‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 103 sur 119 · GIEN · texte numérisé non relu

GIEN

A une demi-lieue environ de Gien , en se dirigeant vers le nord-ouest, et sur le bord de la route romaine qui conduisait d' Autun à Paris, on trouve encore quelques pans de murs et quelques débris de constructions antiques. Le peu d'importance des vestiges qu'on a découverts ne permet pas de croire qu’il y eût là autre chose qu'un hameau qui bordait la route. C'est en ce lieu que s'élève aujourd'hui le petit village de Gien-le-Vieux. La ville de Gien, située sur la rive droite de la Loire, n'existait pas sans doute encore à cette époque, puisqu'un n'y voit aucune trace d'antiquité, si ce n'est un tumulus gaulois qui en occupe à peu près le centre. Cependant , dès la fln du vi* siècle , elle faisait partie des trente-sept paroisses du diocèse d'Auxerre, et elle appartenait, à titre de patrimoine, à l'évéque .Aunaire, qui la donna à la basilique de Saint-Étienne en cette dernière ville. Nous trouvons, dans la seconde moitié du xii* siècle, Gien entre les mains de Godefroy, seigneur de Doiizy, sans savoir quand le chapitre d’Auxerre le céda en fief à cette famille. Godefroy fut obligé de défendre ce domaine contre Guillaume III , comte d'Auxerre , qui voulait l'envahir. Louis VII , protecteur de Godefrui , tenta vainement de réconcilier les rivaux et Unit par leur assigner jour de bataille dans la ville d'Étampes. l'n chevalier devait représenter le comte. On

1. I)om Morin, Oiitoire du Gâtinais. — NouvetUi reeherchei iur ta Francé. — Dalatire, KnWrofif de Parie. Bietionnaire de He&scln. — Biographie üniverirllf. — Noie:» de raiiteiir.

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ignmv quelle fut l'iseue du^ combat et môme s'il eut lieu , mais on doit croire que Godefroi triompha dans ses prétentions, puisqu'on le retrouve, peu de temps après, mariant sa Ulle à Étienne, comte de Sancerre, auquel il affecta en dot la seigneurie de Gien.

Un Philippe , dont on ne connaît que le nom , la possédait en 1191; cinq ans après, elle appartenait à Hervé, baron de üonzy. Pien'e de Courtenay, comte d'Auxerre, renouvela les tentatives de son prédécesseur, et entraîna A sa suite une multitude indisciplinée de Colteremix contre Hervé ; mais le comte fut battu par le baron. Philippe-Auguste se chargea de les réconcilier. Il maria Mathilde, la fille unique de Pierre , à Hervé , qui devait y gagner les comtés de Nevers, de Tonnerre et d'Auxerre, après la mort de son beau-père, et il se fit donner à luiméme , pour commission matrimoniale , la seigneurie de Gien , réunie ainsi à la couronne (M99). Cependant Hugues de Noyers, évêque d'Auxerre «représenta au roi qu'Hervé, son vassal, n'avait pu lui céder ce fief, à son préjudice, et demanda un dédommagement ». Philippe -Auguste y ayant consenti, remit à l'évêque le droit qu'il avait d'être régalé , à son passage , dans les villes d'Auxerre et de Vany, et continua de payer pour sa nouvelle seigneurie, à la cathédrale d'A uxerre, la redevance annuelle d'un cierge de cent livres.

Le château de Gien resta, pendant plus d'un siècle (tl99-1307), réuni au domaine de la couronne. Nous ne savons si c’est pendant cette période qu’il faut placer l'établissement de la commune , ou si on doit le faire remonter plus haut ; mais une pièce authentique prouve que des députés figurèrent aux États de 1308. Gien fit partie des domaines dont Philippe-le-Bel, en 1307, apanagea son frère Louis, comte d'Évreux. Cette ville passa ensuite à Charles d'Étampes, second fils de Louis; puis à Louis, fils de Charles, qui mourut sans enfants, après avoir remis Gien au duc d'Anjou ( 1381 ). I.a veuve de ce dernier céda la seigneurie au duc de Berry (1385), qui enfin transporta la donation au duc de Bourgogne (1388), pour en jouir à sa mort. Nous ne savons si effectivement, à la mort du duc de Berry ( 1AI6I, Jean de Bourgogne, fils du donataire, prit possession de la ville; en tout ras, elle ne resta pas longtemps en son pouvoir, puisque Cliarles VII en gratifia, ainsi que de la seigneurie, qui avait ou qui reçut alors peut-être le titre de comté, le célèbre bâtard Jean de Dunois; et lorsqu'cn 1429, ce prince parvint à Iravereer la Loire, Gien fut la première ville qui reçut dans scs murs le roi de France.

