O K LÉ AN
fortes sommes à celle reeonslruetion, et pour la charpente seule pi’rmit d'abattre quarante arpents de ses forints.
8ous Louis XIII, cl pendant que (iaston, son frère, investi de cet apanage, était duc d'Orléans, la ville n’eut qu’un rôle passif. En 1631 seulement, Gaston s’ J' étant retiré , elle fut durant quelques mois le rendez-vous de tous les mécontents animés contre Uichelieu. La part qu’elle prit aux troubles de la Fronde fut plus active. Cependant elle voulut, d”abord, rester neutre et ferma ses portes aux troupes des deux partis ; mais mademoiselle de Montpeoaier s’y glissa par surprise et la fit déclarer pour les frondeurs (IG.Î2). Bientôt les ducs de Nemours et de Beaufort arrivèrent avec leur armée , et tinrent dans une maison hors des murs, près de l’église Saint-Vincent, un long conciliabule, où, après les plus vifs débats, que la présence de mademoiselle de Montpensier empêcha seule de dégénérer en combat , il fut résolu qu’on se mettrait à la poursuite de l'armée royale dans le Gatinais. Avec le règne de Louis XIV, toute histoire cesse , au surplus , pour Orléatis. Celte ville ne connut guère le grand roi que par les taxes qu’il lui imposa, par certaine confirmation illusoire de ses privilèges, et surtout par cette fatale révocation de l’édit de Nantes, dont les résultats furent de chasser de ses murs toute la population calviniste; population industrieuse qui, en se retirant, lui enleva dix mille hahitanis sur cinquante-quatre mille qu’elle en comptait alors. Le régne de Louis XV lui fut plus favorable; alors furent construits le nouveau pont, commencé en 1750 et achevé en 1761 , par M. Hupeau; la rue Royale, ouverte vers le même temps sur les plans du même architecte ; et enfin les façades du quai Cypierre, bâties en 1771.
Jusqu’aux temps de la Ligue, la dévotion des Orléanais n’avait pas été bien vive; du moins, elle ne s’était signalée que par un petit nombre de fondations religieuses. En effet, on ne trouve que de rares couvents dans les anciens quartiers de la ville; ils abondent, au contraire, dans les quartiers neufs réunis par Louis Xll. C'est surtout de 1600 <i 1712, qu’on les voit s’y multiplier. En 1611, les Récollets, dont la communauté du Bon Pasteur tient maintenant la place, vinrent s’y établir, auprès de la rue d’Escures qu’on achevait alors; en 1612, arrivèrent les Minimes qui , sur un terrain appartenant à la compagnie des arbalétriers, fondèrent un vaste couvent et bâtirent une église, dont on fit un club pondant la Révolution, et où les négociants de la ville s’assemblent aujourd'hui. En 1614, ce fut le tour des prêtres de l’Oratoire : ils se logèrent au lieu appelé le Grnnil-Jardin; la communauté des Ersulines occupa, en 16-K, le reste de ce vaste espace, qui suffit actuellement pour renfermer dans sa circonscription la prison, le Palais-de-Justicc et la gendarmerie. Les sœurs carmélites, installées d’abord dans une maison, près Saint-Pieri’e, vinrent en 1617 ; les religieuses do la Visitation, en 1620; celles du Calvaire, en 1628; enfin, eu 1703, pour compléter le nombre de ces communautés de femmes , qu’on voit toutes encore à Orléans, les sœurs du Bon Pasteur y ouvrirent un lieu de refuge pour les filK s repentantes. Au xvir .siècle, s’établirent aussi à Orléans, dans la rue du Bourdon-Blanc et ensuite près de Saint-Picirc-en-Pont , les Carmes déchaussés, qu’il ne faut pas confondre avec les Crnn//.v-Carme«, couvent existant dans le faubourg Saint-Ijiurcnt dès l'an 1265; les Bénédictins de la congrégration de
GOO OKLÉANAIS.
Saint-Maur y construisirent, en 1653, un vaste monastère (aujourd'hui l'hAtel de la préfecture ) , sur l'emplacement occupé depuis le ix* siècle par les sœurs de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle (Sancta Maria Puellaris), les mêmes que Villon avait appelées les Béguines cC Orléans.
La Révolution s'annonça, dès 1787, à Orléans par une assemblée provinciale où SC produisirent pour la première fois avec un caractère politique quelques hommes que les événements devaient bieiitdt grandir : c’étaient l'abbé Sieyès , l'abbé Louis, Lavoisier, Sallabcry. Présidés par le duc de Luxembourg, ils tinrent leur première séance dans l'église du couvent des Jacobins. Parmi les hommes demeurés fameux, que la ville d’Orléans et le département du Loiret députèrent , outre ceux que nous venons de nommer, à l'Assemblée Constituante et à la Convention, il faut citer Louvet et Léonard Bourdon. Après le 10 août, la Commune de Paris envoya ce dernier à Orléans pour calmer les troubles qu'y excitait la nouvelle du renversement de la monarchie , et faire approuver toutes les mesures qu’avait prises l’Assemblée législative. Ces mesures avaient surtout trait à la haute cour provisoire créée à Orléans par la Constitution de 1791 , afin d’y juger les crimes de lèse-nation , et supprimée le 20 septembre de celte année, après quelques mois de séance dans le couvent des Ursulincs. Restait à disposer des prisonniers condamnés par cette cour. Léonard Bourdon eut ordre de les diriger sur Versailles , où Fournier \' Américain dut les conduire sous bonne escorte. On sait le reste : arrivés près des portes de Versailles, ces malheureux furent attaqués par une bande de furieux et impitoyablement massacrés. C’est aux instigations do Léonard Bourdon qu’on renversa, le 29 août 1792 , le monument de Jeanne d’Arc, situé alors dans le carrefour formé par la jonction des rues Royale et de la Vieille-Poterie. Le séjour du représentant du peuple fut cruellement marqué, plus tard, par l'exécution de neuf citoyens de cette ville, sous prétexte qu’il avait été insulté et blessé même, dans la nuit du 16 mars 1793, par la sentinelle du poste des gardes nationaux dont ils faisaient partie. Quant an monument de Jeanne d’Arc, Bonaparte, devenu Premier Consul, ordonna qu’il fût rétabli ; et c’est alors qu’on érigea sur le Martroy { 1803), cette mesquine statue de M. Cois fils, qu’on y voit encore, mais que remplacera bientût le monument plus digne auquel travaille M. Foyatier. La pensée de Jeanne d’Arc et de la reconnaissance que loi devait Orléans revint souvent à l'esprit de Napoléon. Quand, en 1811 , il donna à la ville de nouvelles armes, k la place de ses anciennes armoiries, « A cœur de lys (t argent , au chej cousu cCazur, chargé de trois fleurs de lys d’or, v il voulut que le souvenir de Jeanne d'Arc intervint sur ce blason nouveau d'une manière éclatante. Ces armes furent donc, par ses ordres : d'un champ mi-parli à dextre d’azur, à une Jeanne d’Arc en pied et armée, sur un lerrein dC argent, à senestre de gueules, à une tierce feuille targenl, au chef cousu de gueules, à trois abeilles S or surmontées d’une couronne murale.
