‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 17 sur 119 · VERVINS.— GUISE · texte numérisé non relu

VERVINS.— GUISE

Un voile épais couvre l'histoire de Vervins jusqu'au sf siècle. On sait seulemen t qu'en 1096, son seigneur, Enguerrand de Coucy, prit la croix avec son fils et ses deux frères, et qu'ils suivirent tous les. trois Godefroy de BouHIon dans la Terre- Sainle. Ces chevaliers se distinguèrent dans plusieurs combats. Surpris un jour par les Infidèles, et ne pouvant revêtir leurs cottes d'armes, qui se trouvaient loin d'eux , au milieu des bagages, ils coupèrent leurs manteaux d'écarlate fourrés de pannes de vair, et en distribuèrent les pièces aux nobles de leur suite pour en faire des bannières. Enguerrand prit pour armes ces pièces de drap rouge et de vair, qui restèrent à ses descendants comme un témoignage glorieux du courage de leurs ancêtres. La famille de Coucy, maltresse d'un château redoutable , jouissait déjà au XI* siècle d'une grande illustration. Raoul 1*', un des seigneurs les plus magnifiques de son temps, avait un sénéchal, un chambellan, un bouteillier et un chancelier. En 1 187, il donna entre La Père et Vaudeuil un tournoi, auquel assistèrent de nombreux barons. Son neveu, Raoul, gouverneur de Coucy, fut le héros de cette terrible et touchante aventure que tout le moyen âge a répétée ; il fut l'amant préféré de la dame de Fayel. Enguerrand III, fils de Raoul-le-Grand , construisit en 1205 le château dont les restes frappent encore nos regards d'admiration. Il suivit Louis VIII en Angleterre avec cinquante chevaliers entretenus à ses frais; pendant la minorité de Louis IX il se mit à la tète du parti contraire à la régente, et on songea un instant A le faire roi. Ses successeurs, devenus comtes de Guise, soutinrent dignement l'éclat du nom de Coucy jusqu'au xv* siècle, époque où leur domaine fut acheté par la famille d'Orléans. Vervins avait passé dès le xiirsiècle sous l'autorité d'une autre branche des Coucy. Un frère d'Enguerrand III, Thomas de Marie, hérita de cette seigneurie, de son père Raoul, joua un grand râle dans l'histoire de la Picardie, et forma la souche des seigneurs de Vervins. Il distingua ses armes par une bande d'or allant de droite â gauche, et ses successeurs conservèrent cette brisure jusqu'à l'extinction de la branche aînée des Coucy.

Venins eut beaucoup à souffrir durant les guerres intestines des xv* , xvi* et xvii* siècles. En là 12, elle tomba au pouvoir des Armagnacs. Un boucher qu'on avait bauni pour su démiritu fit cacher pendant la nuit , près de l'une des portes de la ville, Cliguet de Brabant, Thomas de Ilersis, le seigneur de Bosqueaux et plusieurs autres gentilshommes, avec environ six cents combattants; le lendemain matin, au moment où l'on baissait les ponts, la troupe armée se précipita dans Venins en faisant sonner la trompette et en criant : Vive le duc d’Orléans! Les habitants surpris ne purent se défendre ; la ville fut livrée au pillage, et l'on enleva la vaisselle et l'argent de tous les bourgeois. Mais bientôt le bailli de Vermandois, Renaud de Coucy, et les communes des environs, vinrent investir la place ; quatre cents bassinets et six à huit mille piétons se trouvèrent réunis au pied des murs. Au bout de vingt-trois jours, les assiégés, voyant qu'une partie des fortifications était abattue et qu'ils ne pourraient soutenir l'assaut, profitèrent du moment où les assiégeants dînaient sous leurs tentes, pour ouvrir une des portes et se sauver dans un bois voisin. Plusieurs chefs saisis dans la ville furent décapités par ordre du bailli de Vermandois.

