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la Li'-Kioii-tl'Uuniiour daiia 1rs boucliers et les casques de Duguescliii et de Uajurd. Derrière l'estrade se trouvait en bataille la garde impériale; sur la même ligue, d'un cdté tous les corps de musique de l'armée, de l'autre plus de deox mille tati;bours, et aux deux extrémités les états-majors généraux des camps. Cette ligne, longue de cent cinquante toises, était la base de la demi-circonrérence autour de laquelle l'armée se rassemblait. Devant le trône s'avançaient soixante régiments eu vingt colonnes serrées è tête de division , formant comme autant de rayons dirigé.s vers un centre commun ; leurs extrémités divergentes se prolongeaient sur les hau leurs que couronnaient en demi-cercle vingt escadrons en bataille. .A la lête de chaque colonne étaient, par pelotons, les braves qui devaient recevoir la décoration ; derrière eux, les drapeaux et les généraux de chaque division.
Du point où le trône était placé, on découvrait h l'horizon la terre britannique: l'œil embrassait à la fois les camps, la rade, le port, et les immenses batteries des côtes, dont les détonations faisaient trembler le sol. A un signal donné toute l'armée s'ébranla, et les colonnes, serrant les rangs, s'avancèrent jnsqu'è la moitié de la distance qui les séparait du trône : on eût dit une lave d'acier qui descendait dans la plaine. Un autre signal arrêta cette masse de cent mille hommes, et , comme par l'effet de la magie, elle devint immobile et attentive. Après un dis cours prononcé par le grand chancelier, l'empereur prêta le serment de l'Ordre, qui fut aussitôt répété par les légionnaires, auxquels se joignit spontanément toute l'armée. Tous les membres de la I,égion-d'Honneur furent alors présentés individuellement à l'empereur, qui leur remit lui-même la décoration. Il les reconnaissait pour la plupart, et les accueillait comme les compagnons de sa gloire et de ses travaux. Pendant ce temps la musique de tous les régiments, dirigée par MéhuI, faisait retentir les magnifiques accents du CAant du départ. Toute l'armée iléfila ensuite devant le trône, et la journée se termina par des fêtes et des jeux.
Pour éterniser le souvenir de ce jour mémorable , l’armée résolut d'ériger à ses frais une colonne monumentale, et le 9 novembre le maréchal Soult en posa la première pierre, sur laquelle était gravée cette inscription : Première pierre du monument décerné par Cannée expéditionnaire de Boulogne et ta flottille à Cemperevr JS’apoléon, posée par le maréchal Soult, commandant en chef, 18 brumaire an xiii (9 novembre I80A). Cette colonne ne fut achevée que sous la restauration, et elle fut alors consacrée à rappeler le retour des Bourbons et la concession de la Charte. Mais le gouvernement de juillet l'a rendue à sa première destination.
La journée du 15 août avait produit en Angleterre la plus vive sensation, et le cabinet de Saint-James, quoiqu'il ne soupçonnât point toute l’étendue des projets de Napoléon, ne pouvait plus se faire illusion sur le danger qui le menaçait. Toutes les manœuvres de sa marine n’avaient pu empêcher la formation de la flottille, cl tel était l'aspect formidable de la ligne d'embossage et de la côte de Fer, comme les Anglais appelaient eux-mêmes la côte de Boulogne , qu'une attaque â force ouverte était devenue impossible. L'Angleterre alors recourut à des armes qu'un fréquent usage lui avait rendu trop familières. Le 3 octobre l'amiral Keith parut en vue de Boulogne avec cinquante-deux vaisseaux , dont vingt-cinq étaient de petits hriks de peu d'apparence. A leur faible échantillon l'amiral français jugea que ce devaient être des brûlots; par une manœuvre habile il sut éviter le danger.
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BOÜLOGNE-SLR-MER.
et les Anglais, à qui le canon, qui ne cessa de tonner pendant cette nuit terrible, enleva beaucoup de monde, perdirent ainsi tout l'efTel d'une entreprise, méditée de longue main.
Cette nouvelle tentative ne Qt qu'accroître l'ardeur de nos soldats, et l'.Angleterre en edt été cruellement punie, si la partie secrète du plan de Napoléon avait pu se réaliser. En effet, cette flottille de chaloupes canonnières, c'était bien moins une arme offensive qu'une ruse de guerre savamment combinée. Pendant que les manœuvres du camp de Boulogne tenaient les soldats français en haleine, le viceamiral Villeneuve recevait l'ordre de sortir de Toulon , et, après avoir rallié l'escadre espagnole, de cingler vers les Antilles, où la flotte anglaise ne manquerait pas de le suivre. Les vaisseaux anglais une fuis écartés des côtes de l'Europe , il devait revenir en toute hâte sur Brest, où l'amiral Gantheaume n'attendait que son arrivée pour faire voile vers l'Angleterre, balayer la Manche et protéger le lissage de la flottille. Si l'amiral Villeneuve eût Qdèlement exécuté ses instructions, l'armée débarquait, et les destinées du monde étaient changées; mais son imprudence perdit tout, et la bataille de Trafalgar fit avorter l'une des plus heureuses inspirations de Napoléon. ,
Le port de Boulogne ne fut plus, dès lors, considéré que comme le dépôt d’une immense résene maritime ; la plus grande partie de la flottille fut désarmée et retraitée dans l'arrière-port. On ne conserva en armement que quelques divisions pour former la ligne d'embossage, contre laquelle les Anglais recommencèrent plusieurs fois leurs attaques avec des brûlots; mais Napoléon, avant son départ, avait fait lui-méme la reconnaissance de tous les dehors de Boulogne, et ordonné les fortifications nécessaires pour mettre la flottille et les établissements de l'armée è l'abri des tentati«es de l’ennemi, et les marins, campés et enrégimentés comme les troupes de ligne, se montraient les dignes émules des vainqueurs d'Austerlitz.
Les projets du camp de Boulogne, bien qu’ils aient échoué, sont restés un des plus beaux titres de gloire de l'empereur. Pour la ville , ils ne furent pas seulement une source de prospérité; ils fireut ressortir sa haute importance militaire. C'est sans doute l'espoir d’y trouver encore un vif souvenir de ces obligations qui détermina le prince Louis Napoiéon à débarquer & Boulogne en 18A0, lorsqu'il tenta de rallier à sa cause le peuple et la garnison de la ville. On sait quelle fut l'issue de cette entreprise, qu'il ne nous appartient point de juger.
