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dant, Charles de Lorraine, le dernier descendant des Carlovingiens déchus, refusa aux évéques le droit de présenter un roi au choix des grands, et aux grands celui de l'accepter. Il vint, avec une faible armée, soutenir sa prétention ; mais l’évéque Ascelin l’ajanl livré à Hugues Capet (089), celui-ci le fit enfermer dans la Tour- Neuve d'Orléans, où l'archcvéque de Heinis, Arnoult, lui fut donné pour compagnon de captivité, en 991, et où il mourut, en 991. « Scs deux fils, Lodewig et *Varle, dit M. Augustin Tliiem, nés en pi’isoq et bannis de France après la mort de leur père, trouvèrent un asile en Alleiuagnc, où se consenait, à leur égard, l'Micienne sympathie d'origine et de parenté, n
RoIxTt-le-Pieux eut en grande estime lu ville d’Orléans; il y était né, en 972, et il la traita toujours avec la préférence qu’on doit à sa ville natale, llelyand la compte au nombre de celles où il aimait à répandre le plus libéralement ses aumùnes, et l'on sait par le même historien la vive dévotion qu'il vouait à saint Aignan, patron delà cité. Il fit souvent sa résidence, soit du monastère élevé autour de la basilique du saint, soit du palais du Châtelet qu'il avait lui-même pris soin de faire réparer. Eu l'année 1022, Robert était à Orléans : le désir ‘d’anéantir dans son germe une bérqrfé renouvelée de celle des Maniebé-ens et , • répandue dans cette ville parles artifices d'une femme venue d'Italie, selon Glaber, l'y avait appelé. I.es. clercs leî plus renommés d'Orléans, entre autres lléribe^, directeur de l’cTole de Soint-l’iei ixs-le-Puellier, et Lisoie, prêtre de la cathédrale, imbus de ces erreurs, avaient cherché à corrompre un prêtre de Rouen, qui les trahit auprès du pieux duc de Normandie, Richard II. Robert, ayant appris ti son tour le secret de celte hérésie, fit rassembler à Orléans un synode, où comparurent et furent interrogés lléribert et Lisoie. On vit, d'après leur réponse, dit encore Raoul Glaber, qu'ils niaient la Trinité, la création, et, bien plus, qu'ils ne croyaient, ainsi qu'Ëpicure, ni aux récompenses ni aux chfttimcnts après la mort. On voulut vainement les ramener aux saines doctrines. Le synode , les trouvant sans repentir, les condamna aux flammes. Après avoir été exposés aux huées de la populace et aux violences de la reine Constance, qui, dit-on, creva un œil à Lisoie avec la baguette qu’elle tenait à la main, ils furent brûlés sur un bûcher allumé non loin de la vHle. D'après le même Raoul Glaber, le nombre des Juifs était alors plus considérable à Orléans que partout ailleurs. Les chrétiens convoitaient leurs richesses, et pour les en faire dépouiller inventaient les plus absurdes stratagèmes. Ils prétendirent qu'un vagabond, nommé Robert, soudoyé par eux, s'était rendu près du sultan de Babylone, et lui avait remis une lettre des rabbins l'excitant, comme il venait de le faire, en effet, à détruire le saint sépulcre de Jérusalem. C'en fut assez de cette fable odieuse propagée par la cupidité et la haine, pour soulever contre les Juifs d'Orléans et ceux de toute la France, une persécution implacable.
Après la mort de Philippe 1", qui ne vint qu'une fuis à Orléans pour y tenir son parlement dans le palais du Chdtclct (1077 ), Luuis-Ie-Gros , le nouveau roi , voulant punir Raoul, archevêque de Reims, avec lequel il était depuis longtemps en conflit, se fit sacrer & Orléans, dans l’église de Sainte-Croix, par Uaimbert, archevêque de Sens. Les messagers du prélat de Reims, porteurs de lettres d'oppositioD défendant , eu vertu de l'autorité apostolique , que l'onction du roi se ter-
minât , ne se présentèrent qu'après la cérémonie. « Arrivés trop tard, dit Suger, ils restèrent muets à Orléans et retournèrent parler chez eus » (1108).
En 1130, Louis-le-Gros régnant encore , le pape Innocent II ht ramené dB concile d’Ëtampes à Orléans parGaudlrid, évêque de Chartres; d'AUr.
gleterre, Henri I", y vint à sa rencontre. Cette visite du saint-père^Wle. BOtrevue du pape avec le roi d’^g)eterre, s'étaient pas , surtout à cette Ipeqttt un chétif honneur pour OrléiBs. Mais son ning éminent parmi les villes, la pré« . dilection des rois qui la reganÉlicnt comme la première cité de leur domaine' après Paris , comme la cité royale par excellence , l'ed .Tèodaient digne à tous égards. C'est à Orléans, selon Oderamus, qu'on frappait» sons le roi Robert, la monnaie royale ayant seule cours dans tout le royaume ; et les milices orléanaises marchaient de pair avec les milices parisiennes dans l'armée du roi. Quand Louis-le-Gros, pour repousser l'invasion des Allenunds, eut convoqué le ban ^
- l'arrière-ban de ses grands vassauv, et se porta vers le nord avec deui cant mille hommes, il ne marcha entouré que par les Paimeos, les habitaiits d*|^mpcs . et les Orléanais a ses compatriotes », cdtQme il (liait Im-illéaie. Mais if. vint un temps où cette sorte d'adoption royale ,g| lbngiempvfi|Wli||bfai àAi'léans, dut lui devenir lourde et odieuse comme un joug i c'est lorsque les villes de Noyon, de Beauvais, de Saint-Quentin, ayant conquis, par d'heureux efforts, une charte communale, elle prétendit s'émanciper comme elles. Orléans vit alors ce qu’il en coûte d’être sous la souveraineté directe des rois.
