BOULOGNE-SUR-MER
Parmi ces belliqueux enfants de la (iaule-Relgique qui opposèrent aux aigles romaines une si vive et si glorieuse résistance. César cite les Marins comme ayant été des derniers à se soumettre è ses armes victorieuses. Ces peuples occupaient à peu près le pays compris dans les limites actuelles du département du Pas-de- Calais. Pour les Romains , c’était presque le bout du monde ; aussi Virgile les appeHe-t-il les hommes les plus reculés, extremi kominum Marini, et cette épithète, quoiqu’elle ne fût pas rigoureusement exacte , prévalut pendant plusieurs siècles et parut inséparable de leur nom. La Morinie n’offrait au conquérant qu’un territoire pauvre et marécageux ; mais ses cètes étaient les plus voisines de l’Ih* Kritahnique, c’était dans ses ports qu’on s’embarquait pour cet autre monde qui* rêvait l’ambition de César. Otte circonstance en détermina la conquête ; par compensation, elie iui valut aussi la fortune et la célébrité.
Gessoriac, située à l'embouchure de X'Etna, la Liane, était le port le plus sdr et le plus commode de la Morinie; là, toutefois, n’était point le trajet le pius court pour arriver au rivage breton. César, qui ne l’ignorait pas, s’embarqua à Poritis Itius, aujourd’hui Wissant. D’autres ports, tels qu’uftcrior Parlas et eiterior Portas, offraient au conquérant un abri pour scs armements ; mais il n'y avait sur la côte aucune place assex forte pour assurer la tranquillité des conquêtes qui lui avaient coûté tant de travaux. Il résolut donc d’y pourvoir; dans ce but, il désigna, en face de Gessoriac, l'emplacement d’une ville nouvelle, et il confia la direction des travaux à Q. l’édius, son parent. Celui-ci, qui était de Bologne (/tonon/a), en Italie, prit, dit-on, cette ville pour modèle, et en donna le nom à la cité naissante. Ce fut vers fan 50 avant l’ère chrétienne. Bientôt, malgré la profondeur du bras de mer qui séparait les deux villes , on parvint à les réunir par des ponts habilement construits, et, peu à peu, le nom de Gessoriac disparut et se fondit dans celui de Jlononia, dont, plus tard, on a fait Boulogne.
La nouvelle cité prit un accroissement rapide, elle devint le port le plus renommé de la Gaule occidentale, et c’est de là que partirent tous les armements des Romains. Caligula, en l’an 40, fit élever sur sa rade un phare destiné à diriger les vaisseaux qui navigueraient dans le détroit. Ce phare, l’un des plus beaux monuments des Romains, subsista jusqu’au milieu du xvii’ siècle, sous les noms de TurrisOrdans, Turris Ordrant, Tour d'Ordre ou Ordre. Claudius, successeur de Caligula, s’embarqua à Boulogne en 46, pour aller recevoir l’hommage des Bretons, vaincus par Plautius et Vespasien , ses lieutenants, et le sénat de Rome ordonna qu’un arc de triomphe lui fût élevé au lieu même de son embarquement Adrien s’embarqua
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aussi à Bononia , en 1 17 , et, à son retour, il choisit cette ville pour sa résidence , rembellit de nombreux monuments , et combla tout le pays de ses bienfaits. Constantin y séjourna deux fuis, en 307 et en 311. Bononia, à partir du règne de Valentinien, eut' ses comtes particuliers, dont le premier fut Théodose, père de Théodose-le-G rand .