I.e comte de Rœux, à la tête de l'armée impériale, s'empara de Vervins en 1521, la mit au pillage et la brûla. L'incendie n'épargna qu'une seule maison située vis-â-

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vis le rtetix château. En 1653, l’armée espagnole et les Lorrains commandés par Ferdinand de Salis, maréchal des batailles du roi cathoUque . le doc de Wurtemberg et le prince de Condé , qui était alors en pleine révolte contre la cour, mirent le siège devant Vervins, et s'en rendirent maîtres par capitulation , après quatre jours de résistance; mais le vicomte de Turenne reprit presque aussitét la place et en Ot sortir les troupes ennemies. C'est à Vervins que furent négociés les traités célèbres de 1A75 et de 1598. Le premier, conclu entre Louis XI et Charles-le-Téméraire , est connu sous le nom de Trêves marchandes, parce qu'on y régla les intérêts commerciaux des deux états ; le second, la paix de Vervins, eut pour bases le traité de Cateau-Cambraisis, et fut signé le 3 mai t.598. Le marquis de Belliévre et Sillery, ministres plénipotentiaires de Henri IV ; le président Richardot, J. -B. Taxis et Louis Verrières, ambassadeurs de Philippe II, roi d'Espagne; le marquis de Lullin, envoyé par le duc de Savoie ; le cardinal Alexandre de Médicis, légat du pape ; et le père Bonaventure Catalagirone, général des Franciscains, assistèrent à ce congrès. I.es négociations portèrent principalement sur la restitution des places de la Picardie qui avaient été prises par les Espagnols pendant la dernière guerre*.

la loi de Vervins fut en grande réputation au moyen âge. (Vêtait une charte de commune octroyée vers l'an 1133 aux habitants par le fameux Thomas de Marie, et destinée à déterminer les peines réservées aux crimes et aux délits, et à assurer les droits et les franchises des bourgeois. Ses dispositions avaient un tel renom de sagesse, que souvent les habitants des lieux voisins, et même ceux de la Flandre et du Hainaut , envoyaient consulter les échevins de Vervins lorsqu’ils ne pouvaient terminer leurs différends d'après leurs propres coutumes. La loi de Verdns n’existe plus; mais on croit que la plupart de ses articles ont été reproduits dans une charte de 1163, octroyée aux habitants de la ville par Raoul, seigneur de Concy. On voit dans cette dernière charte que ni le seigneur ni son représentant ne pouvaient accuser un bourgeois qui avait pour lui le témoignage des jurés; à défaut de l'attestation des jurés, le bourgeois se défendait en prêtant serment d'tine seule main. Dans le cas du sang versé, l'accusé devait opposer aux accusateurs son propre serment et celui de six autres personnes; si le sang n'avait pas coulé, trois serments suffisaient. Enfin , celui qui avait mal parié de la commune de Vervins, et qui était resté libre pendant un an et un jour, sous la caution de deux échevins, ne pouvait plus être inquiété ; autrement il était obligé de s’appuyer du témoignage de sept personnes.

La principale église de Vervins, construite presque entièrement en grès, et placée sous l’invocation de la vierge Marie , est on bâtiment gothique de la forme d'une croix latine, et dont les voûtes ne sont point dépourvues de hardiesse. On y admire le Hepas chez Simon , beau tableau du peintre Jouvenet, et une chaire d’un travail remarquable. Une inscription , placée au fronton de la façade de la maison de ville, consacre le souvenir du traité de 1598. Au nord est le vieux château, où les anciens seigneurs de Venins faisaient leur résidence, et où sont installés au-

I. Voir sur le trailS de Vervins l'HiXoïre ds la paix it Vervins en ISSS, io-S, Paris, ITOS; — It^s Mémoires hiiioriques concernant ta négociation ite ia paix traitée à Vem'ru en 1598, jar De Belliévre et deSillery, ambassadeurs (rilomi IV, entre ce anmarque cl Philippe 11, roi d'EApagne, etc., i vol. in-19, Paria, 1700.

