‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 99 sur 119 · II · texte numérisé non relu

II

Digiti’-1 by ('-iOglt

Au milieu des guerres de la Ligue, le paj’s chartrain était demeuré assez tranquille, lorsque Henri III chassé de Paris, en 1586, vint y chercher un refuge et y prendre position , afin de pouvoir de là surveiller la capitale. Sa présence donna une violence nouvelle aux passions religieuses. Le roi de Navarre tenta, cette même année, quelques expéditions dans le duché de Chartres ; une petite guerre s'y établit et y continua de part et d'autre avec des chances diverses. Chartres appartenait aux ligueurs ; mais Henri IV, sans se décourager, battait sans cesse la campagne , et trouvait d'inépuisables ressources dans ce grenier de Paris ; tout le duché reconnaissait son autorité, en 1590, à l'exception de Chartres, où il ne fut reçu qu'en 1591 . On peut dire que dés lors le pays chartrain devint en quelque sorte le siège de la monarchie, puisque Henri IV y appela le parlement, la cour des aides et le conseil d'état, lesquels y prolongèrent leur séjour Jusqu'en 1594, époque du couronnement du roi à Chartres même. I.a fin du règne de Henri IV ne fournit aucun événement à l'histoire générale de l'Orléanais, pas plus que le règne si agité de Louis XIII. Pendant la Fronde, il y eut seulement de grands déploiements de troupes dans la partie supérieure du pays chartrain. La révolution de 1789 flt tressaillir toutes les fibres de ce cœur de la France ; les événe*ments y curent, du reste, peu de gravité. A part la terrible émeute des grains à Étampes, les troubles du département d'Eure-et-Loir et la déplorable attitude des commissaires de la Convention nationale en présence de la révolte (1792), nous ne trouvons aucun fait qui vaille la peine d'être enregistré. Les mêmes excès, dus à la même cause, se renouvelèrent en 1793, et le représentant du peuple Adrien Tellier, ayant cédé à la multitude, se tua de sa propre main afin a que sa mort volontaire fût plus utile à son pays qu'un assassinat. »

L'Orléanais était, avant la révolution , un des grands gouvernements généraux militaires de la France; on le divisait en trois départements de lieutenants géni'v raux, quoiqu'il n'y eût que deux lieutenants de roi. Ce gouvernement comprenait les trois évêchés d'Orléans, de Chartres et de Blois. La province entière, divisée en sept bailliages, dont quatre avec sièges présidiaux, ressortissait au parlement de Paris. L'intendance, ou généralité d'Orléans, renfermait douze élections, sans compter cinq subdélégations particulières. On observait divci'ses Coutumes dans l'Orléanais : celle de Chartres, une des plus anciennes, datait de 1040, elle avait été rédigée en 1508; Orléans avait aussi la sienne, qu'on suivait dans le Vendémois, des 1021 , et à laquelle succéda celle d'Anjou profondément modifiée. Ij;s coutumes de Blois et de Chàteaudun s'établirent, plus lard, dans le pays. Quant à la population de tout l'ancien Orléanais, nous ne pouvous admettre, comme le prétend Herbin, qu'elle s'élevait à 819,970 habitants; les trois départements du Loiret, d'Eure-et-Loir et de Loir-et-Cher, formés de la presque totalité de cette province, ne comprennent aujourd'hui qu'une population d'environ 855,000 âmes. '

1. Commentaires de César. — Amédëe Thierry, ffistoire des Cauiois. — D*An»Hle, A'otiee de la Gaule. — Ozeray, Histoire de la eité des Camutes rt du pays chartrain. — Le mnn|uis <ie Lucbel, Histoire de l’Orléanais, — I.ag^rde, Résumé de l'histoire de l’Orléanais. — j^suiüiidi. — De Péligoy, Sssai sur le département de i^ir-eZ-CArr.— DoubU>l de BoiNlhibauU, 5/arwrtçu« d'Eure^t~Loir. — Dictionnaire de Hosselo. — Ht^rbiii, Statistique de la France. — .Annuaires de l.oir-et-Cher, d’Eure-et-Loir et du Loiret.

