‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 110 sur 119 · CHATEAUDUN · texte numérisé non relu

CHATEAUDUN

Sous les rois de la première race , Chflteaudon , qui s'appelait Rube Clara ( de urbf Clara ou de rupes elara ), était le centre d'un pngiis et d’un comté. Il parait que cette ville avait quelque importance , puisqu'en 573 , Sighebert y créa un évêché qui, malgré les plaintes de Papoul, évêque de Chartres, ne Tut supprimé que par Contran , roi d'Orléans, lorsque Chàteaudun fut compris dans son royaume (587). Quelques années aupara>ant, une attaque soudaine , dont l'histoire ne nous a pas appris les causes , livra Chèteaudun aux hahilants d'Orléans et de Blois, qui le pillèrent, puis incendièrent ce qu’ils n’avaient pu emporter. Deux siècles et demi plus tard , Charlemagne fit restauror l’ahbaye de la Madeleine , qui remontait peut-être au chapitre de l’évêque Pronotus, et que le pape Innocent II devait réformer (1131), en régularisant les chanoines auxquels il accorda de nombreux privilèges. En 875, le chef normand , Rollon , se rendant à Chartres traversa le Dunois, prit Chètcaudnn, le pilla et détruisit ses fortifications.

Dans la première moitié du x' siècle, ThIbaut-le-Vieux ou le tricheur établit sa suieraineté sur le Dunois. Il convient, d'abord, de distinguer la vicomté de Chdtcaudun du comté de Dunois. I.a première , donnée par Thibaut à un certain Rampon, passa, vers l’an lOOO, aux comtes du grand Perche, qui la gardèrent jusqu'à la fin du XIV* siècle. Les comtes de Blois en étaient seigneurs dominants, en même temps qu'ils possédaient le Dunois. Le partage, effectué à la mort de Thibaut IV, et par lequel la maison de Champagne fut séparée de la maison de Blois, attribua à la première, qui était l’alnéc, la suzeraineté par droit de péage sur la cadette. Ainsi Thibaut VI, comte de Champagne, seigneur dominant de Blois, Dunois et Chàteaudun , vendit, en 1234 , à saint Louis , tous ses droits sur ces fiefs; et plus tard (1391), Guy II, comte de Blois et Dunois, seigneur dominant de Châteaudun, ayant perdu Louis, son fils et unique héritier, auquel il avait cédé, en 1383, le Dunois et ses droits sur Chàteaudun , vendit tous ses liefs à Louis, duc de Touraine, et depuis d’Orléans, en s’en réservant la jouissance viagère. La vicomté elle-même avait été récemment confhsquée sur le seigneur de Craon , en punition de son attentat contre le connétable de Clisson. Charles VI en apanagea son frère et réunit ainsi la vicomté et le comté (13911. Charles d’Orléans, prisonnier des Anglais, les donna, en 1439, à son frère bâtard, l'illustre tige de la maison de Dunois. Chàteaudun doit au fameux comte de Dunois cette belle chapelle élevée, en 1465, à cêté du vieux donjon, et qui, dégradée depuis, va bientét retrouver par les soins de son intelligent et illustre propriétaire les nobles contours et les riches ornements de sa première jeunesse. Le Dunois et Chàteaudun passèrent à la maison de Longueville, branche cadette de la famille de Dunois. En 1694, Marie d’Orléans, la lllle du dernier duc de Longueville , épousa Louis-Henri dè Bourbon, dont elle eut deux tilles. Ce fut Louise-Léontine-

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Jacqueline qui porta les biens maternels à Charles-Philippe d'Albert, duc de Luynes, aux descendants duquel le domaine de Châteaudun appartient encore aujourd'hui.

Châteaudun fut la seule ville qui resta, sur la rive droite de la Loire, au roi de Bourges. U parait quelle fut bientôt dépeuplée par les guerres soutenues contre les Anglais,' si toutefois il est permis de tirer cette conséquence d'un acte de Cliarles VIII, qui tiiodina profondément son administration municipale. Elle avait une commune dont nous ne connaissons point l'origine, et douze Élus renouvelés tous les deux ans composaient le consejl de ville. En ll>9i^, ces douze Élus furent réduits à quatre notables, i cause du petit nombre des habitants qui ne permettait pas, dit la charte, de renouveler aussi souvent une magistrature aussi nombreuse. Quant' aux evénemenis , il faut arriver à la fin du xvi* siècle , pour en rencontrer dans l'histoire deCliAtcaudun. Durant les troubles de la Ligue, .M. de la Bourdaisiére , qui revenait de la prise de Meaux , s'empara de cette ville et y leva de grosses sommes (1390). Comme le maréchal d'Aumont s'avançait, au nom du duc de Longueville, avec des forc<‘S supérieures, le chef ligueur s'éloigna laissant la place à MM. de la Patrière et d'Anvillcrs, qui promirent de la défendre. Mais bientôt, obligés de l'abandonner, ils brûlèrent les faubourgs avant de battre en retraite. Peu de temps après, d'Anvillicrs, pris dans un combat, fut reconduit à Chûteaudun et paya de la vie cette inutile cruauté.

Châteaudun déclinait ainsi tous les jours. La ville était obérée : il fallait lever de nouveaux impôts pour payer ses dettes ; mais les habitants, épuisés par les efforts même qu'ils faisaient et décimés par la contagion (1606), succombaient sous tant de charges. Une catastrophe suprême allait compléter la ruine de la ville. CliAteaudun dépeuplé consenait encore son ancienne enceinte trop vaste pour ses habitants. On y remarquait de nombreux édifices ; entre autres : l'abbaye de Sainte-Madeleine, dont le trésor renfermait le verre de Clvarlemagne ; le château avec la sainte-cliapelle, et un vieux donjon; sans compter sept paroisses, six prieurés, une commanderie de l'ordre de Malte, denx couvents d'hommes et un de femmes. Le 20 juin 1723, le feu prend dans la maison d'un paysan du faubourg oriental de Saint-Valérien ; le vent favorise son action, et en cinq heures le faubourg est consumé. La llamme, cependant; sans s'arrêter, enveloppe la porte d'Amont et envahit la ville. L'incendie ne diminue qu'après trente-six heures d'horribles angoisses : il cesse le 28 ; mais pendant trois mois encore, la flamme rampe sous les décombres. Quand on voulut faire l'inventaire de ces ruines, trois églises . 'cinq édifices publics et sept cent quatre-vingt-dix-huit maisons avaient complètement disparu. Saint-Valérien et Saint-Pierre étaient endommagées, et trois mille pauvres n'avaietit pour asile que les carrières et les caves du roc.

La France entière s'émut è cette affreuse nouvelle. Louis XV accorda à la ville l'exemption de tous impôts, pendant dix ans, un secours de six cent mille francs, et la coupe des bois du clergé et des communautés pour réparer les pertes. Un constraisit des baraques provisoires pour les pauvres, auxquels ou donna du travail et du pain , et enfin l'arcliitccte Uardouin vint dresser sur les lieux le plan d'une ville nouvelle, la môme que nous voyons aujourd'hui, et qui, malgré sa vaste

C HATE Ai: DU N. 6ig

place, ses larges rues et ses belles maisons , n'atteint pas l'enceinte de sa devancière. Bâti à l'extrémité de la chaîne de collines qui bordent la rive gauche du Loir, Chiteaudun forme un carré dont les quatre cétés regardent les points cardinaux. La ville, du sommet de sa rive escarpée, domine le Loir dont la courbe gracieuse la borne au nord. Au nord-ouest, dominé par la vieille tour de Thibaut-le-Tricheur, le château bâti par les ducs de Longueville sur la croupe du coteau, plonge ses fortes murailles de guerre jusqu’au fond de la vallée: Au sud-ouest, l'églisc-dc la âladelcinc conserve encore quelques vestiges des bienfaits de Charlemagne; et au sud-est, la petite chapelle abandonnée de Chaudé occupe un autre coin , tandis que l’église romane do Saint-Valérien se rapproche du centre , où s’étend la vaste place sur laquelle un bizarre hôtel de ville fut bâti , vers la fin du xviii* siècle.

Depuis l’époque de sa reconstruction jusqu'à nos jours, Châteaudun ne mérite guère de fixer l'attention de l’historien. C'était, sous l’ancien régime, le cheflieu d’une élection et le siège d'une justice seigneuriale , ayant sous sa dépendance cinq châtellenies, où l'on suivait la coutume particulière du Danois, et ressortissant au bailliage de Chartres Les éebevins qui faisaient partie de son corps municipal étaient chargés du service de la police, et avaient le droit de punition corporelle sur les boulangers et autres gens de métier. En 1050, les maires et les échevins achetèrent et ri'unirent au corps de ville les offices de receveurs des deniers communs; plus tard (1712), lorsque les fonctions municipales furent créées en titre d’offices, la ville les acheta pour une somme de douze mille sept cént cinquante livres. Châteaudun est aujourd'hui l'un des chefs-lieux de souspréfecture du département d’Eure-et-Loir. La population de l'arrondissetnent atU‘in.t le chiffre de 62,618 habitants; la ville en renferme près de 6,600, population industrieuse, intelligente, et qui a mérité qu'on dit d'elle : U est de Châteaudun, il entend à demi-moC Châteaudun faisait autrefois un important commerce de laines et d'étoffes; on y trouve encore des fabriques de couvertures, des filatures de coton, et quelques tanneries. Mais le source la plus abondante de la richesse pour ce pays est dans l'agriculture ; ses marchés et ses foires célèbres à la ronde sont abondamment ponnus de grains, de bois, de fruits, deehanvre, de lin , de bestiaux , de volaille et de vin. Sur quatre-vingt-quatorze usines que contient l'arrondissement, quatre-vingt-onze sont employées à moudre le blé.

Parmi les hommes distingués, auxquels Châteaudun a donné le jour, nous nous contenterons de citer: Lambert Licors, l’un des auteurs de cette histoire d’Alexandre-le-Grand qui introduisit dans notre langue les vers appelés pour cela alexandrins; Horentde ViUiers, conseiller de Jean de Dunois, bâtard d'Orléans, médecin et fameux astrologue; Augustin ( otté, qui a décrit dans un latin étrange les beautés de son pays; Haoul Baulrais, avocat au grand conseil , jurisconsulté, poète et historien, mort en 1650; Nicolas Taulain, l’ilhistre cmailleur; Nicolas Chaperon, qui grava à Rome les loges de Raphaël ; et enfin le musicien Guedon. '

1. Cæs. Aug. GuUf , CasUidunensii nytnp/ia vivaria, seu patria Dunenrit poitica deseriptio; 1 vol. in-li» tOOi. Parisiis. ~ Doyco , JJittoire ds la vtlU de Chartres, du pays ehartrain et de ta Beauce. — Annuotra du département d'Eure-^^Loir, aonéo 1A39.