lai concentration de plusieurs corps d'armée sur la côte, et l'armement de l'immense flottille destinée à les transporter au-delà du détroit, ne pouvait toutefois donner à Boulogne qu'une activité momentanée et une existence factice. Pour tirer parti de son admirable position maritime, comme port de passage et de commerce, le retour de la paix lui était nécessaire : c'est, en effet, sous l'influence du rétablissement des relations internationales qu'elle s'est élevée à un degré d'accroissement et de richesse presque sans exemple. Calais était, à la vérité, placée en de meilleures conditions que Boulogne pour la navigation à voiles. La première de ces villes avait sur la seconde l'avantage d'étre garantie des vents d'ouest par le cap Gris-Nez ; l'arrivage des batiments, partis des côtes de l'Angleterre, .s'opérait donc, par l’une de ces voies, avec une régularité à laquelle il était impossible d'atteindre par l'autre. Mais l'établissement des bateaux à vapeur, en
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soustrayant la navigation à l'mllucncc des vents d'ouest, a changé la face des choses. La circulation a insensiblement abandonné le sillage de la vieille route de Calais pour se diriger vers Boulogne. Celle-ci , moins éloignée de Paris que celle-là de trente-cinq kilomètres et presque aussi rapprochée de Douvres, a d’ailleurs un chenal d'un accès beaucoup plus facile : le plan d'équilibre des marées, en d'autres termes, l'élévation moyenne entre la haute et la basse mer, dépasse d’un mètre à Boulogne celui de tous les antres ports du Pas-de-Calais. Boulogne , si longtemps délaissée , l'emporte <à son tour sur sa rivale : elle est devenue la grande étape de la route de Londres à Paris. En 1831, sur 49,727 voyageurs qui traversèrent le détroit, 11,131 prirent la route de Boulogne, et 38,.5ti6 la voie de Calais ; mais, en 1836, sur 90,106 passagers, la part de la première de ces villes s'éleva à 54,973, tandis que celle de la seconde baissa à 35,133. Depuis la disproportion ne s'est pas seulement maintenue dans le même sens, elle a constamment augmenté. En 1843, il y eut 75,937 voyageurs, dont 56,86S passèrent par Boulogne et 19,079 par Calais. Bref, sur 100 voyageurs, 75 aujourd'hui préfèrent la voie nouvelle à l'ancienne.
La même révolution s'est Opérée dans le mouvement des marchandises. En 1843, il est entré, à Boulogne, 2,213 navires, jaugeant 203,773 tonneaux, et, à Calais, 2,500, du port de 198,231 tonneaux : sur ces arrivages, on a compté, dans le premier port, 78 bâtiments français, 2,069 anglais, 66 autres de divers pays, et, dans le second, 938 navires français, 1,265 anglais, et 298 de différentes origines. On peut aussi juger du rapide essor que les affaires ont prise à Boulogne par le produit des droits de douane et de navigation : ils n'avalent point dépassé, en 1829, 341.055 francs; en 1843. ils ont monté à 1,927,254 francs. D’un antre côté, la population boulonnaise a suivi la progression croissante des affaires. On l'estimait, en 1789, à 8,414 habitants, en 181 1, à 13,474, et en 1831 à 20,856 : d’après les derniers recensements, elle comprenait, en 1841, 27,402 êmes. Donc elle est trois fois plus forte aujourd'hui qu'elle l'était avant la révolution de 1789. De 1801 à 1841, la population de l'arrondissement, dont le siège administratif est établi à Boulogne, s'est élevée de 66,588 habitants à 113,143.
Les habitudes de migration de nos voisins d'outre-mer n'ont pas peu contribué à produire ces étonnants résultats. On compte tant à Boulogne que dans les environs de trois à quatre mille Anglais. Les uns traversent la ville à la hâte pour gagner Paris, d'autres se rembarquent après un court séjour, satisfaits d'avoir touché le sol continental ; mais le plus grand nombre s'établissent à Boulogne pour y jouir de cette existence confortable et retirée, qui est, en Angleterre, la première condition du bien-être domestique et de la vie de famille. Il y a , dans le collège communal et dans les autres maisons d'éducation de la ville, six cent trente-neuf enfants, garçons et Biles, appartenant à cette colonie étrangère.
Boulogne, divisée en haute et basse ville, l’une toute bourgeoise, l’autre toute commerçante, est un des plus charmants séjours qui soient en France ; et pendant la saison d'été, la foule des baigneurs, attirés par son bel établissement de bains, lui donne le mouvement, l'entrain et la physionomie pittoresques de nos bourgades thermales des Pyrénées. Un écrivain distingué, M. Baude, a fort bien dépeint, dans son excelient travail sur le Pas-de-Calait, l'impression qu'on ressent
Diêlizec.’
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à la vue de Koulngne, lorsqu'on l'alwnlc du rdtédi' la mer. « ref attérage n’est pas de ceux qui promeUenl plus qu'ils ne tiennent, » diMI; «ou n’aperçoit du larfte que des falaises grisâtres surmontées d'un peu de verdure , mais elles enveloppent la fraîche vallée de la l.iane, et la perle est dans l'écaille. I« chenal , avec la courba gracieuse de ses longues jetées en charpente , semble s’avancer entre deux profondes colonnades ; un large quai, garni de belles constructions, se développe le long du port; la ville s'étage au-dessus avec un encadrement de grands arbres; elle ressort au milieu de coteaux verdoyants, et les montagnes du haut Boulonnais forment au loin l'horizon. L’tre ceinture de quinze redoutes, batteries et forts détachés. construits par les soldats du camp de l'an xii , défend les approches de la ville et du port , et sur la hauteur voisine la colonne de la grande anrn’-e domine cet ensemble et la couronne de glorieux souvenirs. L'intérieur de la ville répond k son aspect extérieur. Tout s'y ressent de son excellente administration municipale; les rues sont larges, bien alignées, proprement tenues; une active circulation les anime; Boulogne ennn annonce dignement la France k l'étranger, soit qu'il Tienne en ami, soit qu'il se présente en ennemi. »
Cette ville a des manufactures de grosses étoffes de laine, de toiles k voiles, de poterie et de fafence pour les colonies , un grand'nombre de métiers pour 1a fabrication des tulles, un établissement pour la construction des filets de pèche, etc. I.e commerce y est très-actif, comme le prouvent les détails statistiques que nous venons de donner sur la navigation du port : il consiste principalement en genièvre, vins, eaux-de-vie, thés, dentelles, toiles fines, bois et chanvre du Nord. On y arme pour les voyages de long cours, le grand et le petit cabotage, ainsi que pour la pèche de la morue d'Islande et de Terre-Neuve, et pour celle du hareng et du maquereau sur les cètes de la Manche. Hais dans un avenir très-rapprochè le commerce et la navigation prendront encore un plus grand développement par rétablis.sement du chemin de fer de Paris k Londres par Amiens, Boulogne et Folkstone. Cette nouvelle voie k rainure sera plus courte de soixante-cinq kilomètres que celle qui passera par Lille , Calais et Douvres. Du jour où la roule de fer d'Amiens sera poussée jusqu'k Boulogne, tout le transit entre la capitale de la France et l'Angleterre se fera par ce port de nter.
Depuis quinze ans , une somme d'environ quatre millions a été consacrée k l'amélioration du port de Boulogne. Un liabile ingénieur, M. Marguet, a donné le plan et dirigé l'exécution de ces travaux. Mais il reste encore beaucoup k faire , la ville n'ayant ni bassin k flot , ni embarcadère. On commence aussi k sentir la nécessité de créer un grand établissement maritime k Boulogne , par l'ouverture d'une rade en avant du port; et pour atteindre ce but d'une si haute importance, on propose d'y construire une digne insubmersible de quatre mille mètres de longueur, que des forts et des batteries protégeraient de leurs feux croisés. Cet immense ouvrage donnerait k la France, k sept heures de Paris et k trois heures de la Tamise, un port militaire où nos flottes mouilleraient k l'aise , et dont les senices seraient incalculables en cas de guerre.
Avant la révolution, le Boulonnais, quoique enclavé dans la Picardie, formait un gouvernement tout k fait indépendant ; il était régi par une coutume particnlière, qui avait été rédigée en 1551. Boulogne avait un bailliage, une sénéchaussée.
