II. ’îS
Jt.
les flots, les ponts étaient rompus , et la plupart des siens se noyèrent. Quant à SulTolL, ne pouvant se joindre à la division de La Poil, il reprit malgré lui le chemin de son remp. I.cs Anglais, partout en déroute, embourbés dans les marais, regagnèrent péniblement le quartier général de Warwick, qui recueillit leurs débris, rallia sa réserve et se ivfugia à Ferrières (septembre 1427).
Dans cette mémorable journée qui porta uii coup mortel au régent d'Angleterre, l'ennemi perdit au moins quinze cents hommes, tant tués que blessés. Les Français firent sis cents prisonniers, un butin considérable, et une partie de l'artillerie des Anglais tomba en leur pouvoir. Dunois , vainqueur, entra dans la place qu'il avait sauvée; Charles VII la déclara ville franche, d’où lui est venu le nom de lUonlargis-le-Fianc; il octroya, en outiT, aux habitants une exemption de tous impôts et subsides, n'en réservant que les droits de la gabelle, leur permettant aussi de couper dans la forêt tout le buis nécessaire à la construction et au chauffage, enfin il ordonna la réunion de la ville et du chéteau au domaine de la couronne (1430). Un fragment d'une ballade imprimée plus tard, en tète de ces privilèges de Montargis [ 1GG3), faisait allusion à la victoire de Dunois.
« On les vH ainsi que poissons « Au milieu de l'élang de cuivre,
« Etre pris à nos hameçons,
« Lassés de boire et non de vivre. »
On voyait, à la même époque , sculptés en pierre, sur le manteau de la chemiuée de l'ancien hôtel de ville, plusieurs Anglais nageant dans les eaux du Loing et s'attachant aux arbres de la forêt. Des supports de salamandres en feraient remonter la construction au règne de François 1". a La résistance de Montargis et la levée du siège avaient été, » selon les expressions même de Charles VII dans scs lettres-patentes de 1430, «le premier terme de son bonheur;» aussi, dans les médailles commémoratives qui furent frappées, on grava sur la face les armes de la ville l “ F [Uonlargis-le-Franc) et au revers la devise d'une épée en pal dans une couronne de fleurs de lys penchante, avec ces mots : sustinet labentem. Chaque année, depuis leur délivrance, les habitants de Montargis promenaient par les rues, dans une fêle triomphale, le drapeau de Warwick; ce n'est qu'à la Révolution qu'il fut brûlé et la fête abolie.
Non contents d'avoir vaillamment contribué à la retraite des Anglais, les habitants de l'héroi'quc cité aidèrent, peu de temps après, les troupes royales à leur enlever la ville de Ferrières. Montargis fut surpris, il est vrai , quatre années plus lard ( 1 431 ), par François de Surienne , surnommé l'Aragonnais, chef au service de l'Angleterre; mais ce fut seulement grâce à la trahison d'une Qlle de la ville avec laquelle il entretenait des intelligences, et qui engagea son- amant, un barbier du gouverneur de Villars, à introduire, moyennant deux raille écus qu'on lui promit, l'ennemi dans la place, par une maison qu'il avait sur les fossés. Les Anglais se saisirent du château, mirent Montargis au pillage, massacrèrent sans pitié les habitants , et chassèrent honteusement le barbier et sa maîtresse. En 1432, les seigneurs de Gravillc et de Guitry se présentèrent sous scs murs cl s'en emparèrent au bout de trois jours; mais le château ayant déjoué tous leurs
MONTARGIS
efTorls, ils furent contraints de battre en retraite, après avoir toutefois renversé les murailles de la ville. Les Anglais y rentrèrent alors, ils la fortifièrent, et s'y maintinrent jusqu'en 1V38, quelle retomba aux mains de Charles VII. C'est là qu'il convoqua son parlement, le 7 mars l'».59, pour juger le duc d'Alençon, coupable d'avoir favorisé la rébellion du Dauphin, depuis Louis XL Pendant la minorité de Charles VIII , les élections des députés aux États-Généraux de Tours eurent lieu dans la grand'salle des gardes (1V83); ce prince, par des lettrespatentes datées de ll»90, accorda aux habitants l'exemption de franc-fief, ban et arrière-ban. C'est sous son règne qu'on place l'aventure merveilleuse du chien de Montargis, ainsi appelée, quoique cette ville n'en ait pas été le thé.1trc, parée que Charles VIII la fit sculpter sur le manteau de la cheminée du château. Voici l'histoire , telle qu’on la raconte.