VENDOME

Dans les siècU» les plus recalés sur lesquels l'histoire paisse nous donner quelques notions authentiques, Vendôme, que les Latins appelaient Vindoeinu)n, était une dépendance de la grande Cité des Carnutei ou Chartrains qui exerçait sur la Gaule celtique une puissante influence au temps où César y pénétra. Le fort de Vindocinum protégeait la frontière du territoire des Carnutei, du côté des cités limitrophes du Mans et de Tours ou des Turques et des Cenomani, et il était en même temps \' oppidum, chcf-licu' du pagus Vindocinensii qüi Tut plus tard le pays de Vendômois. Ce Tort occupait l'emplacement du vieux chlteau, dont les ruines couronnent encore l'extrémité d'une de ces côtes abruptes par lesquelles se termine presque partout le vaste plateau de la Beauce. l'n peulvan on pierre dressée qu’on voit dans les vignes près de la route de Blois, marquait probablement la limite de ses dépendances. Dans rintécieur de la montagne, de longues galeries creusées dans le roc en pente douce conduisaient les habitants ù des nappes d’ead souterraines où ils pouvaient s'abreuver en sûreté loin de la vue et des traits de l'ennemi. Le Loir baigne, au nord, le pied de cette côte escarpée et se partage en plusieurs bras qui forment comme un archipel de petites Iles basses et marécageuses. Sur la plus grande et la plus élevée de ces Iles, au centre du marais, étaient dispersées les mai.sons de bois et de terre où habitaient les clients et les serfs gaulois, tandis que la caste noble et guerrière occupait les hauteurs fortifiées de la citadelle. L'emplacement de ce bourg primitif est représenté aujourd'hui par le quartier qui s'étend depuis l’église de Saint-Martin jusqu'à la vieille chapelle de Saint-Pierre-la-Motte ; c’est encore la seule partie de la ville qui soit toujours au-dessus des eaux dans les plus fortes inondations.

J)e toutes les provinces intérieures de la Gaule , celle de Chartres , qui avait été jadis le principal siège de la puissance et du culte des druides, fut la plus rebelle à la prédication du christianisme. Les missionnaires qui essayèrent d’y pénétrer, au III' siècle, périrent tous martyrs de leur pieux dévouement. Saint Martin parait avoirprêché le premier à Vendôme la parole de l'Évangile. Son biographe, Sulpice Sévère, dit qu'en allant de Tours à Chartres, il s'arrêta entre ces deux villes dans un bourg populeux où II rendit la vie à un enfant expirant qu'une mère éplorée lui avait apporté en présence du peuple assemblé pour l'entendre. Ce récit ne peut s’appliquer qu'à Vendôme , où une tradition constante désignait la place sur laquelle s'est élevée la première église paroissiale de la ville comme celle où avait retenti la voix de l'apôtre des Gaules. Cette église était consacrée à saint Martin , et des ormes séculaires, plantés sur la place, passaient pour avoir ombragé sa tête.

Au commencement du v* siècle, l'oeuvre ébauchée par le grand évêque de

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Tours , fut reprise par un pieni anachorète dont le véritable nom est resté ignoré et quiu'cst connu que par le titre du bienhotircui ou Bienheuré, laneltu beahu, heureux de nom et de fait , dit naïvement son biographe. Ce saint habitait une grotte dans le coteau couvert de bois qui domine le l^ir, é l'est du château. t.a tradition raconte que cette grotte avait longtemps servi de demeure à un serpent monstrueux , terreur de toute la contrée. L'homme de Dieu s'embusqua à la porte de la cavernc, et d'un seul coup de-son bâlon de pèlerin, écrasa la tête du monstre, au moment où il sortait de son repaire. Cette légende , comme toutes celles qui font allusion au serpent, emblème du culte de Baal, indique l'existence d'un sanctuaire du paganisme, d'un anti*e consacré aux mystères sanglants des druides. Ce sanctuaire, au V siècle, devait être abandonné; le saint s'y établit, y éleva un autel au vrai Dieu, et les peuples témoins de ses vertus, vinrent en foule lui demander le baptême. C'est de cette époque que date réellement l'établissement du christianisme à Vendéme, et ce fut sans doute alors aussi que l'on y construisit la première église en l'honneur de saint Martin. Saint Bienheuré fut , presque aussitôt après sa mort, l'objet d'un culte public. On l'ensevelit dans sa grotte convertie en une église qui devint la seconde paroisse de Vendôme. Cette églises telle qu'elle existait en 1789, remontait en partie aux x’ et xi* siècles. Il ne reste plus que la base du clocher, tour carrée qui avait le roc pour fondement, et un caveau qui faisait partie de la grotte habitée par le saint. La vie de saint Bienheuré parait avoir été écrite, vers la fin du y siècle ; c'est le plus ancien document historique où la ville de Vendôme soit nommée.

,\u printemps de l'année 507, Chlodwig , allant conquérir le royaume des Wi$igoths, traversa Vendôme en se dirigeant de Paris vers la Loire, par la route de Chartres. Saint Soleinne, évêque de celte cité , l'accompagna jusqu’aux contins de son diocèse , et lui présenta h Vendôme même un pieux ermite nommé Deodatus ou saint Dié qui , aidé des bienfaits de Chlodwig, bâtit non loin dtrBlois un monastèi'C autour duquel s'est formée la petite ville de Saint-Dié-sur -Loire. Après la mort du conquérant des Gaules, Vendôme, toujours dépendant de la cité de Chartres, se trouva compris dans le royaume de Paris qui échut à Childebert, l'un de ses quatre fils. Dans un nouveau partage qui se fit en 570 , entre les enfants de Chlotaire, le territoire du diocèse ou de la cité de Chartres fut divisé. Toute la partie orientale de ce territoire, depuis Chartres jusqu'à la Seine, fut attribuée au roi de Boissons, Chilpéric; le roi d'Austrasie, Sighebert, eut Châteaudun et Vendôme; Contran, roi de Bourgogne, posséda Blois et Orléans. Le Vendômois fut ainsi séparé politiquement de son ancienne métropole , dont il continua de dépendre dans l'ordre ecclésiastique ; U a toujours fàit partie du diocèse de Chartres jusqu'à laxréation de l'évêché de Blois, en 1697. La ville de Vendôme était le siège d'un archidiaconé qui embrassait tout l'ancien pays ou pagus celtique de Vindoeiaum.

Vers le milieu du vr siècle , un pieux solitaire nommé Bouchard mourut à Vendôme. Il s'était retiré dans l'étroite vallée où passe la route de Tours, au pied des rochers sur lesquels s'élèvent les vieux murs du château , et il y avait bâti une petite chapelle dédiée à saint Lubin , évêque de Chartres, qui avait été son maître et son ami. Cette chapelle est devenue la troisième paroisse de Vendôme

et O donné son nom au faubourg qui s’èst formé dans re même vallon. Ainsi la viHc , à dater de cette époque, fut composée de trois bourgs : le bourg Saint-Martin, au nord , le bourg Saint-Bienheuré, à l'est, le bourg Saint-Lubin, à l'occident. Le nom de Veudéme, Vindocinum , resta toujours spécialement attaché au chAteau , dont la ville actuelle n'était que la banlieue.

Sous la dynastie mérovingienne, il y eut un atelier monétaire à Vendéme. On connaît deux triens, ou tiers de sols (f or, frappés dans cette ville et portant l'exergue Yidocinum. Cet atelier fut même conservé sous les Carlovingiena, comme le prouvent deux pièces d'argent de Charles-le-Chauve ayant au revers une croix avec le mot Vendtnis. La forme singulière de ce nom a fait attribuer ces pièces par quelques numismatistes à d'autres localités; mais un capitulaire de Chariesle-Chauve, de l'an 853, où le Vendémois est appelé poÿus Fendainivus, justifie le nom de Yendenit et rend l'attribufion à Vendôme incontestable. Dans la suite, les premiers comtes de Vendôme ont frappé des monnaies anonymes au type chartrain. C'est seulement au xni'' siècle que les comtes de la branche de Montoirc ont commencé à mettre leurs noms sur les monnaies qu'ils ont continué d'émettre jusqu'à ce que leur droit de monnayage ait été racheté par Philippe-le- Long, en 13-20.

La charte la plus ancienne où il soit fait mention de Vendôme , est de l'an 833, «ous le règne du Louis-le-Débonnaire. C'est un acte par lequel le comte Troannus et la comtesse Bova , sa femme , donnent à l'abbaye de Marmoutier, les biens qu'ils possédaient auprès de cette ville. Cette charte a cela de remarquable, qu'elle est revêtue des signatures des notables de Vendôme , boni homines, composant peutêtre le corps municipal de la ville à cette époque reculée. Il ne parait pas que Troannus aH été gouverneur du Vendômois. Le premier comte de Vendôme que l'histoire nous fasse connaitre est Bouehard, surnommé Rala Pilota, c'està-dire chauve-souris. Ce nom, comme celui d'Herbert éveille-chien , comte du Maine , à la même époque , était une allusion à la vigilance turbulente des seigneurs féodaux , toujours en course la nuit et le jour pour attaquer ou se défendre. La plupart des historiens ont supposé que Bouchard était fds de Foulquesle-Bon, comte d'Anjou, et, par conséquent, frère de Geoffroi-Grisegnnnelle, qui posséda ce comté après Foulques. Mais cette conjecture ne repose sur aucun fondement authentique et se trouve démentie par le mariage de la Qlle de Bouchard avec le Gis de Geoffroi-Grisegonnclle, Foulques-Néra , qui, d'après les rigoureuses interdictions des lois canoniques , n'aurait pu épouser sa cousine germaine. Il est beaucoup plus probabla que la famille des premiers comtes de Vendôme avait des rapports de parenté avec celle des seigneurs de Beaugenci ; car les possessions de ces deux maisons féodales étaient mêlées et comme enchevêtrées les unes dans les autres. Les seigneurs de Beaugenci possédaient , dans la ville même de Vendôme et au pied du château , le faubourg Saint-Bienheuré et le. terrain sur lequel a été bâtie, au xr siècle , l'abbaye de la TrinHé.

