ROY£. — NESLE
TJ
du bitard du Bourgogne, pour traiter de la capitulation ; il obtint pour la gamiaon promesse de la vie, à condition qu’elle abandonnerait an vainqueur ses armes, bagages et habits ; mais pendant qu'il signait cette convention , un de ses archers tua un des hérauts du duc. Ce Tut aux Bourguignons un prétexte pour se précipiter par la porte que les bourgeois avaient ouverte, pour déclarer la capitulation rompue, et commencer un horrible massacre.
a Les doyens, clianoines, chapelains, vicaires et enfans de chœur de l'église collégiale, et plusieurs manans et principaux habitans de la ville qui s'estoient préparés et partis d’ycelle ville en estât processionnal , et aUoient au devant d'ycelui duc Chai^, pour lui faire 4a rcvérance et obéissance, furent tous violeitlement priiis et constitués prisonniers, et mesmement lesdits gens d'eglise, liés deux a deux, et menés jusqu'à la rivière dudit Nesie, pour les y noyer, ce qui eostété fait , ii'eust été la supplication et requeste de monsieur le grand Bastard de Bourgongne , faite audit duc Charles son frère ; au moyen de la<|uelle requeste , yeeulv gens d'église eurent leurs vies saulves.
H 1^ plus part des habitans s'estoient retirés en l'église Notre-Uame, pour eulx mettre en saulveté; neantmoiiis, lesdits Bourguignons, qui les y trouvèrent, les occirent et mirent à mort en grand nombre , tant sur les autels que ailleurs , tellement que la nef estoit pleine de sang et de corps morts. Ledit duc de Bourgongne arriva en ycelle ville après disné, quand ses gens eurent fait ladite occision. Il vint à cheval dedans ladite église Notre-Dame, où il y avoit grande effusion de sang, et quasi à la hauteur d'un demi-pied, et il dit ces mots : Satat Georget! Veci belle boucherie! fai de bout bouchers! Et non content de ce, Qt pendre le Petit-Picard avec plusieurs de ses gens, desquels il en fit noyer douze, à auitres douze crever chacun un oeil, et à auitres douze couper les mains ; et ce fait, le dimanche suivant, en disant ces mots : tels fruits porte C arbre delà guerre! il fit bouter le feu à la dite ville et es églises,' qui furent totalement brûlées et démolies'. » Philippe de Comines, qui fut, comme les auteurs du récit qu’on vient de lire, témoin oculaire du massacre des habitants de Nesie, termine ainsi sa relation ; « Il me desplaist de dire cette cruauté, mais j'estois sur le lieu, et il en faut dire quelque chose. »
La seigneurie de Nesie, après avoir appartenu aux anciens châtelains de Bruges, passa dans la maison de Clermont, par le mariage de Gertrude, dame de Nesie, avec Haoul, seigneur d'Alby. Kaoul fl de Clermont et de Nesie devint connétable de France en 1287, et fut tué, en 1302, à la bataille de Courtray. Il ne laissait que des filles ; après lui , la châtellenie de Nesie passa par mariages dans différentes familles. Charles de üainle-lUaure obtint, en 1466, qu’elle fût érigée en comté; Louis de Sainle-Jlaure la Bt ériger en marquisat, en 1545; mais il ne put transmettre à un héritier de son nom ce marquisat, qui , après lui, appartint successivement aux maisons de Larat, de ilouchy et de /daillg. Ce dernier membre de la famille de Mailly-Ncsle eut cinq filles, dont quatre, la comtesse de Maillg, la comtesse de Vintimilie , la duchesse de Lauraguais et la marquise de la Tournelle,
1. Prœés-rerbaux du massacre des habitants et du sac de ta ville âe ,VMt«,'pubUi'-> dans lu t. I. di'Uïiùme parliu, p. It ul sut»,, ilii Ihdletin de la soriSti de riliitotre de France.
PICARDIE
depuis tlttchette d* Châteauroux, acquirent une scandaleuse célébrité en devenant tour à tour les maîtresses en titre de Louis XV.
Nesic possédait avant la révolution une collégiale , deux paroisses et un Hdtcl- Dieu . C'est aujourd’hui l'un des chefs-lieux de canton de l'arrondissement de Péronne. Cette petite ville, qui renferme 1,800 habitants, est la patrie du ménestrel Blondel ou Blondiatu de i\eesle, si connu par son dévouement è Richard-Cœur-de-Lion
A deux lieues de Nesie, près du village d'Ogooles et à l'entrée de la forêt du même nom , se trouve une ferme , qui n'a d’ailleurs rien de remarquable que sa situation singulière et son nom : on l'appelle Y Abbaye aux boit. C'est qu'en eflèt elle occupe l'emplacement d'une abbaye, fondée en 1202 , pour des religieuses de l'ordre de Saint-Bernard , par Jean , châtelain de Nesie et de Bruges , et Eustachie de Saint-Pol son épouse. Ces religieuses habitèrent ce lieu Jusqu'en 1637. Chassées par la guerre de leur paisible retraite, elles demandèrent un autre asile à la reine Anne d'Autriche, ('.ette princesse les appela alors à Paris, et leur acheta au faubourg Saint-Oermain une maison , qui est devenue célèbre aussi , sous le nom d' Mtbaye-aux- Bois.