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jourd'hui li!s tribunaux et lecolléfte. Le château neuf, dont on attribue la construction à Jacques II, seigneur de (loucy (I560I, est devenu l'hôtel de la sous-préfecture. Vervins portait pour armes de gueules à trois tours S argent crénelées, maçonnées de sable, celle du milieu dominant sur les autres, avec celte devise: Dieu bm soit GARDE.

Parmi les personnages remarquables que Venins a vus naître, nous citerons seulement Jacques I" et Jacques // de Coucy, dont nous avons déjà parlé dans celle notice. Le premier, jugé et condamné à mort pour avoir rendu Boulogne un Anglais, périt sur l'échafaud le 2 juin 1539; le second, qui vivait aussi dans le XVI* siècle, répara les fortifleations de Venins et reconstruisit l'église de la ville. Doué d'un caractère paciflque, ami des lettres et des arts, il s'appliqua à rassembler dans le ddteau neuf, qu'il avait lait bdtir, une riche collection d'armes, de tableaux et de manuscrits d'un grand prix.

Vervins posséda pendant longtemps, mais surtout au xiv* siècle, des fabriques de drap assez importantes, dont la rue des Foulons, située dans un des bas quartiers, rappelle encore l'existence. A une époque plus rapprochée, cette ville fit le commerce des laines et des peaux. De notre temps on y a introduit avec moins de succès la bonneterie à l'aiguille et la fabrication des paniers d'osier. La population de l'arrondissement s'élève à 117,622 habitants; celle de Vervins, chef-lieu de sous-préfecture, est de 2,600, et elle semble décroître chaque anuée. Elle est maintenant moins peuplée que Guise, petite ville voisine où l'on compte 3,241 habitants. SouS le rapport de l'Importance historique, Guise, dont la situation sur la rive gauche de l'Aisne est des plus agréables , ne le cède pas non plus à Vervins. Elle fut fondée au ix* siècle, s'il faut s'en rapporter à l'auteur des Annules du Hainaul, Jacques de Guise, qui, dit-on, y reçut le jour. Son rôle véritablement historique commence au milieu du xi* siècle. Ij: château de Guise, situé au sommet d'une colline qui domine la ville, remonte à l'année 1549; son donjon élevé, ses murs épais, présentent un aspect sévère et imposant. L'église a de belles voûtes, des autels très-ornés et des stalles sculptées d'une manière remarquable.

Plusieurs auteurs prétendent que Guise ne fut jamais érigée en commune. Ia! seigneur de la ville, Jacques d'Avesnes, ayant fait tuer le chancelier de Flandre , le comte de Flandre et de Hainaut rasa, en 1177, le château, qui fut rétabli peu de temps après. Jehanne de Hainaut le défendit avec intrépidité en 1339 contre le comte de Soisaons, son père, qui s'était ligué avec les Anglais. Dans le siècle suivant, Jean de Luxembourg s'empara de Guise, et devint ainsi possesseur du comté. Par lettres du 4 février 1443, ce comté fut donné à Charles d'Anjou, comte du Maine, en faveur de son mariage avec Isabelle de Luxembourg. Bientôt il donna lieu à de vives contestations qui durèrent près d'un siècle. EnGn le célèbre comte de Lorraine, tige de la maison de Guise, en resta propriétaire en 1520. I-c comté fut érigé en duché-pairie vers l'an 1528. L'influence prodigieuse que les ducs de Guise exercèrent sur les destinées de la France, dans le xvr siècle, appartient à l'histoire générale, et nous ne devons pas nous en occuper ici. En 1594, la ville et le château de Guise étaient encore entre les mains des princes lorrains; ce fut seulement à cette époque que l'une et l'autre rentrèretit sous l'obéissance royale.