Un ville (l’Orléans, fameuse dans les Gaules bien avant la venue de César, était après Aulricum (Charlres) la dlé la plus importante du pays des Carnutes. Sa |M)siti<m sur la Loire , juste au sommet de la courbe que décrit le fleuve, lorsqu'aprés s’être avancé du sud-est au nord-ouest, il se détourne brusquement pour rouler du nord-est au sud-est, avait fait donner à ce lieu le nom de Genabum, ou plutôt Cenabum , formé des deux mots celtiques cen, pointe, et avon, eau. Cette heureuse situation si bien appréciée encore au xvi* siècle , quand Léon Trippault écrivait : « A raison de quoy aussy encores avjourd’huy, es viets et anciens liltres, Orléans est appelé le nombril de Loyre », faisait de Genabum l(( confluent naturel des relations commerciales du haut et du bas pays. Ce fut, en effet, de bonne heure, un centre important pour le commerce. César, arrivant dans les Gaules, l’y trouva déjà prospère. C’est là qu’après une première conquête il playa le chevalier romain Fusius Cita, pour y pourvoir à l’achat des grains dont la ville de Genabum était sans doute l'cntrepêt ; c’est là aussi que s’établirent la plupart des riches marchands venus d’Italie dans les Gaules, sur la foi et sous le patronage de la conquête.

Genabum pouvait donc passer pour une colonie romaine , lorsque , l’an 52 avant notre ère , la révolte d(;s Carnutes éclata contre le conquérant romain pendant un voy age ({u’il Ht en Italie. Genabum , dont ces peuples enviaient la richesse , outrage indirect à leur pauvreté sauvage, fut la première ville menacée. Cotuat et Conctadon, deux de leurs chefs, y coururent avec une bande de furieux adesperalis bominibus. a Le chevalier Fusius Cita périt ainsi que tous les marchands romains dont on pilla les biens, et Genabum, redevenue ville gauloise, fut le centre d’où partit le signal de l’insurrection qui devait embraser toute la Gaule. Aussi quand César fut de retour, il marcha contre la ville rebelle pour lui iniliger les premiers coups. En deux jours, il vint de Vellanodunum sous les murs de Genabum. U^s Carnutes s’y étaient déjà réunis en grand nombre et commençaient à s’y fortifier ; l’arrivée soudaine de César leur fit perdre courage, et ils ne songèrent plus qu’à profiter de la nuit pour fuir au delà de la Loire dans le pays d(‘S Dituriges. Mais César, soupçonnant leur dessein, avait tenu sur pied deux de ses légions. Au moment où les habitants de la place assiégée commencèrent à franchir les remparts et à gagner le pont qui en était proche ( contiugebat), averti par ses espions, il fit mettre le feu aux portes, pénétra dans Genabum, et lança ses deux légions sur cette multitude de fuyards perdue dans les chemins , et arrêtée plutôt que servie dans sa retraite par le pont trop étroit et de difficile accès. Tous furent tués ou pris. César visita ensuite la ville, et partagea le butin à ses soldats. Sa vengeance accomplie, il se dirigea vei-s le pays des Bituriges. L’année suivante, entraîné à la poursuite des flarnubs ■

qui c'Iaicnt venus l'inquiéter jusque dans celte contrée, il redescendit vers Genaburo. Il n’y trouva debout que quelques maisons épargnéi‘s par l’incendie ; et voulant y prendre ses quartiers d'hiver, il fut forcé d'y faire élever a la licite quelques huttes de chaume. Lorsqu’une nouvelle nHoltc l'eut rappelé dans le nord contre Corrée le Bellovackc et Comm l'Atrebale, il laissa à Genabura Trébonius et deux légions. Il ne devait plus revenir qu'une fois dans ces contrées ; ce fut pour y recevoir la soumission des Carnutes domptés enfin par C. Fabius , et aussi pour y demander la tète de ce chef des révoltés qu'Hirtius nomme Guturuat , et qui , de l’avis de Vossius et de Ciacconius , n'est pourtant autre que Cotuat , le complice de Conetodon dans la première insurrection des Carnutes.

