‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 108 sur 119 · ÉTAMPES · texte numérisé non relu

ÉTAMPES

si l'on en croit ceilnins chroniqueurs, l’ctymologie du nom d'Élampes réfuté victorieusement les épigrammes des voyageurs qui lui reprm iient rinsignillance et la monotonie de ses paysages. Les Troyens fugitifs qui vinrent chercher un asile aux rives de la Seine, appelèrent la ville nouvelle Tempe, du nom de la célèbre v.allée dont elle retraçait le charme à leurs yeux. Quant aux historiens, Grégoire de Tours désigne fetampes sous le nom de Sfampœ, dans les divei-s récits qu’il nous a laissés des nomhreuses et sanglantes batailles dont elle fut le théîttre sous la race mérovingienne. Théodoric s'y rencontra, en 60i, avec r.hlotaire, et lui tua trente mille hommes, qu’on ensevelit dans un lieu voisin de la ville, auquel la tradition a conservé le nom de Champ des Morts. Non loin de là apparaissaient encore, il y a un demi-siècle, les débris d’une antique tour dite communément Tour de Krunehuul. On rapporte, en effet, que Brunchaut se plaisait beaucoup dans ce séjour, et qu’elle y créa plus d’un établissement pieux dont il ne reste malheureusement aucun indice. Il en est de même de l’église de Saint-Martin fondée, dit-on , par Ghiodwig, et qui, détruite nu \ii* siècle, lit place à un monument nouveau , hilti d'un seul jet, entièrement gothique , et où l’on peut étudier en son libre épanouissement cette grande expression du génie architectural.

échappée aux ravages des Normands, Élampes refleurit sous le patronage du roi Robert, lorsqu’il y fixa sa résidence. Cette ville avait déjà vu s’élever dans ses murs la cathédrale de Notre-Dame, achevée seulement au bout de six cents ans, comme l’atteste la succession des styles de son architecture, romane par le bas , gothique par le milieu, gri-co-romane par le faite; et un chàtel construit sur une éminence, d’où son énorme tour, llanquée de trois tourelles, environnée de fossés, commandait puissamment tout le vallon Aussi la possession en fut-<dle vivement disputée à chaque guerre , et par là elle devint une cau.se de désolation et de ruine pour les habitants qu’elle devait couvrir et défendre. Ils s’empressèrent donc de la démanteler, lorsque Henri IV, auquel ils n’avaient cessé de rester n lèles , leur en eut accordé la permission. Mais le temps seul peut avoir raison de CCS monstrueux édifices. Malgré les assauts de vingt sièges et les coups redoublés de la pioche du maçon, la grosse tour du vieux chiltel, dite Tour de Cuinelle, est encore debout; elle domine à cette heure la nouvelle voie d(! fer, et semble menacer de ses énormes crevasses les frêles constructions de l’industrie moderne. L’église de Notre-Dame, au contraire, ne cesse d'offrir aux fidèles, comme à l’antiquaire et à l'artiste, un asile sùr, un temple imposant et un objet d’études intéressantes. Toute la nef est composée dans le style roman; des colonnes grosses et courtes y soutiennent des chapiteaux dont les feuilles étaient peintes autrefois des plus brillantes couleurs. Au roman succède le gothique, sitùt qu’on

ÉTAMI'ES. OW

pénèlro dans In diœur. L'ogive s'y appuie sur des lolonnes sveltes, idt^gantes, qui s'épanouissent avec légèreté et s'eiitrelarent liarmonieuscinent. Pai' malheur, le chfpnr est coupé brusquement pai' un gros mur, percé d'une grande fenêtre carrée qui détruit toute la perspective de l'édillce. Au dehors, il ii'offrc |)us moins de singularités qu'au dedans. Le clocher n'y est point placé, seloit l'usage, vis-à-vis la nef, et il s'élance d'entre deux rangs de créneaux dont on avait forliné l'église, |>endant la guerre avec les Anglais. .Mais rien n'est plus délicat, plus léger que sa flèche octogone avec scs quatre clochetons percés à jour. C'est un travail d'un fini précieux , et dont la conservation méritait toute la sollicitude que, sur la demande de M. Louis de Laborde, alors député d'Élampcs, lui a témoignée le gouvernement depuis quelques années.

Le roi Robert fonda encore à Élain|M-s l'église de Saint-Basile; celle de Saint- (iilles date de la même époque. Si ces deux monuments n'ont rien de Irèsrentarquable, ils attestent du moins ce redoublement de ferveur qui s'empara de toutes les âmes, à l'approche de l'an mil, fatale époque marquée, disait -un, pour la fin du monde. Le roi Robert, donnant à Ëtampes les preuves les plus vives de piété et d'humilité , ordonnait, dit l'historien llelgand , qu'on laissât sa maison su remplir de pauvres. « Un d'entre eux s'étant placé à scs pieds , le bon Robert voulut bien le nourrir lui-même en lui passant des vivres sous la table. Cependant celui-ci ne s'oubliant pas, fixait d'un œil avide un ornement de la valeur de six onces d'or qui pendait aux genoux de son maître; il le détache enfln avec un couteau et prend la fuite. Lorsque la foule des pauvres se fut retirée, la reine Constance, voyant son seigneur dépouillé, se troubla et se laissa empoi'ter contre le suint à des paroles empreintes de peu de constance. — Hé, bon seigneur, qui a déshonoré votre robe d'or? — Moi? répondit Robert, personne ne m'a déshonoré : cet or était sans doute plus nécessaire à celui qui l'a pris qu'à moi, et. Dieu aidant, il lui profitera.» A Robert succédèrent dans le palais d'Étampes Henri T', Philippe 1*'' et Louis-le-Gros, qui tous laissèrent h la ville des marques de leur munificenee, surtout en protégeant par des règlements spéciaux l'industrie naissante de ces nombreux moulins qui soiit aujourd'hui ; comme on sait, la principale source de ses richesses. Ce fut un seigneur des environs d'Étampes, nommé Eudes Le Maire, qui remplit, à la place de Philippe I", le vœu que ce prince avait fait d'aller armé de toutes pièces visiter le tomls'au du Christ pour lui oITrir ses armes. Eudes, à son retour de Jérusalem, fut comblé d'honneurs par le roi, qui, dans sa reconnaissance, lui accorda pour lui et ses descendants l'exemption de tous impéls. Henri IV, n'étant pas assez riche pour payer encore les dettes de Philippe l", supprima l'exemption dont la postérité d' Eudes jouissait toujours.