Bouchard, deuxième comte de Vendôme, surnommé le Vénérable, a été confondu par nos anciens historiens avec Bouchard Ratepilate , dont nous croyons qu'il était le Gis. Il fut dès l'enfance le serviteur dévoué, l'ami Gdèle de Hugues Capet, près duquel il avait été élevé. Devenu duc de France, Hugues lui Gt épouser

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une noble dame du sang royal desCxirlovingiens, Ëlisabctli, veuve d'Aimon, comte de r.orbeil, et le mit par là en possession de ce comté, auquel il joignit celui de itielun. Il fit plus encore ; lorsqu'on 98T, le vœu général des populations de la liaule Neustricnne l'eut élevé au trône, il investit Bouchard du titre de comte de Paris, qu'il avait porté lui-méme, et lui confia la capitale de cette France qu'il venail de créer, en fondant pour la première fois son indépendance nationale. En même temps, il conféra la dignité de chancelier à Kenaud, fils de Bouchard, et le fit élire évé(|ue de Paris. Ainsi la famille d(>s comtes de Vendôme exerça toute l'autorité politique et religii-use dans cette grande cité devenue le siège de la royauté nouvelle. Mais cette famille, qui avait jeté tant d'éclat à son origine, devait s'éteindre dès la seconde génération. Bouchard-le- Vénérable mourut , le 20 février 1012, eu odeur de sainteté, dans le monastère de Saint-Maur-les- Fossés, près Paris, où il avait pris l'habit religieux, et f'évéquc Renaud, qui lui succéda dans les comtés de Vendôme ou de .Melun, ne pouvait laisser de postérité

Après ce prélat bienfaisant, qui commença le défrichement des vastes forêts du Vendômois , une jeune fille représentait seule la dcsci'iidance des Bouchard. Elle se nommait Adèle et était née du mariage de la sa>ur de Renaud avec le comte d'Anjou , Foulques-Néra. Adèle, mariée à Odon, fils puîné de Eaudry, comte de Nevers, en avait eu quatre enfants. Seule héritière de son oncle, elle possi'“da le comté de Vendôme conjointement avec scs fils. Bouchard, qui était lahié, mourut jeune; le second, nommé Foulques, s'ennuya d'un jiouvuir partagé et o.sa chasser sa mère de ce comté qui était son légitime patrimoine. La malheureuse .Adèle alla porter ses plaintes à son frère (îeofi'roi-.Martel. Pour mieux l'intéresser à sa cause, elle lui céda la partie du Vendômois qu'elle s'était réservée et dont son fils l'avait dépouillée, ne demandant pour elle-même que justice et vengeance. Aussitôt Geoffroi somma son neveu de rendre ce qu'il avait usurpé par une si noire ingratitude; mais Foulques, pour toute réjMjnse, ravagea la portion du comté qui appartenait à sa mère. L'injure était sanglante . et Geoffroi n'était pas homme à la laisser impunie. Il marcha sur Vendôme et rencontra l'armée de Foulques, à une lieue de la ville, sur la roule de Toura, dans la plaine d'Huis.scau. Le combat s'engagea, et la déroute des soldats de Foulques fut telle que Gèoffroi-Marlel entra, le soir même, à leur suite dans le château de Vendôme. Foulques avait fui le premier, n'ayant gagné à sa ridicule bravade que le surnom d'Uisoii, Anseruluf, qui lui a été conservé par l'histoire.

Maître du Vendômois, Geoffroi s'en fit donner l'investiture par le roi Henri P', et dès lors le comté de Vendôme , séparé du pays chartrain , auquel l'unissaient sa position géographique et les souvenirs de sa nationalité primitive, fut rattaché dans l'ordre féodal à l'.Anjou dont il partagea toutes les destinées. Ces événements se passaient à la fin de l'an 1033. Pendant l'hiver suivant, Geoffroi-.Martcl s'établit au château (h‘ Vendôme avec sa femme Agnès, comtesse de Poitiers. Agnès était veuve de Guillaume-le-Grand, duc d'.Vquitaine, oncle maternel de Geoffroi, ce qui rendait son mariage incestueux suivant les lois de l'Église. Animée d'une piélé sincère, elle sentait douloureusement la réprobation à laquelle l'exposait celte union illégilime, et elle mettait tous ses soins à expier sa faute à force de prières et de] bonnes œuvres. Dans la nuit du premier dimanche de U. 8.1

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65i UKLÉANAIS.

CarCme de l’an 1031, ees pi^'iilblcs pensées, ravivées par l’appi'oche des jours saints, tenaient les deux époux éveillés. Ils se levèrent, s'àpproelièrent d'une fenêtre et promenèrent leurs regards distraits sur les prairies niarérageuses qui s’étendent au pied de la montagne que domine le château de Vendôme. Tout à coup une traînée de lumière semble sortir des nuages, et, traversant les aii's comme une flèche , va se plonger et s'éteindre dans le bassin d’une petite simree cachée au milieu des roseaux, directement en face de la tour où était le logis seigneurial, t'nc seconde, une troisième lumière apparaissent successivement et vont se perdre au même lieu. Agnès et Geoffroi furent vivement frappés de cette vision. Elle peut s'exidiquer d’une manière naturelle par les lueurs phosphorescentes si communes dans les marais; mais tous deux y virent un avertissement du ciel qui leur ordonnait de réparer par quelque grande expiation le scandale qu'ils avaient causé.

Le lendemain, au point du jour, l'évèque de Chartres, accompagné du curé de l'église paroissiale de Saint-Martin , se présenta devant Martel pour saluer l’illustre diocésain que le sort de la guerre lui avait donné. Encore préoccupés de leurs émotions et de leurs craintes, les deux époux lui racontèrent l’événement de la nuit et lui demandèrent ce qu’ils avaient à faire -pour apaiser la colère divine. Le vénérable prélat leur conseilla de fonder, à l’endroit même où les trois langues de feu avaient disparu , une église et un monastère en l’honneur de la Sainte -Trinité, et Geoffroi embrassa celte |>cnsée avec enthousiasme. Le terrain où était située la source miraculeuse ne lui appartenait pas, et ne relevait pas même de son fief ; il était compris dans la partie de la ville de Vendôme que possédaient les seigneurs de Beaugeiici. Ce terrain fut acheté des propriétaires immédiats, et Landry, sire de Beaugcnci, ratilia l’acte de vente en renonçant généreusement à ses droits de suzeraineté. L’acte est de la deuxième semaine de Carême, 103'»; ainsi la construition de l’abbaye de la Trinité ne fut pas commencée en 1030 ou 1032, comme l’ont dit plusieurs historiens; car l’acquisition du sol dut nécessairement précéder les travaux. Il ne reste des constructions primitives de GeoITroi-Martel que les vastes salles du chapitre et du réfectoire qui servent maintenant d’écuries à la caserne de cavalerie, le clocher de l’église abbatiale et les deux chapelles cpii forment la croisée du chœur. Les voûtes de ces chapelles sont décorées de colonnes accouplées , au-dessous desquelles sont scul[)tés en pendentifs les bustes de Geoffroi-.Martel et d’Agnès de Poitiers ; des deux tils du premier mariage de la comlesse, i|ui furent successivement ducs d’Aquitaine; de l’impératrice Agnès, sa fille, et de l’empereur Henri III, son gendre; enfin du comte foulques de Vendôme et de su femme Pétronille do ChiHeaurenault. Le clocher s’élève isolé sur une place , en avant de l’église. Cet admirable édifice , carré à sa base , devient octogone vers le tiers de sa hauteur, et se termine par une flèche en pierre, haute de trente mètres. La hauteur totale est de quatre-vingts mètres. Geoffroi-Martel avait voulu que, du fond de la vallée, la croix portée dans les airs par la flèche du monumenl sacré, domindt le donjon du chiteau bâti au sommet d(.‘ la montagne.

Tous ces travaux étaient terminés en I0'»0,et le 31 mai de celte année, le dimanche après la PenUvôle, la dédicace de l’église fut célébrée avec pompe en

VENDOME

prûsoncc il'iinc rmmbri'usc n’’unioiMl’évi’ques ('t d'ahlM'S, de (nus tes grands vassui\ du Venddtnois el de l'.Anjou , et d’une foule iinmense de peuple accuuru des contrées voisines. I.e concours fut si grand, (pi'il s'établit à cet anniversaiiv une foire qui se. tenait sur 1e |iartis de l'église de la Trinité et durait quinze jours. Le jour même de la dédicace, l'évéque de Chartres, Théodoric, donna une charte |>ar laquelle il déclarait le nouveau monastère indépendant de son autorité et relevant immédiatement du saint-siège, sans aucun pouvoir intermédiaire; pour obtenir la contirmation de ce privilège , Geoffroi-.Martel alla lui-niCme à Itome, en iO'iG, et dépo.sa sur l'autel de Saint-Pierre l'acte de donation qu'il faisait de son abbaye à l’église romaine èn toute propriété. L’empereur Henri III, qui avait épousé une filh; du premier mariage d’.Xgnès de Poitiers , était alors lout-|iuissaiit dans la capitale du monde chrétien. Le pape Clément U avait été son chapelain et lui devait son élévation. Ce pontife n’avait rien à refuser au beau-|)érc de l'impératrice; il conlirma par une bulle solennelle l’indépendance de l'abbaye de la Trinité, qui fut exemptée de toute juridiction ecclésiastique autre que celle de la cour de Rome. La i>eine de l'excommunication fut prononcée contre tous ceux qui dans l'avenir attenteraient à ses droits, à ses biens, à ses prérogatives. I.’abbé était élu librement par les religieux et pouvait s(! faire l'onsacrer par l'évéque qu'il lui plaisait de choisir; il n'était obligé d'assister 5 aucun synode nu concile, à moins que le pape n’y fût en personne. Aucune autorité ne pouvait rcxcoiumunier, et lors même qu’un interdit général était lancé sur le royaume de France ou sur 1e diocèse, dont l'abbaye dépendait, clic seule devait en demeurer exempte. Enfin , par un privilège dont il y a peu d’exemples , la dignité de cardinal fut conférée au monastère lui-même, en sorte que les abbés de Vendéme étciient agrégés de plein droit au sacré collège par le fait seul de leur élc-ction. Ils prirent tous, en effet, le titre de cardinal jusqu’à la fin du XVI' siècle, et le chapeau décora l’missnn de leurs armes sur les vitraux de l'église et sur les sculptures de ses voiltcs. L’abbaye elle-même portait le nom pompeux d' Abbaye Cardinale de la Trinité,

Martel ne se contenta pas d'avoir rendu son abbaye indépendante dans l'ordre spirituel, il voulut qu’elle ne fût pas moins libre dans l'ordre féodal. En restituant le Vendômois à son neveu Foulques, en 1050, il stipula formellement que les comtes de Vendôme n’auraient aucun droit de suzeraineté sur le monastère de la Trinité ni sur les églises, terres et villages qui en dépendaient. L'abbé était seul juge des homincs de ses domaines ; si une contestation s'élevait entre lui et le comte, ou entre les vassaux du comte et ceux de l'abbay e , c'était dans la cour de l'abbé qu’elle devait être jugée, et l'on ne pouvait appeler de sa décision qu'au tribunal suprême du chef de la chrétienté à Home. Foulques consentit à être dégradé de sa dignité et privé de son fief s’il violait les libertés du monastère, qui fut placé sous la protection spéciale des comtes d'.Anjou. Ainsi soustraite à l'action de tout pouvoir ecclésiastique ou séculier, l'abbaye de la Trinité fut un des plus remarquables exemples de ces grandes institutions monastiques que créa le moyen ûgc; espèces de républiques gouvernées par un chef électif, états libres ayant leur existence à part au milieu des royaumes et des seigneuries, échappant à toutes les lois comme à toutes les charges de la société.