Genabum ne tarda pas à sortir de ses décombres. Renaissant à l'ombre du patronage romain , le commerce y prospéra comme par le passé. Strabon, qui écrivait sous Auguste et sous Tibère, nous apprend que Genabum était de son temps le marché le plus important des Carnutes, emporium Carnutum; et quelques historiens concluent d'une découverte de médailles massilliennes dans ses environs, qu’elle avait des relations commerciales avec Mai'seille et toute la Narbonnaise. Auguste avait rangé Genabum , ainsi que tout le pays des Carnutes, dans la première Lyonnaise; une curie ou corporation municipale, dont le testament de Léodebode constate encore l'existence au vu' siècle, y avait été établie. Le Preloritum, devenu plus tard le Châtelet et situé au bord de la Loire, â l'extrémité occidentale du parallélogramme dessiné par les murs d’enceinte, était sans doute le siège de celte juridiction. Mais ce n’était pas là le seul monument public de Genabum: de vastes arènes, dont les derniers débris ont été remués, lors des fouilles entreprises en 1821, couvraient à quelque distance de ses murs, vers l’est, le penchant d'un coteau, regardant la Loire. Dans l'enceinte même des remparts s’élevaient des palais, dont le plus vaste a fait place à la cathédrale bâtie par saint Euverle; des temples, dont le plus considérable a été remplacé par le couvent de Bonne-Nouvelle, aujourd'hui l'hôtel de la préfecture ; enfin plusieurs autres édifices détruits sans doute par les Barbares, et dont les débris devaient servir à la construction d’une nouvelle enceinte, ainsi que le prouvent les fdts et les chapiteaux de colonnes qui ont été récemment trouvés dans les fondations des anciennes murailles.

La prospérité de Genabum se maintint , pour ainsi dire , jusqu'au règne de Gailien. Placée sur la route de la première invasion germaine, que suivirent plus tard les Vandales et les Alains , cette ville fut saccagée sens merci et détruite de fond en comble. En 274 , clic ne devait pas être encore sortie de ses ruines. Celte année-Ià, l’empereur Aurélien vint dans les Gaules pour y donner ses soins au rétablissement des villes détruites , tâche glorieuse qui l'a fait appeler Galliarum restitulor, dans une lettre de Valérien , que Vopiscus a rapportée. Selon le même historien, un motif tout personnel l'attirail, d'ailleurs, dans ces contrées : il voulait consulter les druides pour savoir si l'empire se perpétuerait dans sa race ; et c'est alors , sons doute , qu'ayant poussé jusque chez les Carnutes , où se tenait , comme on sait, le principal collège de ces prêtres-devins, il rebâtit Genabum et lui donna cette forte ceinture de murs et de tours dont

qnciques-unes sont onrore debout , sur Itoir base évidemment romaine , dans ics rntbons des rues de ia Tour-Neuve et du Bourdoo-Blane, bâties sur ies fossés de l'enceiute orientale. On pense aussi que c'est à cette époque , et par ies soins du même empereur, que (jcnabum , détaché du pays des Carnutes , fut éievé au rang de cité {civilas), et érigé en chef-iieu du pays, qui, du nom du prince son organisateur, s’appeia pays des Awéliem. A partir de sa séparation, sans cesser tontefojs de faire partie de ia Sénonaise (quatrième Lyonnaise), où ta seconde division de t’empire t’avait placé, Genabum eut son territoire particulier borné, du cété des Carnutes, par deux villages que leurs noms de Fins [fine») et de Terminier {lermini) , nous représentent encore comme d'anciennes limites ; et, ducété des Bituriges, par un autre village de Fins, voisin de Romorantin. On sait, du reste, que le titre de CivUas Auretianorum n’est donné i Genabum qu'à partir des temps qui suivirent le règne d’Aurélien. L'ancienne notice des provinces et des villes de la Gaule, écrite sous Honorius, la désigne sons ce nom; plus tard, Sidoine Apollinaire l'appelle Vrb$ Aure/ianensis, et Jornandés, AureUuna Civilas.