En 181i, Orléans fut de bonne heure inquiété par les cosaques. Dès le 15 février, il en vint quinze cents jusqu’à Bionne et jusqu'à Saint-Loup. Heureusement , la ferme contenance du major Lagneau et des cinq cents hommes de divers corps qu'il avait ralliés, les intimida cl les tint à distance; la nuit même, la nouvelle de la victoire de Montereau les fit rétrograder. Peu de jouis aupara-
GOI
vant, le pape, retournant en Italie, s’était arrête à Orléans ; deux .mois après, le 9 avril, l'impératrice Marie-Louise et son fils y arrivèrent, conduits par le comte Schowalow et le prince Estlierazy. On k>s logea à l'évèché, et ils partirent, le surlendemain, sans qu’aucun événement eût signalé leur présence. En 1815, à la nouvelle du retour de Napoléon, la garnison qui se trouvait à Orléans se déclara pour lui. généraux Dupont et Oouvion Saint-(^yr, qui étaient venus exciter le zèle de ces troupes en faveur des Bourbons, furent même forcés de fuir au plus vite. L'armée, battue à AVaterloo, ^ replia sur la Loire, en juillet 1815 ; Orléans, que vinrent occuper aussitôt les troupes prussiennes, se trouva pris ainsi entre deux armées. Le prince d'Eckmühl, dont le quartier générai était au château de la Source , occupait tout le Portereau et avait bordé la rive gauche de la Loire de cent vingt canons toujours braqués sur la ville. A la moindre démonstration hostile des Prussiens, qui en étaient les maîtres , il l'eût foudroyée. Une moitié du pont lui appartenait, et pour prévenir une attaque de la part des Prussiens,
qui occupaient l'autre , il s'y était fortifié de palissades ; enfin les mines qui
devaient faire sauter les deux deniières arches touchant au Portereau , étaient déjà prêtes. .Mais ces préparatifs furent bientôt rendus inutiles ]>ar la retraite des Prussiens vefft<SIois et vers Tours.
L’ancienne capitale de l’Orléanais était, avant la Révolution, le siège d’une généralité créée par Henri II , en 1558 , et dont la juridiction embrassait douze élections : elle avait un grand bailliage, déjà établi en 1107, rendu stable en 1388, et doté de douze juges présidiaux, en 1551; un gouvernement de province distinct de l'office du bailli, depuis 1522; une prévôté, établie en 1060 et supprimée en 1749; une chambre consulaire dont l'édit de. création datait de 1565; une
chambre des monnaies, tour à tour supprimée et rétablie, de 854 à 1716; une
élection, une maîtrise des eaux-et-forèts ; et une municipalité composé sous Philippe-Auguste de quatre prud'hommes, et sous Chartes VI, de douze échevins, dont le principal avait pris le titre de maire, en vertu d’un édit royal de 1569. Orléans est aujourd’hui le ch<'f-lieu du département du Loiret, le siège d’un évêché suffragant do Paris, depuis 1626, et d’une cour royale, qui comprend dans son ressort, outre le Loiret, les deux départements de Loir-et-Cher et d’Indre-ct-I.Æire : on y trouve aussi une académie universitaire; un collège royal, dont la prospérité date de quelques années seulement ; une école normale primaire établie sous la Restauration, parles soins éclairés de M. Reverchon; une école de sourds-muets, fondée en 1839 par l’abbé Laveaux; et une école préparatoire de médecine et de pharmacie qui date de 1845. Les lettres ne sont cultivées à Orléans qu’avec beaucoup de timidité et sans grands succès, quoiqu’on y trouve une bibliothèque publique riche de trente-six mille volumes et de précieux manuscrits, venus presque tous de Saint-Benolt-sur-Loire : une société des sciences et arts, qu'on croirait dissoute, tant elle est inactive, ne fait rien pour y réveiller le goût des études. Cela tient, du reste, au caractère particulier des Orléanais , qui , doues d'un esprit vif et de talents naturels, appliquent exclusivement leur intelligence aux spéculations commerciales ; encore remarque-t-on qu'ils ne s'y livrent, pour la plupart, qu’avec une mesquine méfiance et n’y apportent ni largeur ni hardiesse dans les idées. En un mot , la tradition des fortes études
ne s'est guire conservée à Orléans que par les membres de son barreau , qui , justement estimé, lui a mérité une place importante parmi nos premières villes de inagislrature.
Le commerce auquel la position avantageuse de In ville et les aptitudes des habitants créaient de si belles ressources, a été longtemps llorissant h Orléans. La population Juive, <|ui pendant plusieurs siis-les y fut si nombreuse et si puissante, entretenait son activité, surtout par les ndations suivies qu'elle avait nouées avec l'Orient et l’Inde. lai navigation sur la Loire, la vente des épiceries, l'exportation des lainages fabriqués dans la ville étaient les principales branches de ce commerce avec l'Orient; il n’a cessé tout à fait, il y a quelques années, qu'après l'abandon de la dernière manufacture des gasquets de Tunis , établie près du grand Mail. Des deux premières industries indigènes à Orléans, l’une, la fabrication du vinaigre , s’y soutient encore avec toute son ancienne renommée ; l'autre, le blancbis,sagc de la cire, a presque entièrement disparu. Les blanchissi'ries de cire étaient déjà célèbres sous Henri IV; la plus importante obtint, sous Louis XV, le litre de manufacture royale; on n’en comptait plus, selon M. Vergniaud, que quatre eu 18:10; ce nombre, si restreint, est encore aujourd'hui diminué. Des raflineries de sucre, dont la première datait de 165.3, et qui, en 1796, étaient au nombre de trente-deux, il n’existe plus qu’une seule; encore cet établissement n’est- il point celui dont la ville se montrait si Oère, parce qu'il était le plus ancien de tous , et qu’on y fabriquait le fameux su<re royal. Les tanneries d'Orléans jouirent anirefois d’une réputation mérité;; mais depuis la Révolution , leur prospérité a décru devant la concurrence des tanneries de Meung; enfin ses filatures de laine et de coton, qui occupaient un si grand nombre de bras, ont toutes cessé leurs travaux. I.e chef-lieu du Loiret ne doit donc plus être compté parmi les villes industrielles; en revanche, il peut tenir encore un rang important parmi les viRes d'enlrepét, grâce aux chemins de fer qui s’y croisent déjà et multiplient sur son port les arrivages des marchandises venant de la haute et de la basse Loire, et dont la di-stination est d’une part Paris et tout le Nord, de l'autre les départements du midi.