En 1536 le comte de Nassau s'empara du château de Guise. Cent ans plus tard,

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le Ponthieu faisait partie de la Morinie.Otte opinion, qui n'est Ku^replus plausible que la première, a été rejetée comme elle; et l'on s'accorde aujourd'hui à placer le Poiilliicu dans la cite des Amùiani représentée par le diocèse d'Amiens.

Dès les premières années do v siècle, les barbares s'avancèrent jusqu'à la Somme qui formait alors la dernière barrière de l'empire vers la seconde Belgique; et ils ne tardèrent point à prendre possession du sol. Alkaire, fils du roi de Cambrai assassiné par Chlodwig, rc;;ut, dit-oti, de Chlother le gouvernement du littoral do l'Océan depuis la Seine jusqu'à l’Escaut; il prit le titre de dux Franriœ seu Ponticœ, et fixa le siège de son gouvernement à Centule, depuis Saint-Riquier.- I)u reste, tout ce qui concerne l'histoire de ces maîtres baritares est plein d'obscurité. On sait que l’hérédité du comté de Ponthieu date de 69G, mais on ignore quel fut le premier feudataire qui en a joui à ce titre. I.e8 noms de plusieurs comtes ne sont pas même connus.

Cependant, A travers ce chaos de la barbarie , la civilisation frayait lentement sa voie par le christianisme. Saint Firm'in avait porté le premier la lumière de l’Évangile dans l'antique cité des Ambiani. L'église d’Irlande poursuivit l'œuvre de prosélytisme commencée par le saint confesseur; et l'tle des Saints, la mystique et rêveuse Érin, rendit aux peuples du Belgiura la foi qu'elle avait reçue des apd- Ires de la Grèce. Les Irlandais Cai'doc et Fricor, saint Colomban, abbé de Luieuil, et saint Milfort, achevèrent dans le Ponthieu la conversion des derniers païens. Ils renversi-rent les arbres consacrés par l’idolâtrie celtique, les purifièrent en sus- |)endant à leurs branches les symboles du nouveau culte, et convertirent en quel- (|ue sorte les pierres druidiques ellcs-mèines en les jetant dans les fondations des églises. Vers GU, Gualaric, dont on a fuit saint Valéry, fonda un monastère à l'embouchure de la Somme, sur les terres incultes de Leuconaus, qui lui avaient été cédées par Chlother II. En 625, saint Kiquier jeta les fondements d'une nouvelle abbaye. I^s populations se groupèrent auprès de ces pieuses retraites; on substitua bienlèt, dans la désignation des lieux, les noms des saints qui avaient converti le pays, aux anciens noms gaulois ou romains ; Leucéne fut appelée Seint- Vâlery ; Centule s'appela Saint-Kiquicr; ce fut là en quelque sorte le baptême des cités du Ponthieu. Grâce à la piété fervente de ces Ages primitifs, les abitayes s’élevèrent rapidement au plus haut degré de puissance. I.es abbés de Saint-Riquier furent chargés par les rnis de défendre le littoral contre les invasions danoises; ces abbés étaient en même temps abbés et comtes, et, ainsi que le dit le chroniqueur Hariulfc, « ils observaient les règles monastiques, et, sous l’aile de Dieu même, combattaient dans les armées. » Au premier rang de ces moines guerriers il faut citer Angilbcrt, gendre de Chailemagne; le fils d’Angilbert, l’histurien Nilhard , qui fut tué vers 859 , en repoussant une invasion des Normands dans le Ponthieu, et Rodolphe, frère de l’impératrice Judith. L’amitié qui unissait Angilbert et Charlemagne contribua puissamment à la splendeur de l’abbaye de Saint- Riquier. .Aidé par la munificence de l'empereur, Angilbert fit reconstruire sur les plus vastes proportions les bàtimeuts de son monastère. Le cloître était disposé en triangle , ligure symbolique de la triade chrétienne. A chaque angle s'élevait une église. Chaque église était desservie par cent moines et trente-trois enfants de chœur; le nombre trois, inscrit sur les autels, les candélabres, rappelait partout