On ignore à quelle époque et dans quelles circonstances le christianisme fut, pour la première fois, prêché aux habitants de Genabum. On sait seulement qu'en raison de son importance , cette ville devint le siège d'un évêché qui, par sa position dans la Sénonaise , releva de l'archevêché de Sens , métropole de la province. Dupet est le premier des évêques d’Orléans dont le nom soit parvenu jusqu’à nous; il vivait en 365 , suivant les actes d’un concile de Cologne , auquel il assista. Au peuple appartenait le choix de ses pasteui's, privilège dont noos lui voyons revendiquer la conflrmatioii , en 885 et 9.58. Grâce à cette élection populaire , les successeurs de Dupet purent se considérer comme les représentants de la cité ; bientêt ils la prirent même sous leur protection , et exercèrent les pouvoirs du drjensor cirilalis de l'ancietiiie municipalité romaine. C’est à ce titre qu’ils se firent les organes des réclamations du peuple, et qu’ils prirent quelquefois une part active aux événements de la guerre. Il ne parait pas que leur cité épiscopale ait eu beaucoup à souffrir de la grande invasion des Barbares (506). Quoique Orléans fût sur le passage des Vandales et des Alains, ils trouvèrent cette ville trop bien fortifiée pour en tenter le siège. Ils évitèrent donc de se heurter contre ses murailles, et passèrent outre. Toutefois, une bande d' Alains, détachc-s du corps de la grande invasion , s’arrêta dans la campagne d'Orléans et s’y cantonna. Hugues de Fleury, qui relate ce fait, dit même que les Barbares s'emparèrent de la ville. Nous n'en crayons rien. S'ils s'établirent à Orléans, ce fut du consentement des Romains et de l'évêque , et en qualité de soldats télés.

A l'époque de l'irruption d'Attila dans les Gaules, les Alains d'Orléans avaient Sangitan pour chef ou pour roi , selon Jornandés. Ce chef fut pris de frayeur, à la pensée de combattre le fléau de Dieu. Pour mériter la protection d'Attila, il s’engagea à lui livrer la ville. Mais l’évéque Anianus veillait sur la cité. Il s'était rendu à Arles, auprès du patrice Aétius, pour lui demander assistauc(‘. Il en rapporta la promesse qu’il serait promptement et puissamment secouru. Fort de cette assurance, il se prépara à combattre, releva le courage des Orléanais jnenacés, mit la ville en bon état de défense , et attendit le premier assaut des Huns. Les Barbares furent bientôt sous les mure d’Orléans ; leurs attaques ,

dirigées du côté de l’orient, contre les hautes tours romaines, les mômes qui sont encore debout, furent d'abord repoussées par les habitants. Anianus se tenait avec eux sur les remparts, les encourageant de sa parole, priant avec ferveur, ou regardant sans cesse du côté de l'Aquitaine ; a Car, dit (îrégoire de Tours, il espéiait, par la miséricorde de Dieu, voir arriver Aétius. » l'n nouvel assaut venait d'être donné par les Huns déjà maîtres des faubourgs. Les remparts , comme nous l'apprend encore cct historien , ébranlés sous les coups du bélier, étaient au moment de s'écrouler, loi'squ’un messager envoyé par Anianus, sur le chemin de l'Aquitaine, vint lui annoncer qu'un nuage de poussière, tel que le soulèverait une grande armée en marche, se montrait aux extrémités de l'horizon, o C'est le .secours envoyé de Dieu!» s'écria l'évéque; en effet, on aperçut bientôt les étendards des Goths et des Romains qui, sous les ordres de Théodorik et d'Aétius, s'avançaient à marche forcée. Attila lit sonner la, retraite, et, retournant sur ses pas, emmena ses bandes en désoi'drc vers les plaines de la Champagne, où Théodorik et Aétius devaient bientôt le vaincre avec l'aide des Franks de Mérovée.

Ces mômes soldats franks que nous voyons prendre part ici à la délivrance d'Urléans, devaient reparaître bientôt en ennemis sous ses murs; ils étaient conduits par Childérik, qui venait combattre dans les environs le comte Paulus et hs Romains. Il livra quelques combats aux Orléanais : « Aurelianis puynas egit ■>, dit Grégoire de Tours; puis il s’en alla attaquer dans l’Anjou le saxon Odoacre, qui ravageait depuis quelque temps celte contrée; mais, quoi qu'en ait dit Lemaire , il n’assiégea ni Orléans ni Bcaugenci. Après la bataille de Soissons (486), Orléans fut compris dans la conquête des Franks; Chlodwig s’en empara en poursuivant sur les terres d’Alaric , Syagrius fugitif. Au mois de juillet 511 , la dernière année de sa vie, le roi frank y présida le premier concile qui se soit tenu en France. Trente-trois évôques y assistèrent , ayant à leur tôte les métropolitains de Bordeaux , de Bourges, de Rouen et d'.Auch. Dans ce concile l’accord fut parfait entre la Royauté et l'Église, gnlcc à de mutuelles concessions. L’É.glise y obtint pour ses sanctuaires et pour la maison de ses évêques un droit d’asile si illimité qu’il n’excluait pas môme les homicides, les voleurs, les adultères et les esclaves; on lui accorda, en outre, le droit de conversion sur les Wisigoths ariens, l'établissement de la solennité des Rogations, et on permit aux prêtres l’usage encoi'e inconnu des processions. Chlodwig obtint, en revanche, pour lui et scs sua esseurs, le titre de Roi très-Chrétien ; puis, par le cinquième canon, déclarant « que toutes les églises tiennent du roi les fonds dont elles sont dotées », il fit émetti’e, pour la première fois , le principe de ce fameux droit de régale, qui donnait aux rois de France la jouissance du revenu di-s évêchés, pendant la vacance des sièges, et leur conférait le droit de nommer à tous les bénéGces qui èn dépendent.