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i‘t no reconnaissant d'autres supérieurs que 1)ieu et le pontife romain leprésentant de Dieu sur la terre.

l'ne autre fondation importante marqua le passage de Cieoffroi-Martel dans le Vendémois. En 1037 , après avoir fait à son père lui-méme itne guerre impie où il n’éprouva que des défaites, il avait entrepris un pèlerinage à Rome, au tombeau des Saints Apôtres. Pendant son absence , la comtesse Agnès était restée seule au château de A'endôme ; fatiguée de descendre chaque jour la pente escarpée de la montagne pour aller entendre la messe à la paroisse de Saint-Martin, elle résolut de fonder une église , avec un chapitre de chanoines pour la desservir, dans l'enceinte même du château. Maiiel, à son retour, approuva la pieuse résolution de la comtes.se , déposa dans la nouvelle église eolb'giale un bras de saint Georges qu'il avait rap|>m‘té de ses lointains voyages, et lui Ut pi'endre le nom de ce glorieux patron des chevaliers. La construction primitive de l'église était digne du fondateur de la Trinité , et elle fut emhellie et agrandie de siècle en siècle par les comtes de Vendôme et les princes de la maison de Dôurbon qui y avaient leurs sépultures de famille. Ce bel édilice a été complètement détruit depuis 1792 ; il n'en reste que des pans de murs en ruines , au milieu d'un jardin. Le chapitre de Saint-Georges fut doté de biens considérables; il était seigneur d'une partie de la ville et y possédait la petite église de Saint-Pierre-la-Motte. Les chanoines furent logés au pied du château , entre le Loir et la montagne ; leurs habitations y formèrent une rue qu’on appela la rue Ferme ou Fermée, parce qu’elle était fermée à chaque extrémité par une porte flanquée de tours que d’épaisses murailles reliaient aux fortifleations de la citadelle. Cette rue communiquait avec la ville par un pont qui , souvent détruit et reconstruit , s’appelait dans le siècle dernier le Po7il Neuf; on y arrivait en passant sous l'arche massive d’une porte fortifiée qui existe encore et près de laquelle étaient les prisons de la ville.

Geoffroi avait rapporté de son pèlerinage, avéc le bras de saint Georges, un cristal merveilleux au centre duquel scintillait une goutte liquide qu’on disait être une larme versée par Jésus-fbrist sur le tombeau de Lazare. Il fit don à son abbaye delà Trinité de cette précieuse relique, connue sous le nom de lasainle larme, et qui a été en grande vénération dans le Vendômois pendant huit siècles. Elle était renfermée dans trois coffres d'or enrichis de pierreries, et déposée dans un magnifique monument qui s'élevait dans le choeur de l'église, ù droite de l'autel, et où toute l'histoire de la relique était représentée en bas-reliefs. En 1792, le cristal miraculeux fut arraché de son reliquaire d'or et servit longtemps de jouet aux enfants d’un employé du district. Une personne pieuse s'en empara secrètement et le remit à un respectable prêtre, des mains duquel il passa dans celles de monseigneur Dernier, évêque d'Orléans, qui le donna en 1803 au cardinal C.aprara, légat du Saint-Siège. Ce serait donc en Italie qu'il faudrait chercher cette relique jadis si chère au peuple de Vendôme, si elle existe encore quelque part, âlais l'oubli dans lequel la cour de Rome l’a laissée, semble prouver que le Saint- Siège s'est refusé lui-même à lui reconnaître une authenticité que Mabillon avait à peine osé défendre. D'après les descriptions qui nous en sont restées, il est la-rmis d'y voir simplement un cristal de quartz, au centre duquel était renfer-

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mée une fçoutte d’eau mobile , phénomène assez rais' , mais dont presque toutes les grandes eollections minéralogiques offrent des exemples.

Le gouvernement de (jeoffroi-Martel , qui a laissé des traces si brillantes dans • le Vi'ndôinois, Onit vers 1050. Comme nous l’avons dit, il avait rendu à son neveu Foulques le comté de Vendéme, qui resta depuis dans la famille des Bourliard, sous la suzeraineté des comtes d’Anjou. I.es diverses branches de cette famille s’éteignirent à plusieurs repi'isi s par défaut d'Iicritiers males, et le comté de Vendôme passa ainsi par les femmes, au xii' siècle, dans la maison de Preuilly, et au xiii* dans celle des seigneurs de Montoire. En M29, le mariage de (Jeoffroi Plantagenet, comte d’Anjou, avec .Mathilde, fille unique de Henri l", roi d’Angleterre, prépara la réqnion de l’héritage des comtes d'Anjou à celui des rois de la Grande-Bretagne, dans la personne de Henri II. A dater de cette époque, le Vendômois, arrière-fief de l’Anjou, devint pays anglais, comme toutes nos provinces de l’ouest. Les comtés de Blois et de Chartres, au contraire, ne cessèrent jamais de l'elever de 1a couronne de France, en sorte que Vendôme fut pour les rois d’Angleterre une ville frontière protégeant l’extrême limite de leurs états. On a attribué à la reine Mathilde la fondation d’une maison de Templiers à Vendôme ; cette maison était richement dotée. Les chevaliers possédaient sur la hauteur, au delà des remparts extérieurs du château , un hôpital avec une chapelle qui , depuis linigtemps convertie en grange , a été démolie il y a peu d’années. Autour de ce manoir s’était formé un village auquel on donna le nom du Temple et qui est maintenant un des faubourgs de la ville. Les Templiers y exerçaient les droits de haute et basse justice, et ils avaient établi une foire qui s’est tenue, jusqu’à la fin du xvni' siècle, le I'» septembre, jour de l’Exaltation de la Sainte-Croix. Leur principale maison , fondée par la comtesse Mathilde, était dans la ville basse ; il n’en reste plus que l’église saccagée par les soldats de Henri IV et modifiée par plusieui's restaurations successives. Les cloîtres qui en dé|H>ndent paraissent dater du xiii* siècle et avoir été bâtis pour les Cordeliers.

I.e grand bras du Loir, qui passe au pont Perrin , séparait les possessions des Templiers de celles des Bénédictins de la Trinité. Dès le xi' siècle, ces religieux avaient ert^! entre ce bras de rivière et leur monastère un bourg dont ils étaient seigneurs et qui fut nommé le Hourg \eu/ Les habitants de ce lieu privilégié jouissaient de toutes les immunités, ou, comme on disait alors, de toutes les lilvertés de la puissante abbaye. Ils ne reconnaissaient pas d’autre autorité que celle des abbe^, qui étaient leurs seuls maitres et leurs seuls juges; dans les foires et marchés qui s’y tenaient, le commerce était libre et à fabri de toiitc exaction. Les comtes n’y avaient aucun droit de juridiction et n’y pouvaient lever aucune taxe; ce quartier était à ccMè de lu ville comme un état indépendant et un pays à part. De là résultaient souvent des contestations sur les lindtes des deux puissances rivales. La ligne de démarcation , fixée par plusieurs chartes, serait représentée de nos jours par la rue du Change, depuis le pont Perrin jusqu’à l’entrée de la rue Guénault , où existait alors un pont de bois nommé le Poncenu, sur un petit bras du Loir qui coule maintenant sous terre.

De t093 à 1130, le monastère de la Trinité eut pour abbé le célèbre Geoffroi dont Sirmond a publié les œuv res , parmi lesquelles se trouve un volumineux rc-

cucil (Ir Irltrcs qui nous montrent cet homme éminent mélé h toutes les alTiiin'S importantes et on relation avec tous les grands personnages de son temps. Il l>assa douze fois les Alpes pour aller à Rome; dans un de ces voyages, il se trouva assez fort, avec sa nombreuse suite, pour protéger le pape Urbain 11 eonlre les partisans de l’antipaiR- (îuibert , et assez riehe pour lui prêter une somme ronsidérable ipil le mit à même de déjouer les complots de ses ennemis et de s'asseoir paisiblement sur le trône pontiliral. Comme presque tous les abbés de Vendôme, (ieoffroi fut en guerre avec, le comte qui était alors GcolTroi de Preuilly. En vertu des privilèges apostoliques pai' lesquels il était permis de frapper des foudres de l'Église tous cein qui attentaient aux droits de l'abbaye, le comte fut excommunie et l'interdit pesa sur toute la partie de la ville qui lui était soumise. Les églises se. fermèrent, l'administration des sacrements fut susiiendue et l'on cessa même d'entei'rer les morts. Le chapitre de Saint-Georges, toujours attaché aux conitcs, s<‘s maîtres et seS bienfaiteurs, osa seul conti?iuer de célébrer le service divin, nonseuleineiit dans la collégiale du chAleau, mais même dans l'église de Saint-Pien'ela-Motte, qui lui appartenait. L'inhumation d'un bourgeois de la vilhv dans cette petite église provoqua une plainte furibonde de l'abbé Geoffroi , lequel écrivit à l'évêque de Chartres que les chanoines avaient enterré avec ce mort le bon droit et la justice. Cependant l'opinion populaire se soulevait contre le comte; il fut contraint de céder et de s'avouer vaincu, dénouement ordinaire des luttes de la force matérielle contre les idi-es dominantes d'une époque. Un jour, on le vit descendre de son chilteau et entrer dans l'église de la Trinité. Il se prosterna aux pieds de l'abbé et jura soicniiellcmtuit de ne plus faire désormais aucun tort à l'abbaye-, ni au,\ prieurés ou aux populations, leurs vas.salcs; il fit plus : imitant ceux qui se vouaient comme esclaves au service de Dieu et des moines, il mit en signe de sujétion quatre .deniei-s sur sa tête rt les posa sur l'autel avec un couteau, marque de son va.vselage. Cette humiliation d'un des suzerains les plus fiers et les plus lielliqucux qui aient gouverné le Vendômois , montre quelle était la puissance de cette grande abbaye que le peuple regardait comme le sanctuaire de sa foi et la sauvegarde dv; ses franchises.

En Itlit, le comte de Blois, Thibaut, a.ssiégea Vendôme; mais le comte Jean 1"' défendit vigoureusement le château, et, secondé par la bravoure de scs fils, Bogehard et Lancelin, força les ennemis de se retirer. Néuinmoins la ville fut pilli'e et il en résulta une affreuse misère : les pauvres expiraient de faim dans les rues et sur les places ; les mères vetvaient jeter leurs enfants à la porte de l'abbaye di‘ la Trinité. L'abbé Girard ouvrit les greniers de son monastère et distribua tous les jours aux indigents trois setiers de blé, depuis le commencement du carême jusqu'à la Saint-Jean. Empressés à soulager toutes les soulTrances, les moines portaient aux plus faibles du pain , du fromage et des légumes. Ces grands établissements monastiques, asile des lettres et des arts, protecteurs de l'agriculture, étaient aussi le refuge du (veuple dans les calamités publiques.