1,’aspect d’Orléans est triste et désert: peu de ses rues sont bien bâties, régulières et surtout bien pavées : il n’en faut excepter que la rue Royale et cette fameuse rue Jeanne d’Arc, longtemps révée, et si lentement bâtie qu'on doute si elle s’achèvera jamais. Les monuments sont rares; la cathédrale seule se fait remarquer, non point par son style, mélange bâtard de l’architecture du xviir siècle greffée sur le gothique, mais par ses proportions grandioses et le charme réel de son aspect en général. Quelques maisons du xvr siècle , qu'on laisse s’émietter pierre à pierre, et dont une seule, située dans la rue Neuve, est en bon état, méritent aussi d’étre visité’S. Quant aux édifices et aux maisons de construction moderne , ils sont mesquins et sans style. Iji population du département du Loiret s’élève à 318,V.52 habitants; celle de l'arrondissement d’Orléans atteint presque 115,000 âmes; la ville en renferme environ 40,000. Les communications rendues plus faciles avec les localités voisines , déplaceront peut-être et renouvelleront plus souvent la population du chef-lieu ; mais il s'y conservera toujours ce qui en constitue le princi|>nl élément : d'alMird la rlas.se
des nubli's, nristocralie bienveillante, vivant pendant l'été dans ses villas de la Soloÿ;nc ou des bords de la Loire , pendant l’hiver dans ses bétels de la rue de La Bretonnière; ensuite les petits rentiers, classe plus nombreuse, ranf;éc, paisible, économe, dont ce vieil adage du xvi' siècle, à Orléans la broche est rompue el la femme a emporté la clé, peut caiactérisej- encore la parcimonie, (nais qui se inonlre charilabic et compatissante pour toutes les misères. Nulle part, en effet, les institutions de bienfaisance ne sont plus nombreuses , plus prospères : nous n'en voulons pour preuve que les salles d'asile qui s’y multiplient, cl surtout le vaste hépital qu'on vient d'y achever avec une si confortable magriifleence.
Orléans a donné le jour à plusieurs hommes célèbres. Nous nommerotis sculeraeut les plus connus. Ce sont : parmi les jurisconsultes, Ouittaume Fournier, Léon Trippautd, et, le plus grand de tous, Pothier; parmi les savants, le |K'i'e Pélau, Foncemugne , l'abbé Grrlogn, l'abbé //nute/eui//e; parmi les historiens, Amelot de la Houssage, Hippautt Dcsormeuux; parmi les poêles. De Caillg, Jacques Hangars, et M"’ Harbier; parmi les artistes, Antoine /•'ce/'» fameux musicien sacré du xvi' siècle, le peintre Michel C.omeitte , l'airhitecte Androael Ducerceau, qui bAtit le Pont- Neuf, et les graveui’S Simonneau, Perclle et Mogreau.'
BEAUGENCI.
L'usage est d'écrire Beaugency par un y; mais les savants, se fondant sur une critique plus exacte des anciens textes, mit donné la préférence ,i l'i. Beaugenci donc, où l'on a trouvé quelques débris romains et même gaulois, et dont un denier d’or du temps de Charles-le-Chauve constate l’existence au ix' siècle, ne prend rang dans nus annales que vers le commencement du xi'; mais il semble sortir tout armé du silence de l'insloire, et c'est di'j,'/ à cette époque un ftf’f mouvant de l’évéque d'Amiens; il y a un archidiaconé et un chAteau, que les bons
t. CU'*s:tr, De BeltoGailieo. — Jomauilôs. — Sirmoml, Cùneilia antigua Gallia. — fie Tours. — Fredêgaire. — Morin, llietoire du Gafiitait. — rollucitc et Beauvais de l'ivaux , Essais historiques sur Orléans (avL'C les annotations niaiiuscrtles du l'alilM* Pataml). — l'olliiche, Journal de Verdun, wl. 1749. — de . de l'ahlfé Pataud el de
l'aldH* Du>K)i.sà b Bibliothèque d'ürU'ians. — Trippanil, Antiquités d’Orléans. — Teiiuire. Histoire d'Orléans. — Syiuphorien (tuyon^ Histoire d'Orléans. — Lottin, Becherehes historiqises sur Orléans. — Ix* inan|uis de I.uchel, Histoire de l’Orléanais. — Ad. Duehalai.s, Recherches historiques sur la ville et le canton de Braugeney avant lOiS. — Jollois, Antiquités du département du Loiret et Bi.toire du siège d'Orléans de Ui9. — IJtiicherat , Procès de Jt unne d’Arc. — Archives curieuses, I" stTie. — Chronique scandaleuse du Jehan de Troytîs (coll. Petitot, 1«sèHe,
XIII), — du Castelnau (id., ib., XXMII). — Além. du Tavuiiiies (id., ih., XXIV). .W-
fnoir^f de d'Aubigné. — Mémoires de mademoiselle de Munlpensier. — Breton, .U^motre pour jert?tr à i'histoire d'Orléans. — L*ablR> de Vcyrjc, .Mémoire pour servir à t histoire d'Orléans. — Mercure de France, juillet 1753. — Revue iv% >111*^ el livraisons.
ORLEANAIS.
(iOl
moines de Mcung auraient bien voulu voir plus loin (castrum nimium Magdunensibus vicinum), et qu'occupaient des barons puissants et pillards, dont le pouvoir semble s'être étendu sur Oucques , Vendême et Cliaumont. C'est entre l'invasion des Vandales (i06) et l'an 1000, qu'on doit placer l'accroissement remarquable de cette bourgade jusqu'alors inconnue. Suivant l'opinion de M. Uucbalais, qui a restauré avec sagacité ces obscui's commencements , les Barbares ayant détruit Meung , en chassèrent la population ; celle-ci vint s'établir à Beaugenci , et lui donna l'importance que la guerre avait pour jamais fait |>erdre à la première ville. Un fabuleux Simon , dont la légende fait un seigneur de Beaugenci , en 580 , doit désurtnais disparaître, et ta série des barons incontestables commence en 1022 à Lancelin 1", fils d'un Landry Saure ou le Cuivré , qui très-probablement l'avait précédé, et dont la Dlle Ëlisubetb donna le jour à la race d'Henri IV.