A la mort de Chlodwig, Orléans, échu en partage à Chlodomir, son second fils, devint la capitale du royaume de ce nom (511 ). Après le massacre des enfants de Chlodomir, Childebert ,*roi de Paris , qui s’était attribué la possession de la ville d'Orléans , y assembla un concile dans lequel on s’occupa surtout des questions relatives à la simonie et è l'ordination des évêques et des diacres (533). Trois autres synodes furent tenus à Orléans, pejidani le règne de ce même Childebert :

le premier, en 538, sc d^ciaro sévèreniertt contre le mariage des diacres et des sous-diacres et autres clercs supérieurs; le second , en 541 , ordonna aus prôtresdc ne point consacrer les mariages entre proches parents, et fixa le jour de la célébration de la PAque ; entin, le troisième, qui commenta li* -28 octobre 549, et réunit un plus grand nombre d'evéques que les précédents , examina la question des chapitres, déjà soumise au concile de Chalcéduinc, et frappa d'anatbèine les erreurs des Nestoriens et des Eutychéens. Oontran , en sa qualité de roi d’Orléans, ou plutôt de Bourgogne, établit sa résidence à ChAlon-sur-Saône. Il parait, d’après les récits de Grégoire de Tours, qu’il ne vint qu'une seule fois à Orléans (585 ). Son entrée y ressembla à un triomphe : les docteurs de la ville le haranguèrent en langue latine , en langue syriaque et même en langue Juive . étalage pédantesque qui devait se reproduire en d'autres temps , et dont Rabelais s’est amusé. L’affabilité du roi frank le mit en grand crédit près des habitants; a car, dit Grégoire de Tours qui raccompagnait dans ce voyage , il allait dans leurs mai.sons lorsqu’ils l’invitaient , et acceptait les rt'pas qu'ils lui offraient. Il en reçut beaucoup de présents, et sa bienveillante libéralité les leur rendit avec usure. « Vais les Juifs qui étaient déjA en grand nombre à Orléans , où nous les retrouverons toutefois plus puissants et plus tiombrcux encore au temps du roi Robert, n'obtinrent rien de lui, malgré leurs instances et leurs flatteries. Il ne voulut point les laisser relever leurs synagogues abattues par les chrétiens, peu de temps auparavant. Contran avait conflé le gouvernement de la ville à un comte nommé Willichaire , lequel veillait au bon ordre, rendait la justice aux citoyens et réglait les différends qui s’élevaient entre eux , aussi bien que les querelles avec ceux des villes voisines. Ainsi c'est ce haut oflicier qui , en 584 , lors de la mort de Chilpérik , parvint à ramener la paix entre les Orléanais unis aux Blaisois , et les habitants de ChAteaudun soutenus par les Chartrains. l’n premier conflit, que Grégoire de Tours nous raconte, sans pourtant nous en dire les causes, avait déjà eu lieu ; un second se préparait, lorsque la médiation des comtes vint tout calmer. La charge de ces offleiers royaux disparut d'Orléans sous Hugues Capet, qui, après s'en être fait lui-méme un titre, la joignit aux prérogatives de la couronne lorsqu’il fut devenu roi. I.a charge de vicomte, magistrat relevant du comte, avec des pouvoii-s prc.sque égaux , fut seule maintenue à Orléans jusqu'au xvr siècle. Sous François I", qui les abolit en 1529, leurs droits, peu à peu diminués, se réduisaient à la perception de quelques impôts sur les marchandises qui entraient dans la ville ou qui en sortaient.

