ÉTAMPES
rage. Devenu plus tard l'amant d'isabeau de Bavière, Boisbourdon déplut, par son insolence, à Charles VI , qui le Ht jeter dans la Seine, enfermé dans un sac sur ltH]uel on lisait C(dte terrible inscription : Laisses passer ta justice du roi.
Dans les nouvelles divisions territoriales qui eurent lieu après l’expulsion des Anglais , on ne sut si le comté d'Étampes revenait à la maison de Bourgogne ou bien au domaine royal. Louis XI commença par s’en emparer. Le comte de Clmrolais n'y séjourna plus qu'une fois, lorsqu’à l'issue de la bataille de Moiitibéry, il y vint reposer ses troupes (146')). Resté paisible possesseur d'Étampes, Louis XI en fit don à Jean de Foix, Comte de Narbonne. C'est sous son règne que fut établi le pont de cette ville , destiné à l’embarquement des blés de la Beauce qu'on transportait à Corbcil et de là à Paris, sur un canal formé des rivières qui arrosent la vallée d'Étampes. De ce port , il ne reste plus que le nom donné à une charmante promenade où se tient annuellement la foire de Saint- Michel. La maison de Poix conserva la possession d'Étampes jusqu’au célèbre Gaston, si béroi’quement mort à la bataille de Kavennes. I.e comté échut alors à la reine Anne de Bretagne, puis à sa fille, Claude de France, femme de François l'C Élampes eut, à cette époque, un retour de prospérité, et put bâtir un hôtel de ville, un hôtel-Dieu et un collège. L’hôtel de ville ne présente? , dans son architecture aucun caractère; l'hôtel-Dieu est aujourd'hui l'un des plus vastes et des plus riches que puisse posséder une petite ville de province.; le collège embrasse dans un système complet d'enseignement l'apprentissage de toutes les professions libérales et industrielles. François I", en même temps que s'élevaient ces trois établissements, fit bâtir un palais pour sa raaitresse, la belle Aline de Pisseleu , première duchesse d’Étampes. Diane de Poitiers lui succéda dans ce duché, à l’avénement de Henri II (1517). D'humeur chevaleresque et guerrière , on la vit souvent dans les bois d'Étampes et les forêts d'Orléans , guider de nombreuses cavalcades et chasser le cerf et le sanglier sans fatigue et sans peur. Diane de Poitiers résigna le duché d'Étampes , à la mort de son royal amant (1559); il reste toutefois dans cette ville un curieux momiment de son séjour : c'est une maison de plaisance bâtie dans le style de la renaissance , et dont les sculptures délicates encadrent , çà et là , les chiffres entrelacés de Diane et de Henri.
Les reltres du prince de Condé occupèrent Ëtampes , en 1.562, et y séjournèrent pendant six sema'mes; le temps d'épuiser la ville. Les habitants refusèrent, cinq ans après, de se rendre à Saint-Jean, frère du comte de Montgommery ; lu place fut prise d'assaut et pillée. Henri III l'enleva aux ligueurs, en 1589: il accorda à ses soldats quelques heures de pillage pour punir les habitants d'avoir voulu lui résister, et fit décapiter les magistrats. C'est là qu'il apprit l'excommunication qui venait d’élre lancée contre lui , à cause de son alliance avec le roi de Navarre. oSoyex vainqueur, lui écrivit le Béarnais, et vous serez absous.» Henri IV se montra très-bienveillant envers les Ëtampois, auxquels il permit, comme nous l’avons déjà dit, de raser les furtilications du château. Pondant la minorité de Louis XIV (1652), le comte de Tavannes, commandant de l’armée du prince de Condé , se trouvait à Ëtampes depuis deux jours , quand mademoiselle de Monipensier étant arrivée, désira faire la revue de ses troupes. Au beau
milieu de cette intempestive parade, à laquelle Tavanoes n’avait osé se refuser, survinrent tout d'un coup les troupes de Turenne et d'Hoquincourt. Elfes fondirent sur les bataillons d(‘s frondeurs, les poursuivirent jusque dans les faubourgs qu'elles mirent à feu et à sang ; puis se retirèrent il Chartres et revinrent, quinze jours après (2ô mai 1652), assiéger la ville dans les règles. On se canonna de part et d'autre, durant deux semaines; on se Ot réciproquement beaucoup de mal. Turenne enfin plia bagages, pour attaquer l'armée du prince de Lorraine campée non loin de Paris. Tavaniics rejoignit, dans cette direction, les troupes du prince de Oondé, et les Étampuis furent délivres de la présence des gens de guerre. Le dernier fait important qui doive trouver place dans l'histoire d’Ëtampes, est la terrible émeute de mars 1792, causée par la cherté du pain. Le courageux maire, Henri Simonneau, menaça les séditieux de faire exécuter la loi martiale. A ce mot , un des insurgés s'élance et lui assène un violent coup de béton sur la tète. Simonneau panient à s'arracher de ses mains, et se tournant vers la foule : « .Ma vie est à vous , dit-il d'une voix ferme , vous pouvez me tuer, mais je ne manquerai point à mon devoir. » L'émeute paraissait calmée, et Simonneau se retirait escorté de quelques cavaliers, lorsqu'il fut atteint, entre , des jambes des chevaux , de deux coups de feu qui l'étendirent mort. L’Assemblée Nationale décréta qu'un monument triangulaire serait érigé sur le marcJié d'Étampes, et qu'on y inscrirait les dernières paroles de Simonneau ; elle ordonna, en outre, la célébration d’une fête en son lionncur, le 3 juin de la même année. La fête eut lieu , et avec grande pompe, mais le monument est encore à faire.
Êtampes, cependant, pourrait bien plus que d'autres villes réparer cette coupable négligence; elle est, en effet, le chef-lieu d’une des sous-préfeCtures du départeraent de Seine- et-Oise, et le centre d'une industrie très-florissante ; son sol n'est pas l'un des moins fertiles de cette Beauce qu'on a si justement appelée le grenier de la France. L'arrondissement renfernie près de i0,700 Ames. La ville compte panni ses 7,896 habitants, de très-riches propriétaires qui doivent leur fortune tout entière au commerce des grains et des farines. La ligne du chemin de fer de J’aris a Orléans passe par Ëtainpes , ot en fait en quelque sorte un nouveau faubourg de la capitale. Parmi les personnages célèbres nés dans cette ville , nous citerons Jean Uüe, docteur en Sorbonne et doyen de la Faculté de théologie, au XV* siècle; Claude iliynauU , doyen de lu Faculté de droit de Paris, plus connu sous le nom de Minas; Jacques HouUier, premier médecin de François 1"; Etienne üueltard, l'un des plus savants naturalistes de l'Europe, au xvii* siècle ; Antoine Guénée, qui dans ses Lettres de quelques Juifs portugais, allemands et polonais, adressées à M. de Voltaire, signala avec une habileté et un tact merveilleux les erreurs commises par l'auteur de 7'£uai sur les mœms en pariant des livres saints; et enfin if. Geoffroy Saint- Hilaire, dont le nom est européen. '
1. Gallia ehrisliana. — GretiOrius Tiirooensis, Hisloria eceltsiastiee. — Helgunà. — Chronéque de l'abàaye de .Horignj/. — Fruissanl.'^ilf^moiret de ('uiuniincs. — Mémoires de Tavannes. Dulaure, Histoire des environs de Paris. — De Montrunü, Histoire d'Étampes.