R0YE.-NE8LE
Au point de jonction de trois voies romnines venant de Samarohriva [ Amiens) , Pons haro: (Pontoise] et Noviomagits (N’oyon) , se trouvait la ville de Hhodinm , qui fut détruite , probablement lors des ineursions des Normands au ix' siècle , et dont les habitants se réunirent a quatre kilomètres de là , au pied d’une tour élevée pour protéger le péage du pont l onstniit sur la petite rivière d'Avre. Telle fut l'origine de la ville de Rodvina, Rauga, Roya, aujourd'hui Roye. L'indication de remplacement de Rhodium, sur la carte de Peutinger, de nombreux débris d'antiquités romaines , découverts au village de Roi-Église, qui, suivant les antiquaires, correspond à cet emplacement, un denier frappé sous Charlemagne, etsnr lequel on lit, au droit, le nom de ce prince, cablvs; au revers, le mot ravdio; voilà les seuls monuments qui noos soient restés de la vHIe antique. .
Les annales de la ville moderne sont moins stériles ; cependant , entrée de bonne heure dans le domaine royal , Roye n'a presque pas d'histoire particulière : la plupart des faits dont elle a été le théâtre s'y sont passés, pour ainsi dire, accidentellement ; ce sont moins des événements de son histoire que des épisodes de l'histoire générale du royaume.
Mais ces épisodes n'en sont pas moins nombreux ; admirablement située pour défendre le passage d'une rivière peu profonde , mais qui traverse la grande routede Flandre, et qui, comme presque tous les cours d'eau de la Picardie, forme sur ses deux rives de larges marécages , Roye a dû à cette position le triste honneur d’avoir été assiégée , prise et saccagée plus de fois peut-être qu'aucune autre place du royaume. Hugues le Blanc la prit, en 9.33, sur les troupes d'Heribert, comte de Vermandois, à qui elle appartenait alors et auquel il ne tarda pas à la rendre. Heribert la donna à un de ses neveux , qui fut la lige de la maison des Comtes de Roye. Elle prospéra sous l'administration de ces seigneurs; Philippe- Auguste la leur acheta en 1205. Il en agrandit l'enceinte, en augmenta les fortifications, et il lui donna une charte de commune, dans laquelle se trouvent reproduites presque toutes les dispositions de celle que le comte du Vermandois avait octroyée en 11(^, aux bourgeois de Saint-Quentin.
Un siècle et demi après commence la série des sièges, des prises et des sacs de Roye : l’Anglais Robert Knolles s'en empara en 1370, et en abandonna le pillage aux Flamands ses auxiliaires. Trois ans après, les Anglais la prirent de nouveau, assiégèrent pendant six jours l'église de Saint-Pierre, où la garnison s'était réfugiée, et, ne pouvant s’en rendre m.dtres, mirent, en se retirant, le feu à la ville, qui
PICARDIE
fut entièrement détruite. Un curieux document ' prouve que cette destruction fut en effet complète, et qu'il n'y a |K>int eu ici exagération de la part des historiens. C'est une ordonnance de Charles V, datée du mois de janvier 1373, et portant abolition de la commune de Roye, attendu, y est-il dit , que « ladicte ville, par le faict de nos ennemis , qui , à leur derrenière chevauci('-e sont passez par lè , a esté et est toute (léterte, les maisons et tesediffices gaste:, ars et liestruis, arecque les biens des habitans, tellement qu'elle est demoutée du tout inhabitée et en rugne , et les habitons transportés en plusieurs villes , et tant que à-présent ne y a habitans aucuns , ue personnes qui y veuillent ne entendent plus à demourer ne rédiffier ycelle, tant pour les grans missions qu'il leur vonviendroil soustenir aux édifTices refaire ainçois que ilz pussent estre habitables... comme pour plusieurs charges en quoi ladicte commune et eschevinage estoient tenuz à nous comme à aultres , de rentes et aultres debtes, que ilz ne pouroient soustenir, par l'infortune dessus dicte .... Et pour ce , ces choses étant venues à nostre congnoissance, avons d'abondant faict savoir à plusieurs personnes paravant habitans en ladicte ville, tant maire, jurez et eschevins, comme aultres grant foison qui estoient dispnrs et retrais en divers lieux, leur volonté et entencion, en leur faisant induire de vouloir venir et rédiffier nostre dicte ville de Roye, lesquels ne se y sont voulu consentir, et espécintement tant comme il y eut commune, de laquelle ih n’entendoient Jamais siser; mais désiroient ycelle estre abattue, et toute ladicte ville et justice demourer en nostre plain droit et domaine... a
Ainsi, les habitants de Roye aimaient mieux s'expatrier que de payer leurs libertés communales au prix de cent onse livres dix sols parisis par année; car c'est à cette somme que s'élevait, suivant le document que nous venons de citer, la rente que le roi levait sur ladicte commune et sur tes biens u’ycelle, depuis sa fondeicion. C'est là un fait qui prouve , selon nous, autre chose que l'étendue du désastre dont la ville de Roye fut alors frappée. La même rente, quoiqu'elle représentât pour les hommes du xiii* siècle, une somme beaucoup plus considérable , ne leur avait point paru exorbitante ; et l'octroi , même à ce prix , de privilèges communaux , avait sufü pour les décider à quitter leur pays et à venir s'établir à Roye. L'amour de la liberté avait-il donc faibli chez les habitants de cette partie de la France, ou bien avaient-ils plus de conflance que leurs ancêtres dans l'autorité et dans la protection du gouvernement royal?
Débarrassés de libertés dont ils ne voulaient plus, les habitants de Roye se hâtèrent de revenir. Le roi Ht relever leurs murailles ; ils rebâtirent leurs maisons , et, à la Bn du règne de Charles V, leur ville avait recouvré son ancienne prospérité. Mais avec celui de Charles Vf va commencer pour la France, et pour Roye surtout, une nouvelle ère de malheurs. Le duc de Bourgogne s'en rend maître en tà06, et l'abandonne au pillage. Cinq ans après il la prend encore et la fait démanteler. Les Armagnacs en réparent les brèches et s'y fortiHent ; mais Jean-sans-Peur n'est pas loin encore; il revient sur ses pas, établit son camp dans un lieu qui a conservé le nom de champ des Bourguignons, ordonne l'assaut , s'empare de la malheureuse ville , et la livre une fois encore au pillage et à l'incendie. Charles de