A la fin du iv* siècle, le territoire do Boulogne était compris dans la deuxième Belgique; il en formait le douzième diocèse, sous le nom de Civitas Bononiensiiim. Comme toutes les villes qui tenaient leur existence et leur prospérité de la munificence des Komains, la cité boulonnaise fut entraînée dans la chute de l’empire. Assiégée par Attila, en 419, elle fut assez heureuse pour résister aux elTorts de ses armes; mais elle ne tarda pas à passer sous la domination des Franks. Chlodwig réunit In 4lorinie à ses conquêtes, et son nouveau royaume eut dè.slors la mer pour limites. Sous les rois de la première et de la seconde race, le Boulonnais constitua avec le Ponthieu ce que l’on appelait la France maritime; et cette province fut gouvernée, tantôt par des comtes, tantôt par des ducs amovibles, parmi lesquels on compta Roland, le héros de la chevalerie, et Angilbert, \' Homère de l'académie fondée par AIkuin. Charlemagne visita Boulogne, et, prévoyant déjà les invasions des hommes du Nnid , il y lit exécuter de grands travaux pour assurer la défense de la côte. Mais rien ne put arrêter ces Ivarbares. Lorsqu’après la mort de Charlemagne les Normands se précipitèrent sur la France, Térouane, l’antique capitale de laMorinic, fut une des premières à ressentir la fureur de leurs coups. En vain les comtes de Boulogne et d’Hesdin essayèrent de s’opposer au torrent : les cadavres de huit mille Boulonnais entassés sur le champ de bataille, aux environs du village de Wimille, purent à peine arrêter un instant .sa marche dévastatrice; Boulogne fut emportée d’assaut et livrée à toutes les honeurs de la guerre (882). Ce ne fut que trente ans après, eu 912, qu’elle retourna à la France, par le traité que Charles-le-Simple fit avec Rollon.
Iæs Boulonnais, au milieu de ces cruelles épreuves, furent soutenus par le courage et la résignation qu’ils puisaient dans le christianisme. I.a Morinie avait reçu de bonne heure les lumières de la foi ; saint Firmin y avait prêché l'Évangile à la fin du II* siècle, et saint Fuscien et Vicloric, en 275, avaient bâti une chapelle sur les bords de l'Elna. a l’n jour que les fidèles étaient rassemblés pour la prière dans un pauvre oratoire couvert de genêts et de joncs marins, la vierge Marie leur apparut » dit l.eroi. « Elle les avertit qu’un vaisseau contenant son image entrait dans leur rude, et elle leur ordonna de la déposer dans le lieu même où ils étaient alors réunis. En leur faisant connaître ainsi sa volonté, elle désigna encore un endroit où ils n’avaient qu’à fouiller pour y trouver de quoi fournir à la construction d'un édifice plus propre et plus digne que ne l’était cette pauvre chapelle de renfermer un gage si précieux de .son amour pour eux. On peut bien juger de l’empressement de ce peuple à courir vers le port. Tn grand calme régnait sur la mer, et une brillante lumière couvrait le vaisseau , qui abordait sur le rivage sans aucun secours humain. On s’en approche, et l'on y trouve une image de la Sainte- \ ierge, faite de buis en relief, d’einiron trois pieds demi de hauteur, tenant renfant Jésus sur son bras gauche. Gette image avait quelque chose de si doux et de si majestueux, qu’elle aurait forcé les moins pieux à .s'allendrir de dévotiou.
t>ICARI>IE.
et à lui rendre tous les hotiunagos d'une singulière vénération. » L'image sacrée fut portée en triomphe au lieu que la Vierge s’était choisi, et bientôt, sur l’emplacement de l’humble chapelle, s’éleva une église à laquelle afliua une foule innombrable de dévots. Telle était la renommée de Notre-Dame de Boulogne, dès le commencement du si' siècle, que des pèlerins s’y rendaient des extrémités de l’Orient, et qu’on fut obligé de bâtir des hôpitaux en différents lieux du Boulonnais pour y recevoir les étrangers malades et nécessiteux. Comme la guerre venait souvent interrompre ces pieux pèlerinages, il se forma sur divers points des confréries qui érigèrent, sous le nom et sur le modèle de l’église de Notre-Dame, des oratoires où les fidèles purent offrir plus librement leurs hommages à la mère de Dieu. De là l'origine du nom de Boulogne, près Paris, dont la confrérie, que les anciens registres nomment la grande confrérie de Notre-Dame-de-Boulogne-sur— Mer, compta parmi ses membres la plupart des rois de France.
La renommée de l'église de Nolre-Damc-de-Boulogne la lit choisir, en 1309, pour la célébration du mariage d'Isabelle de France avec Édouard II, roi d’Angleterre. On vit réunis pour cette cérémonie, Philippe-lc-Bel , roi de France, Ijiuisle-Hutin, roi de Navarre, Henry, roi d'Allemagne et des Romains, Charles, roi de Sicile, les reines de France, d'Angleterre et de Navarre, quatorze lils de roi ou princes du sang , et une multitude de prélats et de seigneurs. Chacun de ces personnages fit à l’église, qui devint bientôt l'une des plus riches de France, des offrandes dignes de son rang et de sa magnificence.