Ces tentatives d'émancipation communale que Louis-lc-Jcune, à l'exemple de son père , avait regardées comme de justes prétentions , comme choses bonnes .'i encourager sur les terres des grands feudataires, lui parurent une vraie rébellion dès qu'elles se déclarèrent dans les villes de son domaine. En 1137, Orléans avait hmté dans ce but quelques timides démonstrations ; aussitôt une exécution militaire et des supplices ordonnés par le roi eurent bon marché « de la forsennerie de ses musardsqui, pour raison de la commune, dit la Chronique de Saint- Denis, faisoient semblant de soy rebeller et dresser contre la couronne; et il en flt mourir plusieurs de male mort. » Les Orléanais, il est vrai, obtinrent en dédommagement quelques ordonnances sauvegardant , étendant même leurs privilèges, mais n'empiétant jamais assez sur la prérogative royale pour atteindre aux proportions d'une charte de commune. C’étaient de simples chartes, comme celles que le roi Henri I" leur accorda, en 1051, pour ordonner que les portes de la ville ne seraient plus fermées pendant les vendanges , et que ses officiers ne prendraient plus le vin qu’ils exigeaient indûment ù l’entrée. Ainsi, en cette même année 1157, Louis-le-Jcunc, voulant calmer et ramener à lui la population orléanaise, qu'il avait cruellement maltraitée, rend une ordonnance interdisant désormais « au prévôt et aux sergents d'Orléans , toute vexation sur les bourgeois, et promet de ne faire aucune altération de la monnaie d'Orléans. »
En 1147, autre charte, autres privilèges; le droit de main-morte est formellement aboli à Orléans. « Nous octroyons , dit le roi , par la présente page de notre scel, en toutes meinères, que ceste coustume par nous et par nos successeurs desoresenavant ne sera demandée. » Deux autres chartes, l'une de 1168, l'autre de 1 178, abolissent plusieurs taxes et abus indûment introduits à Orléans ;
puis, en 1183, Philippe-Auguste, complétant ce qu’avait fait son père, exempte de toute taille les habitants présents et futurs d'Orléans et de quelques bourgs voisins ; concession fort importante, sans doute , mais qu'il ne leur lit qu'au prix d'une redevance de deux deniers sur chaque mesure de blé et de vin. Cette charte fut confirmée par une autre de Philippe-lc-llardi , en 1281. C'est là tout ce qu’obtint Orléans, et il semble même que la ville, satisfaite de ces demi-concessions, ne tenta point un second effort pour se faire accorder une charte communale. Elle resta toujours sans constitution municipale et dans un état complet de dépendance politique. Il est vrai de dire qu’elle n’en fut pas moins florissante : on peut même, suivant M. Guizot, offrir sa prospérité en exemple pour prouver que, sous le patronage royal , avec de simples privilèges , une cité pouvait grandir et prospérer, aussi bien que sous le régime plus indépendant de la commune, a Orléans, dit cet historien , est un grand exemple de ce fait. Uans le cours de l'histoire de France, cette ville est sans contredit une de celles qui ont le plus fortement, le plus constamment adhéré à la couronne et lui ont dotiné des preuves du plus fidèle dévouement; sa conduite, pendant les grandes guerres contre les Anglais, et l’esprit qui y a dominé jusqu'à nus jours, en sont d'éclatants témoignages, et pourtant Orléans n'a jamais été une véritable conununc, une ville à peu près indépendante ; elle est toujours restée sous l'administration des ofliciers royaux , investie ‘de privilèges précaires; et c'est uniquement à la faveur de ces privilèges que SC sont progressivement développées sa population, sa richesse, son importance. «
Dans le cours des xii* et xiii’ siècles, d’importants et curieux épisodes n'avaient pas manqué à l'histoire d'Orléans.-X.oim-le- Jeune était venu y prendre pour épouse, en 1153, Constance, fille d'AlphooseTIII, roi de Castille. Hugues, archevêque de Sens, qui était allé chercherla jeune princesse en Espagne, avait consacré cette union; quelques dotations pieuses pallièrent aux veux des gens d'Églisc ce qu’elle avait de trop hâtif, lorsqu’on songeait à l'époque, encore si rapprochée, du divorce du roi avec Éléonore de Guyenne. En 1193, Ingeburge, répudiée par Philippe-Auguste, reçut pour douaire, d'après une charte conservée par Raluze, les sommes perçues annuellement aux octrois d’Orléans; elle se retira dans cette ville , qu'on lui avait assignée pour retraite , et y mourut en 1-226. Ce ne fut pas dans cette occasion seulement que le douaire des reines fut assigné sur Orléans ; œtte ville constitua même en grande partie celui de Marguerite de Provence, femme de saint Louis : il se composait de la cité d'Orliens, Échaleau-neuf, Échécy, Echonvilliers , sans en excepter Clari, échangés contre Corbeil, Poissy, Dourdan, etc. Enfin, en 1260, Jeanne de 'Bourgogne, femme de Philippe de Valois, eut de même son douaire affecté sur Orléans : a pourquoi , dit Polluche, il fut foit résene à cet égard, dans les lettres d'apanage de Philippe, son second fils, premier duc d'Orléans. » En 1251 , selon Guillaume de Nangis, les Pastoureaux se déchaînèrent sur la province comme un tourbillon de vent. Ils arrivèrent à Orléans, le 11 juin, avec grande force et grand appareil. Leur chef, le maître de Hongrie, s’y mit tout d'abord à prêcher le peuple ; mais un des écoliers, mêlés en grand nombre dans cette foule, cria qu'il trompait le peuple et que ses paroles étaient pleines d'hérésies. Un des Pastoureaux, levant sa hache.
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fendit la tète au malencontreux interrupteur, et aussitôt toute cette multitude de brigands, se ruant sur la foule, y lit un affreux carnage. « De là s’éleva un grand tumulte, à la fin duquel il se trouva que vingt-cinq ecclésiastiques avoieut été tués. i> Le clergé et les écoles comptèrent surtout un grand nombre de victimes dans ce massacre : aussi le peuple, qui en avait peu souffert, ne songea-t-il pas à en tirer vengeance; il courut même aux prêches des Pastoureaux , et quand la régente eut donné ordre de les disperser, loin de courir sus, il les lais.sa se retirer paisiblement. « Ce qui Ut, dit l’ollualie, que l'évêque, Mattliieu de Bussy, mit la ville en interdit. La rue où les Pastoureaux avaient commencé le massacre, porte encore leur nom.
Au commeucement du xiv* siècle, un bourg important , situé à l’ouest , sur le bord de la Loire, tout proche des murs, et dont le nom A’Avenum se retrouve dénaturé dans celui à' Avignon, que porte encore une des rues de cette partie de la ville, fut annexé à Orléans. La ville perdit à cet accroissement sa forme d'un quadrilatère parfait , qu'elle devait à l'enceinte romaine ; mais elle y gagna trois mille toises de superUcie, qui , ajoutées aux sept mille de l'ancienne enceinte, lui donnèrent un développement total de dix mille toises. Orléans fut alors partagé en douze quartiei's, pour chacun desquels Philipp'.)-lc-Bel institua un notaire (1302). L'importante annexe fut reliée au reste de la ville par une closture de murs fortifiés, à laquelle on travaillait encore en 1323, mais qui était achcvé.c depuis longtemps quand les Anglais vinrent assiéger Orléans. Dans le temps même où elle .s'agrandissait ainsi matériellement, l'importance d'Orléans, comme cité littéraia*, comme ville d'enseignement, augmentait chaque jour. Depuis longtemps ses écoles, auxquelles Théodulpbe avait donné une impulsion si intelligente, étaient fameuses. Au xiii* siéolé,'eRes se posaient en rivales, souvent redoutables, de celles de Paris. Ainsi, en 1231 même, lors de la querelle soulevée par les docteurs des deux villes, sur la question de savoir qui méritait la prééminence, de l'étude de la philosophie aristotélique ou de celle des auteurs grecs et latins, les écoles d’Orléans, soutenant la cause des lettres contre les aristotéliciens de Paris, eurent au moins la gloire de mettrrï le bon sens de leur côté. « Qui l'eùt dit, s’écrie I.('grand D’Aussy, dans son introduction au Poème des VU arts, composé à propos de cette lutte; qui l'eût dit, que dans une querelle de littérature et de goût entre la capitale et une ville de province, c'était celle-ci qui avait raison. » Un récit de Mathieu Paris, à propos d’une rixe sanglante des écoliers d'Orléans avec les bourgeois (1236), nous apprend aussi combien était grand le nombre des jeunes gens qui fréquentaient ces écoles, et combien il s’y trouvait, parmi eux, d’étudiants de race illustre.
Une seule chose manquait aux écoles d’Orléans pour les placer au premier rang entre les grands corps enseignants de l’Europe : c’était le litre d'université. Philippe-le-Bcl le leur accorda par des lettres-patentes, en 1309, faisant droit ainsi à une bulle du pape Clément V, qui, dès le 27 janvier 1303, avait érigé les écoles d’Orléans en université. D'autres lettres-patentes de Pbilippe-le-Bel , données en juillet 1312 pour compléter la fondation et rectilier ou détruire les prescriptions de la bulle du pape , assimilent l'université d'Orléans, non point à l'université de Toulouse , mais à celle de Paris, cette fille des rois; par ces mêmes
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ordonnances , l'université de Paris est placée , non pins sous la protection du pouvoir ecclésiastique , mais sous celle do pouvoir civil , et les baillis et prévét d'Orléans y sont nommés conservateurs de ses privilèges. Eiitin l'étude du droit coutumier y est prescrite avec autorisation toutefois d'étudier le droit écrit comme moyen de comparaison.