PICARUIE.
une maîtrise particulière, une amirauté , des traites foraines, etc. Elle était le siège d'un évéché fondé, ou plutôt reconstitué en 1566. Outre l’abbaye de Notre-Dame, elle avait des couvents de minimes, de capucins, de Cordeliers, un collège dirigé par les prêtres de l'Oratoire , un séminaire et plusieurs communautés de femmes. Toutes ces institutions , sans en excepter l'évèché, qui fut réuni à celui d'Arra.s , ont disparu avec l'ancienne monarchie. Mais Boulof^ne est devenu un des chefslieux d'arrondissement du Pas-de-Calais. Elle possède aujourd'hui un tribunal , une chambre et une bourse de commerce, un syndicat maritime, une école d'hydrographie de quatrième classe, un collège communal, et une société d'agriculture, des sciences et des arts. Ses armes étaient : de gueules au cygne d'argent becqueté et membre de sable; au chef d’asur chuigé de trois fleurs de lys d’or, Boulogne se glorifie d'avoir donné le jour è Godefroy de Bouillon et è Baudouin, tons les deux fils d'Eustache aux Grenons, comte de Boulogne, et tous les deux rois de Jérusalem. Après ces illustres guerriers, on peut encore citer parmi les enfants dont s’honore le Boulonnais : Angilbert, qui fut duc de la France maritime ; le poëte Molinel, regardé par les plus beaux esprits de son temps comme leur maître et leur modèle; dom Ducrocq, auteur d'une histoire manuscrite du Boulonnaû) ; le père Lequien , qui a laissé un grand nombre d'ouvrages religieux , et une Histoire abrégée de ta ville de Boulogne et de ses comtes; Aboi de Bazingen, auteur d'un Dictionnaire des monnaies estimé et de Recherches historiques sur la ville de Boulogne; Hoasigny, dont les charmantes compositions ont opéré une révolution dans notre musique dramatique ; Cuvelier, le créateur du mélodrame, surnommé le Corneille des boulevards; Leullietle, principalement connu par son Tableau de la litléralure en Europe, depuis le xvi* siècle jusqu’à la fin du xviiC; le docteur Bertrand, dont l'excellente histoire de Boulogne a été notre principal guide dans ce travail. Enfin, depuis la révolution, Boulogne a vu quatre de ses enfants, MM. Daunou, de Coursel, Yvarl el Sainte-Beuve , siéger presque en même temps à l'Institut. Pierre-Clautle-Erançois Daunou naquit, en 1761, dans cette ville, et fit ses études chex les Oratoriens. Il prononça ses vœux à Paris en 1777 ; mais la suppression de la congrégation de l'Oratoire le rendit à )a vie séculière. En 1792, les électeurs du Pas-de-Calais le nommèrent député à la convention nationale pour le district de Boulogne. Depuis il siégea dans le conseil des Cinq-cents et le Tribunal, et fut nommé président de ces deux assemblées. Sons la restauration, il représenta le département du Finistère à la chambre des députés, de 1817 à 1828. Cet illustre citoyen , après avoir rempli les plus hautes fonctions publiques et rendu d'éminents services à son pays , est mort en 1840 , garde général des archives du royaume. C'est sous sa direction que fut formée la bibliothèque de Boulogne, composée de vingt-cinq raille volumes, et qui se distingue par l'excellent choix des livres. La liste des travaux politiques et littéraires de Daunou est fort longue. Il avait réuni de nombreux documents pour écrire l'histoire de Boulogne. Nous ignorons en quelles mains sont aujourd'hui ces précieux matériaux ; mais le plus beau titre du savant Boulonnais à la reconnaissance publique sera toujours la part qu'il prit à l'organisation de l’Institut national , dont il eut l'honneur de prononcer le discours d'inauguration le 15 germinal an v (4 avril 1765).
AMBLETEU8E.-ÉTAPLE8.-WISSANT.
Le Boulonnais renfermait outrefois, outre sa capitale, plusieurs villes d'une certaine importance commerciale et politique : mais, depuis quelques siècles, les sables amoncelés par les vents ont envahi toute la céte, et les anciennes cités de Wissaiil, d'Etaples et d’Ambleteuse ne sont plus aujourd'hui que de simples bourgades. Boulogne est la seule ville que ce fléau destructeur ait respectée.
Wissant était une vaste baie comprise entre les caps Gris-Net et Blanet, les points les plus rapprochés de la côte d'Angleterre. C'était, comme nous l'avons dit, ce Portus Itius où César s’embarqua pour aller subjuguer les Bretons, et son port était, au vi* siècle, le plus fréquenté pour le passage en Angleterre. Les barbares du Nord l'ayant détruite en 813, Louis IV, dit d'outre-Mer, la fit rebütir en 933 En 1 193, Jean, comte de Mortaing, y équipa une flotte pour attaquer l'Angleterre Louis VII et Louis IX s'y embarquèrent pour aller visiter le tombeau de saint Thomas de Cantorbery. Édouard III y débarqua en 13-28, lorsqu'il vint rendre foi et hommage au roi de France pour le duché de Guienne. Il s'en empara en 13MI, après la bataille de Crécy, et la fortifia; mais il la fit ensuite démantelei-, quand il se fut emparé de Calais. C'est vers cette époque que les sables commencèrent à s'amonceler dans le port et ,'i envahir la ville elle-même On lit dans une ordonnance du roi du 4 février 1738, que « la ville et baronnie de WissanI, attlrtjois port fameux, comblée par les sables, se trouve maintenant réduite h une simple plage, où il ne se retire que quelques barques de pécheurs; » et « que les sables se sont rt^ndus sur la ville avec des progrès si rapides, que les deux tiers des habitations sont ensevelis... >> Aujourd'hui, le petit bourg de Wissant ne compte pas lOOO habitants; mais on y reconnaît encore un camp de César et des ouvrages défensifs qui attestent l'importance que ses fondateurs attachaient a u Portas Itius.
Étaples, l’ancienne Qaanfavicus, à l’embouchure de la Canche, avait, à l'époque de la conquête, un port asseï vaste pour abriter une forte division de la flotte que les Romains entretenaient dans ces parages pour contenir les Bretons insulaires. Sous les rois de la seconde race, elle était célèbre par son commerce. Charlemagne y établit un intendant général chargé de la perception des impôts, et, par suite, elle eut le privilège de battre monnaie. C'est dans ses murs que fut signée, le 12 imvembre 1 492 , la paix entre Henri VII et Charles VIII. Il ne reste plus à Étaples , de sa splendeur passée, que quelques ruines d'un chéteau-fort bâti en 1 160. Son ancien port a complètement disparu sous les sables ; mais l'embouchure de !ii Canche forme une vaste baie dans laquelle était rassemblée, lors du camp de Boulogne , la gauche de la flottille et de l’armée sous le commandement du maréchal Ney.
Le port ou plutôt la plage possède trente-quatre bateaux de pêche d’une excellente r.onstruction. La pêche est, en efTet, la principale industrie de la belle popu-
PICARDIE
lation d'Etuples , qui se compose d'environ 1900 habitants ; le poisson Irais recueilli par les marins de ce port , n’est pas seulement consommé sur les lieux et dans les villes environnantes ; on en expédie chaque année de deux à trois cent mille kilogrammes & Paris. Du reste un grand avenir est rcsene à cette intéressante colonie, en quelque sorte perdue aujourd'hui, au milieu des sables : un pont de deux cents mètres d'ouverture va la mettre en communication avec la rive gauche de la Candie ; et bientôt la proximité du chemin de fer y concentrera tout le mouvement local et y amènera l'établissement d'un grand marché d'exportation.
