SAINT-VALEHY ET LE CROTOY
Charles V flt postérieurement élever à Paris et à laquelle ou donna le nom de Bastille. Après la bataille de Poitiers’, Charles-le-Mauvais s’étant emparé de Saint- Valéry, le connétable de Tiennes et le comte de Saint-Pol vinrent l'y assiéger à la tête de deux mille chevaliers et de douze mille fantassins fournis par les communes de Lille, d'Arras, de Saint-Omer, d'Amiens, de Hue, de Crépy, etc. Le siège dégénéra en hlocus, et la ville se rendit an moment même où Philippe de Navarre , frère de Charles-le-Mauvabb arrivait au secours de la garnison. Pont-Remy, Rue, Noyelles, Saint-Valéry, le Croti^, se révoltèrent ensuite contre Édouard, maintenu dans la possession du Ponthien par le traité de Brétigny. Les Anglais, sentant de quelle importance était pour eux le gué de Blanquetaque, reprirent, en 1369, Rue et le Crotoy qui le commandaient. Les ravages qu'ils exercèrent dans les environs furent si épouvantables que Charles VI crut devoir investir en personne la petite place ; mais la famine seule put la contraindre à se rendre.
Ce fut quelques années après ces événements mémorables que Jean de Bethencourt, natif du Ponthieu, le premier des navigateurs qui ait tracé la route des Indes-Occidentales, ayant vendu tous ses biens du Vimeu, partit avec un équipage composé de marins du Crotoy et de Saint-Valéry, découvrit les Iles Canaries, et s'en proclama roi du consentement de Henri de Castille.
Cependant Jacques d'Harcourt, auquel Charles VI, pour reconnaître scs services, avait donné le gouvernement du Crotoy, était parvenu, avec l'aide de Lahire, Xaintrailles , et quelques autres braves capitaines de l’époque, à s'emparer de Saint-Riquier et de Saint-Valéry. Le duc de Bourgogne entra bientôt dans Saint Riquier au nom du roi d'Angleterre, et Warwick assiégea Saint- Valéry. Le siège fut long, parce que les Anglais manquant de vaisseaux, d’Harcourt pouvait envoyer du Crotoy des vivres et des renforts. Mais une escadre nombreuse ayant fermé la rade , la place fut obligée de capituler le k septembre 1^2-2. Jacques d'Harcourt prit alors le titre de lieutenant du roi de France dans le Ponthieu , et refusa même de négocier tout arrangement avec son frère, Jean d'Harcourt, évêque d’Amiens. Les ducs de Bedford, de Bourgogne et de Bretagne l'attaquèrent simultanément. Il leur opposa la plus énergique résistance : mais enfln n'espérant plus aucun secours, il consentit à rendre la place le 3 mars si dans les trois premiers jours de ce mois les Français n’étaient point venus livTer bataille aux Anglais entre Rue et le Crotoy. Les Français, qui n'avaient pu être avertis à temps, ne furent point exacts au rendez-vous, et au jour fixé, à l’heure de midi, le commandant de la place en remit les clefs à Raoul le Bouteilicr. L'intrépide d'Harcourt, qui s'était embarqué pour aller au-devant de l'armée libératrice dans les provinces de la Loire , avait péri sur la route en emportant par surprise le château de Parthenay.
^ En 1430, Jeanne d'Arc prisonnière fut amenée au Crotoy. Il est fâcheux que parmi les soixante assesseurs choisis un peu plus tard pour la condamner, il s’en trouve un, nommé GeoCfroi, natif de cette ville. En r»32, Gaucourt, l’un des compagnons de Lahire, reprit Saint-Valéry sur les Anglais. Le connétable de Saint- Pol, gendre du duc de Bedford, l'en délogea l'année suivante. Rambure y pénétra de nouveau, au nom du roi de France, et bientôt, à son tour, en fut chassé par le comte d'Étampes, Jean de Crol, et le vidame d’Amiens. Après la paix d'Arras, les
PICAKUIE.