De 1022 jusqu'en 1292, neuf barons de la famille de Landry possédèrent la seigneurie de Beaugenci. Lancelin 1" ( 1022-1051 ou 60), qui de son temps « passait pour l'un des hommes les plus adroits dans le maniement des affaires, » parvint, en effet, par ses pilleries et par les plus glorieuses alliances, 5 augmenter ses domaines et le lustre de sa famille. C'est de Jean so;i fils que sortirent Geoffroy- Blantagenet , Blanche de Castille, les maisons de Flandre , de Brabant , de Naples et de Sicile ; et de sa fille Hildegarde, la maison ducale de Bretagne. Lancelin 11 (vers 1060-1082), dont le courage ne fut pas sans éclat, et dont l'histoire a noté la prudence et la libéralité, conserva à Beaugenci l'église de Saint-Étienne ou du Saint-Sépulchn; , et la donna à l'abbaye de Vendôme, en lui imposant une redevance, qui fut payée jusqu'en 1789, et que sa singularité signale à notre attention. Le jour de Pôques, après la messe , le prieur devait se présenter à la porte du chittcau , et offrir au seigneur pour le décarémer treize œufs frits dans l'huile, treize petits pains unis enseipble en forme de couronne, et deux pintes de vin rouge dans deux pots de terre neufs. Le plus illustre baron de cette famille fut sans contredit Raoul 1” (1082-llM). Marié avec Mathilde, lille de Hugues-le- Grand, il parut avec éclat à la croisade, se distingua au siège d'Antioche, où périt Eudes de Raugcnci , son frère, qui portait l'étendard des croisés, et fit partie de l'ambassade envoyée par eux à Alexis Comnène. Raoul ne Ut pas moins remarquer sa justice, lorsque dans le concile vainement assemblé h Beaugenci, en 1 fOl, |H>ur lever l'excommunication lancée contre Philippe 1", le ravisseur de Bcrtrade de Montfort, il affranchit l'abbaye l•é^orméc par l'évôviuc de Chartres, et lui rendit les biens que ses piédécesseurs avaient usurpés sur elle; ou lorsque Louis-le-Gros, dont il était naguère l'ennemi, le chargea de négocier auprès de Foulques V d'Anjou, la paix avec la France et lu gueri-e avec l'Angleterre. Après Raoul, cette famille di-cline peu à peu et s'énerve. Simon 1" (1130-1156) passe obscurément; à son nom se rattache pourtant le second concile de Beaugenci (11.52), convoqué pour la répudiation d'Êléonore de Guyenne. Sous Lancelin III (1156-1186), les rois de France et d'Angleterre reçoivent solennellement dans sa ville le papcAlexandre III. Jcanl", (1186-1203) a seigneur ardent à défendre ses droits », ne parvient pas à relever l'éclat de sa maison. Jean II (1203-12091 prend la croix, rend à Philippe- Auguste ses droits sur le Vermandois (1213) , et meurt .sans réaliser les espérances que ilonnaient son courage et ses vertus. Simon 11 , fils de Jean (1219-1260),
BEAtliEXCI.
bienliH libre de la tutelle de Pierre de Courtenay, aecund mari de sa ml'rc , suit saint Louis en Orient (1248), et trouve quelque faveur à la coui- de Franrc par son mariage avec la fille du trop fameux Pierre de la Brosse. Baoql II lui succède : c'est le dernier baron de. la famille de l.andry Saure ; il meurt sans postérité , après avoir vendu sa seigneurie à Pbilippe-le-Bel.
Jeanne de Chitillon, comtesse de Blois , protesta contre celte vente, et obtint vainement un arrêt du parlement qui confirmait sc>s. droits sur la seigneurie de Beaugenci; le roi lu conserva franche de tout hommage. Le bailliage de celte ville, qui datait de Baoul 1", fut, en 12!I9, réuni par Philippe-le-Bel au bailliage d’Orléans ; puis le fief passa, comme douaire, sous la puissauce de Clémence de Uongrie et de Jeanne de Bourgogne, et enfin comme supplément d'apanage dans la famille d’Orléans, où il resta pendant près d'un siècle (t344-14.3l>). Jean d'Harcourt, archevêque de Narbonne, acheta Beaugenci de Charles d'Orléans, prisonnier en Angleterre, et le donna en dot à Marie d'Harcourt, sa mère, femme de Danois. Un siècle encore s'écoula avant qu'il fût réuni à la couronne sur les poursuites du procureur général. En 1544, il rentra de nouveau dans l'apanage d'Orléans, dont Henri II le détacha un instant pour le donner <4 Madeleine d'Anncbuult, en paiement d'une dette de vingt-cinq mille livres et de six mille livres de rente viagère. Douaire de Catherine de Médicis, Beaugenci fui érigé en comté (15G9i, puis vendu par Henri IV à deux capitaines suisses, qu'un arrêt força de le céder à Claude de la Châtre (159.5) ; enfin il passa dans les mains de la marquise de Verneuil, de Henri de Bourbon, son fils, et du maréchal de la Ferté, avant d'être réuni encore une fois et définitivement M'apanage d'Orléans (1G63). Placé au centre du royaume, dans le voisinage de la capitale, et sous la main des princes les plus rapprochés du trêne , Beaugenci dut souffrir de toutes les guerres et de toutes les agitations. Le prince de GaHes s'en empare, en 1359 , et son capitaine Knolles ravage le pays ; en 1367, les Gascons prennent la ville et la pillent de nouveau; Du Guesclin, en 1370, les bat et les chasse; bientôt (1411) le duc d'Orléans, ayant appelé les Anglais et ne pouvant pas les payer, les laisse vivre à discrétion dans ses domaines, et Beaugenci surtout souffre de leurs pillages. Nouvelles prises, en 1421 et en 1428, l'une par le roi d'Angleterre, Henri V, l’autre par Salisbury. Mais enfin le jour de la délivrance approche. Jeanne d'Arc suit le duc d'Alençon sous les murs do Beaugenci : un premier combat oblige la garnison à se réfugier dans le ch,1teau, lorsque Arthur, comte de Bichemont, brouillé avec le roi , survient malgré ses ordres, et mérite, par son loyal secours, de rentrer dans ses bonnes grâces. Une double et vigoureuse attaque elfraie le bailli d'Êvreux , qui capitule , et l'albot , ai’rivé trop tard,' évacue Menng, et va sc faire battre à Patay par l'armée royale, qui le poursuit. e*-'*
Sous t;harles VIH, la l'évoltc du duc d'Orléans faillit l ompromettj-^n moment’(^^ la tranqnillitéde Beaugenci; Dunois, son allié, auquel la ville aiipaitcnait , cn^vait f fait sa place d'armes; mais il suffit d'une démonstration de Louis de La Trémouille ’• pour dréider les rebelles à demander la paix (I'v85). Pendant les guei'res de religions, de 1502 à 1591 , Beaugcmci cul à souffrir à la fois des outragi's de .ses «94; nemis et de ceux de ses défenseurs. I.es habitants restèretd constannnent fidèles n II. 77
(iüti OULÉANAIS.
la cause royale, et la présence de Condé, déjà maître de tout l’Orléanais, put seule leur faire accepter les prédicateurs calvinistes, qu'ils avaient toujours repoiisst's. Après les inutiles conférences de Talcy, le prince de Comté, plus rassuré au milieu des siens, voulut continuer à Beaugcmi les négociations: la reine exigea que, pendant leur durée , la ville fût placée sous le commandement du roi de Navarre ; mais loi’sque tout fut rompu de nouveau , celui-ci , qui avait pris la place , refuso de la rendre. Condé s'en empara de force, au commencement de juillet (t5G2). Un mot d’un contemporain suffit pour peindre les horreurs du pillage : le soldat se comporta comme s'il y evl eu , dit l.a Noue, un prix propose à c^lui qui pis feroit. Cependant, à l'approche de l’armée royale. Coudé évacue la ville, après l’avoir démantelée. Antoine de liourbon en répare les fortifications, y laisse garnison, et la voit ivtomber pour la troisième fuis entre les mains de Condé, qui la quitte pour aller se faire battre à Di-eiix, où il est pris. Coligny, ayant succédé à Condé, a besoin de Beaugcnci pour passer en Sologne: le prince de Poitiers se saisit de la ville sans coup féiir; mais elle ne fait pas une plus longue ivsistancc au duc de Guise , qui lui confie pour un temps le jeune roi et la reine-mère.