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le mystère de la Trinité, et i'bymne qui ne se taisait pas, La%u ffrennit, résonnait sans jamais s'interrompre dans le sanctuaire des trois églises. La ville de Saint- Riquier, qui renfermait alors deux mille cinq cents manses et li,600 habitants [elle compte fa peine aujourd'hui 1300 âmes], payait aux moines des redevances de toute nature ; chaque métier, qui avait sa rue particulière, fournissait fa l'abbaye les objets de première nécessité; la rue des marchands devait chaque année une pièce de tapisserie de la valeur de cent sols d'or ; la rue des fabricants de boucliers était chargée de donner les couvertures des livres, de les coudre, de les relier, ce qu'on estimait trente sols d'or; la rue des foulons confectionnait les sommiers de laine des moines, et dans la rue lUt cent dix chevaliers, chaque chevalier entretenait pour le service de l'abbaye un cheval, un bouclier, une épée, tout l'attirail d'un homme de guerre. Les oITrandes en argent, faites au tombeau de saint Hiquier, s'élevaient cha(|ue année à quinze mille six cents livres de poids, près de deux millions numériques de la monnaie d'aujourd'hui. L'abbé distribuait chaque jour aux mendiants cinq sols d'or, et, de plus, il nourrissait trois cents pauvres, cent cinquante veuves et soixante clercs.

C'est dans le dénombrement des biens de l'abbaye de Saint-Riquier, dressé vers 83t par le moine Héric , que le nom d'Abbeville est mentionné pour la première fois. Ëtait-cc alors une simple métairie, une bourgade populeuse, une forteresse? On ne peut répondre que par des conjectures, car les détails manquent complètement. Le père Ignace, auteur d'une Histoire des mayeurs d' Abbeville , prétend qu'a la première apparition des Romains, les habitants du pays se réfugièrent dans une lie formée par la Somme sur l'emplacement de la ville moderne, et que cette lie devint pour eux un lieu de défense, un oppidum. Bien que cette opinion ne soit justifiée par aucun texte, elle est vraisemblable. Les antiquités découvertes dans l'intérieur d'Abbeville, témoignent qu'il y existait des habitations pendant la période romaine. Ce qu'il y a de positif, c'est que pour mettre obstacle aux irruptions des Normands, Hog<:es-Capet enleva aux moines de Saint- Riquier, le domaine d'Abbeville, Abbatis villa, et qu'il en fit une forteresse dont il confia le commandement au comte de Montreuil, Hugues son gendre. Ce fait est affirmé par le moine Uariulfe, auteur d'une chronique de l'abbaye de Saint- Riquier, écrite au xi* siècle. Abbeville aurait donc été fermée de murailles dès 990 ; mais quelle était alors son importance? on ne saurait le dire, car Uariulfe ne donne aucun détail. l)u reste , cette ville s'agrandit rapidement , et elle ne tarda pas fa devenir la résidence des comtes de Ponthieu, qui jusqu'alors avaient habité Montreuil. Ces comtes avaient pour devise : nunguam polluta ; on battait monnaie en leur nom dans leur château d'Abbeville.

Ives comtes de Ponthieu , dont la puissance s'était considérablement accrue du s* au xii° siècle, se trouvent mêlés fa tous les grands événements de leur temps, et par leurs alliances ils touchent aux familles souveraines. Hugues I” soutient les prétentions de Hugues-Tapet fa la couronne ; il les favorise pur les armes et reçoit le prix de son dévouement à la cause de ce prince en obtenant la main de Cisèle, sa troisième fille. Enguerraod I", son successeur, pas.se sa vie à guerroyer contre les comtes de Boulogne et les ducs du Normandie. Enguerrand H se ligue avec Henri I", roi de France, etCuillanme de Talon contre Ciiillaume-le-Conqiiérant.