Anglais araient gardé le Crotoy, contre la foi des traités. Le dnc de Bourgogne fit assiéger celte ville par terre et par mer. Mais le général anglais Talbot, par un mouvement hardi, se porta sur les bords de la Somme, se jeta A l'eau avec un petit nombre de soldats d'un courage éprouvé, gagna l'autre rive, occupée par les troupes bourguignonnes , les intimida par son audace , se dirigea vers la place assiégée et y fit entrer un convoi, sans avoir combattu. Cette action admirable ne fit que retarder la perte des Anglais. Assiégés une seconde fois dans le Crotoy , par le Ber d'Auxi, capitaine général des frontières du Ponthieu, ils furent enfin obligés de se rendre. Saint-Valéry ne tarda pas non plus à reconnaître l'autorité du roi de France; mais Louis Xt, sachant qu'Ëdouard d'Angleterre devait lui redemander cette ville avant toute proposition de paix, y fit mettre le feu le 14 juillet 1475. François I" la visita au mois de juin 1517 : un grand projet de canalisation l'y avait conduit; il y renonça bientôt, et la quitta sans l'avoir tirée de l'état de ruine où il l'avait trouvée. Peu de temps après , la petite place n'en résista pas moins victorieusement à Charles-Quint. En 1544, Henri VIII, roi d'Angleterre, s'étant rendu maître de Boulogne, les habitants de cette ville refluèrent vers le Crotoy et Saint-Valéry, plutôt que de se ranger sous son obéissance. Ils n'y trouvèrent pas le repos. Le duc de Savoie, en 1556, après avoir inutilement tenté de réduire le Crotoy par la ibree des armes, en corrompit le gouverneur. Moyennant une somme de trente-cinq mille livres, celui-ci devait livrer la place; heureusement ce complot fut découvert, et toutes les démonstrations des Espagnols contre la ville restèrent sans résultat.
En 1 568, pendant les guerres de religion , le maréchal de Brissac surprit CoquevHIe, qui avait jrénétré dans Saint-Valéry à la tète de trois mille hommes des troupes calvinistes, au moment même où il s'en éloignait avec tout son butin. Les protestants, rentrés dans la ville, s'y défendirent avec vigueur jusqu'au jour où ils succombèrent sous les attaques combinées de l'armée royale et des habitants qui, en définitive, prirent parti contre eux. Pendant la Ligue, la citadelle du Crotoy brava tous les efforts du duc d'Aumale; mais à la mort du duc de Guise, la fenune du gouverneur de llelloy la livra aux chefs de l'union catholique, ü un autre, côté. Saint- Valéry ouvrit scs portes au duc de Nevers; mais les ligueurs la reprirent sur les troupes du roi en 1591, et son abbaye fut dévastée. Rubempré, l'un des chefs de l'armée royale, en expulsa définitivement les Espagnols en 1593 , après quoi, se portant sur le Crotoy fannéc suivante, il força la garnison A battre la chamade. Nous glisserons sur quelques événements dénués d'intérêt.
En 1620, Louis Xllf, pendant son séjour A Saint- Valéry, abolit, en faveur des pécheurs du port, les droits sur 1a pêche établis anciennement au profit de l'abbaye par le comte Jean de Ponthieu ; cette même abbaye fut réformée vingt-quatre ans après, sous Louis XI V. Ses revenus étaient alors de trente-quatre mille livres, dont d'ix-huit mille pour les abbés, parmi lesquels on compte Fénelon. Vers cette époque Balthaxar de Fargues, qui s'était révolté dans Hesdin avec le régiment de Bellebrune, et qui courait le pays pour le rançonner, tenta de surprendre Sainl-Valery 'et fut repoussé (var les habitants. Le chAlcau du Crotoy fut démoli sous le même règne ; on en fit sauter les fortifications à l'aide dè la mine , et , en fouillant le terrain , on a retrouvé de nos jours des barriques de poudre qui n'avaient pas pris