Pendant les longs et sanglants démêlés de Philippe-Auguste avec Henri II et Richard Cœur-de-Lion , le Vendômois , province frontière des rois anglais , dut à sa iKvsition le triste honneur d'être souvent le théâtre de la guerre. En 1188, Philippe-Auguste s'i'inpara de la ville et du château et fit pri.sonniei's deux cents

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chfvaliers anglais qui en formaient la garnison sous le eommamlcment de llobert de .Meuliin. Le comte Kuucliard priMa alors moinentanénient lionmiage au roi de France; niais par le traité de llilO, il redevint vassal de Kicliard. En llO'i, IMiilip|ie essaya de reprendre V'endôme, qu'il avait promis de donner au comte de Blois. Il occupa facilement la ville, qui n'élait point fortifiée ; mais le clulteau lui opposa une résistance opiniâtre, et Kicliard accourut pour en faire lever le siège. ItcsseiTé dans un lieu bas et sans défense, entre une armi'-e (Hincniie ot une citadelle qui dominait sa position , Philippe ne songea plus qu'à se tirer du mauvais pas où il s'était engagé. Cependant il envoya son héraut porter un délia Uichard, et lui fH annoncer que le lendemain il viendrait dans la plaine lui présenter la bataille. Mais dés le soir même, il Ht ses préparatifs de départ, et avant le jour, il sortit de lu ville par le faubourg Saint-Bienbeuré , se dirigeant sur Fréteval par l'ancien cbemin qui suit la vallée sur la rive ganebe du Udr. Kicbard , instruit de su retraite , le devança en passant le Loir au gué de Pezou et s'embus<|uu dans les bois qui couvrent, eii face de ce gué, une côte escarpée au pied de laquelle était alors un hameau dont il n'existe plus que des ruines sons nom, et que les chroniqueurs appellent Itdfogium ou Beaufnn. lài fut livré un combat célébré sous le nom de Fréteval, où les soldats de Philipp<‘, culbutés dans les marais, furent presque tous pris ou tués, l n convoi de chariots et de chevaux de trait qui suivait l'armée tomba au pouvoir des Anglais. Ils y trouvèrent des tonnes d'or, produit du recouvrement des impôts , la vaisselle du roi , sa chapelle, ses ornements, son sceau royal , les registix'S du Use et les chartes des barons, vassaux du roi d’Angleterre , qui avaient pris avec Philippe des engagements secrets. On a même prétendu que tous les titres de la couronne furent |verdus dans cette occasion et que le trésor des chartes fut créé pour éviter de semblables malheurs à l’avenir. Mais rien dans les documents contemporains ne cnnUrme cette supposition, et les recherches faites à plusieurs reprises dans les dépôts publics de Londres en ont prouvé la fausseté, car on n’y n découvert aucune Irace de cette prétendue conquête des archives de la vieille F' rance. Nos anciens historiens, trompés par le récit très-laconique de la chroniipie de Saint-Denis, ont placé ce combat sur le plateau de la Beauce, entre Fréteval et Blois. La découverte d’une masse considérable de feis de chevanx de forme ancienne, pareils à ceux ipi'on a trouvés dans les plaines de Crécy et d’Azincourt, et la disposition des lieux ipii l'épond encore parfaitement à la description de (!uillaume-le-Breton, ne perniidtent pas de douter que le véritable champ de hataille ne soit celui que nous avons pour la première fois signalé à trois lieues de Vendôme , sur la rive gauche du Loir, en face du village de Pezou.

Dix ans plus tard , la sentence pvdilique qui confisqua les possessions de Jeansans-Terre au profit de la couronne de France, fit passer le comté d'Anjou dans les mains de Philippe-Auguste et rattacha le Vendômois à la cause française dont il ne fut plus séparé. Les comtes de Vendôme devinrent alors les fidèles défenseurs de cette royauté capétienne qu'ils avaient combattue pendant un siècle. En 1227, ce fut au château de Vendôme que la reine Blanche , régente du royaiinie, conduisit son fils , le jeune Louis IX , comme dans un asile sûr, pour le mettre à l'abri des complots des grands vassaux. Elle y convoqua un parlenient où furent

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traili's les plus graves intérêts île l'état et où la régente , (>ar une habile modération , parvint à dissoudre les ligues menaçantes que les seigneurs avaient foi-mées contre-sou pouvoir.

l/enthniisiasme pour les croisades d'Orient, que saint Louis essaya vainement de ranimer, était «léjà Irès-refroidi au commencement du xiir siècle. Les p«'lerinages a Saint-Jacques de Galice, moins lointains et moins dangereux, attiraient la foule des lidélcs. Vendôme, situé sur la route directe du nord de la France en l-^spagnc, était sans C(>sse traversé par des Imndes de pèlerins. I.e comte Jean II fonila dans la > ille un hospice |Miur les recevoir. Dej hommes pieux , sous le nom de//crM condnnrs, s'étaient voués au senice de cet établissement chai’itahle. laîs pélei'iiis y étaient nourris et hébergés pendant un jour et même plus longtemps, s'ils étaient malades; puis les Irères les conduisaient processionnellement hors de la ville, sur la rouli' de l'oiii’s, à l'entrée du faulMvurg iNiint-Lubin. Là s'élevait une petite chapelle consacrée à saint Jacques, et qu'on nommait .So'nr-iacyHeitlu- Ituurliirr, parce qu'un ruisseau qui coule aujourd'hui sous terre, au pied de la montagne, formait alors, en cet endroit, un cloaque marécagcui. De nombreuses donations assurèrent la dotation de l'hospice, où l'on recevait aussi les pauvres malades de la ville. Des sanirs hospitalières étaient associées aux fréret cwdonéf, qui abandonnaient tous h’urs biens à l'établissement en y entrant, l'ne église était annexée à l'hospice ; on y dit pour la première fois la messe, le jour de Samt-Barthéleinv de l'an 1-JU3. Cest aujourd'hui la chapelle du collège; il ne reste des constructions primitives que la base du clocher et le mur de la nef'du cùté de la rue S<nnt-Jarques; tout le reste a été rebâti, en l’i52, et l'art de la renaissance y a prodigué le luxe de ses rirlnïs ornements et de ses délicates sculptures.

Nous avons vu les chevaliers du Temple établis à Vendûme, vers le milieu du xir siècle, par la comtes.se Mathilde. En 1-223, ils cédèrent leur maison à l'ordre des t'ordeliers, récemment fondé par saint François d'Assises. Ce couvent devint bientôt célèbre. Fût I2"V, il s'y tint un chapitre provincial des Frères .Mineurs <|ue saint Ilonaventure présida en |M-rsonne. A cette occasion, il prêcha dans l'église collégiale du château, où l'on conservait avec resp<>ct la chaire dans laquelle il .s'était assis; un cordelier venait, tous les ans, y prononcer un sermon. Cet ordre sut prendre sur le |H‘uple de Vendôme une influence qui se manifesta surtout à l'époque des guerres de religion. 1 es comtes de Blois avaient toujours été en cont(‘slation avec ceux -de \'endôme sur les limiti's respectives de leurs états. Ces deux villes, pendant tout le moyen itge, n'ont jamais cessé d'étre ennemies , et même de nos jours, il existe encore entre elles une rivalité jalouse. Ci‘S causes de dissension se multiplièrent lorsque, au xm* siècle, les comtes de Blijis dev inrent maîtres de tons les fiefs enclavés que les seigneurs de Beaugenci possédaient dans le Vendômois. En traité conclu, en 1339, entre Guy de (3iàtillon , comte de Blois, et Bouchard VI, comte de Vendôme, mit enfin un terme à ces débats qui avaient souvent allumé des guerres sanglantes et <)ui dégénérèrent en procès lorsque raffermissement de l'autorité royale eut fait tomber les armes des mains des seigneurs féodaux. En vertu de cet accord, sanctionné par h; roi l'hiiippe de Valois, qui en avait été le médiateur, le faubourg Saint-Bienheuré se trouva réuni |Miur la première fois au domaine des comtes de Vendôme. Mais

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comme il afait été Aipulé qae les fiefs échangés conserveraient leurs usages et leurs franchises, la coutume d'Orléans continua d'étre ohsenée dans ce quartier, tandis que le reste de la ville, comme tout le VendAmois , obéissait à la coutume d’Anjou depuis que le comté avait été soumis à la suzeraineté de Geoffroi-Martcl et de ses successeurs. Les appels du bailliage de Vendôme étaient portés, depuis cette époque, à la sénéchaussée de la petite ville de Beaugé en Anjou, et cet arrangement bizarre subsista jusqu'à la réunion du VendAmois à la couronne ; alors il y fut créé un bailliage royal dont les appels se portaient directement au parlement de Paris.

Le VendAmois ne souffrit pas moins que le reste de la France des guerres funestes que les premiers rois de la branche des Valois eurent à soutenir contre les Anglais. En 1357 , Louis, fils du roi Jean , comte d'Anjou , et en cette qualité suzerain du comté de Vendôme, fit élever autour de la ville, pour la protéger contre les bandes anglaisi^s , les remparts dont on voit encore les restes. En même temps il ordonna A l'abbé de la Trinité d'entourer son monastère et le bourg qui en dépendait, de bonnes murailles avec tours, barrières et ponts-levis. L’abbé faisait faire le guet par ses vassaux sur la partie des fortifications qui lui appartenait et y donnait le mot d'ordre, sans que le cappitaine de ta ville y eut que veoir, dit un arrêt du parlement de l'an 1350. Il avait une porte particulière ouvrant sur les prés , mais avec deux clefs dont l’une devait rester déposée entre les mains d'un bourgeois de la ville. La maison abbatiale, adossée aux remparts, était voûtée et construite toute en pierre , sans bois ni charpente ; cette espèce de fort détaché, qui témoigne de la sollicitude des abbés pour leur sûreté personnelle, était connu sous le nom de Châtenu-Margot; il a été remplacé, auxvi' siècle, par l’élégant édifice qui sert aujourd’hui de presbytère. Les murailles de la ville embrassaient tous les quartiers compris entre les deux grands bras du Loir qui leur servaient de fossés. On y entrait par quatre portes , sans compter celle qui établissait une communication intérieure entre la ville et le ehàtcau par la rue Ferme.

Toutes ces portes consistaient en une arche massive, flanquée de deux grosses tours, surmontée d'un donjon avec herses, ponts-levis, meurtrières et barbacanes. L'extrémité des ponts qui y conduisaient était défendue, sur l'autre bord, par une petite tour ou eschauquelie et par une redoute gazonnée qu'on appelait bottllevert. L'emplacement des quatre portes est encore marqué par les ponts Chartrain, Saint-Bié, SainùMichel et Saint-Georges. La porte Saint-Georges seule a été consenée. Dans le fort qui la protégeait est établi aujourd'hui l'hôtel de ville. f..a construction massive des deux grosses tours peut dater du temps même de l’érection des fortifications; mais l'élégante façade de l'édifice, les créneaux légers qui le couronnent et les médaillons sculptés qui le décorent appartiennent au commencement du xvi* siècle, au temps où François de Bourbon et Marie de Luxembourg tirent briller les arts à Vendôme d’un si vif éclat. Cependant toutes les précautions qu'on avait prises pour fortifier la ville ne l'empêchèrent pas de tomber entre les mains de l’ennemi. direction de la défense , partagée entre le capitaine qui commandait la place et l'abbé de la Trinité, ne pouvait guère permettre une résistance sérieuse. Fendant le carême de l'année 1362, une de ces compagnies de Gascons et d'Anglais, qui parcouraient la France en

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ravageant tout sur leur passage, s’empara de Vendôme et y resta jusqu'à l’Ascension. La ville , saccagée par ces brigands, fut presque dépeuplée, et toutes ses églises furent à moitié détruites.