Un certain chevalier Macaire , jaloux d'un beau gentilhomme qui se nommait Aubry de Mondidier, l'attira traîtreusement dans la forêt de Bondy, et l'ayant tué à coups de poignard, l'enterra au pied d'un arbre. Or, il advint qu’ Aubry avait un chien qui l'avait déjà retiré des flots, mais qui n'était pas en ce moment avec lui , ayant été envoyé devant sa femme. Revenu au logis , le chien cherche son maître, et ne le trouvant pas, sort malgré les valets, erre de tous côtés, suit sa trace dans la forêt et s’en va se coucher sur sa fosse, depuis le minuit, jusqu'à ce qu’il eût faim. Alors, se traînant auprès du chevalier de l'Ardillièrc, ami d'Aubry, il allait, venait, mangeait, retournait au bois, la tête basse, si triste et tellement, que l'Ardillière conçut des soupçons, et l'ayant suivi, il le vit qui creusait la terre et poussait de longs hurlements. On fouille, on découvre un cadavre tout défiguré : c'est celui d'Aubry; des témoins appelés le reconnaissent; on lui rend les derniers devoirs. A quelque temps de là, Macaire se trouvant arrêté par un embarras de voitures, devant la maison de l’Ardillière , voilà que tout à coup le chien se jette sur lui pour l'étrangler. Le bruit s'en étant répandu à la cour, Charles VIII fit cacher le chevalier Macaire dans la foule des autres gentilshommes , et appela le chien qui , l'ayant reconnu , se précipita sur lui. Macaire, interrogé, s'obstinait à nier ; sur quoi , le roi voulut que, selon la coutume du temps, le chien et l'homme se battissent en combat singulier, pour que vérité en sortit. On mit donc en champ-clos, devant le roi et sa cour, en l'Ile de Notre-Dame, d'un côté .Macaire armé d’un bâton noueux, et de l'autre le dit chien, non loin d'un tonneau percé où il pût faire retraite , et recommencer ses assauts et élancements. Le signal fait et le chien lâché , Macaire lui asséna un coup sur la cuisse; mais le chien blessé s'étant un peu retiré en arrière, revint et se coula à la gorge de sou adversaire qu'il étranglait et qu'il terrassa. Macaire, pour lors, se mit à crier miséricorde, et qu’on fît retirer le chien, promettant de tout dire. Il avoua, en effet, devant le juge du camp avoir fait le crime, et s'étant confessé , fut de là pendu au gibet.
Louis XII, à son avènement (H98), réunit de nouveau à la couronne le domaine de Montargis qui avait été compris dans l’apanage de son duché d'Orléans. François I", en 1528, engagea la ville et le château à lu fille de son prédécesseur, Renée de France, mariée au duc de Ferrarc, Hercule d’Est, mais sous l’expresse faculté de rachat perpétuel. Renée, douée d’une àme forte et
OKLÉANAIS.