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Guy I" continue la lutte; il pénétre dans la Normandie, et se fait battre à Mortemer-sur-Eaulne ; retenu deux ans prisonnier par Guillaume, son vainqueur, il ne recouvre sa liberté qu'en s'obligeant à lui faire hommage. A peine était-il rentré dans le Ponthieu, que le prince Harold, depuis roi d'Angleterre, vint aborder, poussé par la tempête , dans la rade du Hourdel , à l'emboucbure de la Somme ; en vertu du droit que lui donnait la coutume barbare connue sous le nom de lagan , Guy Ot saisir Harold , et le tint quelque temps renfermé dans une tour dont les restes subsistent encore à Saint-Valery-sur-Somme, et qu'on désigne sous le nom de tour tC Harold. Le comte de Ponthieu suivit Guillaume en Angleterre, et fit ensuite la guerre en Flandre avec Philippe I*', roi de France.

En 1096, Abbeville fut le rendez-vous des troupes que le duc de Normandie, les comtes de Flandre et de Boulogne avaient réunies pour la conquête de la Terre- Sainte. Godefroy de Bouillon lui-même se rendit dans la capitale du Ponthieu, où Guy le reçut avec magniBcence. C'est pour perpétuer, dit-on, le souvenir du séjour des croisés (tans Abbeville , qu'on érigea l'église du Saint-Sépulcre , sur le lieu même où ces guerriers avaient planté leurs tentes. Quatre ans plus tard, le jour de la Pentecôte , Guy arma chevalier, à Abbeville , l'héritier de la couronne de France, Louis-le-Gros. Guy mourut en 1100, et sa fille Agnès porta le Ponthieu dans la maison d'.Aleiiçon, en épousant Robert, surnommé Talvas ou le Diable. Guy II, fils et successeur de Robert, se croisa avec Louis-le-Jeune , et mourut à Ëphèse, après s'être illustré par ses exploits. Jean, son fils, l'avait suivi en Orient, ainsi que sa fille, et, s'il fallait en croire une tradition longtemps accréditée, cette fille, d'une beauté remarquable , tombée aux mains des infidèles, aurait orné le séjour (lu chef des Aîoubiles d'Égypte, et donné le jour à l'un des plus grands hommes de l'islamisme, à Salah-Eddin, Soudan d'Égypte et de Syrie.

Jean de Ponthieu revint de la Palestine sur le vaisseau qui avait ramené Louis-le- Jeunc, et après un long séjour dans ses domaines il se joignit, en 1190, aux chefs de la troisième croisade qui s'étaient réunis à Abbeville pour tenir conseil et discuter les ordonnances que les rois de France et d'Angleterre ne tardèrent point à promulguer, dans le but d'assurer le succès de l'expédition. Jean marcha de nouveau contre les infidèles, et périt au siège de Saint-Jean-d'Acre avec l'élite de ses vassaux. La fondation de l'Hôtcl-Dieu et l'affranchissement de la commune ont consacré à Abbeville la mémoire du comte Jean. Ce fut le 9 juin USA qu’il octroya une charte aux habitants de cette ville, ou plutôt qu'il leur ratifia les franchises et libertés que son aïeul , Guillaume Talvas, leur avait vendues en 1130, pour les mettre à l'abri des vexations des nobles, ce qui est formellement exprimé en ces termes dans le préambule de l'acte d'affranchissement : « Cum arus meus, cornes ViUrlmus Tttlevas, propter injurias, et molestias a potentibus terra sua burgensibus de Abbatisvilla jrequenter iUutas , eisdem communiam vendidisset... » La charte d'Abbeville, dont le titre original est religieusement consené aux archives de cette ville, est tout ù la fois un pacte politique, un code de droit pénal, de droit dvil, et un règlement de police. Voici l'analyse sommaire des dispositions les plus remarquables qui s'y trouvent contenues : a I,es bourgeois doivent se prêter mutuellement secours ; il est défendu d'occasionner aucun dommage aux marchands (yui viennent dans la banlieue , sous peine d'être dt'rlaré violateur de la commune ; tout

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