‹ Histoire des villes de France (volume 2)Chapitre 2 sur 119 · APERÇU GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

APERÇU GÉNÉRAL

en fut le dernier apanagiste. Le Koulonnais, qui furmait un gouvernement particulier indépendant de lu Picardie, quoique enclavé dans cette province, faisait originairement partie du comté de Flandre. Au x' siècle, il passa dans la maison de Ponthiou, et successivement dans les maisons de RIois, de Flandre, de Dammartin, d’Auvergne et de la Tour. Louis XI le réunit à la couronne en ti70.

I.a féodalité avait jeté de profondes racines dans la Picardie. Les terres titrées de cette province étaient extrêmement nombreuses ; ainsi on comptait dans la mouvance directe du comté de Pontliieu deux cent cin(]uantc tiefs et plus de quatre cents «rrière-fiefs ; dans la mouvance du comté de Guines douze baronnies et douze pairies. I.a plupart des seigneurs avaient haute, moyenne et basse justice, et sur aucun ]H)int du royaume, peut-être, le droit féodal ne présente des usages plus bizarres, des symboles plus étranges. Les familles nobles, sous le règne de Ixuis XIV, étaient au nombre de cinq cents, toutes d’origine ancienne; et parmi les plus illustres nous citerons les maisons d’Ailly, de Boufflcrs, de Créquy , de Rambures, d’Estrées, d’Humières, de .Melun, de la Motte- Houdencourt, deGamaches, de Mailly, de Rubempré, de Senaqvont. N’oublions |>as surtout que la noblesse picarde a donné Godefroy de Bouillon aux croisades, et huit rois au trône de Jérusalem.

Malgré le développement de la puissance féodale en Picardie, le tiers-état fut de bonne heure affranchi dans cette province, qu’on peut considérer comme le principal foyer de l’e.sprit municipal. C’est Beauvais qui donne, en 1099, le signal de l’insurrection. Saint-Riquicr, Ijion, Amiens, Saint-Quentin, Compiègne, Péronne, Corbie, Soissons ont conquis ieur liberté dès la première moitié du xii* siècle. Les campagnes s’associent au mouvement des vilies. Les bourgs , les villages les plus obscurs eux-mêmes obtiennent do leurs seigneurs, souvent par la force, des chartes de commune ; et, vers 1250, l’affranchissement s’est à peu près accompli sur le pays tout entier. Les villes forment de véritables républiques administrées par des conseils extraordinaires, composés, tantôt des délégués du l’iers-État, tantôt formés par la totalité des habitants. Les mayeurs et les échevins représentent le pouvoir exécutif, et le plus souvent ils joignent à leurs fonctions judiciaires et administratives des attributions guerrières. Les corporations industrielles inteniennent activement comme corps politiques dans les affaires des municipalités picardes. Ce sont elles qui forment le corps électoral de la commune. Elles veillent en même temps ô la défense des cités, car la plupart des villes de la province avaient obtenu le privilège de se garder elles-mêmes.

A côté des chartes municipales qui forment tout à la fois un code de justice criminelle, de justice civile et de police urbaine, se placent les coutumes qui, parleur diversité, retracent mieux qu'aucun autre ordre de faits la vive image de cette France du moyen-ôge si morcelée dans son territoire, si bigarrée dans ses usages. Cinq coutumes générales , celles de Péronne, de Ponthieu , d’Amiens , du Boulonnais et du Calaisis régissaient la Picardie; mais dans le chaos de cette législation , la plupart des bourgs ou villages alléguaient des coutumes locales dérogeantes aux coutumes générales. Il suffira de dire, pour faire apprécier le désordre de ces institutions juridiques, que dans le seul bailliage d’Amiens, les coutumes locales, en 1559, s’élevaient au nombre de quatre cent cinquante-trois. Dans ia Picardie méridionale l’esprit féodal domine. Les coutumes ont, avant tout, pour objet l’in-

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tôrOt des seigneurs. Dans la Picardie septentrionale, le droit coutumier fait auv habitants une large part d'exemptions et de franchises. Du reste, sur tous les points de la province , les dispositions législatives ne présetitent que très-peu de rapports avec les coutumes de l'intérieur du royaume ; et partout elles sont fortement empreintes des traditions du droit gcrmani()ue.