d'un esprit cultivé, aimait l'étude et les sdences; elle apprit l’histoire et les mathématiques ; Lue (îonirie lui enseigna l’astrologie ; elle savait le grec et le latin. Sa protection et ses libéralités attirèrent les hommes les plus célèbres à la cour de Ferrure. Au retour de la funeste expédition de Naples, elle avait sauvé plus de dix mille Français, qui, sans elle, seraient morts de faim (1503). Calvin, forcé de s’expatrier et recueilli par elle, lui inculqua peu à peu ses doctrines; le célèbre Marot, antre protestant, avait été son secrétaire. la conscience du duc de Ferrarc s’en alarma : il chassa de sa cour Marot et ses acolytes; il priva sa femme de la vue de scs enfants ; il remplaça les soldais français de sa garde par des Italiens; il la retint prisonnière dans son palais : mais rien ne put vaincre sa résolution. Après la mort du duc de Ferrare, Itcnée revint en France (1559). Elle prit, d’abord, la défense du prince de Coudé et ouvrit l'asile de ses domaines à tous les Français persécutés pour cause de religion. I.e duc de Guise, son gendre, l'ayant fait sommer de lui livrer quelques gentilshommes calvinistes qui s'étalent réfugiés dans son chdtcaii de .^fontargis, et la menaçant, en ras do refus, d’assiéger cette place. Renée fit au seigneur de .Malicorne, son envoyé, celte lière réponse : « Avisez bien à ce que vous ferez ; sachez que personne n’a le droit de me condamner que le roi même , et que si vous venez à l’exécution de vos menaces, je me mettrai lu première sur la brèche, où j’essaierai si vous aurez l’audace de tuer une fille de roi, dont le ciel et la terre seraient obligés de venger la mort sur vous et sur votre lignée, jusqu’aux enfants au l>crceau. » Les paroles qu'elle adressa à Malicorne, en lui remettant ses protégés, ne sont pas moins mémorables, o Allez, lui dit-elle en fondant en larmes, si je n’étois femme, je vous ferois mourir de ma main, comme messager de mort. » Il y avait là comme un sombre pressentiment de la Saint-Barthélemy.
Pour dire le mal comme le bien, sous la domination de cette princesse impérieuse et irritée par la persécution de ses coreligionnaires, les habitants de Montargis eurent à souffrir dans leur fortune, dans leurs personnes, dans leur conscience. Elle chassa les catholiques de leur église , brilla leurs archives , rompit les autels, dispersa les saintes reliques, força les tabernacles; et comme plusieurs d’entre eux, entre autres le bailli , et Michel Barreau, maître des eaux et forêts et marguillicr de la paroisse de Sainte-Madeleine, s’avisèrent de se Jorma- /i»er(pour nous servir du langage du temps) de ses procédés tyranniques, elle appela des troupes d’Orléans qui désarmèrent les séditieux , dont elle fit pendre les plus coupables en elfigie. Renée mourut à Montargis, le 12 juin 1575; elle avait eu de son mariage avec le duc de Ferrare deux fils ; Alphonse et le cardinal Louis d’Est ; trois filles : Anne, mariée au duc de Guise, et ensuite au duc de Nemours; Lucrèce, duchesse d’Hulin; et Ëléonore qui inspira la passion malheureuse du Tasse. Anne, l’alnéc, jouissait depuis 1570, par donation de Charles IX, de la propriété propre et à perpétuité du domaine et château de Montargis, comme supplément des droits dus à sa mère. Les procureurs du roi et les habitants voulurent empêcher l'homologation de cet acte passé devant notaires à Villcrs-Cotterets, arguant des privilèges de la ville, partie inaliénable delà couronne; mais la question demeura indécise. Au commencement de ce siècle (dans la nnitdu 15 juillet 1525), la ville et le faubourg de Montargis avaient été réduits
MONTARGIS
en cendres par un incendie qu'on ne put combattre. Trois ou quatre maisons échappèrent à peine à ce désastre. L'église s’écroula dans les flammes; les cloches Turent Tondues, les habitants dispersés et plongés dans la misère. I.a ville était peu à peu sortie de ses ruines : entourée de marécages, hérissée de tours, commandée par le château, auquel la reliaient de larges murailles, elle oTTrait l'aspect d'une citadelle.