On ne connaît point l'origine d’Ambleteuse , petit port où l'on ne compte pas plus de 600 habitants. Mais il est certain qu'à la Gn du vr siècle, elle se recommandait par sa position et par son commerce. Ruinée par les Normands en 1209, elle fut relevée par Renaud de Rrie, comte de Boulogne, qui y lit creuser un port, et btitir une haute et basse ville, auxquelles il accorda les mêmes privilèges et franchises qu'à Boulogne. Elle eut, dans la suite, beaucoup à souffrir des courses des Anglais , tant qu'ils furent maîtres de t'alais. Néanmoins elle se maintint à la France jusqu'en 15ki; à cette époque, Henri VIII s'en étant emparé , en Gt le magasin général de ses munitions de guerre sur le continent. Elle était alors très-fortiGée, et son port était l'un des plus sûrs et des plus beaux de la Manche. Henri II la recouvra en 15V9 et lui rendit ses anciens privilèges; mais bientôt les sables de la cûte, poussés par les vents d'ouest, couvrirent la basse ville et comblèrent le port. Dès lors Ambleteuse commença à perdre de son importance, et, au milieu du xvii' siècle, ce n'était plus qu'une bourgade. Louis XIV s'y étant arrêté en 16H0, en visitant la côte, fut frappé des avantages que présentait sa position; il ordonna qu'un port y fût construit, et en chargea Vauban. Les travaux, d'abord poussés avec' activité, furent abandonnés au bout de cinq ans, et le port et la ville envahis par les sables, devinrent bientôt une sorte de désert. En 1803, l'empereur reprit ce projet ; Ambleteuse se releva conune par enchantement, et l'on vit réunis dans un nouveau port trois cent vingt-un bâtiments, formant l’aile droite de la flottille. Il ne reste plus de cet instant de prospérité que quelques batiments construits à cette époque, et les débris de quelques autres tombés faute d'entretien, ou qu'on n'eut pas le temps d'achever. Un y voit encore la baraque de l'amiral Vérhuel , commandant de la flottille hollandaise ; tout auprès on montre une roche d'où Napoléon se plaisait à considérer la ligne d’embossage, et la cûte qu'on voit de là s’étendre jusqu'à cinq ou six lieues, l'n jour qu’il contemplait les mouvements qui s'opéraient dans les rades d’ Ambleteuse, de Vimereux et de Boulogne, son cheval frappa du pied avec assez de force pour laisser sur la roche la trace de ses fers. On a religieusement conservé ces empreintes que l'on montre encore aujourd'hui. '
t. Bertrand, Prici» d$ VhUtoirê pkytiquê ^ civile et politique de la vil'e de Boulogne-iur- Mer et de lee environt , depuis tes Marins jusqu'en Iflt 4. — llf>nry, Essai historique , topographique et statistiqise sur l'arrondissement de Boulogne-sur-Mer. — AI)Ot de Bazingen , Becherehes historiques coMcernanf la ville de Boulogne-sur-Mer et l'ancien comté de ce nom. — Le Roi , 011 loire de JVotre^Oame de Boulogne. — yiefoires et conquêtes. — J. -J Bitii le , le Pas-de- Calais. Ce travail remarquable, où nous avons largement puise, a été inséré daus la Aiiiie des Deuec-Mondes du I*' décembre 1844.
CALAIS
Cette ville que l'Angleterre et la France se disputèrent avec tant d'ardeur dans le cours du moyen Age , est mentionnée pour la première fois en 858, sous le nom de Sraln, dans un dénombrement des biens de l'abbaye de Saint-Rertin , et selon toute apparence, ce n'était à cette époque qu'une bourgade habitée par quelques pécheurs. Elle est désignée de nouveau , pendant la dernière moitié du x‘ siècle , dans une donation faite par Lothaire à la même abbaye de Saint-Rertin; mais les détails manquent, et il est impossible encore de se faire une idée de l’importance de Calais. Il fbut arriver brusquement an xii* siècle, i l'époque de l'affranchissement communal , pour trouver quelques souvenirs précis qui se rattachent à son histoire. Au milieu de cette obscurité, des discussions se sont élevées sur la question de savoir si Calais n'aurait point été un établissement romain; quelques écrivains ont cru la retrouver dans le Porlut Itim des Commentaires ; d'autres , et c'est le plus grand nombre, dans le Gessoriat-um navale de Pomponius Héla. Quoi qu'il en soit , le territoire qu'eile occupe était compris dans le pays des Oromansaques, qui formait une subdivision de la Morinie.
Possédée tour à tour par les comtes de Flandre et les comtes de Boulogne et de l'iuines, Calais parait avoir été en même temps soumise à la juridiction de l’abbaye (le Saint-Bertin. On trouve à la date de 1 128 un acte de Louis VI où il est question de ligues formées par les habitants de Calais ( Confiederationei ). Quelles étaient ces ligues? à quelle occasion et dans quel but avaient-elles été faites? On l’ignore. En 1163 des démêlés éclatèrent entre les Calaisiens et les moines de Saint-Bertin , qui réclamaient la dime sur la pêche du hareng. Deux religieux s'étant présentés dans la ville pour percevoir les droits auxquels ils prétendaient, furent attaqués à main armée; l'un d’eux se réfugia dans l'église de Saint-Nicolas: on le poursuivit jusqu'au pied de l'autel, où il tenait embrassée la statue du saint , et il eût infailliblement péri sans l'intervention du comte de Boulogne, qui condamna les agresseurs à une amende de mille livres.
Gérard, comte de Boulogne et de Gueldres, accorda, dans la seconde moitié du XII* siècle, une commune aux Calaiskns. L'acte d'affranchissement ne porte point de date , mais il ne peut être postérieur ê l'année 1 181 , puisque Gérard mourut à cette époque. Le comte, par cet acte, fixe les limites d’une banlieue, constitue un échevinage , accorde un marché et fait remise d'un grand nombre de droits féodaux. Les dispositions de la charte de Gérard sont principalement relatives aux garanties individuelles et à la répression des violences. Elles eurent pour effet de développer rapidement dans Calais les habitudes de la vie politique; car nous II. 1.5
PICAKDIE.
voyons, on les bourgeois rormer une ghilile et associer à ce pacte fédératir Henault, comte de Boulogne. La ville, à cette même époque, avait pris quelque accroissement, et l’on y comptait, avec l'église Saint-Pierre, deux chapelles, qui ne tardèrent point à être érigées en paroisses.
Louis, fils du roi Philippe-Auguste, ayant été appelé au tréne par les barons anglais, choisit Calais pour point de réunion de la flotte qui devait le porter dans la Grande-Bretagne. Cette flotte, composée de six cents bateaux et de quatrevingts vaisseaux armés, avait été équipée, sur le littoral de la Manche, par un moine nommé Eustache. Le pape Innocent III, qui s'opposait à ce que I,ouis de France acceptât la couronne arrachée à Jean-sans-Terre, se rendit de sa |>ersonne â Calais pour empêcher le départ de Louis Mais ce prince n'en partit pas moins, et pendant son absence, sa fenime. Blanche de ('.astille, vint plusieurs fois à Calais, pour être plus à portée de re<-evoir de ses nou\ elles et de lui faire passer des renforts. Une flotte de cent dix-sept voiles, chargée de troupes et de munitions , fut un jour enlevée dans la rade par les Anglais , sous les yeux mêmes de Blanche.