Sous le règne de Louis-le-Hutin, si l'on en croit les vieilles chroniques, c’est à Orléans, sur le cloître Saint-Sulpice , lieu alors destiné auï exécutions, que furent écorchés vifs et décapités Gaultier et Philippe d'Aulnay, complices de Marguerite de Bourgogne et de Blanche de Navarre, les reines adultères (131i). Avec la troisième race avait commencé pour Orléans un rôle nouveau Jusqu'alors quoique souvent attribuée en domaine aux reines, cette ville n'avait jamais été détachée de la couronne pour devenir un apanage princier. Philippe de Valois, en l'en séparant, porta le premier atteinte à l’unité si homogène du vieux domaine royal des Capétiens. En 13'vV, il érigea en duché la ville d’Orléans et sa seigneurie, augmentées de dix châtellenies voisines, et il en a|>anagea son Second lils Philippe, en échange du Dauphiné, qui, suivant la dotation d'Ilumbert, avait d’abord été attribué à ce jeune prince , mais qui dès lors fut donné au lils atné du roi avec le titre de dauphin. l.cs Anglais se présentèrent trois fois devant les murs d’Orléans, sous le règne de Chai'les V. Ce fut d’abord le prince de Galles, en 1356 et en 1359 ; puis, en 1370 , le brave chef de partisans Knolles , qui en eût tenté le siège, si l'approche de Du Gucsclin ne l’avait fait fuir. Les tentatives de nos ennemis sur Orléans ne furent peut-être pas sans influence sur la résolution que prit Charles V de rattacher cette place importante à la couronne. Par lettres du mois d’octobre 1375, il ordonna que le duché d’Orléans , laissé vacant par la mort de Philippe I", qui en était duc, serait de nouveau réuni au domaine royal, avec celte clause expresse qu’il ne pourrait jamais en être séparé, et que les rois ses successeurs jureraient, à leur sacre, l’exécution decette promesse sur le saint livre des Évangiles et sur leur parole royale. Dix-huit ans après, cet ordre si formel était déjà violé. Charles VI, par ordonnance du 4 juin 1392, tu don du duché d'Orléans à son frère Louis, auparavant duc de Lorraine, quoiqu'on lui eût rappelé les serments jurés à son sacre, quoiqu’on lui eût remontré aussi que Blanche de France , veuve du premier duc , vivait encore. « On avait cependant reconnu, dit M. de Barante, l'abus de ces démembrements... Les habitants d’Orléans se plaignirent beaucoup de la promesse violée; ils voulurent d'abord protester que rien ne saurait les séparer de la couronne , ils ne furent pas écoutés. » Le mécontentement des Orléanais ne tarda pas toutefois à se calmer ; bientût même ils devaient faire voir que leur dévouement et leur tidélité étaient acquis au duc qu'on leur donnait malgré eux , aussi bien qu’au roi qui le leur imposait pour seigneur. C.ertaine velléité de rébellion, qui avait éclaté en 1382 pendant la guerre de Charles VI en Flandre, et que de promptes rigueurs avaient punie , ne se renouvela même plus. Orléans qui , sans murmurer, s’était laissé donner un gouverneur, en 1368, ne se plaignit pas davantage lorsque, Charles VI, en 1403, lui eut imposé un élu pour la perception de l'impét. Il est vrai que cette mesure se trouvait implicitement compensée par les grâces royales de l'ordounanœ de 1380 : une sûreté et des immunités nouvelles avaient été
accordées au coimnercc et à la navigation sur la Loire, alTrancbies de tous les péages établis sur le fleuve depuis Pinlippe-Auguste.
Quand le duc Louis fut mort assassiné par les ordres de Jean-sans-Peur, les Orléanais ne se souvinrent plus qu'ils l‘avaient d'abord récusé comme leur seigneur; ils ne songèrent qu’à le venger en sujets ndèles. C'est dans leurs murs que SC tint le synode d’évèques qui, sous la présidence de l’arclicvèquc de Sens, frappa d'anathème le duc de Bourgogne (30 novembre H07); c’est aussi à Orléans qu'une autre assemblée des mêmes évêques déclara que l'cxconununicatioii lancée par Urbain V contre les perturbateurs de la paix du royaume de France ne pouvait atteindre le duc d'Orléans (IMl). Plus tard, cette ville ouvrit ses portes au dauphin, et devint, sans sc plaindre, le quartier général des bandes indisciplinées qu'il envoyait piller la Beaucc. Elle se laissa taxer aussi dè^deux mille écUs par Taimeguy Uuchâtcl pour la solde des troupes, et en l’idô, après une assemblée des États tenue dans ses murs, elle fut la première à ni(|uiUer la taille qu’on venait de décréter et de déclarer perpétuelle pour la solde et l'entretien d'une année régulière. Orléans savait cependant qu'en se faisant ainsi le centre du parti Armagnac et en couvrant les entreprises du dauphin, elle se désignait elle-même aux vengeances et aux représailles des Anglais et des Bourguignons; aussi, dès iA25, toujours en attente d’un siège, se préparait-elle à la défense. Cette année-là, la ville s'était déjà fait un arsenal de la Tour de Saint- Samson: tous les habitants, sans distinction de rang, avaient été requis pour creuser les fossés de la place et pour élever les boulouards, et une taxe avait été imposée à tous ceux qui défailliraient à venir pour y terrasser. Mais, en 1528, une attaque devenant plus imminente , les apprêts s'organisèrent dans la ville avec plus d'ardeur encore. Le gouverneur, Raoul de Gaucourt, y Ut le dénombrement des hommes bons à porter les armes, et il ne s’y trouva pas moins de cinq mille citoyens prêts à combattre; encore ne comptait-on pas dans ce nombre les écoliers de l'université , lesquels cependant devaient , en se battant • de leur mieux , prouver bientét qu'ils étaient dignes d’y être compris.
Dans la ville, tout le monde luttait d'ardeur et de désintéressement. Les bourgeois s'imposèrent volontairement une taxe de guerre ; beaucoup donnèrent plus que leur quota part; d'autres prêtèrent de fortes sommes; le chapitre de Saitite-Croix contribua pour deux mille écus d'or. Mais ce n'est pas tout : aOn que les Anglais ne trouvassent au dehors aucun logis pour se cantonner, aucune église,, aucun couvent dont ils pussent se faire des forteresses, les Orléanais avaient détruit eux-mêmes leurs faubourgs, les plus beaux du royaume; le Portereau, d’abord, qui renfermait plusieurs églises et moult de belles maisons de plaisaHce. Par leurs franchises, ils étaient exempts de recevoir garnison ; pourtant ils en demandèrent une , i Is acceptèrent tout ce qu’on leur envoya ; ils firent fête même aux soudards aragonnais de don Mathias et de don Coarraxe; ils n’accueillirent pas moins bien les Écossais de Stuart , les condottieri du signore Yalperga , et les Lorrains que leur amenait le jeune duc de Bar. Le danger d’Orléans avait ému toutes les cités voisines; les villes du midi elles -mêmes, n’entrevoyant de sûreté pour elles que dans la conservation de cette dernière barrière, avaient spontanément envoyé à ses défenseurs des secours de toute espèce.