Dès le début de la Ligue ( 15 mai 1585), Montargis opposa une résistance glorieuse au duc de Bourbon , qui Tut obligé de lever le siège aux approches de Henri III, lequel entra dans la ville, le 17, laissant son corps d’armée campé aux portes. Le roi se porta ensuite sur Gien, et dix jours après Tut livrée la bataille de Bourg, où dix mille Allemands restèrent sur le carreau. Henri IV, au mois d'octobre 1608, vint habiter le château de Montargis, avec la reine, âlaric de Médicis, et toute la cour. Son voyage avait pour but de visiter les travaux de construction du canal de Briare. Henri IV aimait beaucoup .Montargis, et se plaisait beaucoup à jouer à la paume dans la salle des gardes du château.' Il créa une compagnie d'arbalétriers et confirma les privilèges octroyés aux habitants par Charles Vil et ses successeurs. f.«s chroniques rapportent un événement curieux qui se passa peu de jours après son arrivée. Le révérend père Bonnet, prieur, curé de Montargis, trouva sur l'autel de l'église, au moment où il allait célébrer la messe, une lettre anonyme par laquelle on le conjurait de donner avis au roi, qu'un homme dont on signalait très-exactement la figure, la couleur, la taille et la condition, devait, avant le terme de trois ans, le tuer en lui plongeant un poignard dans le coeur. L’auteur de cet avis ajoutait que l'assassin désigné portait toujours sur lui le portrait du roi percé d’un couteau à l’endroit du cœur. Le prieur communiqua sur-le-champ cette lettre an gouverneur de la ville et aux principaux oTfleiers de justice, qui Turent tous d'avis qu'il Tallait prévenir le roi. Mais Henri IV négligea cet avertissement, en disant que s’il s'arrêtait à de telles dénonciations, elles rendraient sa vie pire que la mort même , et qu'il s’en remettait à Dieu de disposer de ses jours. L'avis ne Tut pas écouté, et, deux ans après, Henri IV tomba sous le couteau de Ravaillac.
Sous la régence de Marie de Médicis, au mois de Tévrier 1613, Montargis, racheté , pour la somme de huit cent cinquante mille livres, des ducs de Guise et de Mayenne, petits-fils d'Anne d'Est, duchesse de Nemours, Tut réuni encore une Tois au domaine royal. Louis XIII , è son retour du siège de La Rochelle, lit une entrée solennelle dans cette ville (1638), et y passa de nouveau, en revenant du Piémont (1630). Pendant la Fronde, le prince de Condé l'assiégea , è la tête de seize mille hommes et de neuT pièces de canon ; la déTense Tut opiniâtre , mais le prince s'en empara, grâce à la chute accidentelle d'une tour du château, qui livra passage à ses troupes. Le 3 novembre 1696, Louis XIV vint coucher â âlontargis pour y recevoir la duchesse de Bourgogne; il fit raser le donjon du château Tortillé, qu'il ne voyait pas .sans quelque ombrage, dispersa l’artillerie et rebâtit l'église qui tombait en ruines. .Montargis était alors compris dans l’apanage d'Orléans, passé dans les mains de Philippe, Trère unique de Louis XIV, depuis la mort de Gaston, Trère de Louis XIII, auquel Montargis avait été cédé , en 1636. 11 est, du reste, à remarquer que ce Tutâ Montargis que la doctrine du Quiétisme
prit naissance, vers la Gn du xvir siècle (1697-1698), époque à laquelle madame (juyon, reuTe d'un bonrgeois de cette ville, et imbue des idées de Molinos par son confesseur, le barnabite La Curabe, Gt paraître ses écrits.