En 594, lorsque Contran fut mort, son neveu Childebert, roi d'Austrasie, Jiérita du royaume de Bourgogne et d'Orléans. Il ne le posséila que deux aies; son plus jeune fils, Tbierry, le reçut en partage, en 596. Pendant le règne de ce roi mineur, le maire du palais, Landry, qui combattait pour Chhitaire II, surprit Bcrtoalde , maire d’Austrasie, dans la forêt de Brotom , et le foiça tie .se replier sur Orléans où il l’assiégea. Mais l’arrivée de Thieri^ avec toute l'armée austrasienne , obligea Landry de prendre la fuite. Thierry l'atteignit près d’Étampes et le vainquit dans une bataille où péril Bertoalde, son maire du palais. Nous passons sur quelques faits d'un intérêt général, pour en venir au débat qui s'éleva entre les grands de Neustrie et de Bourgogne, au sujet de In

OKI.EANAIS.

tulelln de Chlodwig II, apr^s la murt du maire du palais OEga. Un conseil des hauts fendataires, assemblé à Orléans en 612, et présidé par NantiThilde , méi-e du roi, décida cette importante question en nommant Erchinoald maire du palais pour la Ncustrie et Flachoat pour la Bourgogne. Trois ans après, un concile eut lieu à Orléans, afin d’arrêter les progrès de l’hérésie moiiothélitc propagi'e en France par un hérésiarque grec. Celui-ci ayant osé paraître lui-mèmu devant les prélats, fut confondu par Salvius, condamné et ignominieusement chassé. Orléans vit encore, en 666, se réunir les grands de la Neuslrie , convoqués par le maire Ebroïn, au nom de Chlotaire III. Cette assemblée, dont on ignore les décisions, se tint dans le faubourg Saint-Marceau. Lorsque Charles-Martel voulut partager entre ses Franks .Austrasiens les biens enlevés aux églises, l'un (l(>s plus courageux défenseurs de In propriété ecclésiastique fut l’évéque d’Orléans Eucher; mais un long exil le punit de sa résistance. Pendant qu’il languissait à Cologne, où Charles-Martel l’avait relégué et où il devait mourir, son diocèse fut envahi jMr l'évèque d’Auxerre, qui, non content de rattacher à sa juridiction épiscopale toute la partie limitrophe au sien, poussa jusqu’à Orléans à la tétc d’une troupe armée , et , suivant un rck'it manuscrit conservé par le père Labbc ; mit le siège devant la ville dont il s’empara vers l’an 7i3. Les guerres des Franks contre Waïffer, duc d’Aquitaine, amenèrent souvent Pépin et son armée sur les bords de la Loire et surtout à Orléans. C’est dans cette ville qu’il présida, en 766, la grande assemblée de prélats et de seigneurs, où il fut résolu qu’on tirerait une éclatante vengeance de l’incursion de Waïffer en Bourgogne et en Champagne. Deux ans plus tard , nous le trouvons encore à Orléans préparant une nouvelle expédition , et laissant dans cette ville jusqu’à son retour la reine Bertrade , son épouse.

L’histoire d’Orléans, pendant le règne de Charlemagne, ne présente que des faits sans importance. Toutefois le choix qu’il avait fuit de cette ville ]H>ur y placer en qualité' d’evéque Théodulphe, l'homme qu’il estimait le plus après Alcuin; l’éducation de son fils aîné Louis confiée, selon La Saussaye, aux docteurs d’Orléans, pour qu’ils l’élevassent dans les lettres, sont des preuves certaines de l’estime que le grand empereur avait pour Orléans. I-ouis-le-Débonnaire l’éleva presque au rang des villes archiépiscopales en faisant accorder à Théodulphe , par le pape Étienne V, le droit de revêtir le pallium, insigne réservé aux seuls archevêques. En 830, selon le téinoignage malheureusement trop peu certain de Symphorien Cuyon et de Lemaire, c’est à Orléans que ce prince assembla un premier p/aid à l’occasion de la révolte de ses fils ; deux ans après, dans une nouvelle assemblée qu’indiquent seulement lc*s annales de Saint-Bertin , il y fit un dernier appel à ses fils rebelles, tandis que par leur infiuenre on le dépossédait dans un synode tenu à Lyon. Malgré les sanglantes discordes de cette époque d’anarchie, malgré les efforts du comte Ernest, pour se rendre indépendant dans le comté d’Orléans, qu’il tenait de son père Samson, et dans celui du NoiTuandie., qu’il tenait de sa mère; malgré les mêmes tentatives renouvel(*es sans plus de succès par Mainfroy, l’un de scs successeurs, avec l’aide de Pépin , roi d’Aquitaine, Orléans ne fut pas détaché du domaine impérial. En 8i2, Charles-le-Chauve put venir s’y faire couronner avec une pompe extraordinaire