De Poitiers et de La Rochelle étaient -venues de fortes sommés ; d’AIby, de Montpellier, de l'Auvergne et du Bourbonnais , du salpêtre, du soufre, et même de l'acier pour faire des arbalètes; enfin de Tours et de Bourges devaient arriver, plus tard, des chariots pleins de vivres. Les Orléanais reçurent avec reconnaissance ces généreux secours, assez sûrs d'eux-mèmes pour ne point douter que si quelque autre ville se trouvait menacée comme la leur, ils ne lui feraient point faute à l'heure du danger; ce qu'ils prouvèrent du reste lorsque, en liT2, ils envoyèrent aux habitants de Beauvais, assiégés par Charles-lc-Téméraire , cent • tonneaux de vin et force munitions de guerre ^ a Le tout, dit Jehan de Troyes, à l’intcntioirdcs gens de guerre, étant audit Beauvais, pour les rafraîchir et aider A bien besoigncj' A l’encontre desdits Bourguignons. »
* /^Cependant, avant de se résoudre A investir une place si bien préparée contre ^uiic altaque et même contre un long siège, les Anglais hésitaient. Les plus vieux chefs trouvaient celte cntrcprisi' imprudente, et Bedford lui-même n’osait donner l'ordre. Enlin, poussé par l’appAt d’une si belle prise, qui lui livrait le centre de la France, qui lui ouvrait le Berry, l'Auvergne, le Lyonnais, tout le Midi : encouragé aussi par la déplorable division qui régnait dans le conseil et parmi les alliés de Charles VU, par l'inertie du roi lui-même et par le départ de Richemond, son plus ferme appui, Bedford se décida. Tout ee qu'il avait de troupes di.spunibles fut destiné A cette grande entreprise. Onze mille hommes environ se mirent en marche et prirent leur campement autour d’Orléans. C’étaient de bons soldats, aguerris par la conquête, et commandés par d’habiles chefs, tant anglais que bourguignons. Les principaux étaient le comte de fialisbury, frère de Bedford et oncle du roi d’Angleterre; le vieux Talbot; Guillaume de la Pool, comte de Suffolk; son frère Jean de la Pool, seigneur d'Escalles; puis encore Le Bailly d'Évreux, les seigneurs de Fauquemberges, d'Ègres et de Moulin, Lancelot de l’isie, et sir Gladesdale , capitaine de haute renommée , que les légendes orléanaises devaient rendre si fameux sous le nom de Glacidas. L’attaque commença, le 12 octobre, du côté de la Sologne, les Anglais s'étaiit cam- * pés tout près de la tète du pont que défendait le fort des Tournelles. Ils détruisirent, d'abord, A coups de bombardes, les moulins amarrés sur la Loire, vis-à-vis la poterne Chemeau, et lancèrent dans la place un grand nombre de lourds boulets de grès, dont quelques-uns pesaient plus de deux cents livres. Les gens du fort des Tournelles ripostèrent par de vigoureuses sorties; ce qui n’enapêcha pas les Anglais de s'établir à une demi-portée de canon, et de se fortifier au milieu des ruines de l'église et du couvent des Augustins. De là, ils creusèrent une mine aboutissant sous le boulevard, fait de bois, de terre et de décombres, et élevé en avant des Tournelles, comptant moins, toutefois, sur l’effet de cette mine que sur une bonne attaque. « Le jeudi 21 octobre , environ l'heure de midy, les Anglois livrèrent à toute leur puissance un fier et merveilleux assaut contre les François, qui tenoient les boulevards. On les accueillit avecun terrible courage; les femmes mêmes se mêlèrent A la défense ; aucunes furent vues qui repoussoientà coups de lance les Anglois, et les abattoienl ez fossés, p Les assiégeants perdirent deux cent quarante des leurs. Mais-en revanche, le boulevard était fort endommagé : les Anglais n’avaient plus qu’à faire jouer leur mine pour
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achever de le détruire. On l’abandonna donc, et, à deux jours de là, les Tournclles, qui avaient été moult battues et empirées par l'artillerie ennemie, » furent de même désertées, après un faible assaut.
Les assiégés rentrèrent dans la ville , et se replièrent en bon ordre sur un petit fort qu'ils avaient construit au milieu du pont dont ils venaient de rompre une arche derrière eux. Maîtres ainsi des Tournelles, les Anglais s'y fortiOèrent d'un gros rempart de terre et de fascines; afln même de mieux s'isoler, ils rompirent à leur tour deux arches du pont. Gladesdale reçut le commandement de cette bastille des Tournelles, qit'il répara et renforça grandement. Ce fut la première de celles dont Salisbury l'ésolut d'enceindre la place, sitét qu'il put TOfr que le siège serait long et difficile et qu’elle ne céderait qu'à un étroit Uocu. Le 27 octobre au matin, il élait monté avec Gladesdale au second étage decefott des Tournelles, n pour voir plus à^plein la fermeture et l'enceinte du siège. * be cette hauteur, Gladesdale lui désignaiillDrtéans du OM, disait : « àlylord. Tous voyex votre ville » ; mais soudainement t vint de la cité en volant une pièce de canon qui ferit contre un des côtés de la fenêtre par où le comte regardait , et donna un terrible démenti à l'Anglais. » Sir Thomas Sargrave, Tun desofTiciers de Salisbury, fut tué du coup , et lui-même tomba tout sanglant aux pieds de Gladesdale. On releva le comte mourant, l'wil et une partie de la face emportés. On le conduisit clandestinement à Meung, « auquel lieu il trespassa promptement. » (3 novembre.)
Cette mort releva le courage des Orléanais et fut bientôt sui\ ic de la retraite provisoire de l'armée anglaise, qui ne se trouvait plus en force pour presser |e siège. De l'avis du comte de Sutfolk, nouveau chef, les troupes se replièrent, le 8 novembre, partie sur Jargeau, partie sur .Meung et sur Beaugency, pour y attendre la venue des renforts que devait amener Falstafl. Il ne resta que cinq cents hommes dans le fort des Tournelles, sous les ordres de Gladesdale. Cependant , Orléans avait doublé ses forces. Déjà , le 25 octobre, huit cents combattants, tant hommes d’armes qu'archers, arbalétriere et autres, y étaient enti-és bannières déployées, avec les plus vaillants chefs : Jean de Dunois, bâtard d'Orléans, le seigneur de Saint-Sevère, maréchal de France, le seigneur de Beuil, messire Jacques de Chabannes, le seigneur de Chaumont -sur- Loire, et le fameux capitaine gascon Étienne de Vignole, dit La Hirc. Le 19 novembre, arrivèrent encore te capitaine Florent d'Illiers, et une troupe de braves volontaires pi'is dans la noblesse du voisinage. Bien plus, on attendait un secours de deux mille hommes, Écossais ou Français, qu'amenait le jeune comte de Clermont, en compagnie de Guillaume Stuart et des sires d'Albiet et de La Fayette. C'est surtout sur ce secours que les Orléanais comptaient pour tenir tête aux mille deux cents hommes de renfort amenés par FalstalT au fort Saint-Laurent, le IG janvier I '<29, et pour attaquer aussi une autre forte troupe, escortant trois cents charrettes de munitions, de vivres, de harengs surtout, car on était en carême, destinées à Tannée anglaise. .Mais les mesurc's furent mal prises : les soldats gascons et écossais, sortis d'Orléans pour attaquer les Anglais, n'attendirent pas l’arrivée du conîle de Clermont et de sa pidite armée. Ayant rencontré le convoi, le. dimanche 13 février, auprès de Kouvray-Saint-Denys, ils se ruèrent II. 7.5
en désordre sur la troupe qui lui servait d’escorte et se brisèrent contre l’enceinte de chariots et de pieux aigus derrière lesquels les Anglais s’étaient retranchés.