.Malgré les malheurs du pays, les comtes de Vendôme s’étaient élevés, vers la fin du XIV' siècle, à un haut degré de puissance et d'illustration. Ils avaient pris part des pi-ciniers aux croisades contre les Albigeois , et le comté de Castres leur était échu dans les dt'pouilleS des hérétiques. Pc nobles alliances ajoutèrent encore à leurs possessions héréditaires les riches seigneuries de Bonneval, d'Kpernon , de Ponlhieu, de la Ferté-Aleps, du Theil, de Rémalard, de Cailly, de Quillebocuf. Mais ils ne pouvaient échapper longtemps è la destinée qui poussait toutes les grandes familles féodales à venir successivement se fondre dans quelque branche do la race capétienne. En 136i, Ilouchard VII, comte de Vendôme, épousa Isabelle de Bourbon , fille de Jacques de Bourbon, comte de la Marche , qui fut tué à Briguais en combattant les bandes de brigands qu’on appelait les lard-venus; et Catherine de Vendôme, sœur de Bouchard, devint en même temps la femme de Jean de Bourbon, frère d'Isabelle. Ce double mariage rattacha pour toujours les Bourbons au Vendômois. Plus tard, la branche de Bourbon -Vendôme survécut seule à l’extinction de tous les autres rameaux de cette illustre famille, et le château de Vendôme devint le berceau de la race royale qui monta sur le trône de France avec Henri IV. Le dernier des Bouchard mourut en 1372, et Jean de Bourbon prit dès lors le titre de comte de Vendôme du chef de sa femme Catherine. Louis de Bourbon, son fils , pendant les déplorables draordres qui divisèrent la famille royale sous le malheureux règne de Chai les VI, suivit constamment le parti des ducs d’Orléans. En 1410, la reine Isalieau de Bavière, chassée de Paris par tes partisans du duc de Bourgogne, vint se réfugier à Vendôme et déposa entre les mains des religieux de la Trinité trois mille écus d'or qu’elle avait prudemment emportés dans sa fuite. L'avenir lui paraissait alors si incertain, qu’elle consentit à ce que les religieux gardassent ce trésor si elle ne le réclamait pas de son vivant. L’acte original de ce dépôt secret portant la signature autographe d’Isabelle , existe aux archives de la préfecture de Loir-et-Cher.

Tandis que la ville de Vendôme servait d’asile à une reine de France, le comte Louis de Bourbon était captif en Angleterre. Il avait été pris, en 1415, à la funeste bataille d’Azincourt, où il se distingua par une brillante valeur. Les Anglais le renfermèrent dans la Tour de Londres et lui demandèrent une rançon de cent mille écus d'or, somme énorme pour le temps. Le comte eut beau épuiser toutes scs ressources et celles de ses sujets appauvris par les calamités delà guerre, il ne put réunir que cinquante-quatre mille écus et demanda en vain qu’on lui permit sur parole de revenir en France pour recueillir le reste de la somme. Le refus de scs cruels geôlici's ne lui laissait plus d’espoir que dans la protection du ciel. Il fit vœu à Dieu et à la sainte Larme de Vendôme que, s’il pouvait recouvrer sa liberté, sans déshonneur de sa personne et sans violer sa foi , il porterait lui-môme , le vendredi d’avant le dimanche de la Passion , jour où on lit dans l’église l’évangile de la résurrection de Lazare , un cierge du poids de trente-trois livres, en mémoire des ti'cnte-trois ans que Jésus-Christ a vécu sur la terre; que ce cierge ,

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placé dans le chœur de l’église de la Trinité , y brûlwait nuit et jour dcv;inl le reliquaire de la sainte Larme jusqu'au dimanche de Pdques , et qu'à l’avenir un prisonnier serait délivré, tous les ans, des prisons de \’endOmc à condition d’accomplir la même cérémonie. Dieu exauça la prière de Louis de Bourbon ; il réussit à s’échapper d’Angleterre, en 1V27, et, le dimanche de Lazare, de l’année 1429, étant de retour à Vendôme , il accomplit son vœu en suivant la procession tout nud, dit l’acte authentique de sa donation. Cette cérémonie a toujours été, depuis, observée à Vendôme jusqu’au milieu du xviir siècle. On délivrait, chaque année, à cette occasion, un prisonnier; et lorsqu’il n’y avait pas de criminel justiciable dans les prisons de la ville, le cierge était porté par un pauvre.

Jeun de Bourbon- Vendôme, fils du comte Louis, fut, comme son père , un des vaillants capitaines qui, avec l’aide de Dieu et de la Pucellc, délivrèn'nt la France du joug des Anglais. Ce fut wns doute sa Odélité éprouvée qui détermina le roi Charles Vil à tenir sa cour de parlement au château de Vendôme, en l'iI'vS, pour le jugement du duc d’Alençon, accusé de haute trahison. La cour, composée des princes du sang, des pairs du royaume, des grands ofllciei's de la maison du roi et de trente-quatre conseillers au parlement de Paris, tint ses séances pendant un mois dans la grande salle du château, où logeait le roi, prés de son prisonnier renfermé dans les affreux cachots de la tour de Poitiers. Le duc fut condamné à la peine de mort que le roi commua en une prison perpétuelle. Jean de Bourbon fonda à Vendôme, en 1474, l’église de la .Madelaiiie, remarquable par son élégant clocher; il mourut, en 1477, et François de Bourbon, son lils, lui succéda, n’étant encore âgé que de sept ans. Le nom de François de Bourbon ne doit être prononcé par les 4’endômois qu’avec amour et reconnaissance ; car sous sa bienfaisante administration et celle de sa digne compagne, Marie de Luxembourg , la ville de Vendôme atteignit le plus haut degré de prospérité et de splendeur quelle ait jamais connu. C’était l’époque si bien nommée de la renaissance, puisque la France sortait alors, brillante et rajeunie, des ruines qu’un siècle de guerres désastreuses avait entassées sur son territoire. Il n’est presque pas une église dans le 4'endômois qui ii’ait été rebâtie , au moins en partie , sous François de Bourbon ou sous son fils Charles. A Vendôme môme on leur doit la reconstruction de l’église paroissiale de Sainl-.Martin , admirable monument , dégradé par le vandalisme moderne et transformé en une halle sale et obscure. La première pierre en fut posée par .Marie de Luxembourg , et l’édifice entier fut terminé en 1539. L'indusiric était alors fiorissante à Vendôme et la population devait être supérieure à ce qu elle est aujourd’hui. L’emplacement que couvre maintenant le jardin du collège, était occupé par de nombreuses tanneries. Des manufactures de draps, de serges, de gants, augmiuitaient la richesse du pays et l’aisance des classes ouvrières. « C’est merveille, dit André Durbesne, du grand trafic de gants que cette ville fuit non- seulement par tout le royaume, mais encore ès contrées voisines. » .Marie de Luxembourg établit une fabrique d’aiguilles dans la rue qui a porté depuis le nom de !' AiyuiUerie. Elle avait fuit venir de Flandre d’habiles brodeuses pour former à ce métier les jeunes filles de la ville qu’elle se plaisait à réunir autour d’elle, dirigeant et partageant leurs travaux.

Frauçois de Bourbon suivit Charles Vlll à la conquête du royaume de Naples ,

SC signala parmi les plus braves, â la journée de Fomoue, et mourut de maladie, peu de temps après, à Verceil, le 3 octobre lV.i5, dgé seulement de vingt-cinq ans. Marie de l.uicmbourg, restée veuve à la fleur de l'Age , prit l'administration des vastes domaines de sa maison, pendant la minorité de son fils Charles , qui n'était Agé que dix ans, et les gouverna avec une sagesse dont le souvenir vit encore dans le pays témoin de ses vertus et de ses bienfaits. Ce fut à cette époque que Louis de Crèvent, abbé de la Triuité, entreprit de reconstruire son monastère, dévasté pendant les guerres du xiv* siècle, cl où il ne restait plus que des ruines. Déjà son prédécesseur, Aymery de Coudun, avait commencé à relever la nef de l'église abbatiale dont il lit les trois premières travées du côté du chœur. Louis de Crèvent continua cette grande entreprise, qui ne fut terminée que sous la direction d’Antoine de Crèvent, son neveu et son successeur. Le 18 juin 1492, Louis de Crèvent tint un chapitre où il fut décidé que toutes les ressources de la communauté seraient employées à la réédifleation de l'abbaye. On imposa une taxe sur tous les prieurés et bénéfices qui en dépendaient, et l'abbé lui-même se taxa au tiers de son revenu C'est à ces généreux sacrilices que nous devons un des édiflees les plus remarquables de la brillante é|H>quc de la renaissance. Marie de Luxembourg concourut de ses dons a celte belle œuvre et posa elle-même la première pierre du magnifique portail dont toute la surface semble revêtue d'une admirable dentelle de pierre. Un religieux, le père de Jarnay, traça le plan du monument et dirigea tous les travaux ; le nom de cet humble artiste serait resté inconnu, s'il n'avait pas figuré dans les comptes des dépenses de la construction que les archives de l'abbaye conservaient encore au siècle dernier. Louis de Crèvent fit construire le portail, la nef, le chœur de l'église et les doîti'es si délicatement ornés qui sont compris aujourd'hui dans la caserne de cavalerie. On doit à Antoine de Crèvent la chapc'lle de l'abside et une partie de celles qui rayonnent autour du chœur, la sonnerie renommée qui retentissait dans le gigantesque clocher de Geoffroi-Martel, les éclatants vitraux , les charmantes arabesques du sanctuaire et les stalles du chœur, monument unique et précieux du degré de perfection qu'avait acquis alors la sculpture en bois. En présence de tant de chefs-d'œuvre, il est permis de dire (juc le gouvernement de François de Bourbon et de Marie de Luxembourg fut pour Vendôme , dans les humbles proportions de son existence provinciale , ce qu'a élé le siècle de Périclès pour Athènes et celui de Léon X pour Rome moderne.