Une circonstance politique vint encore rehausser l’éclat de Notre- Damc-de-Boulogne. A partir du ix' siècle, le Boulonnais avait eu des comtes héréditaires, et successivement il avait passé dans les maisons de Champagne, d'Alsace, de Dammartin et d'Auvergne. Philippc-le-Bon, duc de Bourgogne, s'en empara vers U30, et se le flt céder, en 1435, par le traité d'Arras. Charles-le-Téméraire, son fils, le posséda après lui ; mais à la mort de ce prince , en 1477 , Louis XI , qui convoitait depuis longtemps ce domaine, s’en saisit et le restitua à son légitime propriétaire, Bertrand de La Tour, comte d'Auvergne, avec lequel il l'échangea presque aussitôt contre le duché de Lauraguais. Maître du comté de Boulogne, Louis XI, pour se soustraire à la suzeraineté à laquelle les ducs de Bourgogne auraient pu prétendre à cause de leur comté d'Artois, dont le Boulonnais relevait, imagina un expédient qui peint bien f étrange astuce d’un prince qui sut presque toujours couvrir l'illégalité de scs prétentions d’une apparence de justice et de bonne foi : ce fut de donner ce comté à la Vierge, dont il se reconnut le vassal, par le relief d’un cœur d'or du poids de treize marcs, que lui et ses successeurs, rois de France, lui paieraient à leur avènement à la couronne, en lui faisant hommage du Boulonnais. Il alla Ini-mCme, l’année suivante, accomplir cette pieuse obligation ; il se présenta devant l’image miraculeuse, « deceint et déperonné, tête nue et à genoux, » et lui fit hommage de son nouveau comté entre les mains de l’abbé et des religieux de Notre-Dame. Tous ses successeurs, jusqu’à Louis XV inclusivement, se soumirent aux prescriptions de ses lettres-patentes ; seulement, au lieu d’aller eux-mémes porter le cœur d’or à Notre-Dame de Boulogne, ils se contentèrent de lui en envoyer la valeur.
On comprend quelle infiuence la possession de la sainte image dut avoir sur les destinées de Boulogne. Mais ce qui ne pouvait manquer d'assurer la prospérité de
loi
BOULOGNE-SUK-MER.
cett« ville, c'élait la situation, la cnitinindité et la sûreté de son port. Chaque fois quelle avait souffert des ravages de la guerre, le commerce et la pèche avaient réparé ses pertes. Sa bourgeoisie, flére de ses richesses et de son importance, s'administrait elle-même. La commune, exactement modelée sur celle deTournay, se composait d’un mayeur, de douze éclievins et de vingt-un élus qui étaient nommés dans les assemblées primaires de la bourgeoisie. En 1595, le nombre des échevins fut réduit de douze à quatre. Nous ignorons à quelle époque remontait l'origine de la commune. Nous savons seulement que les Boulonnais avaient joui dans tous les temps du droit de rendre justice à leurs concitoyens.
Dés le XIV' siècle, les .Anglais essayèrent de s'emparer d'une place, dont l'heureuse situation eût puissan.ment favorisé leurs projets d'envahissement et de conquête. En 1339, ils y abordèrent à la faveur d'une brume épaisse, surprirent la basse ville , et brûlèrent dans le port quaraute- sept bâtiments de guerre ; mais ils échouèrent contre les forliGcations de la ville haute. Ouand ils se furent rendus maîtres de Calais , le Boulonnais fut souvent le théâtre de leurs courses et de leurs brigandages, et plusieurs fuis ils renouvelèrent sans succès leurs tentatives contre Boulogne. Henri VIII vint l’assiéger lui-même à la 6n du mois de juillet 1544, avec une armée de trente mille hommes. La ville n'était défendue que par trois mille hommes environ, dont mille bourgeois, sous les ordres de Jacques de Coucy, seigneur de Vervins.