I.'histoire ecclésiastique de la Picardie n'offre pas moins d'intérêt que l'histoire des communes ou de la noblesse. Du iv' au vii' siècle, saint Firmin, saint Crépin et saint Crépinien, saint Valère et saint Rufln, saint Quentin, saint Vaast, saint Valéry et saint Riquier, saint l.ucienet les apôtres de l'église irlandaise, Iravaillèreijt activement, pour parler le langage de l'église, à arracher les païens au culte du démon. Les traditions du druidisme s'étaient conservées plus vivaces à cette extrémité de la Gaule , et les légendes des apôtres de la province offrent souvent de curieuses révélations [la vie de saitit Éloy, entre autres, en est la preuve) sur cette religion, dont la barbarie avait effrayé Rome elle-même. Avant l'extinction de la première race on comptait déjà quatorze abbayes dans les diocèses de Noyon , de Laon, de Soissons, d'.tmicns et de Beauvais, et, parmi les fondateurs ou les bienfaiteurs de ces pieux établissements, flgurent, dans les premiers âges, les rois, les grands dignitaires de la monarchie, et plus tard, les seigneurs les plus puissants du nord de la France. Toujours fidèle au catholicisme, la Picardie garda sa foi â travers les vicissitudes du temps et l'affaiblissement des croyances. .Sous le règne de Charlemagne, les princes, les (ils des grands feudataires venaient s'instruire dans les lettres et la religion aux écoles monastiques de Corbie et de Saint-Riquier. I.es pèlerins, pendant le moyen-âge, accouraient en foule implorer des miracles à tMolre- Dame de Liesse , à Notre- Dame de Boulogne, à l'église du üaint- Esprit de Bue. C'est un Picard, Pierre l'Ermite, qui prêche la croisade et qui marche à l'avantgarde ; c'est un baron picard, Creton d'Estourmcl, qui plante le premier sa bannière sur les murs de Jérusalem, et sa famille, en mémoire de ce fait d'armes, inscrit sur son blason cette noble devise : Vaillant sur la crête ; enfin, c'est un Picard, Godefroi de Bouillon , le plus glorieux peut-être , qui porte le premier la couronne de la Terre-Sainte. Il est peu de provinces qui aient fourni un plus héroïque contingent à ces aventureuses migrations ; il en est peu qui nous aient lé'gné des monuments plus parfaits ; et notre admiration a confirmé le dicton populaire qui plaçait parmi les chefs-d'œuvre de l'architecture religieuse la nef d'.Vmiens et le chœur de Beauvais. Le caractère des habitants de la province , à part les modifications inévitables apportées par le temps et la civilisation , a peu changé à travers le cours des âges. En racontant la défaite des peuplades gauloises, dont la réunion forma plus tard la Picardie , César a rendu hommage à leur valeur et à leur patriotisme. Les guerres du moyen-âge et les guerres modernes sont là pour attester que les Picards n'ont point dégénéré. Placés longtemps à la frontière, comme à l'extrême avantgarde de l'ancienne monarchie, ils ont toujours défendu la cause de la royauté française, qui était celle de la patrie. A Bouvines, les milices picardes décidaient la journée, et sous la république, les volontaires de la province, restés fidèles à la Convention, combattaient avec elle contre l'Europe coalisée. L'héro'ïque dévouement d'Eustachc de Saint-Pierre, de Ringois, le bourgeois d'Abl)evillc , rappellent les plus beaux traits de l'antiquité. Les femmes elles-mêmes payent leur dette au pavs ;

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