Jusqu'au régne de Louis VIII , Olais n'avait pas d'enceinte fortifiée. La mer au nord, la rivière de Guines au midi, à l'ouest des marais profonds, un château bâti €*i une époque inconnue et quelques tours isolées formaient seuls la défense de cette place. Mais Philip|)e le Ilurepel , comte de Boulogne, qui aspirait à la régence pendant la minorité de Louis l\, fit augmenter, dans la prévision d'une guerre, les fortifications du château , et construisit autour de la ville une enceinte de six cents toises de longueur sur deux cent vingt de largeur, flanquée aux angles de bastions arrondis, lai guerre eut lieu en elTet ; le comte de Flandre , l'un des seigneurs du [Mirti de la régente Blanche de ('.astille, entra sur les terres de Philippe et s'empara de Calais. Le château fut racheté de la destruction moyennant une contribution de mille cin(|uante livres et vingt muids de vin.
Philippe mourut rtVoncilié avec la couronne, et Louis l\, qui n'avait plus rien â craindre des comtes de Boulogne, songea uniquement â défendre Calais contre les entreprises de l'Angleterre. Dans ce but il conclut avec la comtesse Mahault, veuve de Philippe, un accord en vertu duquel celle-ci lui accordait le droit de garder la place toutes les fois qu’on aurait è craindre une guerre avec les Anglais (1233). Cet acte pourrait même être considéré comme une véritable aliénation. Quoi qu'il en soit, la comtesse Mahault consens des droits étendus sur la ville , et entre autres la juridiction ; nous la voyons, en 12.v3, confirmer les privilèges des bourgeois, régulariser la pénalité criminelle et accorder aux échevins le droit de faire des lois, ('.es échevins étaient au nombre de treize, et nommaient eux-mémes leurs successeurs.
Depuis le XIII' siècle. Calais prit chaque jour, comme point militaire, une importance plus grande. En 1296 et en 1302 Philippe-le Bel y fit contre les Anglais et les Flamands des armements considérables, et y réunit une flotte sous les ordres de l'amiral Génois Grimaldi. Déjà à cette époque les Anglais disputaient à la France la suprématie du détroit , et ils alléguaient un traité apocryphe à l'appui de leurs prétentions. Le voisinage des deux royaumes occasionnait de fréquents débats, même en temps de paix. En 1321, un navire génois, en charge pour l'An-
Digiliz- .
* CALAIS
g<pterr«, fut enlevé dans la Manche par un corspire cnlaisien; on refusa aux instances d'Édouard II lui-même de rendre la prise, et le souvenir de cet acte de piraterie ne fut pas étran{;er à la colère du vainqueur de Crécj'. Dans la guerre de 132Ï, on équipa dans le port .de Calais une flotte qui devait rejoindre celles de Zélande et de .Normandie , pour opérer un débarquement dans le comté de Norfolk ; les Calaisiens armèrent en course et firent dans le détroit dc.s prises nombreuses. De leur côté , les Anglais , pour mettre fin à des expéditions qui ruinaient leur commerce, songèrent à se rendre maîtres de Cjlais. ('.harles-le-Hel envoya dans la place Thomas Maubuisson, cinq autres chevaliers, vingt-six écuyers et , quatre sergents d'armes avec une garnison d'élite, et l’Angleterre n'osa rien tenter.
.Mais l'entreprise n'était qu'ajournée ; Édouard III, plus hardi et plus habile que ses prédécesseurs, l'exécuta. Il venait de gagner contre l'armée de Philippe de Valois lu victoire sanglante de Owy (26 août 1346). Deux jours après, le 28aoiU, il quitta le champ de bataille, se présenta devant Montreuil et devant Koulogne, qui refusèrent de lui ouvrir leurs portes, prit Wissant, qu’il fit fortifier, et mit, le 30, le siège devant Olais. Après qu’il eut entouré la ville de lignes de circonvallation , et qu’il eut pris toutes les mesures nécess.iires pour l’alTamer, il passa en Angleterre, revint en France à la fin d'octobre, et ayant fait un second voyage dans sou royaume, il ramena avec lui .une flotte de sept cents vaisseaux montés par quinze mille matelots. Le 'siège, pendant ces absences, n'avuit point été interrompu; Édouard avait fait du son camp une sorte de ville, et la présence de la flotte et de l'armée ennemies ôtait aux Calaisiens tout moyen de communication avec le dehors. Pas une machine n'avait été dressée contre les remparts, pas un assaut livré à la place; les Anglais comptaient sur un terrible auxiliaire, la faim, pour vaincre la résistance des assiégeants.
En effet , le manque de vivres commença bientôt à se faire sentir ; Jean de Vienne, gouverneur de Calais, dut se décider è renvoyer les bouches inutiles, et dix-sept cents personnes, hommes, femmes et enfants se dirigèrent vers le camp des Anglais. Suivant quelques historiens, Édouard eut la clémence de les laisser passer ; suivant d'autres , les infortunés Calaisiens, arrêtés par l’ennemi , repoussés de la ville , périrent sous les murailles de faim et de froid. Philippe de Valois équipa une flotte du soixante-douze vaisseaux pour secourir Calais, et s’avança à la rencontre de la flotte anglaise ; mais il fut obligé de se retirer devant des forces supérieures, et une tentative par terre qu'il fit contre les assiégeants échoua également. Alors le roi de France, obligé de se porter contre les Flamands, abandonna Calais à elle-même. Les habitants avaient supporté la faim avec un courage admilable; deux capitaines d'.kbbeville avaient pénétré jusqu'à eux et leur avaient fait passer quelques vivres; la rigueur de la saison, les efforts de Philippe VI en leur faveur, leur avaient longtemps laissv' l'espoir que leur patience serait couronnée de succès. Mais quand ils virent Philippe de Valois s'éloigner, « ils poussèrent , » dit M. de Chêteaubriand , « un cri, comme des enfants délaissés par leur père. »
te gouverneur fut prié de proposer une capitulation ; lu ville ne pouvait plus tenir, elle succombait de disette, et l'ennemi était toujours là. Sur un signal que l’on fit du haut des murailles, Edouard envoya Gauthier de Mauny et le sire de
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Basset; Jean de Vienne offrit de rendre la ville et le (Jilteau, en demandant qu’on laiu&t aller les assiégés, tout aitui </u ’iU éloienl. Édouard fut fort irrité des paroles du gouverneur; ii voulait mettre à mort tous les Calaisiens, et quand Mauny l'eut un peu calmé, il ordonna à ce chevalier de retourner h Calais et de dire aux habitants O que la plus grande grâce qu'ils pourront trouver ni avoir en moy, c'est que iis partent de la ville de Calais six des plus notables bourgeois en purs leurs chefs et tous déchaux , les bars au col , les clefs de la ville et du châtel en leurs mains, et de ceux je feray ma volonté, et le remanant je prendray h merci.»