En 1779, le comte et la comtesse d’Artois visitèrent Montargis et couchèrent au château (Il novembre). La ville se mit en fête et rendit à la princesse les plus grands honneurs; elle en Gt autant, au passage de madame la comtesse de Provence, femme de Monsieur, frère de Ixiuis XVI, Quelques années après ( 1781 ), les gendarmes de la brigade de Malesherbes amenèrent pieds et poings liés dans la geôle de Montargis, plusieurs vagabonds, parmi lesquels se trouvaient Charles Hulin et sa concubine. Interrogés, ils s'avouèrent chefs d’une bajidc de brigands répandus alors sur toute la France. Le grand prévôt avertit le ministre de la justice, qui, pour éviter les frais, Gt rendre une ordonnance royale portant que tous les complices de Charh's Hulin seraient transférés à Montargis ponr y être jugés prévôtalement et en dernier ressort. Pendant six années que dura ce fameux procès , peu de jours de marchés se passèrent sans qu'il y eût plusieurs de ces misérables rompus ou pendus. Le premier fut exécuté le 7 octobre 1782, et le dernier, le 8 octobre 1787. Ce procès ne laissa pas que de donner à Montargis une triste célébrité la forêt devint un épouvantail , et on l'appela le pays des voleurs, qualiGcation fort injuste, car pas un de ces bandits n'était de la ville ni des environs. On rapporta que l'un des brigands, appliqué è la question , ayant fait des révélations dont ses complices eurent bruit, ils le saisirent, nommèrent un grand prévôt, des juges, un rapporteur, et. après un simulacre de jugement, l'ayant condamné à mort, procédèrent aus.sitôt à l'exécution en se précipitant sur lui et en le frappant à la tète de leurs chaînes.
EnGn 1789 arriva. Le château de Montargis reçut l'assemblée des citoyens qui organisèrent la garde nationale; il fut, peu de temps après, conGsqué sur la royauté et vendu comme domaine national an comte de La Touche , chancelier du duc d'Orléans. On transforma la grande salle des gardes en une Glature de coton ; et, plus tard, le conseil général de la commune, pour obéir à un arrêt du représentant du peuple LeGot, en date du 22 février 179i , ordonna que les tours et les créneaux qui le Ganquaient fussent démolis jusqu'au niveau de l'esplanade, les fossés comblés, les tours rasées, et qu'à l’avenir on ne l'appelât plus que le Mont-Colounies. Le marteau spéculateur de la démolition se mit sur-le-champ à l’oeuvre : il ne resta bientôt plus que la tour de l'horloge, qui, découronnée par le faite et minée â la base, dominait encore, il y a peu d'années, les campagnes du Gâtinais. Mais au moment où, comme par un tardif et historique remords, plusieurs habitants de Montargis allaient ouvrir une souscription pour la racheter, la tour déjà toute chancelante s’écroula avec fracas (2Vo*’tobre 1837). Il n'existe plus actuellement de l’antique château de âlontargis que la partie appelée le Gouvernement^ parce que c’était jadis le logement du gouverneur, et les écuries où l'on transporta les cholériques, en 1832. La geôle, qui pendant plusieurs siècles servit de prison, a disparu comme le château.
Montargis, capitale du Oatinais, comprise dans le diocèse de Sens, était sous l'ancien régime le chef-lieu d'une subdélégation de l'intendance d'Orléans; le siège de deux justices des canaux de Briare et de Loing, d'une recette des tailles
MO>TARGIS.