Dans cette circonstance critique , le mayeur déploya une fermeté admirable. Excitée par son exemple, la milice Bt des prodiges de courage et repoussa toutes les attaques des assiégeants. Après six semaines de tranchée ouverte, Henri VIH, désespérant d'emporter une place si vaillamment défendue , avait donné le signal de la retraite , quand deux transfuges italiens vinrent lui révéler l’extrémité à laquelle les assiégés se trouvaient réduits. Cet avis ranima les espérances du monarque anglais , et un assaut général fut donné le 12 septembre. Les assaillants furent encore repoussés ; mais le gouverneur, Jacques de Coucy, redoutant pour la ville les conséquences d’un second assaut, demanda à capituler et rendit la place, malgré l’opposition d'Eurvin et des bourgeois qui s'offraient à la défendre seuls, a Après cette fatale reddition, l'on vit bientût l'abomination de la désolation dans le lieu saint. L'église de Notre-Dame, ce sanctuaire si auguste et si inviolable jusqu'alors, fut abandonnée par le vainqueur à la discrétion d'une troupe insolente de soldats, qui y satisfirent également leur avarice et leur impiété, non-seulement par le pillage d'une infinité de richesses qu'on y avait amassées depuis tant de siècles , mais encore par les divers outrages qu'ils exercèrent sur l'image miraculeuse. Ils renversèrent de fond en comble l'ancienne chapelle et élevèrent sur ses ruines une espèce de boulevard , tandis que le reste de l’église leur servait d'arsenal. » C'est ainsi, dit un auteur du temps, qu'ils changèrent < en magasin de Vulcain et sanguinaire ofHcine de Mars un lieu de si grand abord, sainteté et dévotion, et céièbre par de grands et miraculeux prodiges en toute la chrétienté*. » La sainte image fut transportée en Angleterre , avec l'horloge et les orgues , qui sont encore consenés aujourd'hui dans la cathédrale de Cantorbéry.
1. Leroi, Biiloir» de Notre-Dame de Bouloÿtu. — G. Gardin , en l'histoire de son temps, imprinièV en I55i.
lU^ PICAKDIK.
Tuut en ap|)laudissaiit au courage dea lloulonnais et de leur mayeur, nous ne dévoua pas refuser à Jacques de Cmicy la justice qui lui est due. Lu place n'était plus tenaille ; battue par la grosse artillerie, « elle était ouverte comme un village, » dit Montluc , et la poudre manquait. Ce n'est d'ailleurs qu'après avoir pris l'avis de son conseil de guerre que le gouverneur de Boulogne capitula. Cependant, enveloppé dans les intrigues qui poursuivaient le maréchal du Biez, il fut accusé d'avoir vendu la ville aux Anglais, et, après une longue procédure, échafaudage de mensonges et d'iniquités , l'infortuné seigneur de Vervins fut condamné à mort. Il eut la tête tranchée aux halles de Paris, le 1" Juillet 1519, eitiq ans après la reddition de Boulogne, et son corps, coupé en quartiers, fut exposé sur les remparts des principales places du Boulonnais.
Henri II , encore dauphin , avait été chargé par son père de reprendre Boulogne sur les Anglais. Ayant échoué dans cette entreprise, il en avait conservé contre Jacques de Coucy un ressentiment dont la manifestation n'avait pas peu servi les ressentiments de ses persécuteurs. Bientôt la vérité éclata avec tant de force, que, sans avouer son erreur, il tâcha de la réparer, en rendant au fils du seigneur de Vervins les biens confisqués de son père. Cav n'était là qu'une bien faible réparation. Henri III, qui n'avait point à se reprocher d'avoir laissé répandre le sang innocent , revit le procès, et réhabilita la mémoire de Jacques de t'oucy avec un éclat sans exemple. Henri IV, alors roi de Navarre, le cardinal de Bourbon , le duc de Guise, se firent représenter à la pompe funèbre qui eut lieu dans l'église de Vervins. En 1575, on y éleva un magnifique mausolée en marbre dans lequel on déposa ce qu'on put trouver des restes de Coucy, et l'on y grava cette épitaphe, aussi noble que simple :
Vixi Don sine gloriâ , migravi non sine iuviiMi.