Sur cette réponse, Jean de Vienne convoqua les habitants à la Halle, et quand il leur eut fait connaître la dure nécessité où on les réduisait, ils se mirent à pleurer amèrement. Le peuple cherchait des yeux les victimes, lorsqu'un riche bourgeois, Eustache de Saint-Pierre , se levant résolument, proposa de se rendre au camp des Anglais; cinq autres citoyens imitèrent son exemple, et tous, la corde au cou, les pieds nus, allèrent se jeter aux genoux d'Édouard , et lui dirent qu'ils se mettaient à sa merci. Le roi était violemment courroucé contre la ville de Calais, qui l'avait si longtemps retenu sous ses murs; il commanda que l'on coupât la tète aux six bourgeois. Mais les représentations de ses barons, les prières et les larmes de la reine le désarmèrent ; il pardonna. L'année suivante , il réintégra même Eustache de Saint-Pierre dans tous ses biens, et lui accorda diverses libéra- Utés (1347)'.
Arrivé à son but, le vainqueur voulut, par toutes les ressources de la guerre et de la politique , garantir aux Anglais la possession d'une place si importante. Il offrit aux sujets de son royaume qui viendraient se fixer dans cette ville des terres et des privilèges ; il y établit un hètel-des-monnaies, et cette étape célèbre qui devint l’entrepdt du commerce des laines de la Grande-Bretagne. Ordre fut donné aux capitaines des vaisseaux fréquentant le détroit d'aborder à Calais préférablement à tout autre point de la cète ; les anciens privilèges furent confirmés, et on ajouta aux franchises accordées par les rois de France celles que les rois d'Angle-
1. Nous tvniu rapports œl acta de dévouement des bourgeois de Calais, d'après le récit que Itlatorien Froissarl en a laissé. Il est resté l'un des plus populaires de nos annales; ou eu a fait le sqjet de divers romans, et d'une tragédie naguères fort appiaudie. Il a cependant tMuvé un grand nombre d'iocrédnles. Froissart est le seul des contemporains qui en ait parlé, et l'on sait que Froisaart n’a sonvent hit que copier Jean Lebel , chrouiqueur fort Ineiact. TLomas de Lamoote, Henrjr Knygton . Boberl d'Avesbury, l'abbé de Saint-Martin de Toutnay, la Chronique de Saint-üenys, lu continuateur de Guillaume de Nongls, racontent seulement, et tous S peu près de la même mauiéie , que le gouverneur de Calais . plusieurs bourgeois et une partie de la garnison sortirent du la ville pour eu remettre les clefs à Édouard , qui retint plusieurs prisonniers. Le beau trait d’Kuatadie de Saint-Pierre est mentionné dans la chronique de Flandre; mais cette chronique n'ust qu'un abrégé de Froissart , et elle a été considérablement altérée par l'éditeur. Dciiys Sauvage. Enfin, il n'est pas question du bé os de Calais dans les lettres que Ptailip|ie-de-Valols adressa plus tard aui Calaisiens au sujet de leur courageuse résistance. Ou ne sera pas Qché de savoir comment ce même fait est jugé par les historiens anglais. Bume suit presque testiiellumcnt le récit de Fioissart ( Bttlory of England, vol. Il, chap. xv, p. uael U3). A la vérité, i la lin de ce même volume, p. 509 et SIO, il convient, dans un apiienilioe, que la version du chroniqueur français • <j lomawAor lo hs tiâspicled. a Le judicieux John Lingard adopte aussi le recil de Froissart comme vrai en ce qui louche Kust iche de Nainl-PIcrre; mais il le di-gage de ce qu'il lui parait avoir de trop ronunesque [Hiiloryof England from the frU fnroiion bg Iht Banuiu, vol. IV, chap. I , p. es). Pourquoi serions-nous plut incrédules que les Anglais au sujet d'un acte d'héroïsme si honorable pour notre nalionl
Dit lût ni 1^, Cn-;:-;: >Il |
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terre avaient octroyées aux bourgeois de Douvres. Enfin, il fut convenu que quatre citoyens, choisis parmi les plus notables, iraient trouver, chaque année, le roi d'Angleterre, pour lui rendre compte des opérations commerciales, des besoins et des voeux de la population calaisienne. Dans ces essais de colonisation, on reconnaît le génie habile et prévoyant qui devait assurer plus tard aux Anglais la suprématie industrielle, et l'ambition patiente et tenace de ce peuple, qui s'agran dit sans cesse et s’enracine au sol qu’il a conquis.
La reddition de Calais ne termina point la guerre. En 13U, les légats, qui avaient déjà tenté de réconcilier Édouard III et Philippe de Valois, firent de nouveaux efforts pour amener ces deux princes à une pacification. Des conférences furent ouvertes à peu de distance de Calais, et l’on conclut une trêve. Édouard retourna eu Angleterre ; mais il fut bientdt rappelé sur le continent. Un chevalier de grand courage, de Charny, porte-oriflamme de France et gouverneur de Saint-Omer, Conçut le projet de rendre à la Fraiu% la ville qui venait d’être violemment séparée d’elle. Il offrit une suiimic de vingt mille écus à Aiinery, commandant du château, et celui-ci s’engagea à lui livrer la place. Mais le secret fut découvert; Aimery, appelé à Londres par Édouard, avoua tout, et, pour expier sa trahison, il reçut l’ordre de trahir le gouverneur de Saint-Omer. Un jour fut assigné pour la remise du château , et, au moment convenu, Charny se présenta devant la place , compta l’argent et demanda les clefs. Mais on tardait, et le chevalier français s’impatientant, murmura qu’on le faisait mourir de froid. En ce moment la porte du château s’ouvrit à grand bruit, et Charny se trouva face à face avec le roi d’Angleterre et le prince de Galles, qui avaient secrètement passé la mer. Suivi d’une troupe d’élite, Édouard se précipita sur les Français la lance en arrêt, en criant : Mauny ! Mauny t A la retcotute! — Mal ait yui fuira ! répondit Charny. Ce cri fut répété par les hommes d’armes qui l’entouraient, et quoique la majeure partie de la troupe française fût rest^ en arrière, ils se lancèrent tête baissée contre les assaillants. Le choc fut terrible; Édouard mit pied à terre, comme un simple gendarme. Abattu deux fois sur les genoux par un chevalier picard , Richard de Ribeaumont , il fut forcé deux fois d’appeler do secours aux cris de Saint- Édouard et Saint- Georges; mais enfin, aidé parles siens, il força Ribeaumont à se rendre. On combattit toute la nuit. Le lendemain, 1" janvier 13&9, Édouard rentra dans Calais de grand matin, ramenant avec lui Charny et Ribeaumont. Il invila. pour le soir, ses prisonniers h souper. Pendant tout le repas on parla des faits d’armes de la veille, et jamais la courtoisie chevaleresque ne trouva de plus nobles paroles. « Vous êtes, » dit Édouard à Ribeaumont, « le chevalier au monde que je veisse oncques plus vaillamment assaillir ses ennemis, a En même temps il ôta la couronne de perles qu’il portait sur la tête, et, la posant sur le front du chevalier picard : « Je vous donne ce chapelet pour le mieux combattant de la journée. . . Je sais que vous êtes gai et amoureux, et que voulontiers vous vous trouvez entre dames et damoiselles, si dites partout là où vous irez que je vous le ay donné ; si vous quitte votre prison, et vous en pourrez partir demain s’il vous plaît. » Reconnaissant envers le prince anglais, mais fidèle à la France, Ribeaumont accepta le chapelet d’Édouard, et le porta jusqu’au jour où il tomba sur le champ de bataille de Poitiers, en couvrant le roi Jean de son corps.