Le comté de Vendôme fut érigé en duché-pairie par François !•', l'an 1515, en faveur de Charles de Bourbon. Ce premier duc de Vendôme résida presque toujours dans la Picardie, dont il était gouverneur, et mourut à Amiens le 25 mars 1536. Il fut l'aTeul de Henri IV, et Louis de Bourbon , un de ses fils , devint la tige de la maison de Coudé. Son éloignepient habituel ne Tempêcha pas de faire beaucoup de bien dans son duché. En 1534, il abandonna aux magistrats municipaux de Vendôme le droit de barrage qui se percevait à l'entrée de la ville, O à la charge de faire tenir et entretenir les pavtîs de ladite ville et forsbourgs, au dedans desdiles limites et barrières, tant ès rues qu'ès places et carrefours, le plus convenablement et commodément que se pourra. » En 1515 et 1519 , la viHe et tout le pays environnant Ruent afiligés d'une de ces maladies épidémiques, qu'ou

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dé&igiiait indislincleroent, au moyen Age, sous le nom de pestes. Ije tribunal du bailliage de Vendôme fut transféré au village de Tboré; les chanoines de Saint- Georges se réfugièrent dans les métairies qui appartenaient au chapitre. Il est à remarquer qu’à Vendôme, les rues dont la direction était du midi au nord, furent presqueentièrement dépeuplées par le fléau, tandis qu'il exerça peu de ravages dans celles qui s'ouvraient de l’est è l'ouest. Les habitants firent une grande procession, nu-pieds, en chemise et portant chacun un cierge ; ils montèrent ainsi à l’église collégiale du château qui possédait des reliques de saint Sébastien, et y offrirent une bougie roulée en cylindre , aussi longue que le tour entier de la ville. On voit dans les églises de la Madeleine et de la Trinité des vitraux ou est peinte l’effigie de saint Sébastien ; ils datent de ce temps où plusieurs confréries se formèrent en l'honneur de ce saint martyr regardé comme le préservateur de la peste.

En 1532, le parlement de Paris rendit un arrêt remarquable sur les franchises municipales de Vendôme. Quoique cette ville n'ait jamais eu de charte de commune, elle avait toujours été gouvernée par une municipalité élective. L’arrêt précité constate que, de tout temps, on avait accoustumé y faire assemblée pour eslire quatre personnes pour avoir la surintendance des édifices, murailles et deniers communs de ta ville. Ces délégués portaient le titre d'échevins. Depuis que l'abbaye ue la Trinité avait été comprise dans l’enceinte des fortifications, l'usage s'était établi de nommer pour quatrième échevin un religieux qui représentait le Bourg Neuf dépendant de l’abbaye. En 1 529 , les habitants étant réunis pour nommer les échevins, la. majorité élut, suivant la coutume , un religieux de la Trinité; mais le gouverneur, qui présidait l'assemblée, raya de sa propre autorité le religieux et lui substitua un bourgeois. qui avait eu le plus de voix après lui. L’abbé protesta contre cette violation de la liberté des suffrages et la cause fut portée devant le parlement. Les esprits étaient alors très-échauffés sur toutes les questions qui tenaient à l'ordre ecclésiastique et les idées de réforme commençaient à prendre faveur ; le parlement prononça dans ce sens en défendant aux religieux « d’accepter aucunement l’état d’échevins et aux habitants de ladictc ville de eslire aucun des religieux, sauf audict abbé de pouvoir envoyer un de ses officiers séculiers pour garder ses droicts dans le conseil de là ville. » Ainsi ce monastère, si puissant au moyen âge, auquel une partie do la ville de Vendôme devait son existence et qui traitait jadis d'égal à égal avec les souverains, ne pouvait plus même faire admettre un de ses moines, appuyé par le vœu populaire dans une assemblée d’échevins. Au reste, il faut convenir que ces grands établissements monastiques étaient alors tellement dégénérés, qu'ils avaient perdu presque tous leurs titres au respect et à la reconnaissance des peuples. Sous le déplorable régime des abbés commendataires, la discipline, la science, les vertus périssaient dans les monastères , et les richesses prodiguées par les fidèles aux pieuses corporations qui avaient si bien mérité jadis de la religion et de l'humanité, ne servaient plus qu'à entretenir le luxe des grands seigneurs et des prélats courtisans.

De monstrueux abus justifiaient le cri de réforme qui commençait à s'élever de toutes parts. I-e duc de Vendôme était alors Antoine de Bourbon , devenu roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret. Antoine était aimable, spirituel et

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bon, mais faible et léger. En religion, il n'avait guère d'autre sentiment que l'üidifférencc sceptique, si commune A la cour de François I". Il embrassa le parti de la réforme pai'ce que c'était la mode parmi les gens bien élevés, parce qu'il aimait les chansons et les psaumes de Marot, et surtout parce que les Guises, ses rivaux de crédit et de puissance, s'étaient déclarés les champions du catholicisme. Il établit un prêche à Vendême, au pied même de son cliAteau, à l'entrée de la rue Ferme, dans l'endroit où est maintenant le manège du quartier de cavalerie. Sa feuiine , Jeanne d'Albret , quuiqut! jeune encore , avait un caractère ferme et des convictions sincères. Élevée dans la religion catholique, elle résista longtemps aux instances de son mari, qui voulait la conduire au prêche: a Songez-y, lui disait-elle, si j'y vais une fois, je n'en reviendrai plus. > Elle (éda enfin; mais ce fut après avoir consulté les docteurs, étudié les livres de controversi' , et là où son mari ne voyait qu'un passe-tem|>s nouveau et une intrigue de cour, elle iiorta tout le fanatisme d'un esprit sérieux et convaincu. La population de Vendême, élevée à l'ombre du clocher de lu Trinité, était profondément catholique. L'exemple de ses maîtres ne fit aucune impression sur elle, et la réforme ne gagna jxiint de prosélytes dans la ville. Le chapitre de .Saint-George et l'abbaye de la Trinité avaient beaucoup perdu de leur popularité; mais l'héritage de leur inlluence avait été recueilli par les cordeliers établis depuis trois cents ans dans l'ancienne maison des chevaliers du Temple. Ces religieux avaient échappé à la corruption qui s'était glissée dans les riches abbayes de Bénédictins, et leur pauvreté les avait sauvés de l'invasion des bénéficiers laïcs. Le couvent de Vendéme était un des plus considérables de l'ordre; en 1512, il s'y tint un chapitre général auquel assistèrent trois cent cinquante religieux. Les prédications ardentes de ces moines exaltaient le peuple et le maintenaient ferme dans sa foi. En 15(i0 , on voit , par les comptes municipaux , que la ville payait un cordelier (mur (irêchcr le carême dans l'église de Saiut-.Martin.

Au mois de février de la même année, la ville de Vendôme eut un grand S|)cctacle. Le roi François II, se rendant de Paris à Blois, traversa ses murs avec la jeune reine Marie Stuart , alors dans tout l'éclat de sa beauté déjà célèbre. I.a municipalité de Vendôme n'épargna rien pour recevoir dignement son souverain; elle fit sabler les rues, éleva des arcs de triomphe aux portes, et offrit à la jeune reine un présent de noisille et de poin*s de bon chrétien. Tandis ((ue la ville témoignait ainsi un loyal atUicbement à son roi, le duc Antoine de Bourbon conspirait dans le château. Jaloux de l'inHucnce toujours croissante des Guises, il s'était uni à son frère le prince de Coudé, et aux protestants pour former un cum|)lot dont le but était de se saisir du duc de Guise et du cardinal de Lorraine, de les mettre à mort, et de s'em()arer de la personne du roi, pour couvrir de son nom les actes du parti. Ce fut dans le Veiidômois que ce complot se trama ; les conjurés tinrent des réunions nocturnes dans plusieurs manoirs, notamment dans celui de Freschines, sur la route de Blois, et dans celui de la Fredonnière, au village du Temple, près de Mondoubleau. Le château même de Vendôme abrita souvent leurs conciliabules. Ils croyaient surprendre la cour à Blois ; mais le duc de Guise , ayant eu quelqu(>s soupçons de leurs desseins, conduisit le roi à Auiboise, où il devait être plus en sûreté. En effet, les conjurés

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échouèrent dans leurs plans d'attaque , et furent surpris eux-mèmes par ceux qu’ils croyaient attaquer à l’improviste. Le plus actif de leurs chefs, la Renaudic, se rendant de Vendôme i Amboisc, pendant la nuit, arec une troupe peu nombreuse, fut arrêté par les troupes royales dans la forêt de Chéteau-Renault, et tomba percé de coups après une résistance désespérée.

Le mauvais succès de cette tentative découragea Antoine de Bourbon , et la mort de François II changea bientôt entièrement ses rues politiques. Devenu lieutenant général du royaume , il se rapprocha des catholiques et s'aUia an triumvirat formé par le connétable de Montmorency, le duc de Guise et le maréchal de Saint-André. Jeanne d’Albret refusa de le suivre dans cette conversion intéressée; comme elle l'en avait prévenu, une fois décidée à aller au prêche , elle ne voulut pas en revenir. D’ailleurs Antoine de Bourbon s’était laissé gagner par les dangereux attraits des fdles d'honneur de la reine-mère , et il fut facile de lui persuader qu'il compromettait son intérêt dans ce monde et son salut dans l’autre , en restant uni à une hérétique obstinée. Des négociations furent ouvertes avec la cour de Rome pour rompre son mariage, en lui faisant espérer la main de la veuve de François II, de la belle .Marie Stuart, qui l'aurait rendu roi d'Écosse et d'Angleterre; la Navarre devait être abandonnée à l'Espagne. Jeanne d'Albrct fut instruite de toutes ces menées. Blessée dans ses sentiments les plus intimes comme femme, dans son honneur comme reine, dans ses convictions comme sectaire, elle ne garda plus aucun ménagement. Tons les prêtres orthodoxes furent chassés de ses états de Béarn ; elle transforma les églises en prêches et interdit le culte catholique sous peine de mort; puis elle vint au chôteau de Vendôme, où elle mit une garnison de Suisses et de Gascons protestants, en attendant la prise d’armes que les huguenots avaient projetée pour les premiers mois de l'année lSC-2. Une collision sanglante qui éclata à Vassy, entre les proh'stants et les gens du duc de Guise , fut le signal du soulèvement. Le 1" avril 1562, le prince de Condé s’empara d'Orléans, et avant la fin du même mois, Blois , le Mans, Angers, et presque toutes les villes des bords de la Loire ouvrirent leurs portes aux bandes sorties de cette grande cité, qui était devenue le quartier général de la réforme.

