‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 107 sur 119 · ÉPERNON.-MAINTENON · texte numérisé non relu

ÉPERNON.-MAINTENON

É|>ernon, qu'Expilly place dans le Mantois, mais qui est bien certainement dans la Bcauce, |MU'la d'abord le nom d'Autrist; il prit ensuite celui d’/fj/n'erreniont, d'où dérive sans doute la dénomination moderne d'Ëpernon. La ville est suspendue sur le |venrhant d'un coteau qui regarde le midi ; elle était autrefois dominée, au nord, par un chdteau-fort dont on attribue la fondation h Hugues Capet ou à son fils, Robert. Les Anglais s’en emparèrent sous Charles VI, l'occu- |)èrent pendant longtemps , l'agrandirent même, et le détruisirent en y pratiquant

« 1. Vco r<irnuf«nii«. Histoire de Fauguste et vénérable Eglise de Chartres, par V, Sabion, cliarlrain. — Felloiilier, Histoire des Cultes. — Histoire de la ville de Chartres, (lar M. Doyen. — Histoire de Chartres, par RiMitlIanJ.

mie mine iiviinf de le (|iiiller. Trois for tes murailles, percées de quatre |M»rles, défeiidaieiit K|htuuii des trois auti'es côtés ; quatre faubourgs s'étendaient au deliore; au xviif siècle, ils se trouvaient réduits à deux : le fauliourgdu (jrandl’ont, et le bourg Saint-Tliumas, qui, par une bizarrerie commune alors, ivlelait de l’élection de Montfort et de la généralité de Paris. Le prieur de Saint- Tliomas en était seigneur; un bailli particulier l'administrait, et on s'y senail de mesures différentes de celles d'Épernon.

Ile la maison royale de France, Épernon passa dans la maison de Montfort; cette baronnie appartint ensuite, tour à tour, aux Vendôme et aux d'Albret. Henri III l'acheta nu roi de Navarre, en 1.581, pour la donner, avec titre de ducbé-|iairie , à son favori , Nogaret de la Valette, api'ès lequel In seigneurie passa dans la famille de (joIIi de Itouillac, puis dans celle d'Antin, en perdant le litre de pairie; elle écimt enfin par acquisition au marécbal de Nonillcs, dont les descendants en possédaient encore le domaine à la tin du xvlii* sié<-|e. Comme on le voit, Épernon n'a pas d'histoire : son nom ne rappelle aucun éïénemenl mémorable, et In prospérité n'a pas même consolé cette petite ville obscure de l'absence de la gloire ; mais la faveur royale lui a donné une certaine cétébi’ilé. C'était, avant la Kévolution, le siège d’un liniilinge ressorltikanl nu parlement de Paris; elle dépendait de l'élection et du diocèse de Chartres, et faisait partie du gouvernement général de file de France. Expilly évaluait .sa population à 187 feux; un y compte aujourd'hui plus de 1,000 babitants. I.a ville, assez bien biUie, située sur la petite rivière de Guesle, dans une position agréable, est comprise dons le dépnrletnent d’Eui^‘-et-Loir et l'arroudissement de Chartres ; il y a des fabriques d(! cuirs et des lavoiis de laine, et l’on y fait le commerce des farines , des légumes , des chevaux cl des bestiaux.

.Mnintenon , plus jeune peut-être qu'Éivcrnon , n’a pas eu des destinées plus bnllantes. Le rluUeau existait sous Philippe-.Augustc : voilà tout ce qu’on sjiit de son origine. C'était un gros donjon carré, flanqué de quatre tours, ivunies par de fortes murailles et défendues par un fossé. Le donjon , deux tours et le fossé subsistent encore; le reste a disparu. Jean Cotlreau, trésorier des finances sous François I", s'en fit adjuger la seigneurie, en 1503, comme créancier. Le château s'arrondit alors aux alentours. Le nouveau propriétaire convoqua les arts qui renaissaient et consti'uisil une chapelle. La façade fut couverte de décorations élégantes, la porte également ornré, ainsi que l'escalier, et le tout parsemé çà et là de lézards et de croissaiiLs, véritables armes d'un financier. Jean Coltreau fil encore réitarer la petite église de Saint- Nicolas, dévastée depuis quelques années par un incendie, et qui, transformée aujourd'hui en magasin , conserve encore quelques sculptures pleines de délicate.sse : c’était la paroisse du château. I,a seigneurie de Maintenon passa de Jean Cotlreau à Jacques d’Angennes, son gendre, seigneur de Rambouillet. En 1590, le fils de Jacques d'Angennes, nommé Jacques comme lui, présena Maintenon du pillage dont le menaçait le sieur (h; la Patriére , officier ligueur de (’.haiTres. La ville fut érigée en baronnie , quatre années plus tard ; et le roi , en I6VI , en fil un marquisat. Enfin , <‘n l(»7l, elle fut acheté*e par Françoise d’Auhigné, veuve