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I.a prise de Calais avait, pour ainsi dire, ouvert une porte aux invasions anglaises. C'était en quelque sorte le Giliraltar du moyen âge, la forteresse invulnérable qui jetait des soldats ennemis sur le sol de la France. Édouard y débarqua en 1350, et ravagea pendant tout l'hiver le pays des environs. Il y vint de nouveau en 135i et en 1369. Le résultat de l’invasion de 1369 fut la signature dn traité de Brétigny, qui garantissait aux Anglais la possession de Calais. En vertu de ce traité funeste, et c'était là une triste compensation de tant de désastres, le roi Jean recouvra sa liberté, et, le 8 juillet t.360, il prit terre à Calais. Édouard, de son côté, s'était rendu dans cette ville, ainsique le comte de Flandre. Le 9i octobre, les deux rois ratiBèrcnt la convention de Brétigny. Il y eut, à cette occasion, de grandes solennités; Jean et Édouard assistèrent ensemble à la messe, dînèrent ensemble, se prodiguèrent les courtoisies et s'embrassèrent publiquement. Quelques jours après, le roi de France partit pour se rendre à Boulogne, dans le dessein de remercier la Vierge, et le roi d'Angleterre le reconduisit à une lieue de distance. Libre des embarras de la guerre, Édouard porta tous ses soins sur une ville qu'il regardait comme l'un des plus précieux joyaux de sa couronne. Il s’occupa de l'embellir et de la fortiBer, et, comme il craignait les trahisons, il avait grand soin de n'y placer pour gouverneurs que des officiers choisis, qu'il changeait chaque année.
I.a guerre ayant éclaté de nouveau, en 1369, le duc de Lancastre traversa le détroit à la tète d’une armée nombreuse ; mais les jours des triomphes rapides étaient passés pour l’Angleterre, et Charles V s’occupait à réparer les disgrâces des règnes précédents. Une armée eomroandée par le frère dn roi de France, Philippe, duc de Bourgogne, fut dirigée sur le Calaisis, avec ordre d'observer l'ennemi, sans engager d'affaire décisive , et le duc de Lancastre ne put rien entreprendre d'important Les années 1370 et 1373 furent marquées par de nuuvegux débarquements. Édouard cependant voyait décliner sa fortune , et il se montra disposé à écouter les propositions de paix qui lui furent faites par les légats du pape. Des députés des deux couronnes de France et d'Angleterre se rendirent à Boulogne et à Calais ; mais de nombreuses difficultés s'élevèrent au sujet de la possession de cette dernière ville. Charles V offrit, dit-on, en échange, quatorze cents villes ou forteresses récemment conquises au delà de la Loire. Édouard s'obstina à ne point céder, et sa mort mit Bn aux négociations. Sous le règne de son successeur, Richard II, de notables améliorations furent apportées dans l'administration de Calais. Richard Bt bâtir un hôtel magnifique, destiné à servir d'entrepôt pour les laines ; il régla la police, confirma les privilèges des marchands, accorda aux bourgeois le droit d'élire un maire ou alderman , et permit à ce magistrat de se faire précéder d'un sergent portant une épée nue, la pointe tournée vers le ciel. La juridiction ecclésiastique fut donnée à l’archevêque de Cantorbéry, et le gouvernement militaire aux plus braves soldats de la Grande-Bretagne. I.a garnison, à cette époque, se composait de huit < ents hommes d’armes à cheval, qui avaient chacun cinq fantassins à leurs ordres, de neuf chevaliers avec leurs écuyers, de cent cinquante archers à cheval, de cent hommes d'armes, de quatre-vingts archers de pied, et de quatre écuyers à cheval. Richard ayant demandé et obtenu la main d’Isabelle de France, la jeune princesse fut mariée par procureur, le 19 mars 1.395,
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et on stipula dans le contrat qu'elle serait wienéc à Calais, vtstue et enjoiallée. L'année sui\ante, au mois d'octobre, Isabelle arriva au lieu convenu, Richard s'y rendit de son cOU', et le mariage fut célébré le 3 novembre dans l'eglise de Saint- Nicolas. Le roi d'Angleterre, qui avait louché deux cent mille livres ii compte sur la dot de sa femme, en dépensa trois oent mille en fêtes, en festins et en pn>sents. Malgré ces prodigalités éblouissantes, les Anglais murmurèrent. «O mariage, n disaient-ils, «n'était pour la France qu'un moyen détourné de rentrer en possession de Calais, qui valait bien toutes les lilles du roi de France, s Le duc de Glocester se mit à la tête des mécontents: Richard le fit arrêter et conduire i Calais, où il fut étoufiTé sous des matelas la nuit même de son arrivée.
La garnison anglaise était un fléau pour les populations des environs ; elle inquiétait le pays par des courses fréquentes , et le ravageait impitoyablement. duc de Bourgogne , Jean-sans-Peur, qui voulait se signaler par quelque grande entreprise, tenta de mettre un terme à ces ravages, et forma le projet d'assiéger Calais. Il Qt abattre, aux environs de Soint-Omer, trente mille pieds d'arbres, pour construire une bastille autour de la place qu'il voulait investir, et rassembla douze cent une pièces d'artillerie. Mais un traître brûla les charpentes de la bastille , et les pluies, ou peut-être le mauvais vouloir du duc d'Orléans, firent manquer l'expédition. Bientôt les malheurs de la guerre civile vinrent s'ajouter aux désastres de la guerre étrangère. Henri V, continuant par ses intrigues ce que ses armes avaient commencé, négociait à la fois avec Jean-sans-Peur et avec les princes de la maison d'Orléans. Des pourparlers eurent lieu dans une conférence générale tenue à Calais en 1 tl6, entre l'empereur Sigismond , qui .s'était porté arlilre, le roi d'Angleterre , le duc de Bourgogne et les envoyés du conseil de France ; le seul résultat de la conférence fut une suspension d'armes d'octobre en février.
Nous ne raconterons pas les longues luttes qui donnèrent un instant le trône de France à un prince anglais , ni les revers qui l'en firent presque aussitôt descendre. En 1A3C, Charles VII avait reconquis une partie de son royaume, et le successeur de Jean-sans-Peur, Philippe-le-Hardi, s'était détaché de railiancc anglaise. Inquiété dans ses possessions du nord de la France, par la garnison de Calais, le duc fit de grands préparatifs pour s'emparer de cette ville. Pendant que le roi d'Angleterre le déclarait déchu des comtés de Flandre et de Boulogne, Pbilippele-Uardi se mit en marche vers Calais, à la tête des Gantois et des communes flamandes , et se rendit maître , en passant , du château d'Uye et de la ville de Harck. Il comptait sur un suu'ès facile et sur l'arrivée d'une flotte hollandaise. Cette flotte devait bloquer le port; elle fut obligée, par les vents contraires, de se retirer après une tentative infructueuse, l'ne tour de bois , que Philippe avait fait construire pour dominer et foudroyer les remparts , fut emportée , et les Flamands, qui composaient la plus grande partie de l'armée, se révoltèrent et partirent. Le duc , trop affaibli pour continuer le siège , leva son camp avec précipitation , et se retira à Gravelines. Trois ans plus tard, Philippc-le-Uardi, pour se venger de cet échec, résolut de noyer le pays qu'il n'avait pu conquérir, en faisant rompre les digues élevées par les Anglais ; mais cette entreprise causa peu de dommages.
