs portes aux Bourguignons. Archambault

f. On iMttaU monnaie à Péronne sous Philippe ü'AUaoe. Voyez Ldewel, Fftmismatiquê éu moyen àye.

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resta pour comoiander le château an nom du duc de Bourgogne, et le comte de Nevers, transféré au château de Béthune, y fut tenu prisonnier jusqu'à ce qu'il eût signé des lettres de renonciation aux terres de Péronne, Roye et Montdidier. En signant ces lettres, le comte avait eu la précaution d'écrire sur la bande de parchemin où était appliqué le sceau une protestation contre leur contenu. Aussitôt qu'il fut libre , il lit assigner le duc de Bourgogne au parlement de Paris ; nuis ceprocès commencé n'eut pas de suite.

Le 5 octobr<! suivant, le traité de Conflans fut signé. Louis XI fut forcé de restituer les villes de la .Somme au duc de Bourgogne , et lui garantit la cession que le comte de Nevers devait lui faire de tous ses droits sur les villes de Péronne , Roye et Montdidier. Le traité fut publié le 29 octobre, et le 31 , le comte de Charollais prêta foi et hommage-lige au roi pour les terres de Picardie et les trois villes dont il prit aussitôt possetsion.

A la mort de Philippe-le-Bon { IV67), Louis XI renouvelle scs prétentions sur les villes de Picardie, et veut les raclieter; mais le nouveau duc de Bourgogne, Charles-le-Téméraire , s'y oppose , et plus que jamais jaloux de les consener , prend les armes et vient à Péronne pour s'assurer de la fidélité des habitants. Le roi et le duc parlementaient depuis longtemps, et rien ne se décidait. Louis XI résolut, pour en finir, d'aller trouver le duc Lharles à Péronne, après en avoir obtenu un sauf conduit. Ce monarque, plein de confiance dans la supériorité de son esprit et de sa politique, se flattait d'avoir bon marché de la bouillante impatience du duc de Bourgogne ; telle est l'explication d'une démarche qu'on pourrait appeler impnidente, au moment où il poussait les sujets du duc è la levoltc.

Le 2A août U68, Louis XI arriva à Péronne, accompagné seulement de quelques seigneurs, de sa garde écossaise et de quelques cavaliers. Charles était allé au-devant de lui hors de la ville. D'abord les deux princes se firent fête, et le roi honora deux fois le duc de son accolade fraternelle. Mais à peine entré dans Péronne, il apprit que le prince de Savoie, le maréchal de Bourgogne, puis les seigneurs Dulau et d'Urfé, tous scs ennemis personnels, étaient aussi entrés par une autre porte. Alors, ne se croyant pas en sûreté dans la ville, Louis pria le duc de le loger dans le château , allant ainsi de lui-même se mettre sous les verrous , dans ce château dont la destinée semblait être de seoir de prison à des têtes couronnées.

Pendant que les deux princes cherchaient A régler leurs intérêts le plus amiableraent que faire se pourrait, survint la nouvelle du soulèvement des Liégeois, préparé par des agents secrets du roi. Les révoltés s'étalent emparés de la ville de Tongres et de la personne de leur évêque , avaient massacré plusieurs chanoines et tué. quelques officiers bourguignons. Qu'on juge de la surprise et de la fureur du fougueux duc de Bourgogne, en se voyant le jouet d'une si odieuse machination. Son premier mouvement fut de faire fermer les portes de la ville et du château, de crainte que l'auteur de cette trahison ne vint à lui échapper. Mille projets de vengeance agitèrent son âme, et plus d'une fuis il s'arrêta aiix plus sinistres résolutions. « Le roy, » dit Comines ', u qui se vit enfermer en ce chasteau

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(qui est petit) et force archers à la porte, n'estcit point sans doute, et se Toyoit logé rasihus d'une grosse tour où un duc de Vermandois Bt mourir un sien prédécesseur, roy de France. »