A la reprise des hostilités (1567) , les protc*stants rentrent de nouveau dans Beaugenci ; c'est alors qu’un moine tiommé Peracclli , h'quel avait prêché le carême avec édification dans l’église de l’abbaye, monta le Vendredi-Saint dans la chaire catholique , au milieu d’un immense auditoire , |H)ur apostasier sa foi et conlinner la parole des liérétiques. I.a lutte , bientôt engagée dans l’église , se répandit au dehors; les protestants, plus nombreux et i>lus forts, ne mirent plus de frein à leur colère; l’incendie fut jeté dans la ville, et le vent le porta de l'abbaye à la tovr de César qu’il réduisit à peu près dans l’état où nous la voyons. Le massacre suivit l’incendie et fut impitoyable. Lors de la Saint-Barihélemi , les proti-stauts exercèrent à Beaugenci de sanglantes représailles. Parmi tant de victimes innocentes, il y en eut cependant une frappée justement : le capitaine de Sainte-I.ivrande , jtrincipal instigateur des malheurs de 1567. La juridiction et l’université d’Orléans furent transportées, en 1588, à Beaugenci. O n'est qu'en 159V qu’on les replaça dans la capitale de la province , mais le létablisscinent de la paix ne rendit pas à Beaugenci une prospérité qu’il avait désormais pi-rdue. Cette ville , autrefois commerçante et riche, qui livrait à la consommation des peaux, des serges, des draps, des épingles et des parchemins, se trouvait ivdnite à l'état de simple village , et ne possédait plus que trente métiers la plupart ino<'cu|)*’'s ; il n'y avait, au XVII* siècle, que quelques tanneries et quelques fabriques de bas au tricot. Ijes habitants, épuisés, demandèrent au roi et obtinrent l’exemption de toutes tailles ; mais depuis ce temps jusqu’à la guerre des princes , des gelées , des pestes, une inondation qui emporta, en 1608, le fuiilwurg du bout du ))ont, où passe aujourd'hui la Loire, ne leur permirent pas de reprendre haleine.
En 1652, Beaugenci hésita un instant entre le roi et les princes; mais enfin, après avoir dirigé sur Orléans les religieuses, les femmes et les objets les plus plus précieux, il ouvrit ses portes à .M. de l'Iainville, qui se pn'-senlait pour le roi et qu'appuyait l’arrivée du maréchal d’Hocquincourt. Quelques jours après, le duc de Beaufort voulut attaquer la ville; mais il en fut empêché, et Beaugenci échappa aux draastres de la guerre. Depuis ce tenq» jusqu’à la Kévolutiun ,
IIEAI^C.KNCI.
quelques événements ndministrnlirs remplissent seuls l'Instoire de celte ville : ils sont peu digpes d'intérét. l.es magistrats miinici|)aux, d’abord appelés prueurv’ui's de vide, prirent, au xvi' siècle, le titre d'éclievins, et le lieutenant du bailliage SC plaça à leur tète sous le nom de premier échevin. Plus tard, à l'époque de l’établissement des maires, il usurpa la qualité de maire perpétuel dont le régent lui retira , en 172.5 , le, titre et les Tonclions. l.c maire était alors nommé par le prince, sur la présenUitinn des habitants; mais il voulut, en 1777, se réserver la nomination absolue à cause de la vénalité des charges, et ce ne (ùt qu’en 1787, qu’il rendit au* citoyens le droit de présenter leur premier magistrat à un choix. En 1789, de bonnes mesures adoptées par le comité des subsistances sauvèrent Beaugenci de la famine et lui permirent de porter des grains a Orléans. I.a garde nationale de cette ville prit part, en 1792, à une expédition contre huit mille agitateurs qui , attroupés aux environs de Vendème , parcouraient le pays sous prétexte de taxer les subsistances , et qu'on put ainsi rappeler à l’ordi'e sans violence.
Beaugenci, aujourd’hui chef-lieu de canton de rarrondissement d'Orléans, renferme une population de 5,8.>0 habitants. Sa position au centre de l’Orléanais, d(' la France et de la Sologne, fait la fortune de ses six foires annuelles et de ses marché'S du samedi qui rivalisent avec ceux d'Orléans et de Blois. Les cultivaleni-s dre environs y apportent en foule le blé, la laine, les œufs, la volaille, le gibier, et y font dix-uler quelquefois jusqu’à cent mille francs, l.a haute industrie est moins importante : le canton tout entier ne renferme que sept usines et vingt-quatre moulins à vent et à eau. Beaugenci possédait autrefois une abbaye, deux paroisses , deux couvents, un prieuré, cinq chapelles, un hôpital, une enceinte fortiliéc percée de sept portes, un château, un hôtel de ville, un pont et une tour du ijras horloge qui n'est peut-être que la porte Vendôme. L’église de l’abbaye, construite dans le xii' siècle, sert maintenant de paroisse; le prieuré de Saint-Ëtienni', beau monument du xi' siècle, remarquable par scs vastes transsepts, va |)cut-étrc bientôt disparaître pour élargir une place publique; l’hôtel de ville n’a pas conservé sans outrages sa charmante façade bâtie, en 1525, par Dion, <‘t l'un des plus estimables vestiges de la renaissance. On doit encore regai>dcr en passant le [vont qui traverse la Loire, appuyé sur vingt-huit piles; la Tour de l’horloge et quelques restes du château. Mais le monument le plus important de la vieille ville est sans eontredit la Tour de César, ainsi que l’ancien donjon des sires de Beaugenci, lequel, élevé au xi' siècle, vient d’être enfin acheté par la ville et préservé d’une complète destruction. En face de cette vieille arme de guerre notre temps a élevé un monument pacifique digne d’être mentionné : c’est le viaduc qui fuit franchir au chemin de fer de Bordeaux le pittoresque val des Marais. Iji voie de fer suspendue à dix-huit mètres au-dessus du fond de la vallée, n’a pas moins de trois cents mètres , et elle semble à peine soutenue par vingt-cinq arches élégantes fondées elles-mêmes, dans un terrain fangeux, sur une roche artificielle large de treize mètres et profonde de deux et demi.
Citons quelques noms qui houorent Beaugenci : César Thomas de la Thomassière, médecin de M. le Prince, et père de Caspard Thomas de la Thomassière , auteur d’une bonne histoire du Berry; François-Charles Tardif de Uriare, savant
GOK
OKLKANAIS.
cslimnltlc ol ingénieur on ohof dos pouls ol oliaussôos ; C/tiude Honilenu , jurisconsulte habile, ami du célèbre Pothier; M. et madame Itippert, fondateurs de la Quotidienne; l’aéronaute Charles, qui le premier employa l'hydrogène dans la construction des ballons; et M. Picheux; médecin et historien de Beaugeni’i.'
PITHIVIER8.
