APERÇU GÉNÉRAL
et Jeanne Hadie'tte à Beauvais, Marie Fourrée à Péronne, cl Becquéloile i Saint- Riquier, dérendent leurs villes comme Jeanne d’Arc a défendu la France.
A toutes les époques, les Picards se sont sagement préservés des excès politiques, et ils ont toujours suivi la ligne de la modération, ce qui est le résultat de leur caractère même. Doués d'un grand sens pratique, mais, en général, dépourvus d'imagination, on les retrouve aujourd'hui tels que l'intendaid de Picardie, Bignon, les représentait sous Louis XIV, vivant entre eux sans liaisons intimes, comme aussi sans inimitiés; lents à se décider, mais obstinés dans leurs résolutions; laborieux par nécessité , profondément attachés au sol , satisfaits d'une fortune restreinte, suppléant à l'activité par l’ordre et l'économie, et présentant dans toute leur conduite un singulier mélange de lenteur et de brusquerie, d’inaction et de droiture, d’indifférence et de fidélité. Les vieilles idées, les vieilles habitudes ont en Picardie de profondes racines, et le langage du peuple conserve encore la physionomie de la langue d’o'il du xiv' siècle*.
La province qui nous occupe est beaucoup moins intéressante sous le rapport des sciences naturelles que sous le rapport de l'histoire. A l’exception du Boulonnais, qui présente quelques accidents de terrain assez fortement dessinés, la Picardie est un pays plat, où les plus hautes sommités ne s'élèvent pas au delà de deux cents mètres. On y trouve quelques sites agréables, mais sans larges horizons. Les vallées sont étroites, les plaines nues. Les côtes, par leur aspect uniforme et leur aridité, forment avec les champs qui les avoisinent un singulier contraste. Elles sont en général bordées par des dunes formées de sable que les vents soulèvent et déplacentd’un jour à l’autre. Cesdunessont composées d’une infinité de monticules dont (|uelques-uns ont plus de quinze mètres de hauteur. Elles marchent, pour ainsi dire; mais on parvient à les fixer en y semant une plante que les gens du pays nomment hoya, anmdo arenaria. On a vainement essayé jusqu'à ce jour de les mettre en culture. Ix» vallées contiennent de la tourbe. On trouve dans le Boulonnais quelques-uns de ces amas de végétaux fossiles, auxquels les Anglais ont donné le nom de Diluvial-Pil, tourbes du dilurium. En examinant ces tourbes avec attention, on reconnaît qu’elles sont formées d'une substance bitumineuse agglutinant des troncs et des branches d’arbres dicotylédons ; on y voit des feuilles en fort bon état et dont plusieurs ont encore conservé la couleur verte, et même des élytres d'insectes qui ont aussi consené leur couleur.
Le bassin géologique du Bas-Boulonnais est, sous tous les rapports, le plus curieux de la Picardie. Il est exactement formé des mêmes matériaux, placés dans le même ordre et offrant les mêmes accidents que les contrées de l’Angleterre situées de l'autre côté de la Manche. I.e Bas-Boulonnais est en grande partie calcaire ; il est principalement composé de terrains oolitiques, de terrains de craie et de leurs dépendances, telles qu’elles existent en Angleterre Les couches sont presque horizontales. Un petit système cQm|>osé tant de marbres analogues à ceux de la Belgique que de terrains houillers moins anciens , perce le terrain du côté de Marquise et d'Hardinghen. Des lambeaux d’une assise horizontaie de grès quart-
t. Voj. Coup d'œil «ur Vidiome picard, par M. André de Poilly, dans les Hémoiret de la Société rotjaU d'Émulalion tTÀbbeviUe, année 1833,
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6 PICARniE.
zeux SC montrent sur les liautours crayeuses qui séparent le bassin du Haut-Boulonnais. Les grès appartiennent à la période des formations qu'on appelle tertiaires. La subdivision de la province qui correspond au département de la Somme se compose de terrain secondaire, partie supérieure de la craie, avec quelques lambeaux de terrains tertiaires, plus nombreux dans l'est du département que dans l’ouest. Dans les sables marneux du terrain diluvien des environs d'Abbeville et prituâpalement à .Menchccourt , prés de cette ville, on trouve des os.semcnts de l'éléphant mammonth, du rhinocéros à narines cloisonnées, du bœuf, du cheval et du cerf <les terrains diluviens, du daim d'Abbeville, de l'ours des caverne.s, d'une grande espèce de félis voisine du tigre royal , de l’hyène fossile de Cuvier ; et près de ces ossements, des coquilles fossiles, marines, fluviatiles ou terrestres de la mémo espèce que celles qui sont encore vivantes dans le pays.
Avant la révolution, la Picardie formait un des grands gouvernements militaires du royaume. Les quatorze principales subdivisions territoriales dont elle se composait sont il présent irrégulièrement réparties dans les départements de l'Aisne, de la l^mme, des Ardennes, de l'Oise et du Pas-de-Calais. Herbin, dans sa statistique générale , évaluait la superficie de la Picardie à cinq cent quarante-huit lieues carrées, et le nombre de scs habitants à six cent seize mille cinq cents luibitants. L'abbé d'Expiliy, après avoir porté la population de la province à six cent trente-un mille cinq cent quarante-six personnes , la réduisit, par une autre approximation, à cinq cent mille âmes. Le chiffre moyen adopté par Herbin était probablement relui qui se rapprochait le plus de la réalité. En réunissant a la population du' département de la Somme celle des arrondissements de Montreuil, de Boulogne et de Beauvais , qui sont , è peu de chose près , des anciennes circonscriptions picardes, on peut évaluer aujourd'hui à moins d'un million la totalité des habitants de l'ancienne Picardie*.
I. Voir, |>f)ur la gt'olo^ic, Hescription géognottiqtie du bauin du Bat-Boulonnais^ par M. Rozi‘(. Paris 1828, •— Etquisn géologique du département de la Somme ^ par M. Buletix. Amiens,
IHIU, in-8. — Mém. géologique sur le bassin d'Amiens, et en particulier sur les cantons littoraux de la Somme, par M. Ravin. 183.1, tn>8.
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