‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 112 sur 119 · ROMORANTIN · texte numérisé non relu

ROMORANTIN

Komoraiitin , bâti au confluent de la Saudre et du Morcnlin, qui lui a donné son nom, est la capitale de la Sologne, pays à seigle [siijiiloniu), pays de sable [sabulonia), en somme triste et pauvre pays, inondé dans les parties basses et couvert de marais, desséché sur les hauteurs, giboyeux partout, mais stérile et insuriisant pour nourrir ses habitants. I.a ville de Komorantiii se groupa peu à peu autour d'un château féodal, qui occupait l'Ilc marin dans la ^hiudre, et que sans doute défendait déjà la grosse tour encore debout aujourd’hui. Ce château dépendait de la paroisse de Lauthenay, dont il fut détaché, vers 1178, pour former une paroisse particulière desservie par les chapelains du manoir. I,a seigneurie et la justice de Komorantiii restèrent unis au comté de Blois, la première jusqu’en li't5, la seconde jusqu’aux premières années du xviii* siècle. I.es comh“s de Blois furent tous seignenrs de Homorantin, à une seule exception près, jusqu’à la première date. En 1218, ce lief échut à la fille de Thibaut de Blois, Isabelle, comti'sse de Chartres, dont le mari , Jean de Soissons, le revendit à Hugues de Châlillon. On doit noter encore que la maison de Champagne, en se séparant de la maison de Blois, conserva sur ses domaines, et par conséquent sur Romoranlin, des droits de suzeraineté que Thibaut VI, comte de Troyesetde Brie, céda, en I2;)'c, à saint Louis. .Mais, d’un autre crtté, les (comtes de Blois donnèrent sometit Romoranlin à lief en s’eti réservant l’hommage. Louis de tihâlillon , en t:l83, reçut en mariage de son père, Cuy II, la seigneurie dcRomomntin, et mourut bienirtt laissant son père pour héritier. Enfin, en l'vSO, Charles d'Orléans la céda à Jean, son frère bâtard, et la lui retira, en IVdO, pour lui donner le Ilunois.

Iji paroisse de Romorantin ii’avaîl pas encore vingt ans d'existem e , lorsque Louis comte de Blois, lui octroya, en 1196, une charte de commune, souvent cotifirmée depuis par ses suc.ces.se uisi. Les habitants étaient alTranchis du servage, exempts de corvée hors de la banlieue, et soumis pour uni(|ue impOt à une taxe

1. Bittoire dt par rablK* Siuion. 3 vol. — Mémoires manitsrrils dt* M. Üiichi^

mifi «1** la (ÜUHtnayu Jiur et te Ketuliimois. — Histoire nuntusrriU de la cotlrgiale de

Satul’-tieorÿes, |>ar le fhautiiiif (ki Bellay. — Mnnttsrrils divers et chartes.

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de cinq sous blesois par nicnagc, dont les pauvres iiii^nic étaient dispensés. Douze Élus administraient la ville et en avaient la police. On voit des députés de la commune aux États-Généraux de 1308. En 1356, le prince de Galles, déjà maiti'c delà ville, mit le siège devant le château défendu par les sires de Craon et de Boucicaut et l’ermite de Chaumont. L'assaut dura tout un jour sans succès; le lendemain , la résistance fut désespérée , mais l'incendie d'une tour rendit la continuation de la lutte impossible ; il fallut se rendre à discrétion. Le roi Jean arriva trop tard pour secourir la ville. C'est probablement en cette occasion que les canons furent pour la première fois employés à la défense des places. Plus d’un demi-siècle après, pendant le siège si fameux d’Orléans , quelques bandes détachées vinrent attaquer Komorantin, qu'elles prirent et livrèrent au pillage. Les habitants relevèrent peu à peu ses ruines, et la ville entra bientôt dans l'èro brillante mais trop courte de sa plus haute prospérité.

En 1V15, il l’épi)(|ue du partage fait enin- Charles d'Orléans et Jean, son frère, comte d’.'Vngouléme, Komorantin était échu au dernier, qui l'habita souvent. (Juelqucs années plus tard, Louis \ll vint fixer sa résidence à Blois; et ce bruit, ce mouvement, cette ai-livité de deux cours égaya pour un moment et enrichit la triste Sologne. Jean lit abattre le vieux château de file .Marin, premier berceau de 1a ville, et construisit sur la rive droite de la Sandre un château plus s|Nicieux, achevé pai'son fils C.harles, et ipii sert aujourd'hui de sous-pirfecture; de tribunal , de gendarmerie et de prison, l ue nouvelle enceinte, depnis longtemps promise, s’éleva vers 1500 pour remplacer les ijinrs détruits par les Anglais; elle ne fut achevée que sous Charles IX : il en reste la [vorte d’Orléans, édifice de quelque caractère. Fraiifeis 1", qui passa sa jeunesse- à Komorantin, le réunit à la ouronne en montant sur le trône, et le plaça dans le douaire de sa mère. Ce prince accorda de nouveaux privilèges à la ville, qui peut-être alors contenait dix ou douze mille habitants. On avait entrepris par ses ordres les travaux d’une royale et magnifique résidence, lorsvpie la peste le força de se retiivr à Chamlvord, où il lit consli'uire le château qui existe encore (1520). François I" revint ceivcndant plus d'une fois à Komorantin ; il y était notamment au jour des rois de l'an 1521. Tout le monde connaît le siège burlesque de l'hôtel Saint-Paul, où le roi de France avait envoyé défier le roi de la fève ; le condvat à boules de neige, qui émut la place du (hirroir duré, et la blessure imprévue qui faillit coûter la vie au roi et mit à la mode parmi les courtisans les cheveux courts et la barbe longue. Depuis ce temps, Komorantin commença à dt'-cliner. François II, élevé dans les envirotis, y vint quelquefois et y rt-ndit même, en 1500 , cet édil , fruit de la politique conciliante de L'Hôpilal , qui a conservé le nom de la ville. Ses successeurs la visitèrent aussi, mais enfin Henri IV l'abandonna et avv-c lui la fortune.

Plusieui-s antres causes concoururent à la misère de la Sologne, la-s guern-s de religion la déchirèrent, pendant près de trente ans. En 1.5G2, les Ks|>agnols s'emparèrent de Komorantin; peu de temps après, les religionnaircs y excitèi-ent des troubles, et en 1565 ils en pillèn-nt l'église, qu’ils détruisin-nt en iwrtie, et (|u'ils trouvèrent encore moyen de saccager en 1567. Bientôt le duc d’Alençon , chef des politivpies, mit garnison dans la ville, et y causa de grands maux ; vaine-

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