Le comte de Clermont arriva enfin assez à temps encore pour rétablir le combat; mais, mécontent de ce qu’on ne l’avait pas attendu, il passa sans tirer l’épée. En vain La Hire , furieux , voulut-il tenter une dernière charge contre les Anglais, dispersés à la poursuite des fuyards; force lui fut de faire aussi retraite sur Oi'léons. Ce triste combat contre un convoi de vivres fut appelé la bataille det harengs, a En effet, dit M. Michelet, les boulets avaient crevé h‘s barils et la plaine était jonchée de harengs plus que de morts. » Quoique cet échec fût léger, tout le nioiide en perdit courage. On crut que c’en était fait d'Orléans; on l’abandonna en foule comme une ville prise. I.e comte de Clermont, dont les buées des Orléanais avaient encore aigri le mécontentement, donna le signal de la désertion en emmenant scs deux mille hommes : c’était une honteuse panique, f.’amirnl, le chancelier de France, partirent comme les autres ; enfin, le 18 février, ce fut le tour de l’archevêque de Reims et de l’évèque d’Orléans. Uunois seul tint bon , résolu qu’il était de défendre jusqu’au bout l’honneur et l’apanage de cette maison d’Orléans dont lui, bétard , était le dernier soutien. La vue des fortes bastilles , élevées |>ar les Anglais autour d’Orléans , l’une qu’ils appelaient Londres sur la route de ChAtcaudun, l’autre nommée Paris à l’entrée du faubourg Bannier, trois autres enfln pour dominer la haute et la basse Loire è Saint-Loup, à Saint-Jean-le-Blanc , à Saint-Pryvé , ne l’avait point effrayé. Il s’était laissé enfermer sans peur dans celte redoutable enceinte de forteresse ennemies. Déjà La Hire , trompant la suneiliancc des .Vnglais , avait pu par ses ordres se rendre à Chinon auprès de Charles Vil pour lui demander de nouveaux sec'ours, et Xaintrailles avait poussé avec non moins de bonheur jusqu’à la cour du duc de Bourgogne. Il y allait, de la part de Dunois, le prier, comme parent du duc d’Orléans, de prendre son a|>anagc en pitié et de mettre sous sa garde la ville assiégée. C’était une démarche habilement conçue pour mettre la division entre les ennemis de la France. En effet, séduit par les offres de Xaintrailles, le duc Philippe SC rendit en toute bâte à Paris et en fit part à Bedford. Celui-ci trouva la proposition offensante ; il répondit arrogamment qu’Orléans ne serait remis qu'aux mains du roi d’Angleterre, dont les troupes l’auraient si bien gagné. Il ajouta même, selon Alain Chartier, « qu’il serait bivui marri d’avoir battu les buissons et que d’autres eussent les oisillons. ■> Le duc, blessé à son tour, rappela tout ce qu’il avait de troupes bourguignonnes au siège d’Orléans. C’était la un beau succès diplomatique pour le rusé bâtard ; mais la retraite des Bourguignons, qui en avait été la suite, n’avait pas tellement affaibli l’année assiégeante, qu’il en i-ésultàt de grands avantages pour la ville assiégée. Son état même empirait chaque jour. Toutes les routes étant maintenant gardées par les bastilles anglaises , les approvisionnements n’arrivaient pfus et on commençait à souffrir de la famine. Quelques Orléanais, soit découragement, soit lâcheté, s’étaient entendus déjà avec l’ennemi pour lui livrer la ville : on avait trouvé, du cété de la porte Parisis, un large trou pratiqué de l’intérieur dans le mur d’enceinte. Enfin , les choses devenaient si désespérées que pour sauver Orléans il fallait plus qu’une victoire, il fallait un miracle. Dieu y pourvut.
OKLÉANS.
Depuis quelques mois , Dunois relevait les esprits défaillants des Orléanais par des paroles qui leur faisaient pressentir un prodige du ciel en faveur de la France. Un disait qu’une jeune fille, nommée Jeanne, venant des marches de Lorraine et se disant inspirée de Dieu , avait promis de délivrer Orléans et de mener sacrer le roi à Reims. Mille bruits meneilleui circulaient sur son entrevue avec Charles VII à Chinon, sur son héroïque candeur, et sur sa conüance dans sa mission divine. La jeune fille s'acheminait, comme un ange sauveur, vers OrléamiM^ avait préparé à Blois un immense convoi pour ravitailler la ville affamée mille hommes, commandés par les sires de Retz et de Boussac, et l’amiral De «Blant, lui senaient d'escorte; et Jeanne, à qui on venait de donner tout l’état d’uir chef de guerre, un écuyer, deux pages, deux hérauts, un chapelain, marchait en tête de cette petite armée avec sa bannière fleurdelisée et l’épée, que, par une révélation d’en haut, elle avait prise derrière l’autel de Notre-Dame de Fierbois. Le miracle fut bientôt sensible pour tous les yeux. Le convoi s’était mis en marche par la Sologne; à deux lieues en avant d’Orléans, Dunois vint à sa rencontre. Les premières paroles de Jeanne la Pucclle furent pour la pauvre ville aux abois , pour le pauvre duc prisonnier à Londres. « Je vous amène, dit-elle à Dunois, le meilleur seroui's qui ait jamais été envoyé à qui que ce soit, le secours du roi des cieux ; il ne vient pas de moi , mais de Dieu même qui a eu pitié de la ville d'Orléans et n’a pas voulu souffrir que les ennemis eussent tout ensemble le corps du duc et sa ville. » Le convoi de vivres passa la Loire à la hauteur de Chécy sur des bateaux envoyés par les assiégés, et grâce à une fausse attaque que tentèrent les Orléanais contre le fort Saint-Loup, il traversa tout le faubourg Bourgogne et entra dans Orléans sans être inquiété.
L’armée n'avait osé le suivre ; elle était retournée vers Blois , laissant Jeanne d’Arc entrer seule dans la ville, le 29 avril, à huit heures du soir. Sa présence y rendit le courage à tout le monde. Tous la regardaient « comme s’ils veissenl Dieu. ■> Ce fut bien mieux encore quand la Pucelle fut allée délier elle-même les Anglais des Tournelles, et quand, à peu de jours de là, elle se fut vaillamment portée, du côté de la Beauce, à la rencontre de l'armée que le bâtard ramenait de Blois , et qui passa entre les deux bastilles anglaises de Londres et de Saint- Laurent « sans contradictions quelxconque , » protégée qu'elle était par la bannière de la Pucclle. Les bravades et les injures des Anglais donnaient la mesure de leurs inquiétudes et de leurs craintes ; ils traitaient Jeanne de ribaude et de vaehière; c'était, disaient déjà quelques-uns d’entre eux, une sorcière qu’il fallait ardoir. Mais pour les Orléanais c’était une sainte, et l’enthousiasme croissait toujours autour d’elle. Li‘s chefs de guerre seuls, soit défiance, soit jalousie, ne la protégeaient point. Ils résolurent même d’agir sans elle ; tandis qu’ils allaient en grande force attaquer la bastille des Anglais à Saint-Loup, ils la laissèrent dormir dans la maison de raessire Boucher, trésorier du duc d’Orléans , où on l’avait logée. Mais Jeanne se réveilla : « En nom de Dieu, s'écria-t-elle, les gens de la ville ont affaire devant une bastille , et il y en a de blessés. » Elle sc fit armer hastivement , et quand i elle fut prête monta à cheval et courut sur le pavé tellement que le feu en sailloit , et alla droit comme si elle eût bien seu le chemin auparavant. » Le fort anglais avait été furieusement assailli , et Talbot ,
OHLÉANAIS.
pour lui porler sccoui's, avait fait sortir toutes les troupes qui gardaient les autres bastilles; on les avait repoussées et fait rentrer en leur gîte, et quand Jeanne arriva on allait livrer au fort un nouvel assaut. Sa présence le rendit plus furieux et plus décisif, la bastille fut emportée. Jeanne ordonna qu'elle fût ane et démolie, «dont fut l’occision nombréc à buit-vingt hommes.» Deux jours après , les chefs tinrent encore conseil sans elle , mais elle apprit par Dunois qu’on y avait résolu de passer la Loiie et d'attaquer la bastille de Saint-Jean-le- Blanc.