La population catholique de Vendôme , malgré la présence de la reine de Navarre et de sa garnison protestante , opposait è ce mouvement une force d’inertie que rien ne pouvait vaincre. Jeanne, désespérant d’attirer les Vendômois dans son parti , résolut de les désarmer. Le 20 mai , elle Gt écrire aux échevins , par les capitaines de scs gardes, la lettre suivante, dont l'original est conservé à la bibliothèque de Vendôme : «Messieurs les échevins, suyvant la volonté de la royne, laquelle elle vous dcclaira hier, elle nous a commandé vous envoyer le desnombrement des armes qu’elle veult et entend que vous fassiez conduire ce matin de la maison de ville et porter en son château , pour la garde d’iceiluy duquel deppend la conservacion et garde de la ville ( suit la description des armes). Et du tout vous aurez telle descharge de S. M. que vous aurez occasion de vous en contenter. Aussy entand sa dite Majesté, que vous fassiez signer à vostre clerc de ville l’inventaire de toutes les armes trouvées en la maison et tours de la ville, et faict hier en nos présances, lequel nous vous renvoyons pour rest

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efTect. Faict à VendAme, le xx' jour de may 1562. Vos meillears amya, Duran, Lacaze. »

A la suite de cette pièce est la décharge donnée par Jeanne elle-même, de ces armes et munitions qui furent remises à ses commissaires, le jour suivant 21 mai. Dès lors, n’ayant plus à craindre les ressentiments du peuple, elle se livra sans réserve aui inspirations d'un fanatisme accru de toute la haine qu’elle portait à son mari. L’église collégiale de Saint-Georges, située dans l’enceinte du château, renfermait les tombes des anciens comtes de Vendôme et de la famille des BourlH)ns. U>s soldats de Jeanne violèrent les sépulcres des ancêtres de son époux , dévastèrent l’église , la souillèrent d’ordures, et brisèrent , avec les images des saints, les statues de marbre des mausolées, tlle-même se Ot apporter les vases sacrés et les reliquaires et en donna , le 27 mai , un récépissé signé de -sa main , au bas de l’inventairt! qui lui fut présenté par les cbanoines. Ces vases, mis en pièces, furent vendus ou convertis en nionnains; ils produisirent seize marcs d’or et cent vingt neuf marcs d’argent, sans compter les diamants et les pierreries. Jeanne remit ensuite les reliques enveloppées dans un linge è un suisse de sa garde, avec ordie de les jeter à la rivière. Comme ce soldat descendait la montagne, il rencontra un bourgeois de Vendôme, nommé Dupont, lieutenant particulier du bailliage, qui, moyennant quelque argent, racheta ces précieux restes |M>ur les rendre au chapitre dans un temps meilleur.

Depuis ce moment, la collégiale ne fut plus pour Jeanne et ses satellites que le temple de Sainl-Geonjei ; on en sonnait la grosse cloche pour appeler les huguenots au prêche ; les chanoines n’osaient plus célébrer les ofTices et étaient réduits è se réunir dans la maison de leur doyen. Quoique la population de la ville fût désarmée, Ji'annc n’osa pas étendre ces violences hors de l'enceinte du chiUt‘au. I.’abbaye de la frinité fut préservée du pillage par le respect qu’on portait à son abbé commendatairc, le cardinal de Bourbon , frère d’Antoine. Ce cardinal, d’ailleurs, pour mettre les reliques les plus précieustvs de l’abbaye, et surtout la sainte Larme, hors di*s atteintes de sa belle-sœur, les fit transporter A l'abbaye do Chelhjs, près de Paris. Le château de Vendôme continua d’être occupé, pendant plus de dix ans, par des soldats étrangers, et Jeanne confia scs pouvoirs dans le duché à des gouverneurs protestants. Cet état de clioses empêcha la ville de ressentir ie contre-coup des horreurs de la Saint-Barthélemy , auxquelles sa population ne prit aucune part. Jeanne d’Albret mourut peu de jours auparavant, et dès lors les catholiques commencèrent à respirer dans le Vendômois; car le jeune Henri de Navarre, héritier du duché de Vendôme, était loin de partager le fanatisme de sa mère. Cependant, ce fut seulement le 10 septembre 1575 que les échevins usèrent monter à la citadelle, abandonnée de sa garnison, pour sommer le concierge de leur représenter les armes appartenant A la ville « qui avoient esté cy devant mises audict chastcl par le commandement de la défuncle dame, royne de Navarre, s Ils montrèrent le récépissé qui avait été donné à leurs prédécesseurs; mais le concierge jura qu’il ne restait plus en sa possession a qu’ung gros faulconneau garny de son chcvallet et cinq harquebuzes è crocq. > Il fallut que les échevins se contentassent de cette restitution incomplète ; néanmoins les bourgeois furent désormais les maîtres de leur

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ville, et ils la gardèrent seuls suus la direcliun de leui's magistrats municipaux.

Lorsqu'un parti n’a plus ritui à craindre pour lui-mème, il devient bientôt intolérant. En 1581 , Louis de la Chambre , nbbé de la Trinité , obtin un arrêt du conseil du roi , en vertu duquel il fit fermer le prêche qu’Antoine de Bourbon avait ouvert au pied du chèteau. Le roi de Navarre fut vivement affligé de cette atteinte à la liberté religieuse; mais dans ce pays, qui était son domaine patrimonial, il ne put opposer à l'oppression de ses coreligionnaires que de vaines réclamations. Le 10 juin de la même année, il écrivit au roi pour se plaindre de l'acte arbitraire de l'abbé de la Trinité, en invoquant l'article de l'édit de 1563, qui autorisait les seigneurs hauts-justiciers à avoir un prêche public dans leur princi|ial manoir : «Ce qu'ayant fait , disait-il , en mon chasteau de Vendosme, qui est ma princi|>alle maison et celle dont je suis extraict, je ne puis que je ne me plaigne grandement , monseigneur, de l'injustice qui m'a esté faicte en vostre conseil par l'arrest qui a esté donné... Ce que je vous supplie très-humblement, monseigneur, vouloir considérer, et faire examiner les articles et conférences par lesquelles il se trouve qu’à Vendosme et à Montoire, le preschc cstably de si longtemps n'csl point contre l'édit , mais bien icelluy arrest qui me rend de pire condition que le moindre gentilhomme de France. » Cette lettre est remarquable en ce que c’est le seul acte par lequel Henri IV ait reconnu lui-même son extraction vendômoise. On sait qu'obéissant dès sa première jeunesse à l'inlluencc de sa mère, il avait renié la patrie de ses ancêtres, et que, Vendômois de famille et d’origine, il se faisait appeler le Béarnais.

La ligue catholique, qui s’était organisée secrètement dans la province, dès 156i, y dominait alors ouvertement, et toute la population l'appuyait de ses sympathies. Elle demanda pour gouverneur de Vendôme le sieur de Benehart, de l'illustre maison de Maillé, l’un des chefs les plus ardents du parti, et Henri IV se vit forcé d'accepter ce choix si contraire à ses propres inclinations. Maillé-Benehart, de son côté, s'engagea à lui obéir, comme à son légitime suzerain, dans tout ce qui ne touchait pas aux questions religieuses. Cet arrangement eut l'avantage de préserver la ville de Vendôme du lléau de 1a guerre civile. Les armées (Ulboliques n’avaient point de motif pour attaquer une ville où leurs frères dominaient, et les troupes protestantes la respectaient, parce que l'autorité de leur chef y était reconnue. Mais les malheurs de la France allaient toujours croissant, et aucune partie du territoire ne devait en être à l'abri. L'assassinat du duc de Ciuise, dans le château de Blois, où se tenaient les États, au moLs de décembre 1588, acheva de porter le trouble dans tout le royaume, et, six mois après, le poignard de Jacques Clément vengeait, sous les murs de Paris, le sang du héros de la Ligue.

Les Vendômois, quoique unanimement attachés à la cause catholique, même après les tragiques événements de Blois, restèrent d'abord fidèles à leurs engagements envers le roi de Navarre, et lorsque le soulèvement de Paris força Henri III de transférer à Tours le parlement et la chambre des comptes, la ville de Vendôme parut assez sûre pour qu’on y établit le grand conseil. Mais à la fin d’avril 1589, le duc de Mayenne, à la tête des troupes ligueuses, s'étant avancé de Paris vers Tours, par Chartres et Chàteaudun , l'approche de cette armée no

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pormit plus aux Veudôinois de rester neutres. .Mailié-Bcnelinrt arbora, avec tous les habitants, les couleurs de la Ligue, et livra la ville à Mayenne, qui y fit pri- .sonniersles magistrats du grand conseil, attarhésau parti contraire. Les consé- (|uences de celte résolution furent désastreuses pour le pays. .\u mois de novembre suivant, Henri IV, déjà vainqueur de .Mayenne au mémorable (tombât d'Arques, s'était vu obligé de lever le siège de Paris, après un assaut infructueux donné aux faubourgs de la rive gauche. Il man'ha d'ahord sur Êtnmpes, dont il s'(‘mpara, puis , à travers la Beain-e, sur Janville et Lhàteaudun , d'où il envoya sommer les Vendémois de s(! rendre. Il resta trois jours à Chàteaudun pour attendre li-ur réponse, et en partit le 11 novembre par l'ancienne route qui suivait la rive gauche du Loir. Le soir du même jour, la ville de Vendôme fut investie du côté du sud. Maillé-Benehart n'avait pour la défendre qu'une garnison de quatre cents hommes soutenue par huit cents bourgeois armés, et les fortilications, depuis longtemps négligées, étaient en si mauvais état, qu’elles tombaient presque en ruines. Il y avait de la témérité, si l'on veut, mais aussi quelque grandeur de courage à braver, avec d'aussi faibles ressources, une armée aguerrie, pourvue d'une bonne artillerie, et cinq ou six fois plus nombreuse que les défenseurs de la place.

Henri IV fut vivement irrité de cette obstination des Vendômois et de la résistance opposée à s(‘s armes victorieuses par une ville qui était son patrimoine et le tærceau de sa famille. Déridé à faire un exemple terrible, il lit occuper par scs trou|)es les faubourgs de Saint-Lubin et de Saint-Bienheuré, et alla se loger au château de Meslay, à une lieue de Vendôme, Sur le chemin par lequel il était venu. Iji journée du 15 se passa en (vourparlers avec Maillé-Benehart et les habitants, qui ne purent être amenés à se rendre sans conditions. Le IG, une attaque fut tentée contre la porte Saint-George; la grosse tour de cette porte, où est maintenant l'hôtel de ville, porte encore les traces des balles et d(‘s boulets dont elle fut criblée. Le 17, le roi ébmt venu lui-même visiter les travaux, lit placer deux canons en liattcrie sur les hauteurs qui dominent le fauluviirg Saint-Lubin, pour tirer sur la porte par laquelle on entre encore dans le château du côté du Temple. Le lendemain matin, cette batterie ouvrit son feu contre une tour qui était audessus de la porte et dont les murs étaient si mauvais qu'ils s’écroulèrent en partie dés les premiers coups. (Quelques fantassins (pil étaivmt au pied des remparts , voyant cette brécbe ouverte, se hasardèrent à monter jusqu'à la tour et la treJUvérent abandonnée ; les défenseurs en étaient sortis, craignant d'étre écrasés sous scs ruines. Ils s’y établirent eux-mémes et commencèrent à tirer dece point élevé sur les bourgeois qui garnissaient les murailles. Biron , que le roi venait de nommer maréchal de camp, fut témoin de ce coup hardi et comprit aussitôt l’avantage qu’on pouvait en tirer. Il courut à la brèche, entraînant avec lui toute son infanterie, et fit descendre ses soldats dans la cour du château. Les bourgeois armés qui gardaient les remparts , virent alors l'ennemi derrière eux , au centre de la citadelle, tandis que du haut de la tour on continuait à tirer sur leurs tôles. Pris entre deux feux, ils se débandèrent en faisant une trouée au milieu des assaillants qui leur barraient le passage ; ils descendirent en courant la pente rapide de la montagne, et se précipitèrent dans la ville ]var le pont de la rue Ferme. Mais

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