ORÎ.ÉANS.

dans l'église de Saintc-Croii pm- l'évéque Guelient. Mais tous les désastres que la guerre civile avait épargnés i Orléans , l'invasion étrangère devait hienlél les« ’ loi faire connaître. . •

Les Normands qui, depuis quelques années déjà, infestaient de leurs ravages tout le littoral de la basse Loire, remontèrent, en 850, jusqu'à Oiiéaus, qu'ils saccagèrent sans merci , en présenee même de Cliarl(*s-le-<^lmuve ,<pil sc tenait campé à peu de distance et qui n'osa faire un mouvement. Tout dans la ville, aussi bien que dans les environs, fut ineeudié ou pillé par ces pirates. Ku 865, ils reparurent dans la ville et y détruisirent, par le fer et la Hamme, tout ce qu'ils avaient laissé debout la première fois. Les églises de Saint-Aignan et de Saint-Euverte, biUies hors des murs, furent brûlées tout entières; Sainte-Croix, la cathédrale, fut aussi livrée aux flammes; mais, selon les annales de Saint-Berlin , elles ne purent rien contre ses solides mutailk'S. L’enceinte de la ville fut ellemême renversée en partie par les Barbares , et Orléans serait ainsi resté ouvert à toute invasion nouvelle, si ré\êque Gauthier n’eût entrepris, on 880, d’en re- lever les murs. Adrevalde le dit positivement : a Galterius inuros perrunctafore ilestructos civilath restaurnni, ih-jhisionl eonpiavil popu/um. » la* roi Cai’loman contribua, vei*s le même temps, par scs dons, à la réédlflration des églises détruites.

De plus , comprenant que le pouvoir de l'évêque était la sauvegarde de la sûreté des citoyens, il le conflnna dans tous ses privilèges, dans toute son indépendance.

Il laissa à l'Église d'Orléans le droit d'élire elle- même son évêque, droit envié, qui lui avait été accordé à des époques antérieures : « auclorilale apostolicà , dit Carloman dans la charte de conflrmation, et pairum nosirorum auclorilale. d En 895, Orléans était tout à fuit sorti de ses ruines; aussi, lorsque, cette année-là même, les Normands se présentèrent de nouveau devant ses murs rétablis, la place put faire bonne contenance, et moyennant une somme d'argent qu'il leur porta, l’évêque Bernon décida ces Barbares à remonter dans leurs barques.

Pour défendre Orléans, Paris et toutes les villes centrales contre ces invasions de Normands, les faibles Carlovingiens les avaient commises à la garde de ducs et de comtes puissants, qui, le danger passé, s'érigèrent en maîtres indépendants des pays qu'ils avaient défendus. Orléans, compris dans le duché de France, dut reconnaître pour maître le plus puissant de ces hauts feudataircs, Robert-le-Fort, lequel prit avec le titre de duc de France, celui de comle et de mnrguis d'Orléans. Eudes, son fils, qui fut quelque temps roi de France par l’élection des grands, Robert, son autre fils, puis, après celui-ci, Hugucs-lc-Grand, et enfin Hugues Capet, héritèrent de sa puissance. Ses titres, qu'il leur avait aussi transmis, ne cessèrent d'exister que lorsque ce dernier les eut échangés, en 787, contre la dignité royale. L'année qui suivit son avènement , Hugues Capet voulut faire confirmer son élection, et surtout consacrer l’hérédité du trûnc dans sa famille , en obtenant d’une assemblée d’évêques, tenue à Orléans, que son fils Robert fût déclaré son associé et par conséquent sou successeur. Il le fit couronner dans cette même ville; et c'est dans cette cérémonie que fut mise en vigueur, pour la première fois, la formule toujours conservée depuis dans les cérémonies du sacre. L’archevêque présentant le nouveau roi au peuple et aux seigneurs rassemblés, disait : Yallis hune regem ? et tous répondaient : Laudamus, volumus fiat. Cepeii-

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