et gabelles, d'un bureau d'inspecteurs, receveurs et contrôleurs des canaux, d'une élection et d'une maîtrise particulière des eaux et forêts. Il y avait, en outre, un gouverneur militaire ; un bailliage qui datait, comme noos l'avons dit, de Charles VI (1391); un présidial créé par Louis XIII (1638); un grand bailli, chef de tous les sièges de justice; un hôtel de ville composé, avant les édits de 1764 et 1765, d'un maire, de quotre échevins, d'un procureur du roi, tous électifs, et de vingt conseillers; et un hôtel-Dieu doté tour à tour par Philippe- Auguste (1 189) et saint Louis (1256). La coutume de Montargis, rédigée, en 1531 , par les trois États assemblés dans la grande salle du chtUeau , et qui n'était ellemême que l'ancienne coutume de Lorris , à laquelle étaient soumises jadis plusieurs de nos provinces centrales , régissait les villes de Bléneau , Briare, Champignelle, Château-Landon, Milly, Nemours, Puiseaux, Saulcerie, Bonny-sur-Loire, Fenières, une partie de Gien, I.adon, et de nombreuses paroisses adjacentes ou intermédiaires. L'unique paroisse de Montargis , l'église de la Madeleine, commencée en 1550 et terminée en 1608, était un prieuré de Sainte-Geneviève. On comptait dans la ville six communautés religieuses, savoir : deux d'hommes, les Récollets qui s'y étaient établis en 1599, et les Barnabites, qu'on y avait appelés en 1620 pour diriger le collège ; quatre de femmes : des Dominicaines (xiii* siècle), des Dames de la Visitation (1628), des Bénédictines (1610), et des Ursulines (1633). Montargis figure aujourd'hui comme chef-lieu de sous-préfecture dans le département du Loiret ; la population de l'arrondissement s'élève à plus de 70,000 âmes, et celle de la ville a près de 7,000; c'est le siège d'un tribunal de première instance et d'un tribunal de commerce ; les principales branches de son industrie sont : des fabriques de draps communs, des papeteries et des tanneries; et les transactions commerciales y ont surtout pour objet les grains, le safran , le miel, la cire, les soies, les laines et les bestiaux.
Au nombre des curiosités monumentales de Montargis, il faut ranger la salle restaurée de son hôtel de ville : non pas que cette salle, ornée avec une simplicité de bon goût, offre une architecture remarquable; mais on y a mis à exécution une bonne pensée, et elle est la seule, en France, qui retrace sur ses miirs les noms des hommes célèbres de l'arrondissement. A droite et à gauche de cette salle, où se font les élections, où se donnent les fêtes, où se célèbrent les mariages, où se distribuent les prix du collège et des écoles, six panneaux ont été disposés pour recevoir les noms des personnages célèbres. Les noms, écrits en lettres d'or, sont surmontés d'une couronne étoilée. On a voulu, en perpétuant leur souvenir, honorer leur mémoire, leur famille et leur cité; aiguillonner l'émulation des jeunes gens, offrir à leurs vertus et à leurs talents la plus belle et la plus glorieuse des récompenses, celle de vivre un jour dans la reconnaissance de leurs concitoyens. En même temps, et afin de compléter cette œuvre et de la mieux porter sous les yeux et à la connaissance de tout l'arrondissement, l'on a publié la lithographie de la salle, et l'on y a joint une courte biographie non-seulement des célébrités inscrites, mais encore des personnes notables qui ont vécu autrefois dans l'arrondissement. Le livret a été distribué à tous les membres du conseil général , à tous les maires et à tous les instituteurs qui en font lecture aux enfants. La salle de l'hôtel de ville contient, en outre, un beau
portrait de l'empereur Napoléon, peint par Girodet, ainsi que les bustes de l'amiral Coligny, de Mirabeau , de Girodet et de Gudin , tous quatre enfants do pays.
Le père Morin, dans son histoire du Gétinais, ne manque point de mentionner trois gouverneurs de Montargis qui ont laissé un nom illustre : ce sont le sieur de Vitlars, le héros du siège de IV27; Guillaume Bourquinm , tué au siège de Honfleur, en 14^9, et dont il assure que Charles VII porta le deuil; et Antoine Deshayei, qui flt preuve plus d'une fois de talents et de courage sous Henri IV et Louis XIII. Au xvr siècle, le fameux amiral Gaspard de Coligny vit le jour à Chàtillon-sur-Loing, dans l'aiTondissement de Montargis. Mirabeau, le premier orateur des temps modernes, est né au Bignon , canton de Ferrières , à six lieues de Montargis. l'arnii les hommes célèbres^ nés de notre temps dans cette ville, nous citerons Pierre Manuel, procureur de la commune de Paris, en 1792, membre de la t'.onvcntion, mort sur l'cchafaud révolutionnaire, le 14 novembi-e 1793; et le grand peinti'e Girodel-Trioson , élève de David, qui l'appelait soi) plus bel ouvrage.'