Jeanne y courut la première , et quatre mille hommes travei'sèrcnt la Loire à sa suite, entre la Tour-Neuve et le port Saint-Loup. Les Anglais ne les attendirent pas , ils désertèrent la bastille menacée et se replièrent sur celle des Augustins. Jeanne voulut qu’on les y suivit, et, s’y portant la première, planta résolument, en signe d’assaut, son étendard sur le boulevard extérieur du fort. Une vigoureuse sortie des Anglais mit d'abord quelque trouble dans la troupe des assaillants, mais Jeanne et Hire la ramenèrent à la charge, et la bastille ne tint pas contre cet im|>étueux assaut Les Anglais n’avaient plus, de ce côté de la Loire , que les Toumellcs et la bastille Saiiit-Pryvé. Ils ne comptèrent que sur le premier de ces forts et abandonnèrent l'autre, pour se retrancher dans celui de Saint-Laurent , pendant la nuit qui suivit leur échec aux Augustins. Cette même nuit, les Français la passèrent devant les Tonrnelles pour se tenir prêts è les attaquer le matin; mais quand il fallut donner l'assaiit, les chefs hésitèrent; Jeanne seule fut d'avis qu'il ne fallait pas attendre, et d’un mot elle imposa silence à ces conseillers temporiseurs. « Vous avez été en votre conseil, leur dit-elle résolument , et moi j’ai été au mien. » Son avis était réellement le seul bon , car à tout moment Falstaff était attendu par les Anglais avec de nouveaux renforts, et tout retard eût été funeste. L’attaque commença par une vive canonnade contre le boulevard extérieur des Toumelles, puis on tenta l’assaut. La Pucclle , pour animer ses gens , se jeta la première dans le fossé, et déjà elle dressait une échelle contre le rempart, quand une Hèchc vint la frapper entre le cou et l’épaule. La blessure était profonde, car le trait ressortait par derrière; on l’emporta dans une vigne voisine, où, ne pouvant plus combattre, elle pria pour ses gens. Cependant, elle absente, toute ardeur s'était attiédie; Dunois regardait la journée comme perdue et donnait déjà l'ordre de ramener l'artillerie dans la ville. Jeanne l'apprit, et mandant près d'elle le bâtard : «Vous entrerez bien brief dedans, lui dit-elle en montrant les Tournelles, n’ayez double; quand vous verrez llotter mon étendard vers la bastille, reprenez vos armes, elle sera vôtre. » Puis elle remit sa bannière à son écuyer, lui ordonnant d'aller on avant. « Dohnez-vous garde, ajouta-t-elle, quand la queue de mon étendard touchera au boulevard. — Il y touche, dit un des chevaliers. — Tout est donc vôtre, reprit-elle, et y entrez.» En effet, les assaillants, reprenant courage, montaient comme si une force surnaturelle les eût soulevés. Ceux de la ville, qu’échauffait aussi la vue de ce long combat, commençaient cependant à passer la Loire, à l’aide d'une mauvaise gouttière qu'ils avaient jetée sur l’arche rompue du pont. Gladesdale eut peur quand il vit venir ce nouveau flot d'assaillants; quittant le iHHilevard, il rentrait dans les Tournelles lorsqu'un boulet ,
brisa le pont de bois sur lequel il passait ; il tomba dans le fossé et se noya. Les Anglais ne résistèrent pas plus longtemps; les Tournelles furent empoitces, et le lendemain, 8 mai, désespérant de tenir dans leurs bastilles du nord, Talbot et Suffolk les abandonnèrent et sonnèrent la retraite. Jeanne avait sauvé la France.
Il ne resta pas un seul Anglais au midi ni au nord d'Orléans; le siège était levé, et la Pucelle n’eut plus, pour achever l'œuvre de cette héroïque délivrance, qu'à chasser les Anglais des villes voisines, Jargeau, Beaugency et Meung, Après qu'elle les eut vaincus à Patay , le 18 juin , elle revint à Orléans où l'attendait, pour lui faire fête, toute la population qu'elle avait sauvée. Elle n’y resta que quelques jours; elle alla rejoindre Charles VII , qui se tenait à Sully, à douze lieues de là, et qui, toujours indolent, n'avait pas daigné venir lui-mérae témoigner sa gratitude aux citoyens qui s’étaient si bien battus pour sa cause. Il ne visita Orléans que dix ans après, en 1439; c'était pour y présider l'assemblée des États, à la prière et avec l’aide desquels il prit des mesures eflicaces pour rendre désormais impossible toute milice féodale , et pour assurer à la France les forces permanentes d’une armée royale. Dès lors, le roi dut seul nommer les chefs de guerre; et les seigneurs, deveuus de simples capitaines, durent être responsables de la conduite de leurs gens. Il fut ordonné que la guerre devenant l’alTaire du roi seul, toute contestation qui en résulterait serait soumise à sa justice. Il ne fut plus permis aux barons de rien prélever, sous prétexte de guerre, au delà de leurs droits seigneuriaux, et le roi lui-mème ne dut point outrepasser la somme de douze cent mille livres que les États lui accordaient par an, à la charge d’entretenir quinze cents lances avec dix hommes pour chacune. Dans cette même assemblée des États , la délivrance du duc d’Orléans , toujours prisonnier à Londres , fut remise en question ; et son rachat , effectué, le 10 janvier 1440, moyennant trois cent mille écus, fut l'heureux résultat des décisions prises par les trois ordres. Quant à la ville d'Orléans elle-même , elle ne fut pas souvent comprise dans les libéralités de Charles VII ; il se contenta de lui accorder, en 1430, quelques indemnités pour relever une partie des murailles, et de l'exempter pour tout le temps de son règne des taxes, subsides, aides et tailles. La reconnaissance royale n'alla pas plus loin ; Charles croyait avoir assez fait pour l’héroïque cité.
Louis XI ne pensa pas pourtant que la couronne fUt quitte envers elle : il prit vivement à cœur les intérêts des Orléanais, et aima à faire séjour parmi eux. Nous l’y trouvons en 1466, en 1470, en 1471 , en 1478. C’est durant le premier de ces voyages à Orléans que , touché de l'état de ruine où était restée, depuis le siège , l'église de Saint-Aignan , il résolut de la rétablir tout à fait, et, pour la mettre à l'abri de pareils désastres , de l’enfermer dans la ville avec tout le faubourg qui s’étendait autour d’elle. Il fit dresser lui-même le plan de la nouvelle enceinte, et voulut qu’on y travaillât aussitôt. En 1480, elle était terminée : la ville y avait gagné l'adjonction du vaste quartier qui s’étend, au midi, depuis la Tour-Neuve jusqu'à la Motte Sanguin (ancien fort de la Brebie) ; è l’est, depuis la Motte Sanguin jusqu'à Saint-Euveste ; au nord, depuis Saint-Ëuveste jusqu’à l'Évêché, où la tour de la Fauconnerie reliait la nouvelle enceinte à l'ancienne.
Orléans, ainsi accru , n’arait pas moins de cent quarante mille toises de superficie, et comptait environ vingt-six à vingt-huit mille Aines, population qui parut sans doute excessive à Ixiuis XI , car, en 1477, il en détacha soixante-dix vicnagirn [chers de ménage) et les envoya avec leurs familles à Arras, ville nouvellement acquise à la France, afin d'en renouveler les habitants, restés trop dévoués au duc de Bourgogne. L’année suivante, le roi étant en querelle avec le saintsiège, convoqua à Orléans, au mois de septenihre, une assemblée du clergé où il prit à tAche de reprendre la pragmatique et de réveiller les libertés de - l'Église gallicane a qu'il tenait toujours en réserve, dit M. du Barante, pour les moments où il n'était pas content du pape. » Il y fut résolu que, dans un prochain concile , qui devait se réunir à Lyon , il serait permis de faire appel de l'autorité du saint-siége ; bien plus, pour empêcher l'argent de sortir du royaume, on décida qu'il fallait, quant aux bénéûces, revenir aux premiers droits et canons des conciles.
Orléans, que nous avons vu s'étendre par les soins de Louis XI, s’agrandit bien mieux encore sous lc‘s régnes de Charles Vlll et de Louis XII c’est alors que cette cité prit les grandes proportions qu’elle a conservées depuis. Une longue ligne de murs fortifiés enferma dans la ville le faubourg de Saint-Vincent et le faubourg Bannier, entre lesquels s'éleva un haut rempart que Catherine de Médids fit planter d'arbres, et qui existe encore aujourd'hui sous le nom de Grand mait, la plus belle promenade d'Orléans. Tout l'ancien faubourg Saint- I.aurent, c'est-à-dire tout le grand quartier compris entre la porte Bannier actuelle et la porte Barcntin sur la Loire, fut aussi annexé à la ville, accrue déjà de ce côté, ainsi que nous l'avons dit plus haut, par fadjonction du bourg d’Avenum, au xiii* siècle. Les travaux furent commencés, en I486, sous la surveillance de MM. Vvon d'illiqrs et Jean de Gourville, qui ont laissé leur nom à deux rues de ces quartiers; en 1498, ils étaient presque terminés, comme nous l'apprenrW nent certaines prescriptions d'une ordonnance de Compiègne ; et en 1508, Louis XII, voulant amener la population dans les rues neuves, renouvelait l'or- 7 donnance de 1489, laquelle défendait de bAlir aucune maison à une lieue aux ^ ' environs. Louis XII aimait cette ville d'Orléans qui avait longtemps fait partie de .son apanage et qu’il avait lui-même rattachée à la couronne quand il était monté sur le trône. Après son mariage avec Anne de Bretagne, il y mena en grande pompe sa nouvelle épouse; et quand les Orléanais vinrent lui offrir le don de quaire mille livres qu'ils devaient toujoure en pareille occasion à leur seigneur et duc, il refusa généreusement. En 1509, il Gt achever la rédaction des coutumes d'Orléans, prescrite par Charles Vil (1453), et donna ordre de les imprimer. En 1500, à son retour d'Italie, il avait amené à Orléans les dqcs de Gueldres et de Juliers, pour terminer entre ces deux princes les différends dont ils l’avaient fait juge.