Ca:pendant la population de Boulogne avait été remplacée par une colonie an glaise, et Henri VIH avait juré de ne jamais rendre une ville qu'il regardait comme une des clefs de la France. Il en augmenta considérablement les fortifications, et employa tous les moyens pour s'y maintenir. Mais pendant les six années qu'il la conserva, ces nouveaux habitants furent dévorés par des maladies contagieuses qui enlevèrent jusqu'à dix mille hommes dans l'espace de cinq semaines. Boulogne passait alors pour le tombeau des Anglais, et il fallait enchaîner comme des victimes les soldats qu'on j transportait d'Angleterre.
De si grandes calamités, dans lesquelles le )>euple voyait l'effet de la vengeance divine, changèrent les dispositions de Henri VIH et le déterminèrent à traiter de la reddition de la place. Des conférences furent ouvertes è Ardresen I5i0, et il fut convenu que Boulogne serait rendue moyennant deux millions d'écus d'or. Mais la mort presque simultanée des deux monarques signataires du traité en arrêta l'exécution, et la guerre se ralluma. N’éanmniii'i, la contagion continuant ses ravages , de nouvelles conférences s'ouvrirent à ( jipécure , et Boulogne fut restituée à la France au prix de quatre cent mille t'fus, le 21 avril 15.51). Henri II y fit 'on entrée le 15 mai, et alla aussitôt remercier Dieu dans une chapelle faite en toile et en cordages qu'on avait élevée à la hâte sur le lieu même où était autrefois celle de la 5'ierge. Il offrit à cette occasion de riches présents à la palrone du
B(>L:L(H;.\K-Siru->IEH.
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Roiilmiiiais, tiolnmmenl « une grnmlu imn^c de Notre- I>ame dans nii Itateaii, le tout en argent massif, du poids d'environ six vingts mares, pour mettre en plaee de celle qui avait ité transporU'-c en Angleterre. i> Peu de temps après, l’image miraculeuse clle-nième fut ramenée en triomphe; les pèlerinages recommencèrent et de magnifiques présents hii eurent bien vite rendu sa splendeur primitive.
I>es querelles de religion devaient bientét renouveler la douleur des fidèles Boulonnais. Iæs huguenots étant panenus à se rendre maîtres de la ville, en t.’>67, dévastèrent les églises, et l'image de la Vierge, enlevée secrètement pendant la nuit, fut jetée dans un puits d'où elle ne fut retirée que quarante ans après. Pour terminer l'histoire de cette miraculeuse image, nous dirons qu'elle fut solennellement brûlée le 28 décembre 1793, ce qui ne l'a pas empêchée de reprendre sa place dans son anti<|ue chapelle, où elle reçoit encore de nombreux hommages.
Restée Adèle h la royauté, Boulogne résista à toutes les entreprises de la Ligue, et ses habilanis déployèrent au milieu des troubles religieux celle bravoure dont ils avaient déjà donné tant de preuves , et qui devait plus tard les faire remarquer de la manière la plus honorable dans les guerres sanglantes (|u'eurent à soutenir Louis Xllt et I.ouis XIV. Ce n'est pas seulement, en eAel, dans la défense de leurs murs que les Boulonnais montrèrent leur courage. Dès le temps des croisades, nous les voyons paraître avec éclat au milieu de l elte armée que commandait le fils d'un de leurs comtes, ce (iodefroy de Bouillon, lont le caractère et la valeur héro'iques ont trouvé dans le Tasse un peintre si sublime et un si digne interprète. Conduits par Baudouin et Eustache frères de (iodefroy, les Bonlonnais se Arent remarquer dans toutes les rencontres, et surtout au siège d'Antioche. L'histoire nous a conservé le souvenir d'un pécheur boulonnais, nommé (iuilmer. qui se distingua d'une manière particulière durant la mémorable expédition qui arracha la ville sainte des mains des inAdèles. Ce brave arma une |telile Aotte avec laquelle il alla croiser dans les mers d'Égypte. Son courage et celui de ses compagnons le rendirent la terreur des Sarrazins, et l'un des premiers il planta l'étendard du Christ sur les remparts de Jérusalem.