Vers la fin du xv* siècle, Anne de France, sœur de Charles VIII et duchesse de Bourbonnais, était dame de Gien, bien qu’il y eiit un seigneur direct de cette ville. Anne y établit les minimes et les religieuses de Sainte-Claire; le bâtiment de la Collégiale tombait en ruines : d’accord avec son frèiv, elle conçut le projet de le restaurer. On fit une quête dans le royaume ; l'évêque accorda des indulgences ; la princesse compléta ces secours insuffisants, et l'église fut relevée par ses soins. Les guerres de religion ne semblent pas avoir causé de nombreux ravages à Gien ; il est même permis de croire que sa prospérilé se développa au fort de ces guerres, puisqu'en 1567, Charles IX autorisa Pierre Rousseau à construire un pont dans le faubourg Saint-Laurent pour le senice des nombreux habitants de ce quartier, éloigné du centre, qui jusqu’alors en avaient été privés. Plus II. 79

tard (1608), un arrêt dispensa leséchoins de Gien de compter en la chambre des comptes du paiement et remboursement des munitions fournies aux gens de guerre qui avaient tenu garnison dans la ville, en 1568 et 1569; ce qui pennet de croire que l'administration municipale aurait eu plutôt à rendre qu'à demander. Toutefois, en 1589, Gien appartenait aux Ligueurs, et lorsque le roi somma la ville d'ouvrir ses portes , ceux qui étaient du parti de l'Union se retirèrent à Auxerre. Vers le commencement du xvnr siècle, la prospérité de Gien s'était peu à peu éteinte ; son commerce de grains et de bestiaux , autrefois si considérable , avait perdu toute importance , et ses foires n'avaient plus de renom : ne peut-on pas voir dans cette décadence un effet de la révocation de l'édit de Nantes?

En 16à.6, Gien fut cédé à Charles de Lorraine, duc de Guise, qui le vendit au chancelier Seguier. Le domaine passa à Charlotte Seguier, seconde fille du chancelier, pois aux deux fils de cette dernière qui moururent sans postérité. Henri- Charles, duc de Coislin, évêque de Metz, en hérita après eux (1729). Marie-Henriette, comtesse de Blandac, le posséda ensuite; son fils, le duc d'Estissac, le vendit enfin à Claude- Henri Feydeau, seigneur de Manille (1736). Gien était alors le chef-lieu d'une élection, et l'on y fabriquait quelques grosses étoffes de laine. La campagne , assez semblable à la Sologne pour les qualités du sol , ne fournissait pas toujours une récolte qui .suffit à la nourriture des habitants obligés de tirer de l'Auvergne et du Nivernais le grain que cette terre ingrate ne leur donnait pas. Depuis la Révolution de 1789, Gien est devenu, dans ie département du Loiret, le chef-lieu d’un arrondissement dont la population s'élève à plus de àà.OOO âmes; la ville en renferme environ 5,500 ; on y trouve des tanneries, des manufactures de faïence façon anglaise , et il s'y fait un assez grand commerce consistant en grains, vins, sel, safran et laines. Parmi les hommes célèbres dont le nom appartient à la ville de Gien , ii faut citer Rodulphe Tortaire, poète latin du XII* siècle , que François Beatus appelle Sacrœ vat legis et hisloriarum ; Pierre (TArrablay, chancelier de France puis cardinal dans le xiv' siècle ; et Jean bruneau , avocat au bailliage de Gien , qui prit part par scs écrits aux querelles de religion '.

CHARTRES

Chartres, ville du bassin de la Seine, est située sur les bords de l'Eure et bâtie à moitié sur le penchant, à moitié sur le plateau d'une vallée. Cette ville ne présente pas, d’abord, au voyageur un aspect agréable; hérissée de pignons en

1. Oom Morin, ffüiotrê du Gaiinais. — Mfémoin sur iet antiquités du Loiret , par M. Joltais. — Uelcscornay. Afémoirei io vti/e d< Doun/an , 16Ai, in>li I.'ubl>é AI«mo<re con>

cernant l*histoirc ecdésiaslique et civllo d'Auxerre. — Mémoire Ms sur ia génénliUi d'Orléans.

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