Le règne de François I" fut une époque onéreuse pour les Orléanais. Ils furent imposés , en 1526 , à la somme de trente mille écus d'or, sur les deux millions exigés pour la rançon de François 1"; en 1539, il fallut qu'ils Ossent violence à leur parcimonie, déjà proverbiale, afin de recevoir dignement l'empereur Charles- Qiiint qui |>assait i>ar leur ville en se rendant à Paris. Pour conserver ses privi-
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légcs , la ville avait dû payer, l'année précédente , soixante mille livres au roi ; et en 1525, force lui avait été de se laisser donner en gage au roi d’Angleterre, Henri VIII , cçmme garantie de l'exécution du traité de Moore qui concluait une allianee défen^(vé entre l'Angleterre et la France. C’est à peu de temps de lé que ce même Henri VIII, rendant hommage à la science des docteuis de l'université d'Orléans, envoya fes chevaliers Fox, Taget et le fameux François Bacon soumetti'c à leur arbilc^j^ b question de son divorce avec Catherine d'.lragon et celle de son mariagéAvec Anne de Boulen.
Sous Henri If, Orléans eut plus à souffrir encore que pendant le règne précédent; une maladie épidémique en décima les habitants , ainsi que ceux des cnnrons, ce qui n'empécha pas le roi de leur imposer la plus forte part de la taxe de soixante-dix mille livres qu'il leva sur tout le duché. Bien plus, la Loire débordée ayant crevé ses levées, inonda tout le val et se joignit au Loiret. Cependant l'autorité commençait à sévir dans la ville contre les protestants qui , déjà nombreux, excités par les souvenirs de Calvin , ancien écolier de leur université, et animés par la présence de Théodore de Bèxe, y étaient plus remuants que partout ailleurs. Hqà deux calvinistes avaient été brûlés vifs par ordre du prévôt et d'autres avaient été condamnés à faire amende honorable , tête et pieds nus. La ville, indignée de ces supplices, murmurait hautement. Henri II crut tout calmer par sa présence ; il vint à Orléans, en 1551 , avec la reine et Diane de •Poitiers, sa maîtresse; mais cette visite royale ne parut qu'une offense déplus pour les Orléanais , et quand Diane, en chevauchant vers Saint-Pierre-en-Pont, fut tombée et se fut cassé la jambe , quelques-uns regardèrent cet accident comme une expiation du scandale de sa présence parmi eux. C’est pourtant au milieu de cette population toute bouillante de mécontentement que les Guises et Catherine de Médicis, après le tumulte d'Amboise, amenèrent le jeune roi François H pour y tenir les États (1560). On avait d’abord assigné Meaux pour cette assemblée; mais le duc de Guise avait été d'un avis contraire, et faisant peu de compte de la mauvaise disposition des esprits , il avait choisi Orléans : « Ce qui fut par luy prudemment fait, dit Castelnau, car la ville d'Orléans étoit forte et presque au milieu de tout le royaume pour y envoyer s’il estoit besoin et recevoir advertissement de tous costés. » Tout d’abord, des chefs à la dévotion des Guises, MM. de Chavigny et de Sipierre, vinient dans la ville et s’en assurèrent. Sipierre commença par faire désarmer les habitants; puis, comme ces mesures avaient surtout les huguenots pour objet, « il fit loger les garnisons ex maisons suspectés de la nouvelle opiiiion, et, par ce moyen, s’asseura de la ville , et quand bien même les protestants eussent voulu , ils n’eussent pu rien exécuter. » Le roi put alors arriver sans crainte; il ht son entrée, le 18 octobre, et « fut reçeu avec les solennités accoustumées aux nouveaux roys. » On le logea dans la maison du bailly Groslot, aujourd’hui hôtel de la mairie, et tout s’apprêta pour que les États s’ouvrissent dans une grande salle construite exprès sur la place de l’Étape.
Cependant le prince de Condé , sur lequel les Guises avaient de graves soupçons au sujet de la conjuration d’Amboise , avait été mandé par le roi , avec son frère, le roi de Navarre. Il arriva, le 31 octobre ; le roi le fit aussitôt venir « pour
être esclairci de la vérité d'une chose de grande importance et contre son devoir de sujet et parent, n Le prince fit bonne contenance, mais beaucoup d'e,icellentes et fortes raisons qu'il allégua ne purent le garantir que des lors, comme dit Castelnau , « il ne fust constitué prisonnier et mis ez mains de Chavignj, capitaine des gardes, qui le mena incontinent en une maison de la ville, laquelle fut aussitôt fort bien grillée et flanquée de quelques canonnjè^ et IhrtiQée de soldats, b Dans le même temps, le roi de Navaire a fut esclairt^JÿUK^rès et environné de la garde. » On arrêta aussi le bailli Groslot, « parj^^jîjP.avÿit le bruit d'être fort factieux eu la cause des protestants. ■> Mais le plus menacé fut le prince de Condé : on le tint prisonnier dans la maison où d'abord on l’avait mis , et qu'on croit être c«lle du coin sud-ouest de la rue des Anglaises et de la rue de la Bretonnerie-, puis on instruisit son procès, a lequel fut précipité en pleins Estais >, dit Tavannes. C'est que les Guises avaient h&tc : le roi était fort malade ; depuis quelques jours, il ne sortait plus, et lui mort, c'en était fait de leur vengeance. Condé, au contraire, n’ayant d'espoir que dans un retard, refusait de parler, et rien n’avançait. Enfin les Lorrains brusquèrent la crise: «nonobstant refus de répondre, opposition ou appellation du prince furent soudainement vidées avec injonction de répondre à peine de conviction. » C’était ôter à Condé sa dernière ressource, celle de son silence, et dès lors il n'avait plus qu'à se préparer à la mort; la sentence était même déjà minutée; par bonheur, François 11 mourut. procès était fini: Condé redevint libre, et les États purent s'ouvrir, présidés par le nouveau roi Charles IX ; le chancelier Olivier en Dt l’ouverture par une magiûGque harangue que La Popelinière nous a conservée. On fit , dans cette assemblée, « plusieui's belles et louables ordonnances que l'on appelle les ordonnances des États d'Orléans, et particulièrement pour retrancher les venditions et trafics des bénéfices érigés depuis le règne de Louis XII. » Condé, qui s'était échappé d'Orléans en captif à peine libéré, devait deux ans après y revenir en maître (1562). Ayant tenté de s’emparer du roi à Paris et à Fontainebleau, mais aussi vainement que La Kenaudie l'avait entrepris pour lui à Aiuboise , il recueillit toutes ses forces sur le chemin d'Orléans, et se trouvant à la tête de deux mille chevaux et de huit mille hommes de pied , il entra dans la ville avec Coligny, sans coup férir « par la diligence et bonne conduite de Dandelot , colonel de l'infanterie française, lequel fit entendre aux habitants, après avoir gagné les portes, que ce qu'il faisoil étoit pour le senice du i-oy et la consenation particulière de la ville, d Orléans fut alors le quartier général des calvinistes, la capitale du parti. Le vieux La Noue , à qui Condé en laissa la garde, lui en répondit; et sans tarder, en effet, il en fit une ville toute huguenote; il n'y eut plus pour corps municipal que des échevins calvinistes , pour docteurs et pour prêtres que des prédicants huguenots ; tous les maîtres de Puoiversité furent cliassés, tous les écoliers dispersés. On pilla, ou détruisit même souvent les églises, soit de fond en comble, comme celle des Bénédictins, soit seulement en partie, comme Sainte-Croix, dont une mine, placée sous un des piliers de la nef, renversa la moitié. Le désir de faire cesser ces ravages ramena plus d'une fois les troupes catholiques sous les murs d'Orléans, mais toutes les tentatives furent vaines ; il fallut que Guise, vainqueur des huguenots à Dreux , vint l'investir lui-
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m(!mu, en 1563, avec les vingt mille hommes de l'armée royale; ce fut un siège en règle. Guise se tenait au Portereau, avec Condé prisonnier dans son camp, et Catherine de Médicis logeait à deux lieues de là, au château de Caubray, jugeant des coups, attendant la lin de la lutte. La trahison livra au duc les toumciles et la tête du pont : il se préparait de là à foudroyer la ville à coups de bombardes, et déjà même, sûr de son entreprise, il mandait à la reine que sous vingt-quatre heures elle aurait noinrelle de la prise d’Orléans. On était au 18 février : ce jour même, vers le soir, comme le duc rentrait à son logis des Yaslins, un jeune gentilhomme protestant, nommé Poltrot de Méré, qui, caché dans une vigne, tout prés de Ijizin , l’attendait au passage, lui tira presque à l>out portant un coup de pistolet qui l’atteignit dans l’épaule ; la blessure était mortelle. Guise, emporté aux Yaslins, expira six jours après.
