‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 12 sur 119 · MONTDIDIER · texte numérisé non relu

MONTDIDIER

par des monunieids, nous citerons seulement : Jean Fernel, itéen 1509, médecin de Henri II et de Catherine de Médicis, dont les écrits eurent, de son vivant, une grande autorité; Romain Dufeu, aussi médecin et recteur de l'université, mort en 1600 ; Claude Lecaron , célèbre avocat et commentateur de la Coutume de Péronne et de ilontdidier; Antoine Galland, né dans les environs de Montdidier en 16i6, habile orientaliste, connu surtout par sa traduction des Mille et une Nuili; Claude Capperonnier, né en 1671 , et Jean Cnpperonnier, son neveu , né en 1716, tous deux lecteurs et professeurs rojaux en langue grecque au collège de France, et connus par de nombreux ouvrages d'érudition; François Béjot, né en 1718, garde des manuscrits de la Bibliothèque du roi ; Parmentier, né en 1737 , dont il sullU de citer le nom pour rappeler le souvenir d'un des bienfaiteurs de l'humanité; Bosgiiillon, né en 17iV, médecin et savant helléniste; Jean-Auguttin Capperonnier, néon 17i3, mort en 18i0, conservateur des livres imprimés de la Bibliothèque du roi , dernier rejeton d'une famille chère à la science et à l'érudition ; enfin, CMUtsin de Perceval, né le 21 Juin 1759, savant orientaliste et professeur d'arabe au collège de France , mort en 1835.

Non loin de Montdidier, et à peu de distance de Péronne, quelques souvenirs historiques nous arrêteront à Cbaulnes, aujourd'hui simple bourg et chef-lieu de canton , jadis honoré du nom de ville |iar nos anciens géographes. D'abord ses seigneurs portèrent le titre de barons jusqu'en 1363, puis celui de comtes jusqu’en 1621, époque où Chaulnes fut érigé en duché-pairie. Le chdteau deChaulnes, dont la construction est d’une époque fort ancienne , joua un grand rêle dans nos guerres civiles. Il n'en subsiste plus aujourd’hui que quelques parties, et l’on chercherait en vain des traces de ces mvgniBques jardins que M" de Sévigné a décrits dans ses lettres du 17 et du 22 avril 1689, et dont les charmilles, hautes de trente pieds, le disputaient à celles du parc de Versailles. Un modeste érudit, dont les utiles travaux n'ont pu échapper à la célébrité, Lhomond, est né à Chaulnes en 1727.

Vers le milieu du v* siècle, un déluge de barbares vint inonder l'Occident, sous la conduite d'Attila. Chose remarquable, c'est au passage de ce torrent dévastateur qui engloutit une foule de cités gauloises, que quelques autres villes durent l’existence Après une déroute complète dans les champs catalauniques , l'armée des Huns, à moitié détruite, se dispersa dans toute la Gaule, où elle porta le ravage et l'elTroi. Quelques bandes répandues dans la Picardie y furent exterminées. Bientôt, en mémoire de cette sanglante défaite, s'éleva une chapelle qui devint par la suite une célèbre abbaye de l'ordre de Saint-Benoît , puis enfin un des plus riches prieurés de France. Il avait pour armoiries deux clefs et une épée couronnée. Le dernier prieur de Libons fut le fameux abbé Maury. C'est comme titulaire de ce riche bénéfice , qui lui avait été résigné par l’abbé de Boismont , mort en 1786, que l'abbé Maury assista aux assemblées du clergé du bailliage de Péronne, et en fut élu député aux états généraux. On sait avec quelle force et quel talent cet adversaire de toutes les réformes osa soutenir contre Mirabeau une lutte qui ne fut pas sans gloire *.

1. Effrayé par les premiers cicî^s de la révolution, l'abbé Maury voulut s'y soustraire par la fuite ; il fut arrêté sous un déguisement à Péronn *. d'où il fut ramené à Paris.

PICAUniE.

Telle est l'origine de Lilions, aujourd'hui gros bourg de l'arrondissement de Péronne, autrefois nommé Lihons en Sanlerre, et qui parait avoir donne ce nom à cette petite province. Nous n’essaierons pas d'expliquer le nom de Santerre ' dont on donne plusieurs étymologies. L'opinion la plus raisonnable le fait dériver de sancla terra, ou mieux de sana terra, dont on trouve la trace dans la Philippide de Guillaume-le-Breton. Il est assez dilQcile d'établir les limites du Santerre. Sur nos anciennes cartes géographiques, il présente à peu près la forme d'un triangle, dont les trois sommets sont occupés par les trois villes de Péronne, de Montdidier et de Roye. Le Santerre, pays généralement uni, forme partout de vastes plaines, riches en pâturages et en cultures de tous genres, et son sol, d'une fertilité remarquable , produit surtout des grains de toute espèce et avec une abondance qui l'a fait surnommer le grenier de la Picardie.

Nous ne quitterons pas cette petite province sans faire mention d'un usage singulier qui s'y est conservé jusqu'à nos jours. Il serait difficile d'en assigner l'origine , mais on pourrait peut-être la trouver dans ce principe de confraternité qui a présidé à l'établissement des corporations et des communes au moyen âge. Cette coutume , qu'on appelle droit de marché dans le Santerre, et qui existe aussi dans les environs de quelques villes de l'ancienne Flandre française , sous le nom de mamiaù gré, est une espèce de convention tacite , en vertu de laquelle nul ne doit rechercher ou accepter le bail des terres tenues par un autre , sans le consentement exprès de celui-ci. Par cette ligue coupable , nuisible aux intérêts des propriétaires et aux progrès de l'agriculture, les fermiers s'arrogent le privilège des baux, qu'ils perpétuent dans leur famille. Fidèles à ce contrat, ils se prêtent une assistance réciproque et des secours mutuels , en cas de grêle ou d'incendie ; mais malheur à quiconque oserait l'enfreindre ; la moindre peine qui l’attend est une honte ine£bçable pour lui et pour toute sa famille. L’anecdote suivante , dont on conserve la tradition dans le pays, en fournit une preuve bien frappante. Un fermier ayant été forcé de quitter son bail , alla trouver celui qu'il prétendait l'avoir dépossédé, et le tua. Il fut pendu; mais les habitants du canton, regardant sa vengeance comme juste et voulant effacer la honte de sa mort, décidèrent que le plus riche des laboureurs épouserait sa veuve. Malheur au propriétaire même qui voudrait faire valoir lui-même ses terres ! On pourrait rapporter des exemples de vengeances encore plus terribles exercées de nos jours , qui prouvent toute la force de cet usage et offrent un étrange contraste avec la douceur naturelle du caractère picard. *

1. Le Santerre est nommé Pagut de Lehuno et le prieuré Lehunum dans des lettres de l'an IIM du Carlulairc de Lihous. Monstrclet iiuinine le pays 5an/oii et paye Santoie. Suivant Valois , le prieuré est nommé Sanett Pétri in sanguine terso. Rouillard a essayé de soutenir cette dernière étymologie dans le livre singulier iiilUulè : I.i-hum en sang-ierSf ou de rantiquité du monastère de Lihom en sangters; Paris, 16S7, in-i.

3. Cæ&ar de Bell. Gallic.t lih. II, cap. xtii. — GuHlaume-le-Breton , Philippidot Ub. II, vers. i5l.<~D'Allunville, Dissertations sur les camps des Homains de la Somme, p. 1M-160. — DuM'vel, Lettres sur le département de la Somme, p. 19S et 386. — Histoire de Montdi-

dier, p. iSO. — lettres de madame de S<Higné, t. VIII, p. 451.

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