ÉPERNON. — MAINTE>ON. Gll

Sramui , au marquis de Villeroj , qui l'avait acquise des liàriliers d'An^ennes : le titre de marquisat-pairie y fut aloi'S attaché. Madame de Maintenon fit de louables efforts pour répandre dans le pays quelque activité cl quelque richesse. « Elle attira, » dit un historien placé à la source des meilleurs rensei|;nements, « des ouvriers flamands pour y établir des fabriques de dentelhîs ; elle y appela des Normands qui travaillèrent en toilerie; elle y établit des écoles, des manufactures; elle y fil construire des éf{Iises, fonda des hépitaui , et fit tout le bien qu’on pouvait attendre de ses nobles et vertueux sentiments. » Enfin, l.ouis XIV établit à Maintenon, en faveur de la nouvelle marquise, quatre foires et un marché francs. I.c cbflteau lui-méme changea de face. I.c roi fit élever la galerie qui, située à gauche dans la première cour, réunit les appartenumts à la colb;giale de Saint-Nicolas. On doit à madame de Maintenon le corps de bMimenl qui occupe l’e cdlé droit de la nouvelle cour. C'est là qu’elle logeait dans des appartements, auxcpiels M. le duc de Nooilles a récemment rendu, avec une recherche pieuse à la fois et pleine de goût, leur ancienne physionomie.

En 168'v, trente mille hommes de troupes, commandés parle marquis d’üxelles, se réunirent à Maintenon , afin d'exécuter les travaux au moyen desquels on devait Conduire les eaux de l'Eure à Vei'sailles. Il s'agissait de travers<“r la vallée où repose la ville, par un immense aqueduc composé de trois étages. Le premier, le seul qui ail été bâti, développait la chaîne de ses quarante-sept arcades sur une longueur de cinq cents tois<‘S, et s’élevait à quatriM ingt-onze pieds. Au-dessns de lui, cent quatre-vingt-quinze an’adcs, htnites de soixante-dix pieds, supportées par les premières, devaient parcourir deux cent soixante-dix toises, et enfin, le canal lur-méme, élevé de deux cent vingt pieds au-dessus du fond de la vallée, aurait été construit sur les trois cent quatre-vingt-dix arches du troisième rang, et aurait ainsi parcouru une distance de deux mille trois cent trente-une toi.scîs. La guerre interrompit malheureusement, cette même année, les travaux que Louis XIV avait encouragi's de sa pix^mce ; ils ne furent pas repris , et moins de quarante ans après on taillait dans deux arches de l’aqueduc le château de Créc.y pour une maîtresse de Louis XV. C'i'st maintenant une mine magnifique et triste, enlretenuv^ avec resivect par M. le duc de Noailles.

Maintenon dépendait autrefois, comme Épernon.'du diocèse et de l’élection de Chartres; mais la ville faisait partie du gouvernement général de l’Orléanais. Comprise aujourd'hui dans le département d'Eure-et-Loir; elle figure comme chef-lieu de canton dans l'arrondissement de l'hartres. Sa population est de 1,800 habitants, dont la principale richessi' consiste dans le commerce des laines et dans la mouture des grains de la Roauce, alimentée par trente-deux moulins à eau ou à vent. I.e nom de Maintenon rappelle le souvenir de deux poètes d’un mérite bien différent. C’est là que Hacin' composa Esther et Athalie, dans une allée à laquelle on a conservé son nom; c’est là aussi que naquit CoUin d'Hnrlevilte

t. ttojfun» Hiitoire ât la pille de Chartret , du pays chartroin et de la Beawe. — Sotiee hittorique sur le château de Maintenon , |>ar M. le duc de Noailles. lHi9. — Hesscln.

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