Dans des temps plus modernes, nous voyons les troupes houlonnaises, en 1634, porter leur ardeur belliqueuse sous les murs de Calais, attaqué par les Espagnols ; en 1636, défendre les côtes menacées par les Anglais; en 1638, assister au siège de Saint-Omer ; en 1645, repousser Jean de Vert et Picolomini; en 1648, prendre une part glorieuse à la prise des forts de la Flandre , et se distinguer d'une manière toute particulière à 1a bataille de Lens; en 1651 . couvrir une seconde fois Calais et les frontières de l'Artois; sauver Ardres en lti.57; et enAn rentrer glorieusement dans leurs foyers à la paix des Pyrénées. En 1708, une Aotte anglaise , commandée par l'amiral Byng , ayant tenté un débarquement auprès de Vimereux , les Boulonnais se portèrent rapidement au-devant de l'ennemi et le forcèrent à se retirer. Pendant la guerre de 1778, ils donnèrent de nouvelles preuves de leur courage: leur attitude fut alors si ferme que les Anglais n'osèrent faire aucune démonstration hostile contre le port.
Le Boulonnais, accoutumé depuis longtemps à f autorité royale, à laquelle U ne s'était jamais soustrait, s'administrant lui-méme, et jouissant paisiblement de ses libertés et franchises, n'éprouvait pas autant que les autres provinces le besoin
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toi
d'une révolution politique. Aussi fut-il en quelque sorte surpris par relie de t789 , et ne la suivit-il que pas à pas, entraîné par son influenre , profitant de ses bienfaits , sans se laisser emporter par ses erreurs, dont il eut pourtant h souffrir.
Révolutionnée par les conventionnels André Dumont et Joseph Lebon, Boulogne eut ses jours de terreur ; mais bientôt elle trouva dans les combats et l'enivrement de la gloire l'oubli de ses maux passagers. I.es premiers coups de canon échangés entre les vaisseaux anglais et la côte française furent pour elle le signal d'une ère nouvelle. Trois cutters, lins xoiliers, construits dans son port et armés chacun de douze canons, furent destinés il protéger la navigation et la pèche dans le détroit. Quelques corsaires boulonnais se joignirent à eux ; ils furent bientôt suivis par un grand nombre d'autres, et leurs succès dépassèrent toutes les espérances. Ces corsaires n'étaient pas construits pour ta défense ; ils ne portaient de canons que pour imposer h rennemi et ne s'en servaient que fort rarement. Toute leur force consistait dans la supériorité de leur marche , la proinplitude de leurs muuiements, le courage et l'énergie de leurs èqiii|)ages. C'est ainsi qu'on les voyait appareiller de la côte de France vers le soir, se tenir en embuscade aux rivages d'Angleterre pendant la nuit, fondre avec la rapidité de l’aigle sur le premier bôtiment marchand qui passait, s'y accrocher, et l'entraîner vers le port le plus voisin l’Ius d'une fois, trompes par les apparences , ils s'adressèrent è des navires armé'S : ils se hait lieait alors comme des lions , et le succès prestpie toujours coin 'iinnit leur audace. Ils ne crnigiuiient point d'ailleurs d'aller saisir leur proie jiis(|u'au milieu d'une escorte du vaisseaux de guerre. C'est ainsi que les corsaires sortis du port de Ikiulogue de l'an iv à l'an ix firent sur rennemi deux mille prisonniers et réalisèrent pour /reise millions de prises.
Ces succès axaient ramené la prospérité dans Roulogne, lorsqu'elle fut apiielée à jouer un rôle im|H>rlant, mais dangereux, et qui pendant quelques années allait fixer sur elle les regards de l'Europe. la paix paraissant assurée sur le cantinent, après le traité de Cjimpo-Formio , le directoire songea à porter la guerre chez les Anglais; une armée fut rassemhice sur les côtes de l'Océan, et on en donna le commandement à Rona|>arte. Mais une nouvelle coalition se forma bientôt et fit ajourner ce projet. Il fut repris par le premier consul après la paix de Lunéville. Mille chaloupes canonnières, sorties à sa xoix des chantiers des côtes septentrionales de la France, de la Belgique et de la Hollande, se réunirent dans la rade de Boulogne, que d'immenses travaux avaient appropriée, comme par enchantement, à sa nouvelle destination, et les phalanges victorieuses de l'Aliemagne et de l'Itaiie vinrent camper en vue des rivages de l'Angleterre. Le Pas-de- Calais fut transformé en un vaste champ de bataille, et cliaquc jour amena quelque combat nouveau.