Cette mort simplifia les négociations déjà ouvertes dans l'IsIc-aux-Bceufs et auxquelles avait fait obstacle, jusque-là, l’altière volonté du duc de Guise. Catherine de Médicis, et avec elle le connétable de Montmorency et Condé, libres tous deux sur parole, discutèrent et pesèrent les conditions du traité; tout fut bientôt réglé, car chacun était désireux d’une conciliation, « disant qu’autrement l’état était en danger de se perdre. » Enfln le 10 mars, « toutes choses étant bien pesées et débattues, la paix fut signée, i Elle ne devait pas être de longue durée. Le 28 septembre 1567, le capitaine Lanoue, avec quinze cavaliers, reprenait Orléans, dont Charles IX se croyait pourtant assuré, grâce à la citadelle qu’il avait fait construire près de la porte Bannier. Lanoue s’y comporta comme lors de la première occupation, en achevant de ruiner les églises et en mettant tout au pillage. Mais l’édit de pacification du 23 janvier 1568 le força de rendre une seconde fois la ville. Les huguenots n’en restèrent pas moins à peu prés les maîtres d’Orléans jusqu’à la Saint-Barthélemy. Les massacres furent effroyables. Arnaud Sorbin, prédicateur et confesseur de Charles IX, les avait organisés. «La nuit du mardy 26 août survenant, dit une relation du temps, les massacreurs commencèrent l'exécution à l’entour des remparts d’une si étrange façon, que les plus barbares du monde en eurent horreur et compassion. Il y avoit en tous ces quartiers-là fort grand nombre des dits de la religion : toute la nuict , on n’entendit que coups d’arquebuses et pistolets, brisement de portes et fenêtres, cris épouvantables de ceux que l’on massacioit i tant hommes, femmes et petits enfants, bruit de chevaux et charrettes traînant les corps morts, amas de populace par les carrefours avec des esclamations estranges, les blasphèmes horribles des meurtriers riant à gorge déployée de leurs furieux exploits. Le mercredy matin, ils recommencèrent plus cruellement et firent les grands massacres, ce jour-là, continuant jusqu’en fin de la semaine, avec toutes les sortes de cruauté
qu’il est possible de penser Quant au nombre des occis, les meurtriers se
sont vantés maintes fois d’avoir fait mourir plus de douze cents hommes; item environ cent cinquante femmes et grand nombre d’enfants depuis l’âge de neuf
ans et au-dessus Les corps estoyent mis tout nuds , les nuits spécialement
du mardy 26 , mercredy 27, et chargez dans des fossez où l’on tes laissa sans daigner les couvrir d’un peu de terre, tellement que les loups et autres bêtes en mangeoient la plupart. »
OKLÉA.NAIS.
Par ce massacre, toute puissance active des huguenots fut aiiéaiitie à Orléans , toute sève calviniste y fut épuisée. C'est eu vain qu’en lô73 on permit de rouvrir les prêches; les huguenots, quoique toujours uombreus, n'osèrent presque s'y rendre, et l’on vit bien qu'à Orléans, comme en bien d'autres lieux, lecahinisme était un parti « dissipé, ruiné et tout perdu. > bien plus, par un revirement étrange, la ville d'Orléans se donna bientôt à la cause catholique avec autant d'ardeur qu'elle s’était vouée auparavant à celle des huguenots. Elle fut toute à la Ligue. En 1585, d'Entragues s'en assura sans peine pour le duc de Guis<;, et la lui garda en dépit de d'Épernon et des entreprises du roi de ^avarre , qui s'avança même jusqu'à .VIeung, en 1587. lin moment, toutefois, il y eut conciliation : d'Entragues, gagné par Henri III, lui rendit Orléans; mais Guise, qui y tenait, la redemanda aussitôt et l’obtint comme place de sûreté. C’est à peu de temps de là qu’il fut assassiné à Blois (1588). 8es partisans craignaient toujours des embûches et tremblaient surtout pour cette possession ; aussi, sur de sim|>les soupçons qu'on en voulait aux jours du duc, l'un d'eux, nommé Kosciére, avait pris l'avance sur les événements pour veiller à sa conservation. Il quitta Blois, K poussa son cheval à toute bride jusqu'à Nouan, dit d'Aubigné, et de là gagna en poste Orléans , où il mit un tel ordre, que d'Entragues, y courant après luy, trouva visage de bois. » D'Entragues, « refusé de la ville », se jela dans la citadelle de la porte Bannier et s'y maintint. Il fallut que les Orléanais l’y assiégeassent en forme, l’année suivante. Ce siège est le premier combat des Ligueurs et des gens du roi. « Ce fut là, comme dit d'.Aubigué, que brûla le premier poulverin de la Ligue. » Le chevalier Breton, homme du duc de àlayeime, poussait IcsOrléanais. Mais voilà que, comme ils se préparaient à forcer la citadelle, le duc d'Aumont arriva pour soutenir d'Entragues, avec quelques troupes et de l'artillerie. « A la vue de ces forces, dit d'Aubigné, les Orléanais, ne pouvant mettre bas leur citadelle, se contentèrent de la mettre dehors par le poing, c'està-dire de faire un grand retranchement en croissant qui allait baiser les deux courtines, se servant de Saint-Paterne pour un cavalier. Ce peuple, assisté de peu de gens de guerre pour lors, de défense vint aux uffen.ses, et ayant mis eu poudre à coups de cauou cette petite place, osa faire deux mines, tellement qu'après diverses attaques, its l'emportèrent au nez du maréi hal d'Aumont. »
De ce moment, la Ligue régna à Oriéans sans |>arlage; Henri III se vit [iiême contraint d’en retirer, pour les installer à Beaugency, l'L’iiiversité et le présidial, seuls corps qui lui fussent restés fidèles. Les habitants, en revanche, ouvrirent leurs |>ortes aux Ligueurs chassés de Chartres. Ils tinrent ainsi jusqu'en I5U:1. Enfin, celte aiinée-là, au mois de mai, Henri IV vint assiégei' lui-même la place du côté du Portereau. Repoussé par le duc de Montpensicr, il y laissa Biron, qui SC cantonna dans les bourgs d'OIivel et de Saint-Mesmin. De secrètes négociations commencèrent à se nouer entre lui cl M. de La Châtre, gouverneur de la ville; la soumission d'Orléans, le 26 février 159V, en fut l’heureuse conséquence. Henri IV se montra sans rancune pour la ville; il y passa en revenant de Bretagne, et y revint présider le jubilé en 1600; enfin, en 1601, ayant à coeur de relever tout à fuit de ses ruines la cathédrale renversée pai' les calvinistes, il vint solennellement poser la première pierre de scs tours. Il affecta de