Au bout de deux jours la terrible tempête soulevée dans l'àme de Charles n'était pas encore apaisée. Comines, coufldent de ce prince, nous a laissé un curieux tableau de sa sombre agitation. <> Geste nuict qui fut la tierce, n ajoute-t-il. « le dit duc ne se dépouilla onrqnes pas. seulement se coucha par deux ou trois fois sur son lit, et puis se pourmenoit : car telle estoit sa façon, quand il estuit troublé. Je couebai reste nuict en sa chambre cl me pnurmenai avec luy par plusieurs fois. Sur le matin se trouva en plus grand' colère que jamais, en usant de menaces , et prest à cxthaitcr grand' chose, 'l'outesfuis il se réduisit en sorte que si le roy jurait la paix et vouloit aller avec luy à Liège pour luy aider à venger monseigneur de Liège qui estoit son prêche parent, il sccontenteroit : et soudainement partit pour aller en la chambre du roy, et lui porter res paroles. f.e roy eut quelque amy qui l'en advertit, l'assurant de n'avoir nul mal s'il accordoit ces deux points; mais que en fnisaiil le contraire, il se roettoilen si grand péril que nul plus grand ne luy pourroit advenir'.

a Comme le duc arriva en sa présence, la voix luy tremidoit, tant il estoit esngcu, et prest de se courroucer. Il Gt humble contenance de corps , mais sa geste et parole estoit aspre, demandant au roy s'il, vouloit tenir le traicté de paix , qui avoit esté

escript et accordé, et si ainsi le vouloit jurer. Et le roy luy cespondit que ouy

.Après luy demanda ledit duc, s'il ne vouloit point venir avec luy à Liège. A ces paroles le roy rospondit que ouy, mais que la paix fust jurée... . Ces paroles esjouirent fort ledit duc, et incontinent fut apporté ledit traicté de paix , et fut tirée des coifres du roy U vraye croix que saint Cliarlemagne partoit (qui s'appelle la croix de victoire ] et jurèrent la paix : et tantost furent sonnées les cloches par la ville, et tout le monde fut fort esjouy. Autresfois a pieu au roy me faire cet honneur de dire que j'avoys hiim servy à cette paciBcation. •>

On sait à quelles petites vengeances le roi de France, de retour dans ses états, ne dédaigna pas d'avoir recours. Des arrêts sévères exilèrent tons les oiseaux parleurs h qui le bourgeois de Paris, de tout temps malin et frondeur, avait ensei* gné à répéter le nom de Pérelle*. A la mort de Charles-te-Téméraive , en 1A77, Louis \1 s'empara des villes de la Somme et de Péronne, Roye et Montdidier, comme suzerain et tuteur de sa vassale mineure la princesse Marie, Bile du duc.

Plus tard Charles Y, héritier de cette princesse, renonça à ses prétentions par les- traités de Madrid et de Cambrai ( 1529). Péronne depuis ce temps Bt partie des

gr»ode» ngure» historiques , après le profu&seur habile dont la profonde sagacité rient de ressusclu^r avet' laui do lalmtt u»uio l'ôpoque de l.^uU XI « il ne nous resUU qu'à invoquer le lécnoignago d'iiii coii(om)M)rdin qui ftil un des acteurs de oelle grande so^uc.

1. Ou peut prt'üumer que cet ami u'otait autre qut> Coiiiincs. S’il restait quelque doute à cel éganl V il nous semble suffisamment levé par l'aveu que Coniines fait lui^mémc à la Hu de v*cbapitre. D'ailleurs on sait, d'après le U'inoignage de cct bislorion ( Ur. IIt,cb. ii), que daus la suite (en 1(72). il quitta le duc de Bourgogne pour passer au service du roi Louis XI, qui le combla de ses raveiii-s (Comines , édit. Lenglct Dufresnoy , t. IV» S, |tag. tSi).

i. Si l'ou en croit Le Duebat , rc nom de PérHU était cdtii de Pérette de Cbâions , maîtresse de Louis XL

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