Étampes ne prit aucune part aux insurrections communales des xii' et XIII' siècles. Louis-le-Gros y put séjourner en toute sécurité, et de la fondre tour à tour sur ses vassaux rebelles de Montihéry et de Puisaye. La ville, jus qu'aux guerres des Anglais, eut vécu dans une tranquillité parfaite, sans les longues et ardentes querelh's des chanoines de Saint-âlartin , avec les moines du couvent de Morigny, sis à une petite distance de ses murs ; querelles occasionnées par la donation de toutes les églises du â'ieil-Étampes, faite aux uns et aux aiitivs

par les rois llohertet Philippe P'. Thomas, abh<^ de Morigny, chanoine hahile, actif et intrigant, s'emporta contre les chanoines de Saint-Martin, et pour légaliser l'existence de son ahbaye, il ne fallut pas moins que le |>ape C',ali\tc II, qui en consacra solennellement l'église, le 3 octobre 1119. A cOté de ces dis])utes de sacristie, de grandes solennités religieuses se passaient à Êtampes. Quatre conciles y furent tenus, le premier en t0l8, sous Henri I"; le second sous Philippe I", en lOtiS; et les deux autres sous Ix)uis-le-(îros , en 1092 et 1130. Saint Bernard parla longtemps dans yc concile, où l'on avait à décider lequel, d'Anaclet II ou d'innocent II, a^ait été légalement élu ii la papauté: par lu vigueur accoutumée de son élo(|uence, saint Bernard fit triompher la cause d'Innm'cut II. Uix-sept années après, l'abbé Suger fut élu, d'une commune voix, régent de France, dans une assemblée des plus puissants seigneurs du royaume, que Louis-le-Jeune avait convoquée dans le château d Étampes. Philippe-Auguste choya cette ville : c'était, disait-il a l'empereur Olhon , une des trois meilleures cités du royaume, avec Orléans et Paris. Les Juifs y avaient un quartier auquel on a conservé le nom de Juiverie; Philippe-Auguste, lorsqu'il les chassa de France, donna à la ville l'église de Sainte-Croix , qui , jusqù'aloi-s, leur avait servi de synagogue. Ce prince cessa dès lors de résider au château d'Élampes, qui devint une prison d'Ktat. Ingelburge qu'il avait répudiée y passa douze ans captive, dans la prière et dans les larmes, ouvrant de ses mains des vêtements qu’elle faisait distribui'r aux pauvres, jusqu'à ee qu’eiitin le roi, vaincu par l'inflexible volonté du pape Innocent III, la rappela à la cour de France [1200-1212).

Philippe-.Auguste fut le dernier roi de lu troisième race, au moyen âge, qui posséda la ville d’Ëtam|ies en toute propriété. Louis IX en apanagea sa mère. Blanche de Cjistille; Philippe-le-Bcl la concéda à son frère, en 129,'), avec le pays d'Évreux et de Gien, et Charles-le-Bel l'érigea en comté, en faveur de Charles d'Év ceux ( 1325). Elle passa, en 1399, au duc de Berry, qui la céda au duc de Bourgogne, Philippc-le-IIardi. Pendant les sanglantes rivalités des Bourguignons et des Armagnacs, Étampes fut mainte fois envahie, rançonnée, pillée par ceux d'Orléans. Ils roccupaient, en lUI , lorsque le jeune Dauphin, qui faisait alors ses premièies armes, marcha sur la ville avec les ducs de Bourgogn<- et de Guyenne. Ixs hahitauts ouvrirent leurs portes au Dauphin , qui leur promit de les pi'éserver de toute insulte et de tout pillage. Malgré cette promesse, les Bourguignons ne fuient pas moins funestes aux Étampois que ne l'avaient été les Armagnacs. Le sire de Bosrodon ou lloisboiirdon , réfugié dans la forteresse, l'abandonna lorsqu'on eut mis en jeu toutes les machines pour en forcer l'entrée, et se retira dans une tour si haute et si solide , qu'elle était Iioitî de toute atteinte, la tour (le Guinette probablement. Les dames et dainoisellcs qui s'étaient counées à sa valeur, tendaient ironii|uement leui's tabliers aux pierres que lançaient les machines. Le Dauphin allait lever le siège, quand André Houssel, hourgeois de Paris, imagina de comstruire, au inoyen de plusieurs gros madriers appuyés contrôles mm*s du fort, une sorte de toit incliné, à l’abri duquel trente ouvriei's, munis de pics et de hoyaux, travaillèrent à percer les murs du château. Labri-che devint praticable, les assiégés la bouchèrent avec des pièces de bois. On y mit le feu, et Itoisbourdon fut sommé de se rendre. Le Dauphin pardonna à son con-

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