Les guerres intestines de l'Angleterre, comme celles de la France, eurent du retentissement à Calais. Le comte de Warwick, gouverneur de cette ville, étant
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entré dans la faction da duc d'York rérolté contre Henri VI , recnt de ce roi l’ordre de remettre ses pouvoirs entre les mains du duc de Sommerset. Warwick refusa d'obéir. I^s habitants et la garnison se soulevèrent en sa faveur, et Sommerset, qui s'était présenté avec une flotte, ne put prendre possession de la ville. partie de la révolte l'emporta ; le duc d'York fut proclamé roi d'Angleterre sous le nom d'Édouard IV, et le 7 mai H62, ce prince rendit au comte de Warwick le gouvernement de Calais. Le 23 juin de la même année, la femme du roi dépossédé, Marguerite d'Anjou, obtint de l.ouis XI un prêt de deui cent mille livres , à la condition que son mari engagerait la ville et le chêteau de Calais pour cette somme. Warwick s’insurgea bientôt contre le prince qu'il avait contribué à placer sur le trône. Vaincu en Angleterre par les troupes d'Édouard IV, il essaya de rentrer dans Calais. Son lieutenant, Vauclerc, capitaine gascon, refusa d'abord de le recevoir; le comte ayant battu, dans le détroit, la flotte du duc de Bourgogne , qui avait pris le parti du nouveau roi , passa en Angleterre , fur^a Édouard de prendre la fuite, et rendit la couronne à Henri VI. Une troisième révolution rétablit Édouard sur le trône. Warwick fut tué, et le gouvernement de Calais fut donné à lord Hastings.
Depuis cette époque jusqu'à la reprise de Calais, au milieu du xvi* siècle, l'histoire de cette ville cesse, en quelque sorte, d'être individuelle, et l'intérêt des événements se disperse sur toutes les côtes de l'Océan qui regardent l'Angleterre et avoisinent la Flandre. A la mort de Charles-le-Téméraire, Louis XI se rend maître de l'Artois , du Ponthieu et de plusieurs villes de la Picardie , conflsque la baronnie d'Ardres, et assure ainsi à la France toutes les frontières du Calaisis. Cette petite province continue à être le point de départ des prétendants, qui s'enlèvent les uns aux autres la couronne d'Angleterre. En tk88, Henri VII débarque à Calais, s'empare du château d'Ardres, et met le siège devant Boulogne; mais bientôt une paix, convenue d'avance, est conclue entre le roi d’Angleterre et Charles VIII; le siège de Boulogne est abandonné , Ardres et les châteaux pris par les Anglais dans le Boulonnais sont remis à la France. En 1493, Henri VII vient habiter Calais, pour se soustraire à la peste qui désolait l'Angleterre. Son successeur, Henri VIII, après avoir conclu avec Louis XII un traité destiné à as.surcr la réparation des torts réciproques que pouvaient se faire les garnisons angla'ises et françaises du Boulonnais et du Calaisis, se ligue contre la France avec l'empereur, le pape, la gouvernante des Pays-Bas et le roi d'Espagne, envoie des troupes à Calais et fait assiéger Térouanne. Cette ville prise, ainsi que Tournay (1513), un traité entre Louis XII et Henri VIII met fin à la guerre.
Il fut question , dans des conférences entre les ambassadeurs de François I” et ceux du roi d'Espagne, de combiner les forces des deux princes pour reprendre, au profit de la France, Tournay et Calais; mais ce projet n'eut pas de suite, et Henri VIII, pour en prévenir l'exécution, augmenta la garnison. Cette ville reçut peu de temps après le roi d'Angleterre, qui était venu à la rencontre de François I** pour convenir avec lui d’une paix durable ; l'entrevue du ('.amp du Drap tf Or n'eut point de résultats (1520), non plus que de nouvelles conférences qui se tinrent à Calais en 1521 , et l'empereur conclut avec Henri VIII une ligue offensive et défensive contre la France.
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Une flotte anglaise arriva bientôt, et la guerre eontinua sur les frontières. Henri VIII cependant se rapprocha de François I" pour se tourner contre l'eniperenr; les deux princes se virent à Calais en 1532, et y signèrent une alliance le 28 octobre de cette même année. Mais cette alliance ne fut pas durable , les hostilités recommencèrent ; l'ennemi jeta de nouvelles armées sur le sol de la France, et toujours par la même voie. A la mort d'Édouard VI , il fut un instant question de remettre ('.alais entre les mains de ses anciens maitn-s; la reine Marie Tudor s'opposa vivement à toute transaction II était résené au duc de Guise de replacer, après plus de deux siècles , celle ville sous le sceptre de la France, et de compenser glorieusement, par cette conquête, les désastres de Saint-Quentin. Quelques jours avant le siège, on avait trouvé ces vers afllchés au coin d'une me :
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Avant (|u'ü soit Rois.
I.e !•' janvier 1588, l'armée du duc de Guise se présenta devant la place , qui était dégarnie de troupes; malgré les avis du roi d'Espagne, la reine d'Angleterre avait négligé d'y envoyer des secours. Los deux forts qui couvraient les approches furent vivement attaqués ; la garnison du fort de Nieulai se retira dans Calais ; celle du Risban battit la chamade. Le 4-, une batterie de treire pièces ouvrit un feu terrible contre la courtine, et le bruit de la canonnade fut si grand qu'on l'entendit des bords de l'Escaut. Ou dressa en même temps contre le château une seconde batterie; et bientét, grâce à l'habileté de l'ingénieur picard Sénarpont, les ouvrages des assiégés furent démantelés. Le 6, jour des Rois, de grand matin, le duc de Guise, suivi de toute la noblesse française et de l'élite de ses troupes , traversa le port à la marée basse, et donna l'assaut au château , qui fut emporté d'emblée. Le gouverneur, lord Weiit» orth , reconnaissant alors l'impossibilité de tenir plus longtemps, demanda à capituler. Il fut arrêté que les hommes auraient la vie sauve; qu’on respecterait l'honneur des femmes; que cinquante des principaux officiers, ainsi que le gouvenieur, resteraient prisonniers de guerre, et que le reste de la garnison se retirerait en Angleterre, mais en laissant entre les mains des vainqueurs les armes, les drapeaux, l'artillerie et les vivres. Le lendemain, les Anglais évacuèrent la place. L'Angleterre la possédait depuis deux cent dix ans, et elle avait dépensé, pour les troupes qui la gardèrent pendant ces deux siècles, plus de quatre cent mille livres sterling. La perte de (alais fut un coup terrible pour Marie Tudor, et jusqu'à sa dernière heure elle en conserva un douloureux souvenir. Quelques instants avant d'expirer, elle disait o que, si après sa mort, on lui ouvrait la poitrine, on trouverait Calais gravé sur son cœur » En France , la joie fut grande : le roi se rendit à Notre-Dame pour remercier Dieu, et délivra un grand nombre de prisonniers pour dettes, en payant leurs créanciers de son propre argent. la clergé fit des processions, les historiens écrivirent la prime de Calait; Buchanan,
I . « ir her breast were 0|>eiied , tho nord Calait would b« found enaraved on ber beart. a — lluiiii-, llitlonj uf F.nijlami, loi. IV, ib. xvill, p. «76. — Liiigaid, lliilory of Ingtand vol. VII, i-h. III, P i7J '