Le nom de Pithiviers [Aviarium Pitkiverium ou PitAiperi'i) que les vieux chroniqueurs français écrivent indistinctement Piviers, Putiviers, et surtout Pluviers, est d’origine incertaine. Ij?maire veut ridiculement qu’il vienne Jupiter Pluvlu.t; mais d’autres (et de ce nombre Robert Ccnal), prétendent qu’il est dû aut pluviers qui abondent dans les environs. Sous tes Romains , Pithiviers avait déjà quelque importance: de nombreux débris et surtout trois cents médailles de Victorin, Gallien, Tetricus et Claude II, trouvées dans les fouilles, en sont la preuve. La ville, toutefois, n’ocrupait pas l'emplacement où elle est assise aujourd’hui; elle SC trouvait à une demi-lieue de là, vers la gauche, au lieu même où existe encore, au milieu de ruines, le bourg de Pilhiviers-le-Vieil. C’est la comtesse Alolse de Champagne, qui, en faisant construire un château, au nord-est de l’espace occupé par le Pithiviers moderne , et en promettant aide et protection à quiconque se ferait son vassal , fit la première déserter le vieux bourg pour le voisinage privilégié de son castel (999). Quand elle mourut , en 1025, le village avait grandi autour du château, et avait même une église déjà dédiée à saint Salomon , resté patron de la ville. Selon une chronique conservée par dom Bouquet , le château de Pithiviers laissé alors à la garde du comte Radulphe et devenu l’une des forteresses féodales du Gàtinais, fut assiégé en 10,58 par le roi Henri 1". Le siège dura deux ans, après lesquels la ville, réduite par le famine, fut impitoyablement livrée aux flammes. Le château sortit bientôt de ses ruines, et les comtes de Champagne revinrent souvent y tenir leur cour au milieu des quarante-huit vassaux nobles qui relevaient de cette importante châtellenie.
En 1251, les Pastoureaux revenant d’Orléans s’arrêtèrent à Pithiviers; ils y commirent de grands désordres, mais ne punmt s’emparer du château. Il en fut de même, en 1360, à l’époque des courses des Anglais dans le Gâtinais : la ville fut dévastée sans pitié , le château seul tint bon contre leur furieux assaut.
f . ttittoire des seigneurs de Beaugenei sur Loire j»ar le père Dumoliiiet. — Ms de la bihliolhù(|(ie Salnle-^ncvièvc. — Essais historiques sur la ville de Beaugenei et ses environs par PolUeiu. — VArt de véri/ler les dates. — Recherches historiques sur Beaugenei , phr M. A. Duchalaîs, înst'^ rées dans rAiitiuaire de celle tîIIc, pour 18(5. ~ Mémoire archéologique sur la tour de Beaugenci, par le
l'ITIII VIEUS.
En IV28, Pitliivicrs fut oncoro emporté par les Anglais, cl pordil même à ccUe seconde attaque ses murailles du sud et de l'est que Louis Xl-lit rétablir. Plus tard, Charles IX vint souvent dans les environs de Pilhiviers, où l'attirait son amour pour Marie Touchet, retirée au Huilier, clirtteUcnie voisine. On dit même que c’est lui qui mil le premier en faveur ù la cour ces excellents pillés de pluviers et d’alouettes, dont il avait apprécié toute la succulence chez un talinelier protestant de Pithiviers, et dont la renommée, comme on sait, dure encore. En 1562, l’armée du prince de Coudé prit la ville de vive force, et y massacra les prêtres ; elle y rentra , en 1567, et l'année; suivante les reltres ruinèrent ce que Coudé avait laissé dchont. Le prince revint encore à Pithiviers, en 1574,- sur le bruit qu'on y formait un complot )H)ur enlever la place aux Calvinistes. « Ce fut Coudé qui entra dedans, dit dom Morice, et y fit pendre deux capitaines et un prestre, parce qu'ils avoient manqué de foy au roy de Navarre. n Le 2.3 juin 1 .589 , Henri IV venant de Châteauneuf et marchant sur Paris, arriva devant Pilhiviers, qui refusa de lui ouvrir ses portes. Une seule attaque lui fit raison de cette résistance, et la seule vengeance qu'il en tira fut de faire démidir la partie des murs réparée par Louis XL Pendant le règne de Louis XIV, Pithiviers dut il In fertilité des campagnes environnantes l’importation sur son territoire d'une plante inconnue jusque là dans le Gatinais, et appelée à devenir bientôt la principale richesse de toute la contrée. Le safran, qui auparavant n'était cultivé que dans l’Albigeois, l’.Angoumois et le Limousin, ainsi que nous l’apprend une ordonnance de Henri 11 , du 18 mars L5.50, commença à se naturaliser avec, succès dans ces terres si fécondes. Des lettres -patentes de Louis XIV, du l" août 1698, autorisèrent cette riche culture, et bientôt elle prospéra si bien que h* commerce du safran fut anéanti dans quelques-unes des autres prov inces, et que l'intendant de Limoges crut devoir, mais vainement, fain- retirer l’autorisation rojale. Lorsque les armées alliées envabirent la France, en 1814, Pithiviers fut l’une des villes les plus maltraitées de l’Orléanais. Un habitant ayant eu l’imprudence de tuer l’ofiicier que l’hetman des Cosaques, Plalow, y envoyait en parlementaire, la ville fut prise et livrée au pillage, pendant plusieurs heures , en dépit des traités déjà signés depuis quelques jours.
Pithiviers, compris dans l’Orléanais proprement dit, dépendait, en 1789, du ' diocèse et de l’intendance d'Orléans: c’était un gouveruement de place, le cheflieu d’une élection et le siège d’une justice royale; il y avait, en outre, dans ses murs, un gi-enier à sel. L'église de Saint-tîcorges de Pilhiviers jouissait des prérogatives attachées aux collégiales; la seigneurie de la ville appartenait à l'évêque d'Orléans. Pilhiviers figure aujourd'hui dans le département du l.oind comme chef-lieu de sous-préfecture; c’est le siège d’un tribunal de première instance; sa population atteint presque 3,800 âmes, et l’on en compte dans l'arrondisSement environ 60,000. Son commerce, toujours considérable, est entretenu par six foires annuelles ; il consiste en vins , laines, miel , et surtout safran trèsestimé ; ses excellents gâteaux d'amandes , ainsi que scs fameux pâtés d'alouettes , sont exportés, dans toute la France. Quant à la ville, elle n’offre véritablement rien de remarquable; scs rues sont étroites, tortueuses, mal pavées, et l’on n’y trouve aucun monument, car on ne peut donner ce nom à l’église de Saint-Salo-
ÜIO
ORF.ÉAN.US.
mon , an rlnrhcr aigu cl pcni^hajil. Pitliiviors a vu naître le grand roathématieien l‘6isson , auquel ou doit prochainement ériger une statue avec 1e produit des souscriptions des habitants i le naturaliste Descourtilz a reçu le jour dans les environs de cette ville. '
MONTARGKS.