Les Anglais avaient d'abord tourné en ridicule les projets d'invasion du camp de Boulogne. Mais la terreur avait bientôt succédé aux épanchements de leur vene satirique, et ils mirent tout en oeuvre pour prévenir l'orage qui les menaçait. Dès lors ils avaient résolu de chercher à détruire par tous les moyens les embarcations réunies dans le port. I,e 9 septembre 1801, Nelson se présenta devant Boulogne avec trente vaisseaux de toute grandeur, line dit ision de la flottille légère française était mouillée à cinq cenLs toises de l'entrée du port ; elle fit si bonne contenance
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qu'au bout de quelques heures, l'ennemi n'ayaht pu forcer cette avant-garde à rentrer dans le port, prit le parti de se retirer, après avoir jeté inutilement huit ou neuf cenU bqnibes qui n'atteignirent personne.
Cinq joun après, la flotte de Nelson reparut plus nombreuse et accompagnée d'un grand noinbre de frégates, de péniches, de briks, de clialoupes canonnières et de petits bateaux à rames qui se tenaient cachés derrière les gros liètimcnts. I.'amiral français eut promptement deviné les intentions de l'ennemi, et Ht ses dispositions en conséquence. Il embarqua sur les bâtiments de la ligne des troupes d'élite, installa les filets d'abordage , plaça, à la chute du jour, de petites embarcations en vedeile, et attendit bravement l'ennemi. A minuit, les vedettes eurent connaissance d'une nuée de canots légers qui se dirigeaient sans bruit sur la flottille. Elles se replièrent sur la ligne; l'alarme fut donnée, et tout le monde se prépara au combat. L'ennemi continua d'avancer en bon ordre, et bientôt il entoura les bateaux plais et les canonnières. Sa surprise fut grande de voir qu'il avait été dev iné et de trou ver le chemin de chaque nav ire barré par les filets d'abordage. Néanmoins le combat s'engagea de toutes parts avec une incroyable fureur. Après quatre heures d'une lutte acharni'“e , les Anglais, repoussés sur tous les points, furent obligés de battre en retraite , non sans avoir éprouvé une perte considérable.
A la rupture de la paix d'Amiens , Bonaparte reprit avec une nouvelle ardeur les projets d'invasion, et les travaux recommencèrent sur les côtes du nord avec une prodigieuse activité. Boulogne fut de nouveau choisie pour le centre des opérations, et Vimereux, Amhleteuse et Etaples pour ses ailes ou succunales. Le port de Boulogne fut mis en état de recevoir h lui seul plus de deux mille bâtiments de diverses espèces, et on l'agrandit encore, à force d'art, d'un bassin qui reçut huit i neuf cents bâtiments toujours à flot et prêts à appareiller. L'amiral Bruix vint prendre le commandement de la flottille, et le général Soult celui de l'armée de terre. Impatients d'aller se mesurer avec des ennemis de la république, les soldats s'exerçaient sans relâche à lu manœuvre des chaloupes canonnières. A trois reprises différentes, Napoléon vint les encourager par sa présence, et applaudir à l'intelligence et à la célérité de leurs évolutions, multipliant pour enx les distractions afin de tromper leur impatience. Ce fut au milieu de ces braves qu'il fit, le 15 août 180t, la seconde distribution des décorations de la Légion-d'Honneur, et jamais peutêtre il ne fut donné de voir un spectacle guerrier plus grand et plus imposant.
Les troupes s'étaient réunies dans une petite vallée située à une demi-lieue de Boulogne , sur le bord de la mer. Là le terrain s'incline doucement vers la falaise, et forme un amphithéâtre naturel qui se prêtait admirablement à la réunion d'aussi grandes masses. Au centre de cet amphithéâtre s'élevait une estrade sur laquelle on avait placé le trône d'un des rois de la première race. On n'y remarquait d'autre ornement que des trophées formés des étendards et des drapeaux pris à Montenotte, Arcole, Tagliamento, Lodi, Rivoli, Castiglione, Alexandrie, aux Pyramides, au Mont-Thabor, à Aboukir, à Marengo, le tout surmonté des guidons pourprés des beys d'Egypte, qui s'agitaient doucement dans les airs, et ombrageaient l'armure en pied des électeurs de Hanovre.
A midi l'empereur monta sur son trône, accompagné de son frère Joseph et entouré <les grands dignitaires. Des officiers portaient devant lui les décorations de