1,'originc de Montargis se perd dans les siècles reculés : on la fait remonter à ChlodMig et métiie jusqu'au temps de Jules-César. Quelques écrivains, en effet, désignent Montargis sous le nom de Yeltaunodunum Senonum ; mais c'est une erreur ; le Vi’ttuimodunum des Commenlaire-t ne peut s'appliquer qu’à la petite vHle de Iteaune en GAtinais, la même que César rencontra sur son chemin et enleva rapidement, en marchant de Sens {Agedinrum) sur Orléans'(Genoium). IJ n'est pas impossible que .Montargis tire son nom du mont élevé ( fions Argis ou Argisus) qui le domine; bien entendu qu’il faut laisser la légende dériver Argisus iV Argus, le liimeuv berger de la fable que JunoU avait chargé d’épier sans cess<î lo sa rivale. Ce qui a donné lieu à cette légende, c'est que du haut de la montagne, sur laquelle on aperçoit encore quelques ruim-s de l’ancien château de .Montargis, l'œil découvre une immense étendue de pays et n'a de tous côtés d'antre limite que l'horizon, excepté au noi-d où il s’arrête sur une belle forêt. I,e cliAtean ilonf nous venons de parler, tslti on ignore à quelle époque , sur un roc , a l'ouest de la ville , et sur remplacement d'une vieille tour que Chlodwig y avait fait consiruirc, dit-on , pour protéger tout le territoire d'alentour contre les incursions des barbares, pouvait contenir environ six mille hommes; les murailles étaient crénelées, flanquées de grosses tours et défendues par des fossés pr ofonds. Dans la grande salle du château . qui avait prés de deux cents pieds de long, on remarquait six cheminées énormes, dont les manteaux étaient enrichis de peintures précieuses. Sur le manteau de la cheminée du milieu Charles Vlll avait fait sculpter l'histoii-e du chien de Montargis, que nous raconterons plus lard. I,a grande salle était voûtée et ornée de devises et d'armoiries. On y voyait une grande volière au-dessus de laquelle Renée de France, fille de Louis Xll et d’Anne de Bretagne, et titulaire de son chef des duchés de Chartres et de Montargis , qu’elle apporta en dot au duc de Ferrare , axait fait construire un cabinet de verre. Lo château renfennait, eu outre, une vaste citerne et un manège, de superbes berceaux en charpente, des galeries d’une riche architecture, un jardin et un parc, l'un et l’autre d’une grande étendue. On l’appelait enfin le berceau
I. Doiii tome XII, p. 795. — nom Morin, Histoire du Gâtindlè, — Loltin, Reckerehes
historiques sur Orléans. — Lettres do Ilonri IV, I. II. — Yorpniaud RomagTU7.i, Album du Loiret, — Ilietioiinaire do n.'s.o*In.
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des Enfants de France, parce que, antérioiirement à la Cünsli'u<'tii)ii du clilUeau du Fontainebleau, les reines, après leurs couches, venaient y passer quelques mois, à cause de la beauté du paysage, de la pureté de l'air et de la sûreté des roi-tiflcatiuns.
Montargis, dégagé aujourd'hui de ses lourdes rortilications et délivré des eaux croupissantes qui baignaient ses murs, s’ori're au regai'd, environné d'une immense prairie et d'une belle forêt. I.es canaux di- Briare, de Loing et d'Orléans s'y réunissent. Les maisons de la ville sont vieilles , mal bèties , les rues tortueuses et inégales ; mais des eaux vives arrosent ses jardins et la coupent dans tous les sens en une inllnité d'ilots; de nouveaux quartiers commencent, d’ailleurs, à s'étendre sur l'emplacement solitaire des anciens couverds. Il n'y a véritablement que peu de petites villes dont l'aspect soit plus découvr'rt et plus varié. Les bords du canal sont plaidés de superbes platanes : d'un autre crtté, la vue se porte sur le spectacle mouvant et animé des bateaux et des écluses; de l'autre, sur la prairie où serpentent le Loing et l'Ouaune, et qiii ondoie comme une longue nappe de verdure depuis Montargis jnsqu',i Chevray. Dans le fond s'élève h* coteau de Saint-Firmin garni de vignes; plus loin , le joli clocher d'Amilly borne riuvrizon. L'hiver la prairie disparait : le Loing et l’Ouaune débordent, s’unissent et roulent leui's eaux avec une rapidité prodigieuse. Le Putis, vaste pelousi- plantée d’ormes, de peupliers et de platanes, et traversi'e par des allées sablées, sert de promenade aux habitants, et de champ à la foire de la Madeleine, qui est la plus renommée et la plus suivie dans toUt le département du Loiret.
L'histoire de .Montargis , jusque vers la lin du xii’ siècle, est absuhitnent nulle ; les documents positifs manquent du moins, et tout ce qu’on sait avec certitude, c’est que Pierre, quatrième fils de Louis-le-Gros , ayant épousé Élisabeth de Courtenai, laquelle appartenait la ville, prit le titre de seigneur de (^)urtenai et de .Montargis. (^ Pierre, qu’Albéric de Trois Fontaine qualilie de l'ir prohissimus, accorda, en 1170, aux habitants, une charte de franchise par laquelle, les exemptant de toutes tailles et corvées, hormis le charroi du vin du seigneur et la dime d’une émine de seiÿle pour chaque cultivateur labourant avec une charrue, il les affranchit aussi de toutes contributions sur la vc-nte ou l’achat d(‘s marchandises, leur garantit la possession de leurs propriétés, dans le cas même où ils se seraient nuidiis coupables d'uir crime i/uel iju'il fut, ci assura aux luarchaïuk qui visitaient les foires de la ville la sécurité de leurs personnes, .soit en y allant, soit au retour, (le document, outre que son texte nous apprend qu’il y avait dès lois des foires à .Montargis, nous révèle aussi l’existence d’une léproserie et d'une église paroissiale dans ses murs : la charte était, du reste, calquée sur celle de Lorris, • avec la différence, dit Dulaure, qu'au lieiv de payer six dcniei-s par arpent de terre, comme à Lorris, les habitants de Montargis furent tenus de payer, le jour de la fêle de Saint-Jean, cinq sous pour chacune de leurs maisons. » IMci're ordonna à tous les seigneurs subalternes qui touchaient des redevances à Montargis, de jurer successivement le maintien de tous ses articles, déclarant ■que, sur leur refus, les habitants n’en seraient pas moins quittes désormais de toutes redevances fftdales. Pierre II, de Courtenai, lils du précédent et çousin de Philippe-Auguste, par le crédit duquel il épousa, en IlS'v, Agnès, fille du
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UHLÉANAIri.
comte de Nevers, agrandit et embellit le château de MonUirgis. Ce fut un homme violent, indomptable, toujoiii'S en guerre avec ses voisins^ il ne révo<iua pourtant pas les franchises accoi'dées par siin père aue habitants de sa seigneurie, au contraire , il les ratifia complètement. En 1 188, ayant cédé Montargis à Philippe- Auguste, celui-ci en réunit le domaine à la couronne. I.^ambitiun remuante de Pierre ne pouvait se contenter, d’un champ aussi élroit qu'une simple seigneurie du (iàtinais. C’est ce même Pierre de Courtenai qui, devenu veuf, et marié en 1193 à Yolande, fdle de l’empei'eur d’Orient, s'assit un moment sur le trône de Constantinople.
Philippe-le-Bel habita deux fois le château de Montargis, en 128.5 et en 1306. Sun lils puîné, Pliilippe-le-I.ong, rnufirma les habitants dans tous leurs privilèges (1320). Suivaiit l’usnge que nous avons mentionné déjà, .Marie de I.uxembourg, fi-mmc de Cliartes-le-Bcl, se rendait au château, en 1322, pour y faire ses couches, quand lè chariot qui lu traînait, venant à verser, le fruit qu’elle portait dans son sein fut blessé dans la chute, et « la mort de l’enfant qui était unPris, causa celle de la mère. » Charles V, en 1380, fit fondre, au château môme dont il avait considérablement accru les dépendances, le timbre de l'hoHoge qu'on y plaga, « semé de fleurs de lys d'or sans nombre et marqué de son nom. » Jean Jouvence avait fabri(|ué l'horloge , et c’était la seconde qui existât en F rance. Il y avait alors à Montargis une justice royale, depuis 1330 que Philippe de Valois avait supprimé celle de Ch,1teau-Uenard pour la transférer dans la première de ces deux villes. Charles V l’érigea en bailliage, lorsqu’à la mort de son grand-oncle, Philippe, Dlspuiné de Philippe de Valois et titulaire du duché d’Orléans, il eut donné à son frère Louis ledit duché on apanage (1391). 1æ chilteau, comme nous l'avons indiqué, était très-fort et à l'abri de toute surprise; aussi , est-ce dans scs murs, qu'après feutrée des Anglais et des Bourguignons à Paris, le seigneur de l’Ilc: Adam, du parti des Armagnacs, conduisit srerètemcnl le jeune dauphin, depuis Charles VU ( lil8).
Montargis reconnaissait encore l’autorité du dauphin, à son avènement nu trône (1522). Cinq ans ne s’étaient pas encore écoulés quand le duc de Bedfort, , voulant être maître du littoral de la l.oii-e , lit avancer sur cette place une armée de six mille hommes sous le commandement du comte de Warwick, de SufTolk et de La Poil (juillet 1427). Lr- gouverneur de La Faille, homme d’un grand courage et d'une activité infatigable , se mil en état de défense, organisa la milin?, crénela les portes, garnit les remparts de iHimbardes et de pierrieis;, et fit jurer aux habitants de s’ensevelir sous les ruines de la place plutôt que de la rendre aux Anglais. L’artillerie des remparts lit bientôt taire celle des ennemis. Mais les convois de ravitaillement étaient interceptés : la famine sévrssait, le bois même manquait; la ville était aux abois. Le gouverneur, qui savait le roi à Gien, lui dé|)échait courriers sui' courriers, en le suppliant de venir au secours de Montargis; mais aucun d’eux ne revint,' si ce n'est un seul qui , fait prisonnier, avait promis au capitaine anglais de s'entendre avec quelques-uns d’entre les assiégés pour livrer la ville. Vingt .\nglais ayant donné dans le piège et étant entrés par le créneau fun après I', autre, fuient saisis, garrottés. #t menés au po.ste; le capitaine lui-même était du nombre : ce que voyant, l’ennemi resserra le
MONTARGIS
blocus. Alors, et comme par une bonne )>enséc de salut qui vint b l’un des assiégés, on se rappela que de vastes étangs, dits étangs de Licaire, existaient non loin de Champignelles, d’où l'eau s’échappant par torrents après rupture de digue, viendrait dans leurs camps bas formés engloutir les Anglais. Deux habitants de Montargis (que rhistoire n'a-t-elle gardé la mémoire de leurs nomst) se dévouèrent et partirent.
Cependant le roi avait ordonné au connétable de Kichemont d'aller ravitailler Montargis. Ayant donc ramassé force vivres, Kichemont en conQa l’escorte, composée de plus de quinze cents hommes , au brave Dunois , auquel se joignirent Guillaume d'Albret, d’Orval , Xaintraillcs , Gaucourt et l’intrépide Lahire. Dunois s'étant enfoncé dans la forêt d'Orléans, apprit des gens de la campagne que les généraux anglais s'étaient disjoints par mauvaises et diverses positions, éloignées les unes des autres, il porta Lahire en tète de l'avant-garde. Celui-ci s'en vint camper la nuit à Chevillon ; et voyant au matin passer à côté de lui le cUré de celte petite paroisse , il lui demanda brusquement l'absolution de ses |>échés. — Eh bieni confessez -les, lui dit le prêtre. — Je n’en ai le temps, répondit Lahire, et prenez que j'ai fait tout ce que gens de guerre ont coutume de faire. Kl le prêtre lui ayant donné l'absolution telle quelle, Lahire pria et dit : — Mon Dieu! fais aujourd'hui pour Lahire autant que tu voudrais que luiliire fit pour toi s'il était Dieu, et que tu fusses Lahire. Il se dirigea ensuite sur Montargis, résolu sans attendre Dunois d'attaquer l’Anglais. Sur ces entrefoilcs, les envoyés de Montargis avaient gagné Champignelles; et avec l'aide des paysans, furent rompues les digues d'où l'eau se précipitait à torrents.
La quatrième uuit était au tiers de son cours. Cn silence profond régnait dans la ville et dans le camp. Seulement on entendait par intervalles les appels des sentinelles, quand tout à coup retentit un bruit sourd et lointain. Un cri d’alarme part du camp des Anglais, la terreur s’empare d’eux. Les soldats de Warwick courent au hasard, parmi les eaux qui les submergent. Le Loing et l’Uuanne réunis emportent tout dans leur coui'se. A ce moment Lahjrc arrive et tombe sur la division de La Poil , qui bientôt se rallie et va accabler sous le nombre le général et ses audacieux Gascons, lorsque le Bâtard d'Orléans survient à point, forme sa cavalerie en colonne serrée, et fond sur les Anglais. Après cinq charges réitérées, les gens de La Pull reculent; SulTulk s’ébranle avec sa division pour les appuyer, mais forcé de longer les marais noyés du Loing, il se trouve surpris par l'arrière-garde de Dunois qui lui barre le passage. Mercadieux la commendait; pour mieux juger le combat, ayant levé la visière de son casque, il reçoit dans la Ogure un coup de lance qui lui traverse la bouche; le coup fut si violent, que le fer resta dans la plaie. Sans perdre courage , il arrache le fer et se jette de nouveau dans la mêlée. Ce qu’ayant vu du haut des remparts , La Faille, le gouverneur de Montai’gis, sort de la place avec tout son monde et se précipite dans le camp à moitié submergé du comte de Warwick , où l’on se battait quasi à la nage, et où les nôtres triompivèrent. Ce fut alors qu’un habitant de Montargis, le nommé Gaillardin, s’empara de la bannière de Bedfort, que le Régent avait con- Oéc à sir Windham. La Pull, cédant à la fougue de Lahire, abandonna le terrain et voulut se porter au secours de M'arwick ; mais les routes avaient disparu sous